L’Excellence Tunisienne
J’ai eu des rencontres fort intéressantes à Beit el Bennani, des personnages importants, des livres rares et des photographies intéressantes, et c’est là aussi que je rencontre Younes Tebib, un Tunisien qui n’a pas encore trente ans, expert en photographie.
Younes Tebib, spécialiste en photographie; Photos Hamideddine Bouali 24 décembre 2009 à Beit el Bennani
Si en France on préfère le titre de « spécialiste en photographie » qui reste une dénomination propre au monde de la photo, les connaissances demeurant valables uniquement dans ce monde là. Les pays anglo-saxons utilisent plus souvent le titre d’« expert », qui n’a pas une reconnaissance juridique.
Visiteur des archives de Magnum…
Avec un visage auréolé par la douceur de la jeunesse et la carrure d’un mannequin, Younes Tebib peut se targuer d’avoir un parcours hors norme. Après avoir suivi des études en multimédia et en gestion du marché de l’art tout en suivant les cours du Louvre, Younes Tebib effectue un satge au département archives de la prestigieuse agence photo Magnum(1). A peine franchit-il le pas du 19 rue Hégésippe-Moreau que l’on annonça le décès d’Henri Cartier Bresson, le dernier des co-fondateurs de cette première coopérative de photographes. Là il s’occupe des archives de trois photographes de renoms ; René Burri, Josef Koudelka et Guy Le Querrec.
Quand Younes évoque Burri il dit René et il ajoute : « Lui tout comme, Le Querec, Gruyaert, Koudelka et tant d’autres dont nous voyons la signature sur des dizaines de livres, dirigeant des Workshops à Arles ou exposant dans les galeries les plus prestigieuses, sont des gens comme vous et moi, modeste malgré leur prestige, preuve de cette simplicité, Burri aimait à dire : « Un de ces jours, je publierai un ouvrage de toutes les photos que je n’ai pas prises. Ce sera un énorme succès » ».
A propos de Magnum Younes Tebib précise : « Au bon vieux temps de l’argentique et du Leica, Burri, tout comme Bishop venu de la même Ecole des Arts et métiers de Zurich, raconte son sujet en deux ou trois planches contact, alors que j’étais témoin d’une gargantuesque séance de prise de vue de Depardon portraiturant Nachtwey; Chaque photographe a son style mais aussi son rythme propre indépendamment du sujet qu’il traite. Quand on examine les archives d’un photographe on le découvre évidemment beaucoup mieux que si on ne regarde que ses expositions ou ses publications. Le passage du procédé argentique au numérique, se rappelle Younes Tebib, ne s’est pas fait facilement à Magnum, puisque les archives, les négatifs et les positifs, étaient conservés dans des chambres froides. Au temps de l’argentique on ne se souciaient pas de la résolution, les négatifs bien exposés et strictement développés pouvaient supporter aussi bien une publication en double page dans un magazine qu’être agrandis pour être exposés dans une galerie. Au début du numérique il fallait trancher ; des fichiers de moyennes résolutions pour les journaux ou des raw (fichiers plus volumineux mais beaucoup plus précis) pour les tirages d’expositions ! Aujourd’hui la majorité des appareils numériques offrent à la fois le fichier natif et le fichier compressé pour la même prise de vue.
Younes Tebib témoigne de la modestie de ces stars de la photographie, qui n’ont nullement la grosse tête. Etre sur un défilé de mode pendant la Fashion week à quelques stations de métro du siège de l’agence ou en reportage dans les montagnes d’Afghanistan en temps de guerre, cela revient au même : accomplir sa mission avec une grande conscience professionnelle et un sens aigu de l’image.
Sans me l’avouer, j’avais bien compris que Younes Tebib préfère des trois photographes dont il avait défriché les archives, René Burri. A peine avais-je esquissé la traditionnelle photo annuelle du groupe des photographes de Magnum qui se réunissent à New-York, qu’il me dit : « Depuis plusieurs années c’est toujours René qui la fait ».
Staff des photographes de l’agence Magnum en 2007. René Burri/Magnum Photos
…Invité chez les Cartier Bresson
Et comme pour rester sur les traces d’Henri Cartier Bresson, Younes Tebib intègre le service presse de la Fondation qu’avait crée ce mythique photographe quelques années seulement avant sa disparition. Cette institution encourage les jeunes photographes par des bourses et des concours et expose dans son siège les grands noms de la photographie que ce soit ancienne ou contemporaine. Le 20 décembre dernier s’est clôturée une grande rétrospective d’August Sander et en janvier 2010 c’est « Du métier à l’oeuvre » de Robert Doisneau qui prendra le relais. Pour Younes Tebib, Henri Cartier Bresson a eu, contrairement à d’autres photographes disparus prématurément, une belle vie et une belle mort, il a photographié, exposé et vu ces livres distribués aux quatre coins du monde, après une riche carrière de photographe il retourne à ses deux premiers amours : Paris et le dessin, et sereinement met en place une intelligente succession : la fondation qui porte son nom(2).
Le monde des galeries
Younes Tebib est passé ensuite au monde du marché de l’art par une formation puis en travaillant successivement pour la galerie Esther Woerdehoff et Baudoin Lebon à Paris. « Là j’ai acquis le culte de la rareté et de la qualité des tirages et leur évaluation par rapport au marché (l’offre et la demande) et leur place dans l’histoire de la photo. C’est un monde ou l’on apprécie tout autant la photographie mais en tenant compte de sa valeur marchande », et Younes Tebib d’ajouter « le rôle primordiale des galeries étant de suivre, exposer, croire, encourager, acheter et promouvoir leur artistes ».
Younes Tebib est à Tunis pour quelque jours seulement et le temps presse car son agenda est chargé, mais ce qui est sûr c’est qu’il y aura une suite à cet entretien. Dernière question !
La marche du marché de la photo
A la question quel est aujourd’hui l’état du marché de la photographie, ou des photographies ? Younes Tebib réponds : « Celui de la photographie de reportage, édition de presse ou exposition, est cohérent, on connait la cote des photographes, et les sujets porteurs. La photographie dite plasticienne est un autre monde qui n’a rien a voir avec le premier, d’ailleurs on ne se connait pas et il y a rarement des photographes qui passent de l’un à l’autre. Le troisième marché est celui de la photographie ancienne, qui commence à s’essouffler. Le cordon ombilical qui relie les incunables du XIXe siècle à la photographie d’aujourd’hui a été rompu. Le numérique a non seulement remis à jour la technique mais aussi remis en question l’existence physique d’une photographie. Cependant l’achat d’un tirage d’époque demeure un placement sûr, la plaque de verre n’étant qu’une étape intermédiaire. Un tirage d’époque réalisé du vivant du photographe sous ses directives par son tireur attitré étant la meilleure des garanties. La rareté, ou du moins le nombre restreint de copies, reste aussi un bonus appréciable ». Si Younes Tebib avait les moyens il n’hésiterait pas à acquérir les œuvres des photographes hollandais et espagnols.
Objectifs d’un expert
Le mot de la fin concerna ses prochains projets et son ambition. Younes Tebib espère un jour produire une grande manifestation, comportant exposition, livre, portfolio…à propos des débuts de la photographie arabe. Gageant que ces paroles, venant d’un Tunisien, spécialiste de la photographie possédant à la fois la force de la jeunesse et la sagesse de la connaissance, se transformeront très vite en actes.
A la fin de cet entretien je suis resté sur ma faim, tant de questions à poser et de logiques à comprendre. Mais Younes Tebib doit retourner en France, beaucoup de projets à mener à terme, d’idées à concrétiser et d’expositions à visiter… A défaut d’avoir une photographie présente comme il se doit à l’étranger, réjouissons-nous d’avoir au moins un ambassadeur qui à fière allure et bonne prestance. Mais depuis un autre point de vue, il se peut que notre photographie gravement souffrante aurait besoin non pas de généralistes mais d’un spécialiste, expert en réanimation, afin de remédier à ses maux !
Entretien mené par Hamideddine Bouali
24 décembre 2009
(1) Agence Magnum : http://www.magnumphotos.com/
(2) Fondation Henri cartier Bresson : http://www.henricartierbresson.org/
Post-scriptum
Je suis depuis deux jours à Redeyef, venu mettre mes pas sur ceux laissés par Rudolf Lehnert. Rudolf Lehnert qui a produit une importante production photographique dont le sujet fut la Tunisie n’a pas cessé depuis son décès, ici même le 16 janvier 1948, de faire parler de lui et de son œuvre. Lors d’une mémorable altercation avec son associé Ernst Landrock à propos de son style, Lehnert lui aurait rétorqué : « Ma photographie ! On en parlera encore dans deux cents ans ! ». Plus d’un siècle vient de passer, après les premières prises de vues en Tunisie réalisées en 1904, et la prédiction de Lehnert en forme de défie s’avère encore vraie.
Tant que l’on n’a pas mis les pieds dans cette région on ne peut pas saisir, comprendre, assimiler Redeyef. Trois jours sont trop peu pour en avoir une idée même sommaire;
Je suis venu de Tunis avec Amine Landoulsi, ami, photographe et bloggeur invité chez les Alaimi. Mohamed Alaimi et son épouse Asma, est peut-être le seul couple en Tunisie, du moins à ma connaissance, à parler, aussi bien l’un comme l’autre, de la différence entre les capteurs ccd et cmos des appareils photos numériques ainsi que de l’héritage artistique de Lehnert. Il faut dire que je suis dans une vallée qui ne manque pas de contrastes et de singularités.
A suivre dans “Chronique XLI” très bientôt en ligne.
Qui êtes-vous monsieur Lehnert ?
Yasmine Ouazzani journaliste au magazine Le Courrier de l’Atlas, paraissant à Paris, me contacte au début du mois de mars pour un jeu de question-réponse à-propos de la photographie Orientaliste en général et de Lehnert en particulier. Par manque de place cet entretien n’a pas paru dans le magazine en question (N° 25 daté avril 2009) et Yasmine s’en désole autant que moi puisqu’elle fut obligé de ne citer que quelques extrais (en bleu dans le texte).
Ci-après l’entretien complet…d’où l’utilité d’un blog.
Yasmine Ouazzani : En tant que photographe, quel regard portez-vous sur la photo orientaliste ?
Hamideddine Bouali : J’ai le sentiment que la photographie orientaliste a produit quelques spécimens remarquables, ni plus ni moins que les autres photographies ; la pictorialiste, la documentaire, la surréaliste, l’humaniste… Néanmoins nous sommes en présence non pas d’une école ou d’un style artistique – on n’en connait aucun manifeste écrit ni de chef de file déclaré- mais d’une vision d’un monde par rapport à un autre ou d’un autre. L’orientalisme – singulièrement par l’intermédiaire du vecteur de la photographie – en empiétant sur d’autres domaines – le politique, l’historique, le géographique, l’ethnologique, le touristique – suscite bien évidemment davantage d’interrogations.
Carte postale N° 897 intitulée “Dans l’Oasis “d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)
Je trouve par ailleurs la citation de Victor Hugo – qui trouve en 1829 que l’Orient est devenu « Une préoccupation générale »- d’une rare acuité… Bien que la Campagne d’Egypte était depuis longtemps finie, la France, qui demeurait encore sous le charme de cette civilisation décrite, analysée et déchiffrée par ses scientifiques, se préparait à – précisément – occuper quelques pays d’Orient ou considéré en tant que tels. Tout cela me revient à l’esprit dès que je me trouve en présence d’une photographie orientaliste ou à caractère orientaliste ; formulation que j’estime plus appropriée.
Yasmine Ouazzani : Une galerie parisienne, Galerie au Bonheur du Jour, a récemment exposé des photos de Lehnert et Landrock, prises en Tunisie et en Algérie entre 1904 et 1910. On y voit entre autres des nus d’enfants. Que vous inspire l’exposition de telles photos en 2009 ?
Hamideddine Bouali : Le nu est une thématique particulière, alors que dire quand il s’agit d’enfants et de surcroit en photographie ? L’exposition « Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie» organisée à Lausanne l’année dernière et actuellement à Paris évoque plusieurs cas de photographies de nus d’enfants réalisées dans le passé ou aujourd’hui en Occident qui ont fait scandale. Alors le fait que je prenne des gants dès qu’il s’agit de telles images n’a rien à voir avec le fait que je sois né de ce coté-ci de la Méditerranée.
Cela dit, en tant qu’enseignant, je m’oppose à toute interdiction puisque je demeure convaincu que montrer ces photographies, ainsi que toutes autres photos qui pourraient faire polémique (photos de guerre, de propagande, outrageante, attentatoire…) est essentiel puisque didactique. Le travail pédagogique s’inscrit alors dans la recherche des circonstances, des raisons et surtout des utilisations de ces images. C’est un minutieux travail de lecture que d’autres photographies n’exigent pas. En conséquence de ce que je viens d’avancer, je suis convaincu que si toute photographie est à voir dans le cadre d’une exposition, certaines devraient être suivies d’une attention particulière par devoir de précaution vis à vis d’un public en ignorance de cause de l’Histoire et de celle de la photographie en particulier. Dans ce cas précis, il est question d’une différence d’appréciation de la notion de pudeur. L’histoire des mentalités nous apprend que la nudité a été différemment considérée ; sublimation du corps ou son humiliation.
Carte postale N° 742 portant le titre “Types d’Orient esclave” d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)
Yasmine Ouazzani : Doit-on montrer ces images qui somme toute reflètent un passé et une Histoire ? Où et comment les montrer alors ?
Hamideddine Bouali : Le fait que ces images ont été réalisées à une époque ou nous étions sous protectorat, que ces enfants ignoraient totalement ce que l’on fera de leur image me pousse tout naturellement à la plus grande prudence. En tant que curateur j’estime que la mission d’un commissaire d’exposition ou d’un galeriste s’exerce au beau milieu d’un carrefour périlleux. Au croisement de la liberté d’expression, reconnue plus ou moins universellement à tous (pourquoi limiter ce privilège aux artistes et aux journalistes ?) et de la bienséance appropriée à chaque lieu et en toute époque. « Jusqu’où aller trop loin ? » cette devise en forme d’interrogation serait le parfait credo des curateurs car n’oublions pas que si la culture est là pour nous rassurer, l’art est une continuelle transgression des normes.
Le fait que ces photographies furent réalisées il y a un siècle ne pourrait en aucun cas être considéré comme un sauf-conduit. Ceux qui pensent le contraire ont-ils estimé le temps nécessaire pour exposer certaines photographies de Mapplethorpe, de La Chapelle ou de Diane Arbus sans précaution particulière ?
Exposer ces photographies dans une Médina pendant le mois saint de Ramadan est irresponsable, car là on confond transgression et provocation. Je suppose toutefois que ces mêmes photographies pourraient occuper les cimaises d’une autre galerie sans provoquer de réactions particulières trois mois plus tôt et ailleurs que le centre historique et traditionnel d’une ville arabe. Je suis totalement d’accord avec Benjamin Stora quand il affirme que « L’image nous renseigne plus sur la société qui la regarde que sur elle-même ». Ainsi les photographies controversées de Lehnert qui demeurent, en tout cas pour moi, une énigme ont réussi à provoquer une importante littérature aussi bien élogieuse que calomnieuse.
Yasmine Ouazzani : Doit-on en interdire la diffusion au nom du droit à l’image d’autant plus qu’elles montrent des jeunes pré pubères dans le plus simple appareil ?
Hamideddine Bouali : Non, puisque personne de ces modèles ne s’est porté partie civile !!! D’ailleurs ce droit n’est pas spécifique à cette tranche d’âge, toute personne s’estimant lésée par la diffusion de son image pourrait porter plainte. En l’absence dans le Code civil français d’une mention relative à la transmissibilité du droit à la vie privée, les tribunaux reconnaissent que la dimension patrimoniale du droit à l’image et du droit à la vie privée est transmissible comme tout autre bien faisant partie du patrimoine. On lègue son image tout comme toute autre bien immobilier. Cela voudrait dire qu’un descendant de ces personnes prises pour modèles pourrait soit demander l’arrêt de la diffusion d’une photographie où figure un de ses aïeux s’il estime qu’il y a préjudice moral ou alors demander exactement le contraire : revendiquer une part des bénéfices générés (vente de tirages ou de cartes postales) ! Cela semble loufoque, mais c’est une lecture possible de cette loi.
Par ailleurs le Code tunisien de la protection de l’enfant (promulgué en novembre 1995) stipule que la protection de l’enfance est prioritaire sur toute autre loi. Ce code garantit à l’enfant (toute personne humaine âgée de moins de dix-huit ans et qui n’a pas encore atteint l’âge de la majorité par dispositions spéciales), le droit de bénéficier des différentes mesures préventives à caractère social, éducatif, sanitaire et des autres dispositions et procédures visant à le protéger de toute forme de violence, ou préjudice, ou atteinte physique ou psychique, ou sexuelle ou d’abandon, ou de négligence qui engendrent le mauvais traitement ou l’exploitation. Si ce Code ne peut s’appliquer aujourd’hui aux enfants figurant sur les images en raison de la non-rétroactivité des lois, il est par contre approprié aux jeunes visiteurs des expositions, au cas où celles-ci aient lieu en Tunisie.
Mars 2009
Commentaires
Le dossier intitulé dès la couverture : « Orientalisme, art, histoire ou scandale ? une exposition controversée » semble porter en lui-même le jugement final… pas besoin d’enquêtes ni de débats. Et si c’est justement les trois à la fois…Art ; surement puisque les œuvres de Lehnert ne sont pas dénuées d’un certain souffle artistique. Histoire, forcément car elles ne peuvent se lire qu’à la lumière de la colonisation des sujets photographiés et la biographie du photographe, Scandale ? inévitablement comme pour toute œuvre qui transgresse.
Le Courrier de l’Atlas, comme bon nombre d’historiens, veut absolument faire débuter l’histoire de la photographie dans les pays du Sud de la Méditerranée avec leur occupation par une Puissance européenne (colonisation ou protectorat). Il y a là un non sens, c’est uniquement une coïncidence qui a fait que l’expansion de la photographie (aussi bien là qu’ailleurs) s’est faite parallèlement avec l’hégémonie des pays européens en Afrique et en Asie. La contemporanéité des événements ne veut absolument pas signifier leur causalité. Rappelant que Lehnert était Autrichien et aucun historien sérieux ne pourra l’accuser d’avoir été colonialiste voire raciste !!!
Le dossier (d’instruction) du Courrier de l’Atlas est totalement défavorable à Lehnert. Aucune mention n’a été faite sur la grande qualité de sa photographie – les photos de nus n’étant qu’une mince partie – à part les appréciations de Nicole Canet, gérante de la Galerie Au Bonheur du jour.
D’autre part l’article cite une phrase (hors entretien) tirée d’un livre que j’aurais fait paraitre est pour le moment prématuré. J’ai effectivement rédigé un texte docu-fiction-historique où des descendants d’un modèle faisaient un procès à Lehnert pour droit à l’image. Au cours de ce procès le procureur (faisant son métier) trouve que Lehnert se venge – à sa manière – des orientaux en les mettant à nu. Vienne ne fut-elle pas par deux fois assiégé par les Ottomans ? La Méditerranée ainsi que tout le sud de l’Europe n’étaient-ils pas à la merci des musulmans ? Personnellement je me situe exactement entre les accusations outrancières du procureur et les éloges de l’avocat de la défense.
La dernière phrase de l’article final du dossier, signé Abdelkrim Branine, aurait mieux fait de rester sur l’écran de l’ordinateur du rédacteur en chef que de figurer en guise d’argument indiscutable et définitif sur les photographies controversées de Lehnert : « …des galeristes allemands auraient-ils la possibilités d’exposer à Berlin puis à Paris des photographies de jeunes Françaises dénudées prises pendant l’occupation ? Avoir la seule polémique née l’an dernier lors de l’exposition Les Parisiens sous l’occupation, rien n’est moins sûr… ».
Comment se permet-on de comparer des pays, des époques, des mentalités…et le photographe dans tout cela ?
Encore une fois on fait parler les photos, les historiens, les critiques, les spectateurs mais pas le photographe. Pauvre Lehnert ! Chaque fois qu’il est évoqué, la nuance s’éclipse !!!
Hamideddine Bouali
9 avril 2009
Pour vous faire une idée précise à propos de l’œuvre de Rudolf Lehnert ne manquez pas de visiter le site de mon ami Michel Megnin : http://michel.megnin.free.fr/
A propos de Lehnert vous pouvez consulter mes textes sur ce même blog :
« Lehnert, le retour ». 1 juin 2006
« Administration du visuel » . 31 octobre 2006
« Ce que je pense de l’exposition “L’image révélée” ». 31 octobre 2006
« Une théorie contestable, un fait oublié et une exposition ». 5 novembre 2006
« Amicalement Votre ! ». 2 novembre 2006
« Les miroirs feraient mieux de penser avant de réfléchir une image ». 7 décembre 2006
« La Photographie ne finira pas de parler d’elle ». 31 janvier 2007
« États de la photographie entre le malentendu visuel et la responsabilité du commissaire ».15 janvier 2007