Category: Hamideddine Bouali


Homélie orientale

Je me sens faible ces derniers temps. Le corps las, l’âme n’arrêtant pas de se cogner la tête à l’intérieur d’une dépouille devenue exigüe et presque emboutie, la moindre fissure me sera fatale. Je ne peux encore contenir davantage la vie. Mes yeux sont embuées d’avoir été tant de fois éblouis par une lumière que je me suis épuisé à emprisonner dans mes photographies. Ah la photographie ! Je n’ai rien su faire d’autres. Je me pose la question aujourd’hui, ce mot que je ne prononcerai peut-être pas demain, de savoir si ces Mabrouka, Ali, et le petit Mokthar se rappellent-ils encore de moi.

Je suis aux portes du désert, cette terre démunie, dégagée de tout artifice, ce dépouillement touchant l’absolu étant, selon moi, la nudité parfaite ; le sable comme corps alors que le ciel, habit enveloppant, est définitivement enlevé. A défaut de photographier cette perfection intouchable, j’ai pris en vu mes semblables ailleurs et là, voyant en eux l’inaccessible beauté du Sahara.
Dans ces longues séances de prises de vues, j’étais comme un piéton attendant devant un passage à niveau ; un train que l’on voit venir, vous mettre plein la vue puis s’éloigner à vive allure, sans que l’on soit un futur voyageur ou dans l’attente de quelqu’un qui revient. La photographie c’est cela : une rapidité stagnante, une insistance rétinienne, un perpétuel dernier souffle de vie.
Ce jardin de Redeyef depuis lequel je n’ai cessé, aux aurores et au crépuscule d’admirer ce devin bleu, semble triste. L’azur des fenêtres, empruntant un bout de là haut, essuie mes larmes.
La région est démunie pour avoir tout donné afin de s’offrir un ciel à elle seule ; sublime toit. Redeyef possède son firmament. Nulle part ailleurs trône une aussi majestueuse coupole, dont le minaret au lieu de transpercer l’éther, va regarder le centre de la terre, là où des milliers de courageux vont y faire une probable dernière prière. Aucun photographe, pas d’objectifs ni de surfaces sensibles ne peuvent montrer la richesse intérieure, le fond des mines, la bonté des gens et l’âme des hommes étant insondables.
Depuis que je suis à Redeyef, j’ai énormément vu et beaucoup moins photographié. Je revois encore mes photos, images de gens qui sont nés ici et qui ont vécu autrement sur une terre appartenant à tous. Caravanes en station pour la prière, villes éclairées par un soleil omniprésent mais invisible, visages épanouis, corps aériens ne sont pas d’ici mais de partout.  
Ici, le « maintenant » tient fermement la main au « toujours » ; à Redeyef je ne me suis pas privé de vins d’Alsace, de caviars de la Mer Caspienne, de cafés italiens servie souvent dans des récipients estampillés Limoges et j’ai savouré la bonté des cœurs, le courage des corps, l’innocence des yeux et la pureté des âmes. Suis-je au purgatoire ?

Aurais-je pu survivre ailleurs avec ma difficulté de respirer ? Ce sursis auprès des miens est une manne du ciel. Quels meilleurs adieux, aussi paisibles qu’apaisants ! Ma petite Martine chérie viens souvent toucher ma barbe quant je lui étreint le front. 
Il n’y qu’un seul plus fort sentiment que la paternité, c’est celui d’être grand père. Qu’ai-je fait pour mériter cet inestimable présent ?
Le matin des dimanches je vais à la messe en revenant de ma promenade quotidienne. Je me trouve alors, sans me rendre compte, aux abords de la plus vieille mosquée de Redeyef, perchée en haut d’une colline parsemée de photos jetées à même le sol, face contre terre, avec la mention du photographe comme épitaphe. Là, j’entends les morts murmurer leur doux repos et se raconter leur vie.
L’appel du muezzin me rappelle les centaines de vues faites depuis les toits voisins du minaret de la mosquée de la Zitouna à Tunis, quel meilleurs porte-voix que cette ferveur matinale, le bonheur de se réveiller vivant, vibrant appel à prier sans oublier le désir de vivre. Mais peut-on vivre sans désirs ?
Mon salut vient-il de mes photos ? Avais-je réussi à photographier ce pays et ces hommes sans les importuner ? Ceux qui ont vu ou verront ces photographies ressentiront-ils l’amour que j’ai eu pour cette terre et de tout ce qui est dessus ? Je pars la mort dans l’âme car je ne le saurai jamais.

Je vis le tourment des morts. Tiraillé entre ce corps qui me lâche, et qui ira rejoindre celui de ma femme à Carthage, là où git de prestigieux vestiges, et cette âme qui montera vers ce ciel longtemps vu, jamais saisi dans toute sa splendeur…sans regret, avec l’espoir que la couronne de palmes, que cet orient m’a remis, fut méritée.

Rudolf Franz Lehnert
Redeyef le 15 janvier 1948
N.B. : Texte imaginé par Hamideddine Bouali à l’occasion de la commémoration du décès du photographe Rudolf Lehnert survenu le 16 janvier 1948 à Redeyef, voir les deux post précédents pour de plus amples informations à propos de ce photographe.


Photographies Hamideddine Bouali vieillies par un logiciel en ligne que vous pouvez trouver à l’adresse suivante :
http://labs.wanokoto.jp/olds/view/i3ldgc5p-20100107064237.jpg
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Tunis et ainsi 
et je ne l’échangerais pour rien au monde (2)
” Enfance “, Tunis 15 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 ” Abats-jour “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
 
 “Jeux d’enfants “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
” Patrimoine “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
 
 ” Architextures “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
 
” Luminaire “, Tunis 7 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

” Clavier “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Feu rouge “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
 
” Droit à l’image “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
” Délice de la lévitation “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
” Bande dessinée “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
” Fétichisme “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
“  A la Giacomelli “, Tunis 25 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
 
“  Les chaines de l’amour “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
Un moment de votre vie
Éloge du déclenchement
Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important. Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.
A nous tous de rendre ce projet viable
L’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire… Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille. Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.

Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr

Toutes les images seront publiées sur le blog http://unmomentdevotrevie.blogspot.com/ et sur Facebook. Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.


Hamideddine Bouali
5 décembre 2009
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Tunis est ainsi,
et je ne l’échangerais pour rien au monde

Tunis, novembre 2009. “Ma Tunisie”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Du fil à retordre”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Rencontres”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Mankenpis en couche culotte”, Photographie Hamideddine Bouali


Tunis, novembre 2009. “L’escalier d’Eisenstein“, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Populations”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Bannières”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Drapeaux”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Guirlandes”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Fanions”, Photographie Hamideddine Bouali


Tunis, novembre 2009. “Liens”, Photographie Hamideddine Bouali


Tunis, novembre 2009. “Portrait de Juliette par Roméo”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Au grand angulaire”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Luminaire”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Lampadaires”, Photographie Hamideddine Bouali


Tunis, novembre 2009. “Chaos”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Infrastructure”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Tambours 1″, Photographie Hamideddine Bouali


Tunis, novembre 2009. “Tambours 2″, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Tambours 3″, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Tambours 4″, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Amours”, Photographie Hamideddine Bouali

Rappel

Éloge du déclenchement
Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important.
Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.
A nous tous de rendre ce projet viable
L’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire… Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille. Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.

Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr

Toutes les images seront publiées sur un blog (l’adresse sera communiquée ultérieurement) et sur Facebook. Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.

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Retour sur la Rentrée

Vue panoramique du Patio de Beit el Bennani lors de la Rentrée symbolique de l’année photographique
4 photos avec le Lumix accolées. Photo Hamideddine Bouali 12 septembre 2009

Il suffit d’un rien
Qu’est ce qui fait qu’une manifestation soit réussie ? Un bon concept et beaucoup de chance. Pour la rentrée symbolique, il suffisait d’envoyer 10 photos, un autoportrait et un court C.V. Puis le jour de la manifestation, un avant-programme documentaire et un débat en fin de soirée pour les plus passionnés. C’est simple, efficace et cela donne une manifestation moins lourde à gérer qu’une exposition en « dur ». Deux personnes pour tout organiser en une semaine en exploitant le fabuleux pouvoir de facebook et un bon carnet d’adresse mail. Avec trois autres personnes pour la logistique le jour-même et le tour était joué…Difficile de faire plus efficace. Pour la chance, il fallait nous voir, Mr Mohamed el Bennani et moi-même, scrutant le ciel et prier que le ciel soit avec nous. Quelques gouttes de pluie, mouillant le parterre une demi-heure avant le début annoncé de la manifestation, nous ont démontré qu’il suffisait d’une brise fraiche pour que le nuage qui faisait du surplace au dessus du patio de Beit el Bennani mette fin à notre projet. En 2007, ils étaient une dizaine à répondre à l’appel, l’année dernière dix-sept, cette année 37 photographes de Tunisie et de l’étranger ont compris que le jeu en valait la chandelle. Rien à dépenser, ni tirages ni encadrements ni tracas pour transporter les œuvres et les ramener après. Aucune sélection, tout dossier envoyé était de facto accepté. Concept simple, efficace et volontairement racoleur. Ici il n’y a pas de contrainte d’emplacement d’accrochage alors pourquoi sélectionner ? Ne privons pas les jeunes photographes du bonheur de se voir sur grand écran, en les laissant rêver de paraitre meilleur que les photographes plus expérimentés.

El Qods n’est pas en Palestine tout comme Kairouan n’est pas en Tunisie
Après Bouchoucha lors de la première édition et Kahia l’année dernière, le fonds photographique de Beit el Bennani ne pouvait passer l’occasion de célébrer les deux cités : El Qods et Kairouan.
Talel Hammad évoqua el Qods à travers une vingtaine de Photographies de sa ville natale devant une assistance concentrée et émue, à un certain moment le Père Jean Fontaine demanda la parole pour raconter une anecdote qui s’est passé entre les Pères blancs d’el Qods et la mosquée voisine, aussi bien l’exposé que l’intervention furent chaleureusement applaudis.

L’universitaire tunisien Mohamed Kerrou prit la parole pour raconter Kairouan vu d’en haut par Van Rapeanbush et d’en bas par d’autres photographes. Le public silencieux comme dans un amphi de campus suivit les deux cours d’histoire qui durèrent, une vingtaine de minutes. Le public était si nombreux que le faisceau du vidéoprojecteur était en parti occulté par des ombres chinoises.
La salutaire pause café (Bondin) permit d’enlever l’allée centrale des chaises et de disposer des tapis. Le public bon enfant pris place confortablement. Nulle part ailleurs on peut assister à un spectacle photographique allongé à la romaine. Personne ne s’est plaint, bien au contraire d’ailleurs.

Vue plongeante sur le Patio de Beit el Bennani (Photographie Dalila Yakoubi)


Une belle Rentrée
La grande projection débuta juste après une succincte présentation du concept de la manifestation. Le silence se fit sans que personne ne l’ait exigé. Dans un calme majestueux, sans aucun commentaire, si ce n’est de ceux qui ont exigé que l’on n’utilise plus le flash, la projection continua sans discontinuité. Personne n’aurait pu prévoir que le public allait faire fonctionner la méthode l’applaudimètre après la dixième photo de chaque photographe afin de montrer son degrés de satisfaction.
Nous avons tous, organisateurs et public, constaté le magnifique mutisme qui régna lors de la projection. 55 minutes de photographies où presque tous les thèmes ont été abordés : portrait, scène de la vie quotidienne, nature morte, photographie de voyage, macrophotographie…aussi bien en couleur qu’en noir et blanc. Les photographes ? Depuis le photographe du dimanche jusqu’au confirmé, en passant par l’amateur éclairé le membre de club photo, le fraichement promu d’une école d’art… évoquant le matériel utilisé : du Holga bourré volontairement de défauts jusqu’au numérique à 18 millions de pixels. La panoplie était complète à tous les niveaux. Les satisfécits furent remis par l’ami des lieux Mr Ahmed Jellouli, flamboyant en costume traditionnel des grands jours, ce qui donna à la cérémonie un attrait particulier. La veille, le jury constitué par Mme Faten Aouadi, Kamel Benounes et Karim Kaddour octroya le prix du meilleur sujet à Heithem Chebbi et celui du meilleur espoir à Tarek Mrad. Minuit passé, une trentaine de personnes, pour la plupart photographes, encore assoiffés de photographie assista au débat que votre serviteur dû animé, en l’absence de Mahmoud Chelbi empêché par un deuil dans la famille. On évoqua lors de ce débat, le marché de l’art, les critères pris en compte par les critiques, les catégories de photographes…Brefs en fit un peu le tour du sujet mais il manqua au débat une polémique ; bien piquante, celle qui délit les langues , fait fuser les arguments et éclaircie les pensées des plus indécis. J’estime que la manifestation a rempli le but quel s’est fixé : faire rencontrer les photographes, montrer les travaux de ceux qui n’ont pas les moyens, ou l’opportunité, d’exposer.

Sur facebook ou par mail quelques uns m’ont communiqué leurs opinions :

Sabrine Belkhouja : « Très bonne ambiance, j’ai beaucoup apprécié !! Malheureusement, je ne pouvais pas rester jusqu’au débat car j’avais un déplacement à faire. J’aurais aimé entendre les avis sur mes photos mais bon inchallah une autre fois car ce ne sera pas ma seule participation ;) Merci en tout cas et bonne continuation.
Karim2k : « la rentrée doit symboliser le démarrage des classes! Où est notre calendrier :) ? ».
Ben karim « C’était exceptionnel a refaire et refaire! bravo Hamideddine ! »
Marwene Trabelsi :
Une grande attente et une grande déception pour ” la Rentrée “. Se que j’attendais c’est un niveau élevée et apte d’être prêt à concourir à l’échelle international, mais ce que j’ai trouvée une énorme quantité sans qualité !!! Un niveau trot bas surtout le point conceptuel et sans un travail de réflexion derrière !!!

La photo contemporaine n’est plus un geste minime d’un simple acte de prise de vue c’est toute une réflexion sur le thème le sujet l’angle et la manière de la prise de vue je site à titre d’exemple les fabuleux travaux de « Lucie et Simone » à Ghar el Mel ou bien de « Romain le blanc » , pour moi sa le vrai sens de la photographie contemporaine !!!
Pas un travail primitif à mon avis de prendre des clichés du quotidien !!!
Et si on veux se situer à l’échelle Internationale on est très loin de la course ou dans une piste parallèle qui marche à un rythme de Tortue …
- notre voyage au Maroc nous à permis de voir l’évolution de nos voisins les Marocains qui sont on avance sur nous !!! et qui on pris un grand élan sur la scène international.
- à mon avis le premier problème c’est un problème de voir, il faut voir l’ensemble de la scène International pour se situer.
- Le second problème c’est un problème de sujets et de thèmes, il ya pas une originalité dans les choix des sujets traiter (que du déjà vue … )
- Le troisième problème c’est la focalisation de l’outil technique pour le but de la création photographique et non pas le contraire (c’est-à-dire que la technique prend le dessus sur le sujet)
On bref se sont ces quelque point qui m’en interpeller et qui on attirer mon attention, désolée j’ai pas assez de temps pour développer ma thèse car j’ai des engagements professionnel qui me prive tu temps nécessaire
Bon courage et bon chance pour le bien de notre Photographie Nationale
Mehdi Zribi : Tout d’abord j’aimerai ben te féliciter pour le succès que a eu la manifestation à Beit el Banneni, c’était une très belle réussite. C’était ma première participation, et je suis sûr que ça ne sera pas la dernière :) , J’ai une faveur, est ce qu’il est possible de me faire part de vos commentaires sur mon travail, ça m’intéresse beaucoup..J’aurais voulu connaitre l’avis des pro en photographie, ça sera pour moi l’occasion pour m’améliorer, apprendre et aller plus loin dans ma passion :) Saches que je suis ouvert à toute critique :) (Si tu as le temps bien sûr, je suppose que tu es débordé :) )
Au plaisir de se rencontrer dans d’autres manifestations. C’était un échange culturel et artistique très bénéfique :) Hâtes de participer encore une fois dans des manifestations pareilles!! Le public été à la hauteur d’un tel événement :) Bravo :)
Ons Abid : « bravo pour le travail fourni et j’espère que tu étais en forme aujourd’hui »
Elyes Djazz : « heyyy =)) moi j’étais parmi ceux qui étaient assis directement sur le marbre, regardant les photos depuis un angle fermé. Peu importe, on ne sent plus rien des que les photos sont projetés sur le mur, des thèmes et des couleurs, et tour a tour cela m’enchante et m’intrigue… Pour moi, c’était vraiment époustouflant, grandiose, cela m’inspire et m’encourage de plus en plus pour me mettre corps et âme dans la photographie»
Rim Lariani: « Moi j’ai adoré la soirée du début jusqu’à la fin même si on était entassés en bas, les uns sur les autres. J’ai aussi aimé le calme qui régnait lors de la projection des photos, je ne voulais pas que cette dernière se termine au fond. Dommage que ce genre d’événement a lieu une fois par an. Il nous le faut plus souvent et je pense que plus on organise des soirées de ce genre, plus il y aura des intéressés (spectateurs et participants) et donc plus le domaine de la photo évoluera en Tunisie :) »
Meloman : « ban moi jetais assi puisque je suis venu plutot lol mais ban cété géniale et trés réussi trés bénéfique et surtt content de vous revoir tous »
Dalila Yakoubi : « une très belle ouverture d’une nouvelle année photographique ; bien organisée ; je suis très contente et ravie d’être parmi vous :) au prochain rendez-vous nchallah. ».

à suivre : “Critères de la Critique”
Hamideddine Bouali
22 septembre 2009
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La Rentrée

Affiche de la manifestation réalisée par Hamideddine Bouali (cliquez pour agrandir)


Pour la troisième année consécutive Beit el Bennani organise La Rentrée de l’Année photographique. Notre ambition est de réunir le plus grand nombre de photographes afin de connaitre les auteurs au-delà de leurs œuvres, d’écouter des opinions, de partager des rêves, d’encourager des projets et de susciter des vocations. Notre souhait et de voir, à l’instar du cinéma, du théâtre, de la littérature, de la chanson et de la musique, une photographie tunisienne. Une photographie se situant entre le cliché édulcoré et l’académisme épuré, une photographie vraie, sincère et qui aura longue vie.

Le programme de la manifestation sera varié. Cette année on célèbre deux villes : El Qods ; Capitale Culturelle Arabe et Kairouan, Capitale Culturelle Islamique. Depuis le fonds Beit el Bennani un choix de photographies permettra d’apprécier l’évolution urbaine de ces deux cités dont l’histoire, bien que différente, nous intéresse particulièrement. La dimension documentaire de la photographie se révèle, ici plus qu’ailleurs, prépondérante.
La soirée se poursuivra sur un autre registre. Plus de quatre cents photographies signées par une trentaine de photographes débutants ou confirmés, tunisiens et étrangers, sans aucune autre ambition que d’être là ou désirant affirmer leur présence seront mises au même niveau d’appréciation. Ce sera au public lui-même de voir puis de se faire une idée sur l’état actuel de la créativité photographique à travers une projection sur grand écran. Avant d’entamer la troisième et dernière partie de la soirée consacrée au débat, il sera procédé à la remise des satisfécits aux photographes dont un jury constitué, aura estimé à juste titre les œuvres.
Est-il pertinent d’affirmer que la bonne santé d’une pratique photographique est une cause directe de l’émancipation de la critique ? Ce baromètre est toujours sous pression, acculé entre l’envie de tout dire et la prudence de ménager les sensibilités. Incontournable acteur – tout comme le curateur – le critique, polémiste sans le vouloir et incorrigible pamphlétaire, se trouve souvent pris à parti tout simplement parce qu’il a pris position. Tout comme un premier jour d’école porteur d’espoir de réussite, nous voulons instaurer une tradition ; celle de partir, du bon pied, depuis la même ligne de départ pour convoiter une unique arrivée ; la promotion de la photographie en Tunisie.

Hamideddine Bouali
12 septembre 2009
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Deux “L” pour voler
Chronique des chroniques
Des quatre chroniques de la Lune annoncées celle intitulée « Nouvelle Lune » tardera encore un peu avant de paraitre. Elle sera probablement publiée lors de la prochaine nouvelle lune ; le 18 septembre. Des sujets graves et rarement évoqués sont la cause de cette longue gestation. Les mots, les mots justes sont parfois difficiles à trouver, la présence d’un dictionnaire n’est pas d’une grande utilité, le problème se situ
ant dans la localisation du signifiant.

Lumix et Leica : deux « L » pour voler
Le tour des propositions, selon mon budget, des principaux constructeurs, Nikon, Canon et Sony m’a permis d’avoir une idée précise de l’état de la technologique actuel. Puis dernièrement je me suis épris du Finepix S3, un appareil assez particulier au point que j’ai fait un déplacement de 600 kms pour enfin trouver une offre ne correspondant pas à l’annonce publiée. Cela m’a donné la possibilité de visiter Gafsa. J’avais des préjugés sur les possibilités des bridges. Ces appareils sont au milieu de l’offre technologique – mais leur prix empiètent sur le créneau des compacts et dépassent parfois celui des reflexes. Un bridge, concept récent, est un appareil photo muni d’un objectif fixe mais disposant d’une focale variable qui couvre la totalité des besoins d’un photographe. Toute la mécanique du miroir amovible des reflexes est absente ici, elle est remplacée par un viseur électronique, ce qui fait que ces appareils produisent beaucoup moins de bruit. A part cela je n’ai pas vu de différence notable entre un bon reflexe 24 X 36 et le Lumix DMC –FZ 50 que je viens d’acquérir.

Le Panasonic Lumix DMC –FZ 50. 10 Mpix et zoom 35 – 420 f 2,8.


Toute suite acheté il fut utilisé. Le zoom de 35-420 mm ouvrant à f : 3,5 est un Elmarit de Leica, plus la peine de trimballer au
moins deux zooms pour couvrir cette impressionnante amplitude. Le stabilisateur est là pour permettre une prise de vue à main levé même aux focales extrêmes. Le gain en confort d’utilisation, pour un photographe de ville comme moi, est indéniable. Il me faut bien évidemment quelques jours pour avoir une prise en main totale de ce Lumix qui offre des options pour tous les goûts, la plus intéressante étant la possibilté de photographier au format 4:3 (écran de PC), 3:2 (télévision) et même le 16:9.

Les Souks de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 11. Photo (16:9) Hamideddine Bouali

Les Souks de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 13. Photo Hamideddine Bouali

Les Souks de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 24. Photo (ton chaud) Hamideddine Bouali

Bab Bh’ar (la Porte de la mer) de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 33. Photo (recadrée) Hamideddine Bouali

Bab Bh’ar (la Porte de la mer) de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 34. Photo Hamideddine Bouali

Bab Bh’ar (la Porte de la mer) de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 45. Photo Hamideddine Bouali

Aujourd’hui je me remets en selle, quelques photos à la Médina, passage obligé si je puis dire entre mon bureau et le centre ville de Tunis (42° à l’ombre), puis un long moment de pur de bonheur photographique devant Bab Bhar (la Porte de la mer).

Hamideddine Bouali
29 août 2009
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Communiqué
Pour la troisième année consécutive Beit el Bennani organise symboliquement La Rentrée de l’Année photographique. Vue le succès grandissant de cette manifestation, l’année dernière un nombre conséquent de photographes ayant répondu à l’appel, il est fort probable que cette édition verra la participation d’un nombre supérieur.

Bab Menara vers 1900. Carte postale. Droit reservé


Le samedi 12 septembre 2009 à partir de 21h30, le patio de Beit el Bennani (11 bis boulevard Bab Menara) accueillera tous les photographes ; les passionnées, les débutants, les confirmés, les étudiants, les enseignants, les professionnels, les jeunes, les moins jeunes, les tunisiens de Tunisie ou résidents à l’étranger, les étrangers résidents en Tunisie ou ailleurs…Tous sont invités à participer à ce rendez-vous unique en son genre. Une grande soirée de projections de travaux personnels, sans restrictions de techniques, de thèmes ou de démarches.

Programme provisoire :

Projections d’un ensemble de photographies anciennes. Fonds Beit el Bennani
Projection des travaux photographiques reçus
Dégustation de cafés de marques
Débat animé par Mahmoud Chelbi sur le thème : « La critique photographique en Tunisie»
Distribution de satisfécits

A. Meilleur sujet (photographes confirmés)

B. Meilleur jeune espoir (nouveaux photographes)

Modalités de participations :

10 photographies (ni plus ni moins) de résolutions écran
Autoportrait du photographe
Titre de l’ensemble

Un Curriculum Vitae

Dossier à envoyer avant le 8 septembre 2009 à l’adresse : photoramadan2009@yahoo.fr

Pour de plus amples informations prière contacter
le coordinateur : Hamideddine Bouali : Tél : 99590578
ou par mail : beitelbennani@yahoo.fr

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Qui êtes-vous monsieur Lehnert ?

Yasmine Ouazzani journaliste au magazine Le Courrier de l’Atlas, paraissant à Paris, me contacte au début du mois de mars pour un jeu de question-réponse à-propos de la photographie Orientaliste en général et de Lehnert en particulier. Par manque de place cet entretien n’a pas paru dans le magazine en question (N° 25 daté avril 2009) et Yasmine s’en désole autant que moi puisqu’elle fut obligé de ne citer que quelques extrais (en bleu dans le texte).
Ci-après l’entretien complet…d’où l’utilité d’un blog.

Yasmine Ouazzani : En tant que photographe, quel regard portez-vous sur la photo orientaliste ?
Hamideddine Bouali : J’ai le sentiment que la photographie orientaliste a produit quelques spécimens remarquables, ni plus ni moins que les autres photographies ; la pictorialiste, la documentaire, la surréaliste, l’humaniste… Néanmoins nous sommes en présence non pas d’une école ou d’un style artistique – on n’en connait aucun manifeste écrit ni de chef de file déclaré- mais d’une vision d’un monde par rapport à un autre ou d’un autre. L’orientalisme – singulièrement par l’intermédiaire du vecteur de la photographie – en empiétant sur d’autres domaines – le politique, l’historique, le géographique, l’ethnologique, le touristique – suscite bien évidemment davantage d’interrogations
.

Carte postale N° 897 intitulée “Dans l’Oasis “d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)

Je trouve par ailleurs la citation de Victor Hugo – qui trouve en 1829 que l’Orient est devenu « Une préoccupation générale »- d’une rare acuité… Bien que la Campagne d’Egypte était depuis longtemps finie, la France, qui demeurait encore sous le charme de cette civilisation décrite, analysée et déchiffrée par ses scientifiques, se préparait à – précisément – occuper quelques pays d’Orient ou considéré en tant que tels. Tout cela me revient à l’esprit dès que je me trouve en présence d’une photographie orientaliste ou à caractère orientaliste ; formulation que j’estime plus appropriée.

Yasmine Ouazzani : Une galerie parisienne, Galerie au Bonheur du Jour, a récemment exposé des photos de Lehnert et Landrock, prises en Tunisie et en Algérie entre 1904 et 1910. On y voit entre autres des nus d’enfants. Que vous inspire l’exposition de telles photos en 2009 ?
Hamideddine Bouali : Le nu est une thématique particulière, alors que dire quand il s’agit d’enfants et de surcroit en photographie ? L’exposition « Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie» organisée à Lausanne l’année dernière et actuellement à Paris évoque plusieurs cas de photographies de nus d’enfants réalisées dans le passé ou aujourd’hui en Occident qui ont fait scandale. Alors le fait que je prenne des gants dès qu’il s’agit de telles images n’a rien à voir avec le fait que je sois né de ce coté-ci de la Méditerranée.
Cela dit, en tant qu’enseignant, je m’oppose à toute interdiction puisque je demeure convaincu que montrer ces photographies, ainsi que toutes autres photos qui pourraient faire polémique (photos de guerre, de propagande, outrageante, attentatoire…) est essentiel puisque didactique. Le travail pédagogique s’inscrit alors dans la recherche des circonstances, des raisons et surtout des utilisations de ces images. C’est un minutieux travail de lecture que d’autres photographies n’exigent pas. En conséquence de ce que je viens d’avancer, je suis convaincu que si toute photographie est à voir dans le cadre d’une exposition, certaines devraient être suivies d’une attention particulière par devoir de précaution vis à vis d’un public en ignorance de cause de l’Histoire et de celle de la photographie en particulier. Dans ce cas précis, il est question d’une différence d’appréciation de la notion de pudeur. L’histoire des mentalités nous apprend que la nudité a été différemment considérée ; sublimation du corps ou son humiliation.

Carte postale N° 742 portant le titre “Types d’Orient esclave” d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)


Yasmine Ouazzani : Doit-on montrer ces images qui somme toute reflètent un passé et une Histoire ? Où et comment les montrer alors ?
Hamideddine Bouali : Le fait que ces images ont été réalisées à une époque ou nous étions sous protectorat, que ces enfants ignoraient totalement ce que l’on fera de leur image me pousse tout naturellement à la plus grande prudence. En tant que curateur j’estime que la mission d’un commissaire d’exposition ou d’un galeriste s’exerce au beau milieu d’un carrefour périlleux. Au croisement de la liberté d’expression, reconnue plus ou moins universellement à tous (pourquoi limiter ce privilège aux artistes et aux journalistes ?) et de la bienséance appropriée à chaque lieu et en toute époque. « Jusqu’où aller trop loin ? » cette devise en forme d’interrogation serait le parfait credo des curateurs car n’oublions pas que si la culture est là pour nous rassurer, l’art est une continuelle transgression des normes.
Le fait que ces photographies furent réalisées il y a un siècle ne pourrait en aucun cas être considéré comme un sauf-conduit. Ceux qui pensent le contraire ont-ils estimé le temps nécessaire pour exposer certaines photographies de Mapplethorpe, de La Chapelle ou de Diane Arbus sans précaution particulière ?
Exposer ces photographies dans une Médina pendant le mois saint de Ramadan est irresponsable, car là on confond transgression et provocation. Je suppose toutefois que ces mêmes photographies pourraient occuper les cimaises d’une autre galerie sans provoquer de réactions particulières trois mois plus tôt et ailleurs que le centre historique et traditionnel d’une ville arabe. Je suis totalement d’accord avec Benjamin Stora quand il affirme que « L’image nous renseigne plus sur la société qui la regarde que sur elle-même ». Ainsi les photographies controversées de Lehnert qui demeurent, en tout cas pour moi, une énigme ont réussi à provoquer une importante littérature aussi bien élogieuse que calomnieuse.

Yasmine Ouazzani : Doit-on en interdire la diffusion au nom du droit à l’image d’autant plus qu’elles montrent des jeunes pré pubères dans le plus simple appareil ?
Hamideddine Bouali : Non, puisque personne de ces modèles ne s’est porté partie civile !!! D’ailleurs ce droit n’est pas spécifique à cette tranche d’âge, toute personne s’estimant lésée par la diffusion de son image pourrait porter plainte. En l’absence dans le Code civil français d’une mention relative à la transmissibilité du droit à la vie privée, les tribunaux reconnaissent que la dimension patrimoniale du droit à l’image et du droit à la vie privée est transmissible comme tout autre bien faisant partie du patrimoine. On lègue son image tout comme toute autre bien immobilier. Cela voudrait dire qu’un descendant de ces personnes prises pour modèles pourrait soit demander l’arrêt de la diffusion d’une photographie où figure un de ses aïeux s’il estime qu’il y a préjudice moral ou alors demander exactement le contraire : revendiquer une part des bénéfices générés (vente de tirages ou de cartes postales) ! Cela semble loufoque, mais c’est une lecture possible de cette loi.
Par ailleurs le Code tunisien de la protection de l’enfant (promulgué en novembre 1995) stipule que la protection de l’enfance est prioritaire sur toute autre loi. Ce code garantit à l’enfant (toute personne humaine âgée de moins de dix-huit ans et qui n’a pas encore atteint l’âge de la majorité par dispositions spéciales), le droit de bénéficier des différentes mesures préventives à caractère social, éducatif, sanitaire et des autres dispositions et procédures visant à le protéger de toute forme de violence, ou préjudice, ou atteinte physique ou psychique, ou sexuelle ou d’abandon, ou de négligence qui engendrent le mauvais traitement ou l’exploitation. Si ce Code ne peut s’appliquer aujourd’hui aux enfants figurant sur les images en raison de la non-rétroactivité des lois, il est par contre approprié aux jeunes visiteurs des expositions, au cas où celles-ci aient lieu en Tunisie.

Mars 2009

Commentaires
Le dossier intitulé dès la couverture : « Orientalisme, art, histoire ou scandale ? une exposition controversée » semble porter en lui-même le jugement final… pas besoin d’enquêtes ni de débats. Et si c’est justement les trois à la fois…Art ; surement puisque les œuvres de Lehnert ne sont pas dénuées d’un certain souffle artistique. Histoire, forcément car elles ne peuvent se lire qu’à la lumière de la colonisation des sujets photographiés et la biographie du photographe, Scandale ? inévitablement comme pour toute œuvre qui transgresse.
Le Courrier de l’Atlas, comme bon nombre d’historiens, veut absolument faire débuter l’histoire de la photographie dans les pays du Sud de la Méditerranée avec leur occupation par une Puissance européenne (colonisation ou protectorat). Il y a là un non sens, c’est uniquement une coïncidence qui a fait que l’expansion de la photographie (aussi bien là qu’ailleurs) s’est faite parallèlement avec l’hégémonie des pays européens en Afrique et en Asie. La contemporanéité des événements ne veut absolument pas signifier leur causalité. Rappelant que Lehnert était Autrichien et aucun historien sérieux ne pourra l’accuser d’avoir été colonialiste voire raciste !!!
Le dossier (d’instruction) du Courrier de l’Atlas est totalement défavorable à Lehnert. Aucune mention n’a été faite sur la grande qualité de sa photographie – les photos de nus n’étant qu’une mince partie – à part les appréciations de Nicole Canet, gérante de la Galerie Au Bonheur du jour.
D’autre part l’article cite une phrase (hors entretien) tirée d’un livre que j’aurais fait paraitre est pour le moment prématuré. J’ai effectivement rédigé un texte docu-fiction-historique où des descendants d’un modèle faisaient un procès à Lehnert pour droit à l’image. Au cours de ce procès le procureur (faisant son métier) trouve que Lehnert se venge – à sa manière – des orientaux en les mettant à nu. Vienne ne fut-elle pas par deux fois assiégé par les Ottomans ? La Méditerranée ainsi que tout le sud de l’Europe n’étaient-ils pas à la merci des musulmans ? Personnellement je me situe exactement entre les accusations outrancières du procureur et les éloges de l’avocat de la défense.
La dernière phrase de l’article final du dossier, signé Abdelkrim Branine, aurait mieux fait de rester sur l’écran de l’ordinateur du rédacteur en chef que de figurer en guise d’argument indiscutable et définitif sur les photographies controversées de Lehnert : « …des galeristes allemands auraient-ils la possibilités d’exposer à Berlin puis à Paris des photographies de jeunes Françaises dénudées prises pendant l’occupation ? Avoir la seule polémique née l’an dernier lors de l’exposition Les Parisiens sous l’occupation, rien n’est moins sûr… ».
Comment se permet-on de comparer des pays, des époques, des mentalités…et le photographe dans tout cela ?
Encore une fois on fait parler les photos, les historiens, les critiques, les spectateurs mais pas le photographe. Pauvre Lehnert ! Chaque fois qu’il est évoqué, la nuance s’éclipse !!!

Hamideddine Bouali
9 avril 2009

Pour vous faire une idée précise à propos de l’œuvre de Rudolf Lehnert ne manquez pas de visiter le site de mon ami Michel Megnin : http://michel.megnin.free.fr/

A propos de Lehnert vous pouvez consulter mes textes sur ce même blog :
« Lehnert, le retour ». 1 juin 2006
« Administration du visuel » . 31 octobre 2006
« Ce que je pense de l’exposition “L’image révélée” ». 31 octobre 2006
« Une théorie contestable, un fait oublié et une exposition ». 5 novembre 2006
« Amicalement Votre ! ». 2 novembre 2006
« Les miroirs feraient mieux de penser avant de réfléchir une image ». 7 décembre 2006
« La Photographie ne finira pas de parler d’elle ». 31 janvier 2007
« États de la photographie entre le malentendu visuel et la responsabilité du commissaire ».15 janvier 2007

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Bonne fête aux pecheurs(*)



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Le poisson d’avril aurait plusieurs origines possibles. La plus connue serait que le premier jour de l’an était le premier avril, d’où la signification de son nom latin ; Avril vient du latin aprilis ; aperire : ouvrir…l’année. Et c’est la promulgation de L’Edit de Roussillon en 1564 par Charles IX – âgé alors de seulement 14 ans – qui ordonna en ces termes ce changement: “Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives,et toute escripture privé,l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier “.

En 1582, le pape Grégoire XIII réformera le calendrier julien, et étendra cette mesure à toute la chrétienté. Le jour de l’an était l’occasion de se faire des cadeaux et on continua à le faire pour l’ancienne date pour marquer ce décalage. Mais pourquoi poisson ? c’est du fait qu’au début du mois d’Avril, la lune sort du signe zodiacal des Poissons. Alors ces farces ne sont qu’une façon de fêter le premier jour d’une nouvelle année qui a déjà commencé. Nous somme devenus trop sérieux et un peu d’humour – quand il est inoffensif – nous fera beaucoup de bien.

On sait que le vraisemblable peut ne pas être vrai et c’est une des manières pour faire des poissons d’avril. Beaucoup se sont pris à l’hameçon du poisson d’avril publié dans la Chronique chronométrée, effectivement l’information à propos du passage du satellite « WorldView-2 » au-dessus de Tunis pour alimenter le site Earth Google est un canular. Il n’est pas possible aujourd’hui d’avoir cette information. Dommage on aurait pu faire de belles performances.

Je m’excuse pour les désagréments causée par cette fausse information.

Le Jardin public Habib Thameur à Tunis. Vue prise depuis Worlview le 29 janvier 2008 (cliquez pour agrandir)

Altitude 1520 m. 30°48’17,76″ N 10°10’39,71 E.



je suis un pecheur (* à vous de mettre l’accent qu’il faut).

Pour ma défense je reprendrais les propos de Mr. Jacques Pochart, fidèle lecteur de ce blog à qui j’ai soufflé le secret : « Bravo Monsieur Bouali, l’humour est une des valeurs sûres de notre époque…». Un site tunisien s’intéressant aux nouvelles technologies me contacte pour vérifier la véracité de l’information. Mon interlocuteur ne cacha pas sa surprise de trouver une fausse information faites d’éléments vrais. Tout comme celui de l’année dernière à propos de la fondation de la Maison tunisienne de la photo.

Cependant je commence à douter de la pertinence de mon comportement. Ma conscience – parfaitement incarnée dans une personne – me mets en garde : « tu es en train de perdre ta crédibilité en agissant ainsi…La divulgation de fausses nouvelles pourraient porter préjudice à ta stature. Si tu veux demeurer encore une référence dans la photographie réfléchit davantage et analyse tes actions de tous les points de vues ». Elle ajouta : « tu devrais finir ton livre, organiser une exposition…je ne te vois pas autrement qu’ainsi ». Alors soit ! et ainsi soit-il ; il n’y aura pas d’intox le premier avril 2010, mais est-ce que c’est crédible d’affirmer cela aujourd’hui ?


Le bonheur expliqué aux adultes

Juste après la guerre de Gaza et juste avant la publication de la Petite chronique intitulée « La Gestion des conflits expliquée à ma fille » sur ce blog, ma fille Jenaina ( 14 ans, tout comme Charles IX, le 24 mars dernier) rédige une rédaction dont le sujet était : « Imaginez que vous rencontrerez un homme aux pouvoirs surnaturels. Racontez ce qui s’est passé entre vous deux et ce que vous lui avait demandé ».

Voici ce quelle avait écrit.

Pendant une nuit orageuse, j’étais dans mon lit et je n’avais pas sommeil. Tout à coup j’ai entendu un bruit qui semblait bizarre. Alors je me suis levée et j’ai suivi le son de ce bruitage qui m’a conduite à la cuisine ; j’ai trouvé un homme drôle qui cherchait dans le réfrigérateur, alors j’ai crié :

-Qui êtes-vous ?

-Je suis un magicien et je suis venu vous proposer mon aide, dit cet homme bizarre.

-Pourquoi moi ?

-Demandez quatre vœux et ils seront exaucé.

Après une réflexion je lui ai demandé :

-Mon premier vœu, c’est d’arrêter la guerre dans le monde.

-Vos désirs seront des ordres.

-Mon deuxièmes vœu, c’est de réduire la famine dans le monde et de donner de l’argent aux pauvres et aux sans abris.

-Votre vœu est exaucé. Quel est le troisième ?

-Mon troisième vœu, c’est d’arrêter la vente des armes.

-Et votre quatrième vœu ?

-Mon dernier vœu c’est de trouver un remède aux maladies incurables.

-Et vous ?

-Comment ça ?

-Vous n’avez rien demandé pour vous rendre heureuse, pas d’argent ni rien ?

-Mon bonheur et ma joie c’est de regarder les infos sans voir qu’il y 1400 morts en Palestine ni 500 mille chômeurs, ni 10 mille sans-abris qui dorment dans la rue. C’est ça le vrai bonheur. L’argent n’est pas quelque chose d’essentiel dans la vie…vous savez !!!


Pour sa copie elle reçut 16,5 avec la mention « très bien ».

Je n’ai pas de mots pour qualifier sa précocité, son bon sens et surtout son altruisme…Mais je suis mal placé pour lui faire le moindre éloge – comment allait-elle le prendre ? – me contentant de lui sourire et de lire à haute voix la mention écrite au stylo rouge.

C’est bien moi qui avait écrit dans la XXXIVème Chronique à propos de la correction de mes textes par mon père en présence de ma mère : « Je prenais toujours, la question (ma mère demandait à mon père ce que valait mes écrits) comme l’interrogation d’une jeune mère à-propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent ».

Je me trouve aujourd’hui au juste milieu de deux générations, cerné entre un père largement écrivain et une fillette qui promet. Je ne me suis, donc, pas trompé sur ce que ces petits doigts feront à l’âge adulte (idem, j’ai toujours voulu utiliser cette formule).

Les Bouali seront encore là pour longtemps à noircir les pages des journaux, des livres, des blog et des copies de dissertations.

Rédaction

Jenaina et Hamideddine

Relecture et correction

Mahmoud

BOUALI


(*)Pécheur (avec un accent aigu)est celui qui est coupable d’avoir commis un péché, une faute ou une mauvaise plaisanterie (comme les Poissons d’avril), alors que pêcheur (avec accent circonflexe): c’est un marin qui vit du produit de la pêche (y compris le poisson).

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Ici repose Marilyn Monroe 97-62-92*

Osons !

Outrance – allant parfois à l’outrage – c’est peut-être le titre qui convient le mieux à notre chronique d’aujourd’hui. Marilyn fut outrageusement photographiée et démesurément exhibée et on alla jusqu’à publier son portrait post mortem, je vous conseille de ne pas le voir. On ne cessa depuis sa disparition de publier sa biographie autorisée ou romancée. De son vivant certains l’avait trouvée une simple vision qui s’estompera d’elle-même avec sa vie, d’autres y décelèrent une personnalité déroutante que personne n’a comprise ni essaya de comprendre. Presque tout avait été dit à son sujet et elle semble avoir usé tous les photographes qui ont cru la capturer.
Je ne pourrai pas photographier Marilyn mais je tenterai un portrait écrit…dommage…pour elle.

Marilyn par Henri Cartier Bresson 1962

Monroe fut une sublime tragédienne qui n’avait pas raté sa sortie. Imaginez-vous une Marilyn âgée de 83 ans, tout comme un James Dean grand père ou un Gérard Philippe doyen des acteurs ? Évidemment, c’est facile d’affirmer cela après que ces stars eurent brillé au fermement puis ont dramatiquement disparu. Leur mort subite avait tout de suite transformé en mythe absolu leur circonstancielle célébrité. C’était le prix à payer.

Marilyn par Bruce Davidson 1962 (photo 6)

Séances
Le jour du tournage de la scène de Sept ans de réflexion, où Marilyn se pavane sur une bouche d’aération, un chroniqueur avait remarqué que : « Si Manhattan était envahi par les Soviétiques personne ne s’en rendrait compte », tant il y avait foule sur le set de tournage. Son époux Joe Dimaggio cloitré, à quelques pâtés de maison dans sa chambre d’hôtel, était fou de rage.

Marilyn Monroe pendant la réalisation de l’image de l’affiche Sept ans de réflexion. Photo DR 1955

Marilyn par Phillipe Halsmann 1955 (photo 5)

Au retour elle se fait sérieusement réprimander et la décision fut prise qu’il valait mieux se séparer. Pourtant selon son Fan club, Marilyn aurait offert en guise de cadeau de noces à son époux une photo d’elle nue réalisée par Kelley Tom, il savait donc à quoi s’en tenir !!! Épouser une femme aussi fascinante n’était pas de tout repos !!! Le constat aurait était le même s’il s’agissait de l’épouse de Marlon Brando, de Brat Pitt ou de Paul Newman.

Marilyn par Inge Morath.1962 (photo 2)

En épousant un champion adulé puis un écrivain célèbre tout en étant (!) l’amie intime d’hommes politiques ; elle ne fit que concrétiser les rêves de la moitié de l’humanité. Chaque femme ne rêve-t-elle pas de vivre avec un homme riche, intelligent et puissant ?…dans l’impossibilité de trouver ces qualités réunies chez un seul homme (!), Marilyn comprit ce qu’il lui restait à faire. Avec un sublime corps, un sex-appeal sans pareil et un air de fashion-victim inimitable elle incarna les phantasmes de l’autre moitié de l’humanité. Cela ne pouvait pas continuer ; porter sur ses frêles épaules une aussi grande responsabilité. Deux ouvrages (**) qui lui on été récemment consacrés portant le même titre – l’un au singulier l’autre au pluriel – pourraient résumer la singularité de sa vie. Elle vécut entre deux séances ; la photographique et la psychanalytique. Elle se donnait à l’une comme à l’autre sans compter, le divan du psy s’utilisait aussi par le photographe pour la commodité de la pose.

Marilyn par (et avec) Eve Arnold.1962 (photo 1)

Marilyn Monroe, vie et mort d’une image
Est-ce un pléonasme d’affirmer que la plus grande star du cinéma américain que fut Marilyn Monroe a été l’actrice la plus portraiturée ? Je suis tenté d’entreprendre une étude sur la manière dont elle avait été vue. Elle pourrait être la seule personne à être photographiée à la fois par Henri Cartier-Bresson (***), Eliott Erwitt, Inge Morath, Philippe Halsman, Eve Arnold, Bruce Davidson, Richard Avedon, Cornell Capa, Sam Shaw, Bert Stern, Kashio Aoki, George Barris, Alfred Eisenstaedt, Milton Green, Allan Grant…Avec elle comme postulat, le portrait comme constance et les manières de la photographier comme inconnues…il y a là de quoi batir une théorie.

Marilyn par Burt Glinn 1962 (photo 4)

Si Eve Arnold a réussi à dénicher la femme en Marilyn,(photo 1), Inge Morath (qui rencontra Arthur Miller l’ex-mari de Marilyn sur le tournage des Misfits et l’épousa plus tard ) est allée à la rencontre de l’enfant qui s’y cache (photo 2), Cartier-Bresson dans une photo d’une rare virilité a résumé son irrésistible magnétisme (photo 3). Burt Glinn dans une photographie prise à la dérobée, sans l’artifice des accessoires ni l’éclairage travaillé de studio, montre une Marilyn époustouflante de charisme (photo 4). Halsman reprend à sa manière le thème de la robe au vent (photo 5)! Alors que Bruce Davidson en une seule photo a tout dit à propos de sa popularité (photo 6). Voilà donc une problématique toute prête pour les étudiants en Beaux-Arts en mal de sujets de thèse.

Marilyn par Henri Cartier Bresson 1962 (photo 3)

D’autres photographes, aussi bien amateurs que professionnels se sont bousculés pour avoir le plaisir de la photographier. Pendant sa courte existence elle fut l’incarnation d’une image. On peut voir sur le net des milliers de photographies de Marilyn Monroe mais je trouve que celle qui résume le mieux sa célébrité, et non sa personnalité réelle, fut réalisée paradoxalement par un graphiste de Life. De son vivant déjà, Marilyn a fait la couverture de plus de 1500 magazines de par le monde. Pour le soixantième anniversaire de ce magazine paru en octobre 1996, Rob Silvers reproduit le portrait de Marilyn en usant de quatre cents couvertures. Marilyn qui semblait nue, même quant elle était vêtue, fut de cette manière habillée par Rob Silvers. C’est l’image qu’on a voulu donner d’elle ; un revêtement, un emballage, un décor de western. Mais elle…elle demeure une énigme, faussant compagnie à toute tentative d’explication.

Marilyn par Rob Silvers pour les 60 ans du magazine Life. Octobre 1996


Les photographies faites de Marilyn Monroe ne sont pas à proprement parler des portraits. Ce sont des “Photographies de Marilyn” alors qu’elles prétendaient être des “Marilyn Photographiée”. Warhol, Halsman et tant d’autres, peut-être fascinés par l’extrême beauté plastique de leur modèle n’ont fait que passer à côté de leur sujet, Life ne faisant que pousser cette logique de l’incompréhension à son comble. Comme une photographie, Marilyn paraissait sans épaisseur alors qu’elle cachait une complexité inaccessible. Bien qu’intégralement exhibée elle ne manqua pas de mystère. Tout comme une image, elle suscite encore passions et tentatives d’explications.

Marilyn par Cornell Capa 1962

Les dernières séances
Jamais la notion de “Projet photographique” n’aura une signification aussi puissante que ce jour de juin 1962 à l’hôtel Bel-Air de Los Angeles. Un face à face entre le photographe Bert Stern et Marilyn Monroe. Rendez-vous pris dans l’intention manifeste de dresser
“Un Portrait définitif” de la star. Imaginez la scène, une chambre d’hôtel, tout ce qu’il y a de plus anonyme et de banal, la plus adulée des actrices de cinéma, avec quelques accessoires et un photographe. Lors de cette gargantuesque séance de prise de vue, 2568 clichés en noir et blanc, 372 en couleurs furent réalisés. Cela fait exactement 245 rouleaux de 12 poses. Les chargements et déchargements de l’appareil sont en soit une performance. Le reportage commandité par la revue Vogue était sous presse “, selon la formule consacrée, quand les agences de presse rapportèrent la nouvelle : Marilyn Monroe s’est suicidée. De cette ultime séance, testament en images d’une existence outrageusement vecue sous les projecteurs, il ne subsistera qu’un ouvrage intitulé tout simplement “Marilyn Monroe”; un album de quatre cents soixante quatre pages illustrées de deux cents soixante photographies et, fait rarissime, de cent quarante planches contact…et les souvenirs de Bert Stern. Bert Stern a voulu faire le remake de cette dernière séance 46 ans plus tard, pour le New York Magazine, en compagnie de l’actrice américaine Lindsay Lohan dont le parcours chaotique lui a semblé rappeler celui de Marilyn. Mais comme toujours les copies sont toujours peu ressemblantes avec l’original.
L’écrivain américain, Truman Capote, avait rapporté cette incroyable histoire à propos de Marilyn : « un jour qu’il l’avait vue assise pendant des heures devant son reflet. Il lui avait demandé ce qu’elle faisait, et elle avait répondu : «Je la regarde»».

Marilyn par un photographe anonyme, date inconnue. Photo DR

Effectivement, seule Marilyn Monroe pouvait voir de près Norma Jeane Mortenson (son vrai nom), néanmoins le personnage – fait de paillettes, de secrets et de paraitre – avait trop collé à sa peau, a vouloir l’arracher elle s’écorcha vive !!! Quoi qu’il en soit il y avait eu meurtre ce soir -là du 2 juin 1962 à Beverley Hills…Norma ôta la vie à Marilyn, ou l’inverse… victime du syndrome de Dorian Gray.

Hamideddine Bouali
29 mars 2009

(*) En 1955, Marilyn suggéra que son épitaphe fût : « Ici repose Marilyn Monroe, 97-62-92 », comme si elle était consciente que le mythe qu’elle fût n’avait pas besoin d’état civil mais de ce qui lui a valu sa notoriété et ce que l’on retiendra d’elle…ses mensurations !!!
(**)« Marylin. Dernières séances » de Michel Schneider (Gallimard – Folio 2008) et « La Dernière séance » de Bert Stern (Gallimard 2006).

(***) Les membres les plus prestigieux de l’agence Magnum se sont déplacés sur le set du film The Misfits : Neuf grands photographes – Eve Arnold, Cornell Capa, Henri Cartier Bresson, Bruce Davidson, Elliott Erwitt, Erich Hartmann, Ernst Haas, Inge Morath et Dennis Stock – furent ainsi les témoins privilégiés d’un film en train de se faire.
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L’heure est venue


Chronique des chroniques
L’année dernière à cette même époque certain m’ont collé le sobriquet de Mouchakes qui voudrait dire à peu de chose près pamphlétaire ou polémiste, aujourd’hui on m’affuble d’un autre. Celui de vouloir détenir «le beau rôle». Cette étiquette m’a été assigné à la suite de la publication de la Chronique de circonstance et plus précisément à ce cris en fin d’article : « je vous es prévenu » à propos de l’urgence de prendre soin des archives photographiques. Je n’ai jamais eu envie de m’attribuer le beau rôle, mais force est de constater que dans chaque domaine il faut des rôles principaux, des jeunes premiers, des figurants de passage, des contres-emplois, des guest-star et l’incontournable arlequin…chacun se trouvant malgré-lui (!) dans la peau d’un personnage de ce monde de la photographie.

Ballade photographique
Le samedi 21 mars j’ai parcouru pendant trois heures et demi – de 12h49’ à 16h23’ selon mes fichiers images – des places, des centres commerciaux et des avenues de Tunis. J’ai déclenché une centaine de fois, sans voir sur l’écran du Nikon D 200 ce que je venais de photographier. Arrivée chez-moi, j’ai pu tout de suite revoir ma journée en notant au passage tout ce que je devais retenir ; les bonnes prises, les vues sans intérêt et les fautes à ne plus commettre. J’ai pu ainsi concilier quelques avantages de la technologie numérique et la magique sensation de suspense propre à l’argentique. Un constat d’une grande importance m’a sauté aux yeux…je continu à voir et donc à photographier en monochrome. J’attends vos critiques (qui seront bien entendu reprises dans la prochaine chronique)…
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Histoires de femmes à Bab Souika, 21 mars 2009 à 12h55. Photo Hamideddine Bouali
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Coupoles à el Hafsia. 21 mars 2009-13h03. Photographie Hamideddine Bouali
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Chemins de vie à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h26′. Photographie Hamideddine Bouali
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Cathédrale de béton à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h35′. Photographie Hamideddine Bouali
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Parcours culturel à la Médina. 21 mars 2009-14h02′. Photographie Hamideddine Bouali
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Histoires de civilisations à la Mosquée Zitouna. 21 mars 2009-14h27′. Photographie Hamideddine Bouali
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Les habitués du souk de Tunis. 21 mars 2009-14h32′.Photographie Hamideddine Bouali
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Pause sur l’escalier mécanique de Tunis center, 21 mars 2009-14h57′.Photographie Hamideddine Bouali
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Evénement exceptionnel à ne pas rater
Dans moins d’une semaine, le mercredi prochain à exactement 10h 42’ heure GMT, (attention la Tunisie n’as plus d’heure légale conforme avec celle de l’Europe, donc c’est bien 09h 42 heure tunisienne), le satellite « WorldView-2 » sera au-dessus de Tunis pour réaliser une photographie qui servira dix jours plus tard à occuper l’ancienne de Earth Google devenue obsolète. J’ai pu trouver il y a cinq ans sur internet le calendrier des prises de vues du satellite et j’ai cru me faire photographier du fait même que j’ai pris position à l’instant précis où le satellite pointait son objectif vers moi. La résolution utilisée à l’époque trop faible ne permettait pas une identification précise et j’étais réduis à un minuscule point. Un pixel correspondait à 1,8 mètre et je n’étais pas de taille à y figurer !!!
J’ai vu sur Flickr, que beaucoup de photographes ont utilisé cette information pour réaliser des performances exceptionnelles. Un australien a invité tous les habitants du village où il habitait à s’étendre par terre et à ce tenir la main, une ribambelle faite de deux cents cinquante personnes fut ainsi réalisé. En Bolivie, un instituteur à la retraite a allumé des lampes en forme de cœur, image visible uniquement la nuit. Une canadienne dont la maison était à cheval sur deux prises de vues satellites différentes avait peint sa demeure en deux coloris ! La prochaine fois je vous livrerais la liste des cordonnées de toutes ces images. Alors vous savez ce qui vous reste à faire.
Le nouveau satellite possède une résolution bien supérieure ; allant jusqu’à 0,15 mètres. Avec une telle précision il est possible de se faire portraiturer. Évidement le mieux serait de s’étendre sur le dos et de se faire photographier ainsi. Imaginez ce que cela donnera une fois le fichier mis en ligne ? Votre meilleur portrait réalisé avec l’appareil le plus précis, le plus lointain et qui sera probablement celui le plus vu !!! Occasion à ne pas rater car la prochaine fois sera dans 3 ans…d’ici là qui sait ce qui arrivera.
Pour ma part je serais, ce jour là, au jardin Habib Thameur, car c’est un espace facile à localiser, puis c’est d’après les statistiques de Statgooglearth Co. la société qui gère Earth Google, le lieu à Tunis sur le quel on a le plus zoomé. Encore une fois l’écologie qui est à la mode.

Hamideddine Bouali
25 mars 2009

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La nuit du chasseur

Chronique des chroniques
En participant à un forum à propos de la guerre de Gaza(1) – proposant la petite chronique intitulée « La gestion des conflits expliquée à ma fille » – j’ai été étonné de trouver deux jours plus tard que certains se sont ingéniés à expliquer eux aussi à leurs enfants la guerre. Cependant les éclaircissements donnés ne faisaient que perdurer l’incompréhension, puisqu’ils leurs transmettaient, à chaque fois, leur version des faits ; unilatérale et partisane. Pourtant la photographie qui illustrait la chronique était assez explicite !!! C’est selon les explications que les parents donnaient à leurs enfants qui prédisposeraient ces minuscules doigts à appuyer plus tard sur la gâchette d’une arme à feu ou à jouer du piano ! Il se peut qu’encore une fois je me bats contre des moulins à vent…

Je ne suis pas fait pour parler de politique ou d’actualité, essayons le cinéma !
Il existe des œuvres qui transforment ceux qui les touchent et nous ambitionnons tous d’en réaliser. Dans mon cas la lecture de L’étranger d’Albert Camus et Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, l’écoute de La Chevauchée de la Valkyrie de Richard Wagner, Les lumières de la ville de Charlie Chaplin, Apocalypse now de Coppola, West side story de Robert Wise, l’exposition de photographie “Ansel Adams: Photographs of the American West” (2)…ont grandement contribué à produire ce que je suis aujourd’hui.

Tous le monde m’en a parlé
Le pays de la photo et celui du cinéma ont une frontière commune. Le cinématographe est une conséquence des recherches de l’américain Muybridge et du français Marey dans la chronophotographie. La dynastie des Lumière – le père Antoine et les fils Louis et Auguste – a inventé le cinéma en 1889 et le premier procédé viable de la photographie en couleur – l’Autochrome – en 1909. Le premier Leica (diminutif de LEItz CAmera) fut bâti par Oscar Barnack en 1914 autour du film 35 mm utilisé alors au cinéma et auquel on adjoignit le 1 pour le différencier, le format 135 (24 X 36mm) était né.
Leur manière de voir aussi a quelque chose de commun. Wim Wenders cinéaste expose souvent des photographies. Paul Strand apprend le cinéma avec Cartier Bresson qui fut, entre autre, adjoint de Renoir sur le film La Règle du jeu et réalisateur du Retour sur la libération des camps de concentration. Raymond Depardon, Robert Franck, Gordon Parks…sont d’autres exemples emblématiques de ce voisinage du cinéma et de la photographie.
Les photographes sont souvent des cinéphiles avertis et leur filmographie préférée n’est pas sans influence sur leur pratique. En outre, les images mentales que tout photographe rêve de réaliser ne sont-elles pas puisées dans les films qu’il regarde ?
Depuis longtemps, on me parlait du film de Charles Laughton La Nuit du chasseur comme étant le chef d’œuvre absolu du cinéma. Inclassable, étrange, envoûtant, sans pareil, sont les qualificatifs les plus souvent entendus. Je me suis procuré le film et je l’ai laissé de coté. Dans ce genre de situation la précipitation risque de ne pas rendre service.
Hier, j’ai décidé de le visionner. Il sera difficile de vous livrer mes impressions à propos de ce film sans raconter son histoire. Allez ! On va jouer un jeu…je ferai l’animateur de Ciné-club. Ceux qui n’ont pas vu La Nuit du chasseur auparavant et qui le verront grâce à ce texte m’informeront par retour de courriel. Les autres, ceux qui l’ont vu, et qui trouveront ma lecture conforme à leurs appréciations, ou pas, auront l’amabilité de me le faire – aussi – savoir…une carrière de critique cinéma me tente énormément.

Un film très noir…et blanc
Qu’est ce qu’un film noir ? La meilleure définition pourrait être cette réplique tirée du film Assurance sur la mort : « Oui, je l’ai tué pour le fric et pour la femme. Je n’ai pas eu le fric et je n’ai pas eu le femme. C’est réussi, non ? ».
Réalisé en 1955 par Charles Laughton, La Nuit du chasseur, tient l’affiche en même temps que Sourires d’une nuit d’été d’Ingmar Bergman. Cette année-là fut la dernière de James Dean et celle où Marilyn Monroe devient un sex-symbol. En effet, l’affiche de Sept Ans de réflexion (j’en parlerai la prochaine fois) sur laquelle on voyait sa jupe se soulever au-dessus d’une bouche d’aération fut retirée par les ligues de vertu de New-York et provoqua – le soir même du tournage de la scène – son divorce avec Joe Di Maggio.
Cette année était ainsi mise sous le sceau du cinéma, d’autant plus que Marly de Delbert Mann remporta à la fois la Palme d’or de Cannes et quatre Oscar à Hollywood dont celui du meilleur film. Cette unanimité dans le septième art cache une fissure dans le monde, la guerre froide gèle la diplomatie et le mot dissuasion fit une entrée fracassante dans le langage courant.
A mi-parcours, on se rend compte que Victor Hugo s’est trompé en prédisant que le XXe siècle sera heureux ; deux guerres mondiales meurtrières, une crise économique sans précédent, des pandémies ravageuses accablèrent l’humanité. Mais heureusement le cinéma est là. Charlie Chaplin tourne en dérision les dictateurs. Stanley Kubrick s’insurge contre les guerres et réalise Les Sentiers de la gloire. Le vieil homme et la mer de John Sturges adapté d’une nouvelle d’Ernest Hemingway est un sublime hymne à la nature…humaine. Bref on se réfugie dans les salles obscures pour vivre dangereusement sans risquer sa vie, le film La Rose pourpre du Caire est l’hommage rendu par le cinéaste Woody Allen à cette industrie du rêve…

Robert Mitchum dans une célèbre scène de la nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)

Puis vint La nuit

Dès les premières images de La Nuit du chasseur on est surpris par la peinture particulièrement dramatique des images. On aurait dit des photographies d’Ansel Adams. La palette graphique est d’une splendeur envoûtante. D’ailleurs, Stanley Cortez, le directeur de la photographe signa quelques années plus tôt le chef d’œuvre d’Orson Wells La Splendeur des Anderson. Même les prises de vues extérieures en plein jour sont obscures. Les ombres, personnages à part entière, sont aussi présentes, si ce n’est plus, que les individus et les objets dont elles émanent. Une image travaillée comme un tirage d’exposition et ce n’est que le moindre de ses mérites. Le chef opérateur a trouvé la manière de cadrer à la manière d’un 24 X 36, puisque souvent la composition tout en hauteur semble être le résultat d’un basculement d’un boitier d’appareil photo. En photographie beaucoup plus qu’au cinéma on conçoit l’image d’une telle manière que le spectateur suit un parcours visuel. Dans La Nuit du chasseur, à chaque plan le spectateur est entrainé à regarder l’intégralité de la surface de l’écran, parce que ça et là on lui a posé des objets, des animaux, des détails qui attirent son attention et le plonge dans un rébus à déchiffrer. Le film parait ainsi plus long qu’il n’est en réalité à cause justement de cet intense travail oculaire fourni.
Aucun plan n’est conçu en trop, tout est là pour contraindre le spectateur à n’y voir – en fin de compte – qu’une seule idée.
Les acteurs ne jouent pas dans ce film, ils semblent vraiment ignorer l’issue de l’histoire, tout comme nous autres spectateurs, acculés à attendre la fin. Cette sincérité dans le jeu des acteurs est renforcée par quelques fausses hésitations, des moments de flottements et un semblant d’incohérence.

Le fait que l’enfant se révèle plus mûr que l’adulte dans certaines scènes brise le rythme du film et pose la juste interrogation : celle de savoir qui des deux est le plus sage. Ceci pourrait avoir été provoqué par Robert Mitchum qui dirigea les jeunes acteurs dans leurs scènes – parce que Charles Laughton n’avait pas particulièrement d’affection pour les enfants – mais fut ouvertement méprisant avec Shelley Winters celle qui joua leur mère.

Comme tout film culte, celui-là nécessite une nouvelle séance car la densité des détails, le nombre impressionnant d’allusions et la tension dramatique de la trame font qu’un seul visionnage est insuffisant. Sortant des classifications que l’on a coutume de reconnaitre, ce film semble être fait pour les photographes. C’est une magistrale leçon de cadrage et de composition autour des thèmes classiques : paysages, nature morte, portraits, scènes du quotidien…Ainsi qu’une singulière utilisation des angles de prise de vues…Suivie d’une incroyable démonstration ; les ombres pouvant avoir une vie propre sans la présence de la clarté !!! Et pour finir un discours sur le temps…à la fin du film un tic tac semble résonner dans les oreilles, pourtant il n’y est pas dans la bande sonore ! C’est peut-être le cœur qui bat !
Charles Laughton, en réalisant La Nuit du chasseur, avoue être un hors-la-loi …des genres cinématographiques. Dommage qu’il n’ait pas récidivé.

Je reverrai La Nuit du chasseur dans quelques temps afin de savoir comment je le percevrais !!! Seules les œuvres de cette puissance ont cette faculté unique de vous accompagner à travers votre vie. Comme une caméra qui vous suit en travelling, parfois vous sentez le besoin de tourner la tête pour fixer l’objectif.


(1) Gaza !!! Vous vous rappelez ? c’était seulement il y a deux mois, pourtant cela semble si loin…Quel déchainement – à l’époque – de passions, de discours et de commentaires. Le 16 janvier 2009, je disais sur ce même blog : « Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux décennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!! ». N’ai-je pas raison ?

(2) L’exposition “Ansel Adams: Photographs of the American West” organisée par “The Friends of Photography for the USICA” a été accueillie en 1983 en Inde, au Moyen Orient et en Afrique. L’exposition à Tunis eu lieu au Centre d’Art Vivant du Belvédère.
Hamideddine Bouali
13 mars 2009

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“Au pays des cyclopes, les borgnes sont aveugles”
Philippe Geluck


Le 26 Février dernier nous avons fêté la Journée nationale des archives et aujourd’hui nous commémorons une année depuis le décès de Abdelhamid Kahia…
L’année dernière, j’ai évoqué dans ce même blog « Tunisie » le livre qui serait à mes yeux un vibrant hommage à cette Tunisie des années soixante…Une Tunisie qui fait ses premières pas. La mise en page et la qualité des photographies n’ont pas pris une ride pourtant ce livre a plus de quarante ans. En septembre dernier, avec mes modestes moyens et la légendaire hospitalité de Beit Bennani, un hommage à Kahia fut rendu en présence d’un nombreux public. Nous avons évoqué ces archives et je donnerai tout pour être rassuré sur leurs sorts, un bien inestimable dont l’utilité publique est évidente, sa perte serait irremplaçable.
J’ai appris récemment que Kahia fit don de l’intégralité du Prix National de la Photographie qu’il reçut en 1984 à l’Union des Aveugles de Bir el Kassaa. Ce panache est à l’image de ses photographies. Si je savais que Kahia était un grand photographe je venais d’apprendre qu’il était en plus un grand monsieur.

Photographie de Abdelhamid Kahia tirée de l’ouvrage Tunisie paru en 1964

J’estime que seule une photothèque, à programmer au sein de la cité de la Culture en construction à Tunis, pourrait sauver le patrimoine visuel – que ce soit photographique ou cinématographique – national. Il y a deux ans j’avais visité avec Bechir Manoubi son local, qui était dans un piteux état, qu’il occupait à la rue Mongi Slim. Notre reporter sportif numéro Un n’avait pas les moyens de sauver ses archives. Aujourd’hui, deux ans après son décès, rien n’a été fait.

Appel à tous les photographes
Photographes pensez dès aujourd’hui à vos archives, et posez-vous ces deux questions ; saura-t-on plus tard leur valeur ? Qui s’en occupera ?
Photographes du dimanche ou amateurs passionnés, auteur d’une œuvre d’une certaine ampleur ou propriétaire d’un modeste album de famille, vous détenez un bien public inestimable, pensez à en faire don, léguez ce patrimoine à quelqu’un qui saura s’en occuper.

Le tunisien est en manque de photographies ; Bab Souika au temps des taxi BB, les souks de Tunis quant ils étaient encore le centre commercial de la ville, le tramway passant devant le Belvédère. Aujourd’hui on vend sur les trottoirs de Tunis des mauvaises reproductions de vieilles photos alors que des photothèques entières – d’une valeur documentaire considérable – risquent de disparaître pour toujours.
Si l’Etat ne fait pas le nécessaire il est fort probable que des privés s’en chargeront, et il n’est pas certain que ces collectionneurs soient tunisiens.
Cela sera un moindre mal que de devoir aller acheter chez Bill Gates – qui est en train de constituer la plus grande archive photographique du monde (sa société Corbis possède 65 millions d’images ) – des photographies signées Kahia ou Manoubi ? Car le pire des cauchemars serait de ne plus les voir à jamais !
Je vous ai prévenu.

Hamideddine Bouali
11 mars 2009

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La gestion des conflits expliquée à ma fille

Premier échange (Jenaïna et Hamideddine Bouali)
Photographie Hamideddine Bouali-Mars 1995
Chronique des chroniques
Beaucoup de commentaires et d’interrogations à propos de la dernière chronique mais je n’en retiens qu’un seul : Anonyme a dit… « Bien vu Hamideddine il y a beaucoup d’humanité dans ce que tu écris, je suis d’accord avec toi sur la jouissance morbide du spectacle de la mort dans les télés, et les décomptes de morts qui se font chaque jour, même sur Facebook. Et la question que tu poses à la fin est très importante, alors je te demande : tu dis quoi à tes enfants sur la situation de la Palestine et plus particulièrement à Gaza en ce moment ? ça c’est intéressant parce que je suppose que beaucoup de parents se posent cette question ?? ».

J’ai déjà évoqué dans la dernière chronique le cas de l’affaire de Suez, à travers le livre de Marc Ferro : « Suez 1956, Naissance d’un tiers-monde » paru en 2006. Je disais que les décideurs, eux-mêmes, n’avez pas une vue globale de la situation, alors que dire de ceux qui, à l’époque, suivaient ces événements à travers les articles des journaux, la rumeur populaire et la propagande de la partie adverse ? D’autre part, aujourd’hui, nous connaissons les raisons, le déroulement et le dénouement de la Seconde Guerre Mondiale mais seulement du point de vue des vainqueurs. Après plus d’un demi siècle de recul on se pose la question de savoir si ce sanglant conflit s’est réellement passé ainsi ? Le brouillard du doute est moins dense à mesure que l’on s’en éloigne, et les événements ne deviennent compréhensibles dans leur globalité que lorsqu’ils quittent la Une des journaux pour rejoindre les chapitres des livres d’histoire.
Le sommaire des revues d’histoire font la part belle aux nouvelles lectures des faits, petites anecdotes ou évènements planétaires, dont notre terre fut le théâtre. Ces nouveaux décryptages seront à leur tour mis à contribution dans d’autres dossiers. L’ouverture de nouvelles archives ne donne-t-elle pas souvent lieu à des découvertes sensationnelles ? Ne suffit-il pas, par exemple, de reconsidérer la manière et la raison pour laquelle les Etats-Unis sont entrés en guerre en 1941 pour que toute l’histoire mondiale postérieure s’en trouve périmée et donc dans l’urgence d’être réétudier ? 
Alors bien malin celui qui puisse aujourd’hui, après seulement quelques semaines de la fin de la bataille de Gaza, expliquer son pourquoi et son comment, que dire alors de le faire comprendre à ses enfants
!!!

Comment expliquer la guerre à mes filles ?
Je ne me rappelle pas avoir un jour expliqué un quelconque conflit à mes deux jeunes filles (Fatma 12 et Jenaïna 14 ans). Je crois que le sujet est d’une complexité inextricable. Comment leur exposer avec des termes simples les enjeux économiques, les stratégies militaires, les subtilités de la diplomatie, l’influence des réseaux occultes, le pouvoir des médias, la malignité de la propagande… ? Par contre il est aisé de leur expliciter les rapports humains, la notion de propriété, le sens de la justice, l’objectivité, la neutralité…

La guerre des boutons 
En allant récupérer mes deux filles de la garderie scolaire, il y a de cela cinq ans, je fus confronter à un conflit significatif. En me voyant arriver, Jenaïna courut vers moi pour me débiter un discours incompréhensible puisque étranglé par la colère…

Moi :
« S’il te plait calme-toi et raconte moi ce qui s’est passé »
Jenaïna :
« Papa ! tu dois prendre mon partie »
Moi : « Non ! bien avant cela il faudrait que je sache de quoi il s’agit en me racontant exactement ce qui s’est passé ».
Jenaïna : « Ce garçon, en mettant volontairement son pied sur mon chemin, a failli me précipiter dans l’escalier ».
Moi : « Non ! tu dois me raconter tout, depuis le début ».
Jenaïna : « On a commencé à se chamailler depuis la récrée de 10 heures, puis tout à l’heure après le déjeuner il m’a dis un gros mot, je lui es dis qu’il n’a pas été bien élevé par ses parents. Avant que tu ne sois là de quelques minutes et alors que je passais devant lui, il a mis son pied volontairement pour que je trébuche et tombe dans l’escalier ».
Moi : « Très bien, tu as raconté les faits correctement ce qui est le début de la solution. Ce qui s’est passé est typique d’une dispute. Cela commence avec des faits sans aucune importance, d’ailleurs le point de départ est souvent oublié, mais cela grandit par action/réaction et il est normal que la seconde soit supérieure en violence à la première »
Jenaïna : « Mais moi j’ai seulement parlé, alors que lui, il a agit avec une violence physique »
Moi : « Tu oublies que tu es une fille et lui, un garçon. Depuis toujours les filles réagissent par des paroles et n’en viennent au mains que rarement, alors que les garçons sont plus portés par l’échange de coups de poing ».
Jenaïna : « Mais je suis perdante, puisque c’est lui qui a commis le dernier acte ».
Moi : « Celui qui ne réagit pas à une action violente n’est pas forcément le plus faible des deux, cela démontre au contraire qu’il possède la force de se maîtriser…et cela n’est pas à la portée de n’importe qui !!! ».
Jenaïna : « Mais papa les autres parents, ne se comportent pas ainsi, ils soutiennent d’une manière inconditionnelle leur progéniture et parfois je suis victime de leur subjectivité ».
Moi : « Effectivement je ne suis pas comme la majorité des parents et c’est à toi de choisir aussi si tu veux être comme tous les autres enfants; hypersensible à la moindre provocation et te voir emmener dans une escalade qui te fait oublier que cette dépense d’énergie ne valait pas la peine d’être perdue, ou bien d’être maîtresse de tes actes et de survoler les détails sans importance pour ne te concentrer que sur ce qui vaut la peine d’être vécu ».
Sur ces mots nous étions arrivés chez-nous…Depuis, Jenaïna a inévitablement été en situation de conflit, elle s’en sort seule et apparement sans trop de mal.

Ne trouvez-vous pas que ce mini conflit, qui à l’échelle des enfants est vital, est presque en tout point semblable aux guerres que mènent des pays ? Toutes proportions gardées, ne s’agit-il pas presque toujours d’un alibi, de part ou d’autre, pour que l’infernal mécanisme de l’escalade se mette en branle ? L’origine qui est sans commune mesure avec l’énergie dépensée par la suite, l’inégalité des armes conduit inéluctablement à un déséquilibre des pertes, la propagande dans la présentation des faits…tout y est.

Je ne veux pas jouer au moralisateur, mais depuis un certain temps je médite à propos du progrès de l’humanité. Toutes les facettes de la vie ont évolué ; la mode vestimentaire, les moyens de communications et de transports, la relation parents/enfants, les méthodes de l’enseignement, notre relation avec la nature, la pratique des loisirs…Cela a permis au genre humain, en deux siècles, de beaucoup mieux être. Mais pour gérer les conflits, nous n’avons pas progressé et dans certains cas nous avons même régressé. Aujourd’hui nous nous faisons la guerre avec autant de hargne, de violence et jusqu’au-boutisme que les peuples barbares des temps obscures. 

De l’expo du « World Press Photo » à celle « A l’épreuve du Monde »
Il fallait de l’audace pour illustrer les 20 articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme par des photographies. Cette exposition qui se tient actuellement dans les jardins de la médiathèque Charles de Gaulle de Tunis a été réalisé par le Ministère Français des Affaires étrangères et européennes, La Mission de coordination pour les droits de l’Homme et les photographes de l’Agence VII, James Natchwey, Alexandra Boulat et John Stanmeyer. 
Une initiative à applaudir d’une seule main car cette didactique exposition aurait du être accrochée à l’extérieur d’autant plus que le support (en vinyle) à été conçu dans ce sens…dommage que seuls les abonnés de la médiathèque ont en profité. 
Au même moment se tenait pour la seconde année consécutive l’exposition des photographies lauréates du World Press
Photo à l’initiative de l’ambassade de Hollande en Tunisie et surtout de Mahmoud Chelbi, qu’on ne remerciera jamais assez de tenir un rôle de premier ordre dans le paysage photographique local. J’ai déjà évoqué à plusieurs reprises la cuvée 2007 (*) de ce challenge, je ne vais pas revenir sur le sujet. 

Les photographes passent, les sujets restent !!!
Visiter, le même jour, les deux expositions l’une à la suite de l’autre vous incite à penser que les articles de la Déclarations Universelles des Droits de l’Homme auront pu, tout aussi bien, être illustrés par quelques photographies du WWP 2007. La photo de presse, tout compte fait, est une preuve que l’on nous dresse en face des yeux : après 60 ans de sa ratification par 140 pays, la déclaration demeure lettre morte. Guerres meurtrières, tortures physiques et mentales, persécution des minorités et des individus hors-norme, dégradation inconsidérées de l’environnement, sadiques massacres d’espèces protégées…je ne suis pas pessimiste, mais je suis sûre que l’année prochaine d’autres photographies seront primées au WWP néanmoins elles porteront sur ces mêmes sujets !!! 

 Hamideddine Bouali
7 février 2009

(*) Lire les chroniques suivantes sur ce même blog
Et si j’étais membre du Jury du World Press Photo ?! Mercredi 30 janvier 2008
Dernière minute : Annonce du World Press Photo 2007. Vendredi 8 février 2008
Chronique II : …du temps qui passe. Mardi 12 février 2008
Chronique III : Ai-je eu raison d’avoir voulu en savoir davantage ? Vendredi 15 février 2008

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« Vous au moins vous ne risquez pas d’être un légume 
puisque même un artichaut a du cœur ! »

Photo Edward Weston- artichoke halved 1930-Center for photography, Arizona Board of Regents

C’est dans le film «Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain» que l’héroïne du film adresse au méchant de service cette cinglante phrase. Avoir du cœur, voilà ce qui est de plus en plus rare de nos jours, au point que ceux qui l’ont sont taxés de mauviette !!! Où va le monde ? 

Le temps des images
Belles récoltes en vue pour le prochain World Press Photo, la guerre c’est des images de vigoureux soldats en battle-dress, de courageux combattants à l’affût, d’enfants ensanglantés, de maisons détruites, de visages en pleurs… Sauf qu’il y a bien longtemps que Robert Capa a affirmé après la seconde Guerre mondiale que : “La guerre est une actrice vieillissante de plus en plus dangereuse, de moins en moins photogénique”.
Dans l’article intitulé « Au moins une Palestine sera libre », une phrase avait heurté la sensibilité de certains lecteurs : « Je hais la politique parce que la politique s’en fout des personnes, des individus et des identités… Je n’ai jamais aperçu un peuple et vous ? ». Voilà qu’un confrère vient appuyer mes opinions.
La semaine dernière, je reçois un mail à propos de l’inauguration de l’exposition “6 milliards d’autres” qui a lieu du 10 janvier au 12 février courant au Grand Palais à Paris. En vous connectant au site www.6milliardsdautres.org, Yann Arthus Bertrand, connu pour ses livres de photographies prises depuis le ciel, raconte comment l’idée lui est venue de poser le même questionnaire à 5000 personnes des quatre coins du globe (c’est peut-être la raison qui fait que cela ne tourne pas rond !!!).

Probablement la plus belle photographie de la terre réalisée, depuis la Lune, il y a exactement 40 ans. Décembre 1968. Apollo VIII (Jim Lovell, William Anders et Franck Borman)

Yann Arthus Bertrand explique l’origine de son idée : « Tout est parti d’une panne d’hélicoptère, un jour, au Mali. En attendant le pilote, j’ai discuté avec un villageois une journée entière. Il m’a parlé de son quotidien, de ses espoirs, de ses craintes : sa seule ambition était de nourrir ses enfants. Interrompu dans mon travail pour un magazine, je plongeais dans les soucis les plus élémentaires. Et il me regardait droit dans les yeux, sans plainte, sans demande, sans ressentiment. J’étais parti photographier des paysages, j’ai été captivé par ce visage, par sa parole. Par la suite en survolant la planète pour réaliser « La Terre vue du Ciel », je me demandais souvent ce que je pourrais apprendre des hommes et des femmes que j’apercevais en dessous de moi. Je rêvais de pouvoir entendre leur parole, sentir ce qui nous lie. Car vue d’en haut, la terre apparaît comme une étendue immense à partager. Mais dès que je me posais au sol, les problèmes commençaient. Je me retrouvais confronté à la rigidité des administrations de chaque pays, et surtout à la réalité des frontières instaurées par les hommes, symbole de cette difficulté de vivre ensemble ».

capture d’écran du site www.6milliardsdautres.org


« L’œil était dans la tombe, et regardait Caïn »

Difficile aujourd’hui de ne pas parler, encore, de Gaza, après avoir lu l’introduction humaniste d’Yann Arthus Bertrand. Vue d’en haut, de loin ou assis confortablement devant sa télé, le monde est réduit à sa plus simple expression. Aucun moyen de transmission ne peut se substituer à la vraie connaissance des gens. Les relations épistolaires, le tchat, MSN, hi5, Facebook, les téléphones portables, les e-mails, les sms n’ont jamais le pouvoir de transmettre l’émotion ressentie quand on regarde une personne droit dans les yeux, d’écouter son timbre de voix à bout portant, de sentir son odeur et de la toucher au sens figuré et, si affinités, au sens propre. Même les armes, à l’image de la communication entre les gens, s’utilisent de loin, cultivant la lâcheté. Les obus sont aveugles, les roquettes sont folles, les missiles « fire and forget », que l’on tire de loin en rebroussant chemin avant qu’elles n’atteignent leur cible, les armes BVR (Beyond the Visual Range), que l’on lance au-delà de la portée de vue… C’est ignoble. 

Combien de soldats ont évoqué leur hésitation avant d’appuyer sur la gâchette parce que celui qui est pris pour cible l’a regardé dans les yeux ? Les mémoires des guerriers des conflits d’antan sont remplis d’hésitations, de questionnements et de doutes. Face à face la donne est différente. Que c’est facile de dire du mal de quelqu’un dans son dos, mais cela est bien difficile de le faire en face !!! 
Celui qui réussit à tirer sur un individu en sachant qu’il le verra fermer ses yeux pour toujours n’en sortira pas vivant. Cette image le suivra toute sa vie comme Caïn vivant avec le regard d’Abel. Oui car nous sommes tous frères, même si ces paroles paraitront pour certains ringardes et caduques, je ne cesserai jamais de les répéter. 
Dans un poème de « La Légende des Siècles » intitulé « La Conscience », Victor Hugo consacre une centaine de vers sur le remords de Caïn, poursuivi par un œil omniprésent. Caïn ira jusqu’à s’enterrer vivant. Il sera l’exemple de tout homme incapable de fuir sa conscience : « L’œil était dans la tombe, et regardait Caïn ». On croit, à tort, qu’en évitant le regard de sa victime on échappe à celle de sa conscience, mais ainsi on ne fait qu’ajouter à la cruauté de l’acte la couardise de la conduite.
 

Guerre des passions
On ne peut pas vivre sans amours, sans ardeurs, sans penchants pour quelqu’un, pour une cause mais la passion, on le sait, vous empêche d’avoir la faculté de discernement.
Tant que ce sont les passions et non le bon sens qui guident les opinions, tant que ceux qui soutiennent un des deux camps, le font de loin assis confortablement dans leur quotidien, tant que les victimes ne sont pas également traitées, ce conflit perdurera. Les discours polarisés, les arguments valables unilatéralement, les intransigeances criminelles, les entêtements aux conséquences funestes conduisent les populations civiles – au cas où on retrouverait leurs cadavres – droit vers les cimetières.

Guerre des mémoires
J’ai lu dernièrement « Suez 1956, Naissance d’un tiers-monde » de Marc Ferro paru en 2006 chez Complexe Ed. Je vais peut-être dire une bêtise, mais tant pis. Aucun acteur de cette affaire n’avait une vue globale de ce qui avait précédé les événements qui ont abouti à son déclenchement. Le comportement de certains dirigeants révélait leur ignorance de faits pourtant concomitants et directement en cause. Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux decennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!! 
Dans « Les Grands dossiers des Sciences-Humaines » N°13 daté déc-2008/jan 2009 » Marc Ferro écrit que lors du tournage du film documentaire Verdun (1966), les réalisateurs Daniel Costelle et Henri de Turenne : « Ont fait se rencontrer à Verdun des anciens combattants français et allemands. Que c’est-il passé ? Ils s’étreignirent en pleurant ! Cette scène confortait mon intuition selon laquelle ces anciens soldats en voulaient au fond plus à ceux qui les avaient envoyés à la guerre qu’à leurs ennemies ».
Tout cela est à méditer.

Guerre des images
Les enfants qui meurent par un tir de mortier, qui disparaissent sous les bombes, qui crèvent de faim, qui décèdent de SIDA…me fondent le cœur. Une mère qui cherche ses enfants dans une morgue, un père qui tient son bébé sans vie, une petite fille qui gémit de douleurs…Qui peut voir ces images intolérables à longueur de journée ? Les chaines devraient arrêter de diffuser ces images au grand public. Le premier jour c’est choquant, le lendemain c’est attristant, le troisième jour les spectateurs se sont habitués et c’est exactement ce qui ne devrait pas arriver. La banalisation est le pire ennemi de l’humanité. 
Les criminels savent, qu’après une période de vives émotions, leurs délits quittent la Une des journaux pour régresser en priorité…la diplomatie – machine d’une inertie déconcertante – fait écran, les forfaits se poursuivent, entre temps, les civils continuent de mourir.
Je suis photographe donc bien placé pour connaitre le poids des photos mais aussi leur pouvoir traumatisant. Lors de la guerre du Vietnam, les groupes d’opposition ont projeté au Sénat américain les photos du massacre de My lai, ignoré à l’époque du grand public. Des décisions furent prises. Oui aux images comme preuves intangibles des crimes et des méfaits commis mais pas d’une manière brute et brutale. A-t-on pensé un seul instant aux enfants et aux âmes sensibles en publiant en pleines pages des photographies d’une telle cruauté, en diffusant en boucle des séquences si atroces ? 
J’avais huit ans quand la guerre du Viêtnam fut devenue le volet principal des informations. Je me rappelle avoir fait plusieurs cauchemars dont un qui m’a plusieurs jours épouvanté au point que je ne voulais plus aller en classe. Je me souviens avoir raconté à mes parents qu’un bateau allait venir accoster devant l’école – bien que située à une trentaine de kilomètres de la côte ! – pour nous emmener à la guerre !!! Mes parents ont su me rassurer. J’ai repris le chemin de l’école en devenant viscéralement un anti-guerre. Qui aujourd’hui prends la peine d’expliquer à ses enfants, sans passions ni parti-pris, ce qui se passe en Palestine ?

Nous avons perdu les morts, ne perdons pas les vivants !

Hamideddine Bouali

16 janvier 2009


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« En route vers les jardins du paradis »

J’écris cette chronique le 1er janvier 2009 et l’horloge de mon PC indique 3h’45 du matin. La fête est finie, la trêve aussi, la vie reprend ses droits avec ses larmes et ses rires. On oublie souvent qu’il n y a pas de bonheur sans tristesse…sinon comment le savoir qu’on est heureux !!! (Cette citation est de moi). Mais il est fort possible qu’il est une quiétude sans animosité et celui qui a dit : “Si vis pacem, para bellum”, (si tu veux la paix, prépare la guerre) est sûrement soudoyé par des marchands d’armes !!! 
Certains m’ont voulu d’avoir écrit la dernière chronique. Mais que croyaient-ils ? Que je ne voulais pas protester. L’unique manière efficace de le faire est, à mon avis, de travailler davantage, sauf bien évidemment pour les ouvriers des usines d’armement qui, eux, devraient non pas faire grève mais chercher un autre boulot. 
Oui je proteste…La preuve ! Je suis à ma troisième chronique en l’espace d’une semaine alors que la moyenne était d’une publication par quinzaine. Faites-en de même et vous verrez que votre rage, votre douleur et votre envie de crier seront canalisées et surtout utiles. J’ai écrit d’un seul trait ma chronique à propos de Gaza, dans un accès de colère en ne faisant pas attention au style…en me lisant tout de suite après j’ai éclaté en sanglots.
Ce jour-là, le record des connectés par jour fut atteint (83).Plusieurs d’entres-vous m’ont appelé pour me dire comment et combien ils ont été touchés à leur tour par ce texte et par la remise en liberté, même si cela n’est que symbolique de la Palestine, par le biais de ma photographie que j’ai déposée dans le domaine public. Il aurait fallu attendre 25 ans après ma mort pour qu’elle le soit. Beaucoup l’ont téléchargée pour la mettre en fond d’écran de leur ordinateur d’autres l’ont compressée pour l’envoyer par sms à leurs amis…merci de contribuer à l’émancipation de cette photographie. Un ami, fou d’oiseaux dont le pseudo est Chardono-Tunis, et qui tient un forum, indique dans son forum où la photo en question – intitulée Palestine ! – pourrait être vue et téléchargée. Je lui rends la pareille. Si vous voulez tout connaitre à propos du chardonneret – qui pourrait être ce petit oiseau qui sort de l’objectif seulement en présence d’enfants remuants – allez sur le site : http://chant-chardonneret.activebb.net.

Jacques Pochart, fidèle lecteur de Belgique, réagit à la chronique intitulée : « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » par ces mots : « Vous êtes un vrai magicien…….je suis abonné au web depuis des années, la photo me passionne…et ce n’est qu’aujourd’hui et grâce au magicien Bouali que je suis allé visiter la toile pour y faire plus ample connaissance avec Giacomelli, merci mille fois pour cette invitation muette. Quelle découverte, quel homme, quelle simplicité, quelle poésie, quel amour du prochain et de l’humanité…Merci aussi pour votre chronique familiale qui chaque fois nous oblige à plonger dans nos propres souvenirs et à faire le tour de notre propre famille et des relations et des souvenirs…». 
Je continu à vous faire partager les photographies qui ont influencé ma pratique…mon seul mérite est de ne pas les avoir oublié.

Eugene Smith (1918-1978)
Photographe de guerre ayant porté la profession à un niveau de conscience et d’éthique sans précédent, Eugene Smith pratiquait la photographie beaucoup plus qu’une mission, un véritable sacerdoce. Son père qui s’est suicidé après avoir fait faillite fut scandaleusement évoqué dans la presse, Eugene se fit la promesse qu’il fera du métier de photographe une profession propre. Sévèrement blessé à Okinawa le 22 mai 1945 par un tir de mortier qui lui déchira la joue et la bouche, il gardera des séquelles à la main gauche. Encore convalescent, Eugene Smith s’empare de son appareil photo et s’en va dans le jardin de l’hôpital – là où il se fait soigner – pour réaliser cette simple et magnifique image. Sa démobilisation fut salutaire. Il abandonna la photographie de guerre pour se consacrer à la photographie humanitaire. Une photographie militante, mise au profit des laissés pour comptes, des victimes et des missionnaires, avec comme forme l’essai photographique; un genre qu’il a inventé. La vie d’un médecin de compagne, le quotidien d’une sage femme, la mission du Dr Schweitzer en Afrique sont avec Minimita (que nous évoqueront bientôt) ses plus célèbres témoignages. 
«A Walk to Paradise Garden» (En route vers les jardins du paradis). PHOTO Eugene Smith 1946
Il est difficile de ne pas sentir l’effet tunnel de lumière auquel font allusion tous ceux qui ont failli passer de vie à trépas en revenant avant le point de non-retour en regardant « A Walk to Paradise Garden » (En route vers les jardins du paradis). Il parait que l’on se sent attiré par une lumière aveuglante et une sensation de plénitude – jamais ressentie auparavant- vous envahit. Ce couloir, dernier chemin de vie et d’où on commencerait à entrevoir l’au-delà n’est qu’une hallucination due au profond état d’inconscience atteint. Il me semble qu’au moment où la vie finit, on ne se sentirait pas dans un corridor mais dans un toboggan…et il n’est plus, bien évidemment, question de revenir en arrière, la volonté étant défaillante. 

Cette photo pourrait être aussi considérée comme une allégorie du début de la vie. N’avons-nous pas là une incarnation d’Adam et Ève se baladant dans le jardin d’éden ? Ou découvrant pour la première fois la féerie de l’ici-bas ? Quand on sait que ces deux enfants sont les siens, on comprend mieux l’état d’âme du photographe. N’est ce pas à travers notre progéniture que l’on réussit à vaincre notre phobie de la mort ? C’est la seule explication possible, bien que déraisonnable, qu’en temps de guerre ou lors des grands fléaux l’on enregistre le taux de natalité le plus élevé.  
Il est fort probable qu’Eugene Smith a mis totalement en scène cette photographie, cela n’empêche qu’il nous offre une illustration définitive de la vie ; son incomparable beauté et son inestimable valeur. La trouée, semblable à un arc du triomphe, d’où passent les deux enfants, leur taille relative – le garçon un peu plus grand que la fillette- ainsi que leur démarche déterminée donnent une impression de majesté mais aussi de stabilité. 
Avec deux enfants, un jardin et un immense et profond amour de la vie, Eugene Smith a tout résumé. 

Cette photo connote que chaque instant pourrait être le dernier vécu…mais aussi que ce monde où nous vivons est fabuleux, malgré tout. Il y a encore tant de gens à connaître, de choses à voir et de moments à vivre comme si nous étions des nouveau-nés. A Walk to Paradise Garden » n’est-ce pas où nous étions avant d’être là et là où nous espérons (pour ceux qui croient) y aller quand tout sera fini ? 
Voyager I, la sonde envoyée il y a une trentaine d’année à la rencontre d’éventuelles civilisations extraterrestres, emporta le meilleur de l’humanité ; des symphonies, des textes littéraires, des photos de paysages terrestres, des portraits, des sons gravés sur un cd-rom, 110 images et 1h30 d’enregistrements analogiques. “A Walk to Paradise Garden” aurait pu très bien illustrer la pochette : car cette photographie est à la fois une admirable invitation à visiter la terre mais aussi une preuve du génie de ses habitants.

Ce texte est dédié aux enfants de Gaza qui nous ont quitté trop vite…privés de connaitre – davantage – cette terre qui ne manque pas d’attraits.


Hamideddine Bouali
6 janvier 2009
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