Il est 4h29 du 19 juin 2010
et une envie subite d’écrire m’a pris
Regarder le temps qui passe…
Ces derniers temps je suis obsédé par le temps ! Pas par le temps qu’il fait mais par le temps que je fais. Qui mieux que le photographe, à part l’horloger ou le croquemort, est à même de sentir le temps, de le voir passer et parfois d’avoir l’intime conviction qu’il est là, à portée de mains ?
Se décider d’aller faire des photos c’est faire un pacte de bon voisinage avec le temps, tendre la main pour le tirer par la manche…et se laisser emporter par la griserie d’une virée à califourchon sur l’aiguille des secondes.
“Autoportrait dans le rétroviseur d’un camion citerne” lors d’un voyage en stop de Tunis à Djerba
en compagnie de Sameh Arfaoui, le 2 juillet 2010 11h 32. Photographie Hamideddine Bouali
Je suis arrivé à des conclusions qui pourraient paraitre anodines ou sans intérêt pour certains mais qui me semblent d’une grande importance. D’ailleurs le temps que j’ai passé à réfléchir à-propos du temps devrait m’être remboursé ou du moins remplacé un de ces jours ! Un petit sursis le jour où j’en manquerais ! L’exclamation : « ah si j’avais eu un peu plus de temps… » étant la seule forme de nostalgie optimiste que je connaisse.
Tout est question de temps. Tiens ! Le confort auquel nous avons accès ou dont nous rêvions, n’est qu’une exploitation plus rationnelle du temps. Un petit exemple, l’intérêt d’une télécommande est d’éviter au spectateur de parcourir, et d’y perdre du temps, la distance le séparant de son téléviseur. Toutes les télécommandes sont un gain de temps. Le téléphone portable nous évite de dépenser des minutes précieuse d’aller et d’attendre devant une cabine téléphonique afin d’appeler quelqu’un. Et dans l’autre sens aussi, l’interlocuteur qui cherche à nous joindre devrait composer des dizaines de numéros avant de réussir (dans le meilleur des cas) à vous contacter. Nous n’arrêtons pas de demander à nos enfants de faire leurs cours, d’apprendre leurs leçons pour la simple raison que plus tard ils pourront, avec un emploi intéressant, obtenir ce qu’ils veulent en dépensant moins d’énergie et de temps et de gagner des moments de répits qu’ils exploiteront pour leur passe-temps. Dans cette logique, aujourd’hui n’est ce pas un indice économique que de comparer combien il faut d’heures de travail pour se payer trente jours de loyers ? Ou combien il nous faut d’heures de bureau pour s’offrir des jours de vacances. Cela reviens à bâtir un vase communicant, ici l’énergie dépensée et là ce que l’on gagne en repos !

“Les deux amis”, Djerba le 8 juillet 2010 18h55′. Photographie Hamideddine Bouali
…et lui demander un instant.
Je ne dors presque plus, quelle perte de temps ! Aller au lit en pensant que quelques fuseaux horaires plus loin on travaille, on s’amuse, on nait et on meurt ! Alors cela m’ôte toute envie de fermer les yeux. Au Moyen âge j’aurais surement accepté ; le soleil se couche, le monde entier va dormir. Une thérapie ou un médicament à trouver serait, pour moi, un vaccin anti sommeil. Nous gagnerons l’équivalent d’un tiers de notre existence en plus, ce qui voudrait dire vivre plus longtemps !
Notre perception du temps est vraiment curieuse…N’avez-vous pas l’impression que tout les « hier » se ressemblent ? Au point que parfois même après des années on dit : « c’est comme si c’était hier », car hier n’est pas la veille d’aujourd’hui, hier c’est une datation intemporelle du passé. Hier c’est un jour habillé de l’uniforme gris de la nostalgie, une épitaphe du temps passé, on est sûr que l’on a vécu ce passé là et rien d’autre. Tout le charme du « Possible » n’y est plus. Les « demain », très différents des lendemains qui sont presque toujours envoyés aux calendes grecques, sont toujours optimistes, car c’est une projection, un élan…tout sera possible ! Laissons pour demain !
Pourquoi les photographies de coucher de soleils sont toujours relativement mieux appréciés que d’autres ? Nous y voyons la fin du jour, la fin de la vie et la fin des temps, alors que nous sommes heureusement encore là. Nous demeurons convaincus que nous avons d’une certaine manière vaincu le temps ! Nous croyons que le soleil et le temps sont en ménage alors qu’il n’en est rien…la seconde est « la durée de 9.192.631.770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux hyperfins de l’état fondamental de l’atome de Césium 133 ». Définition qui enlève tout le charme du temps, réduit à un grouillement régulier de minuscules particules…c’est comme regarder une femme en pensant à son squelette !
Aucun texte ne m’a pris autant de temps pour le mettre au monde. On est le 11 juillet et je n’ai pas encore terminé ce que j’avais commencé ! Entre-temps je suis allé à Djerba pour diriger un workshop, et volontairement j’ai continué de vivre plus longtemps que d’habitude car j’ai systématiquement fait les trente six heures ! Une nuit blanche sur deux. Assis au bord de la mer à attendre le jour, ce soleil qui règle notre horloge biologique. La majorité des individus changent, sans le savoir, en voyant arriver l’obscurité…prenant cela pour un couloir menant tout droit vers la nuit : antichambre des aboutissements. La nuit on se repose, on va danser, on se réunit pour discuter de sujets sérieux, et même si on joue c’est presque toujours pour de l’argent. La nuit c’est sérieux…et c’est pour cela que j’ai décidé, selon mes dispositions physiques d’aller rencontrer l’arrivée du jour. C’est le 4 juillet dernier que pour la première fois je vois pointer le premier rayon de soleil. Evidement j’ai beaucoup de fois veillé tard et attendu le lever de soleil, mais jamais je ne l’ai fait avec autant d’impatience, et contemplé le point lumineux naissant avec cette acuité. Impossible à ce moment de déclencher, un instant après j’ai repris mon statut de photographe.
“Cadran solaire”, Djerba 4 juillet 2010 5h10, Photographie Hamideddine Bouali
Sublimes tic tac
Une fascination tétanisante vous empêche de regarder l’heure, ou même de le demander à ceux qui sont à côté. Car l’heure est devant vous, du moins celle naturelle. Un gigantesque cadran lumineux, dont les aiguilles s’élancent jusqu’à vos pied puis deviennent des bras gantés de fourreaux dorées qui viennent vous enlacer chaleureusement. Je suis devenu accro aux levers de soleil, beaucoup moins aux couchers. Evidement le fait d’être seul ajoute à l’effet optique une aura mystique, le coucher est d’un autre ordre.
Voir le soleil se coucher, en étant accompagné par des dizaines d’autres curieux et autant de photographes, est forcément une situation moins intime. Descendre de son piédestal, et venir percuter le sol n’est pas un spectacle grandiose, tout juste magnifique, alors que l’aurore est d’un sublime sans pareil. La raison ? Quelques minutes après avoir vu un coucher du soleil, vous l’oubliez, et vous passez à autre chose, mais assister à un lever de soleil cela vous rend magnétique…inconsciemment vous passerez votre journée à regarder les événements de haut !
Quatre nuits blanches avec à la clef des centaines de photos d’un soleil toujours différent, aucun lever de soleil ne ressemble a un lever de soleil. La photographie ne peut montrer que ce qui est de l’ordre du visible…les traits, les couleurs, les masses, les plans…il est vain de lui demander autre chose car elle en est incapable. Il se peut que ce soit là où on mesure le mieux son incapacité à rendre compte de ce que l’on voit.
Lors de ces imperceptibles moments où la clarté du jour prend la place du flottement de l’aurore telle une paresseuse marée, tout individu règle ses comptes avec lui-même. Alors l’outrance devient de mise, on rit à haute voix, au casino on joue le tout pour le tout, on n’hésite plus à se déclarer, à se tenir par la main et on s’embrasse si cela n’a pas été fait auparavant …Au point où en est !
Moi, dans ces débuts de jours, je prenais des photos, j’estime qu’ainsi je tiens le jour par la main, je le vois se réveiller, s’étirer, je parie sur un effet particulier de prise de vue, j’embrasse le panorama sans avoir eu besoin de déclarer mon amour pour le temps : un photographe n’en est-il pas un prétendant naturel !

“Retour au port avant le lever du soleil”, Kélibia 15 juillet 2010 4h54′, Photographie Hamideddine Bouali
J’ai commencé ce texte à Tunis, je l’ai repris un jour à l’aube à Djerba juste après avoir pris des photos assis à même le sable, puis dans le bus me ramenant à Tunis, là je suis en compagnie de ma fille Fatma dans un autre bus me menant à Kélibia…il se peut qu’au fond de moi je ne veux pas y mettre un point final, car pour ce texte ce signe de ponctuation qui requiert le moins d’encre et si peu d’octets a une signification vitale. Cela voudrait dire que je n’ai plus aucun mot à dire, en tout cas pour ce sujet et maintenant, alors qu’à chaque instant depuis déjà quelques années je me trouve en situation avec le temps. Le temps de décider, de choisir, de finaliser, de voir, d’écrire. C’est forcément le bel âge venu, celui non pas des grandes choix mais des sages décisions, celles que personne ne remarque, qui n’engagent que vous !
Oh temps ! ne suspends surtout pas ton vol ! Tout le charme du temps c’est qu’il est encore plus fort que la mort ! il est imperturbable, insaisissable, invisible tout comme la grande faucheuse mais en plus il a la magistrale fierté de nous ignorer ! Si la mort a déjà sur son agenda le lieu et la date des rendez-vous qu’elle a fixé avec chacun d’entre nous, le temps, lui, n’a pas d’aide-mémoire et n’accorde d’entrevue avec personne, il est le plus grand des solitaires.
Je suis dans le bus me ramenant à Tunis après un petit séjour à Kélibia dont le point culminant étant une nuit blanche à guetter le retour des pécheurs aux aurores.

“Autoportrait aux aurores” Djerba le 6 juillet 2010 5h 46′. Photographie Hamideddine Bouali
Quant on regarde sa montre, on ne regarde pas le temps, mais des délais, des comptes à rebours, des temps qui restent. Tout comme lorsqu’on mesure une distance. La graduation indiquant 5 centimètres ne signifie absolument rien sans la distance la séparant du trait indiquant l’origine « 0 ». Alors dire il est 5 heures c’est bien évidement vouloir dire qu’il y a eu cinq heures depuis minuit ! Au début, aux première heures de la journée cela nous parait évident…mais à 21h nous avons tendance à l’oublier.La première chose que l’on devrait enlever a un mort c’est sa montre bracelet, cette menotte devient caduque…le défunt est désormais libre de tout engagement terrestre.
Il est 18h51 du 16 juillet 2010, je suis chez moi à Tunis…et le temps me fascine encore plus que ce 19 juin où je n’ai pas trouvé le sommeil…
Hamideddine Bouali
16 juillet 2010
Je finirais ma vie gardien de phare
Je déteste les « jamais » et si j’étais malfaisant je les tuerai dans l’œuf alors qu’ils ne sont encore que des « non » ! Je suis resté de longs moments à chercher ce que ce jamais était, une définitive décision ! Une sentence sans recours ! Un unique « Ainsi soit-il », un couperet d’une guillotine tranchant le fil d’Ariane…au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable et pas de strapontin pour les resquilleurs.
“Autoportrait par un jour d’ennui”, La Goulette, 6 juin 2010, Photographie Hamideddine Bouali
C’est dans seulement quelques moments de la vie que l’on pense vraiment. « Penser vraiment » cela veut dire regarder ce qui fut accompli et réfléchir à son devenir. Les autres sujets de réflexion ne sont en rien comparables. Cogiter sur la politique, sur les grands faits de société ou bien même sur son activité professionnelle ou ce qui nous occupe c’est peu important relativement à « se penser ». Cette activité est déjà paradoxale en soi, car on est en train de « se lire » en utilisant ces propres outils, comment se rendre compte alors si on est dans le juste ! La logique vient nous tapoter sur l’épaule pour nous chuchoter à l’oreille : « on ne pèse pas les balances ! »
Je crois à la résurrection. Dans une existence on possède plusieurs vies, tous ceux qui sont comme moi entre deux âges comprendront mieux que les autres ces mots. On est comme un voyageur qui traverse un train passant d’un wagon au suivant. A tout moment on saura où on en est par rapport à ce qu’on a traversé, mais aucun indice sur le nombre de wagons restant. A mesure que l’on avance à mesure que l’on croise des gens, des situations, des choses, mais en même temps cette dépense d‘énergie amoindrit nos forces…Les passages inter wagon sont, au début, faciles au point que l’on ne se rend même pas compte de leur existence, ils sont accomplis dans l’insouciance la plus juvénile. Après, on commence à prendre quelques précautions, on tient aux barres, on s’accroche aux épaules, on regarde où on met les pieds. Crucial passage de la cinquantaine car l’on sait que l’énergie commence à manquer, que le nombre important des personnes, faits et situations accumulé mais surtout cumulé est tel que l’on vient à oublier, à confondre à se méprendre. Et c’est surtout l’idée que, vu l’étendue traversée, la logique nous impose de prendre en considération que la longueur du train n’est pas interminable et qu’il se peut qu’a quelques pas de là au lieu de se trouver, en ouvrant la portière, devant un autre wagon, mais nez a nez avec la Machine ! Bruyante, graisseuse, noire, brute sans merci, bête inhumaine. Ainsi va la vie.
Tout comme Anatole France je crois fermement que « le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d’œuvre ». D’ailleurs cette citation fut utilisée comme titre pour Chronique VII (1) où je développais davantage ce crédo : « Anatole France a entièrement raison de conseiller aux critiques d’amalgamer aux œuvres qu’ils discutent leur vie privée. C’est parce que c’est à travers le même canal, celui des sens, que nous assimilons les œuvres que nous nous proposons de lire et que nous saisissons aussi les sensations de notre vie. Être heureux de vivre un moment unique, se sentir triste juste après, avoir peur des lendemains qui risquent de ne plus être pareils sont des palpitations du cœur. Ce même cœur vibre au contact d’une bonne lecture, d’une photo réussie ou d’un grand film. Ce cœur est ce que nous croyons être le siège de toutes les émotions, alors que c’est tout notre corps qui frémit. La citation d’Anatole France voudrait aussi dire que notre appréciation des choses est tributaire de notre état d’âme. Si voir des chefs-d’œuvre épanouit, le fait d’être heureux vous rend plus lucide pour bien les comprendre ».
Avec ce préambule, j’ai rempli une partie de mon rôle
Pas de vernissage pour Monsieur Wert
L’année dernière à cette même époque j’évoquais (2) pour la première fois une exposition de peinture, je décelai dans l’œuvre de Samir Makhlouf assez de photographique pour m’autoriser à la commenter. Aujourd’hui c’est exactement le même élan qui me pousse à parler d’une exposition de dessin. Miquel Wert, qui est en résidence d’artiste depuis moins de deux mois expose ces « Vues » à l’Aire Libre d’El Teatro qui montre encore une fois son rôle central dans l’animation artistique de Tunis alors que Mahmoud Chelbi se révèle être un animateur de premier ordre, offrant au public de la capitale un programme annuel d’une grande richesse.
Oeuvre de Miquel Wert, exposée à l’Aire Libre d’el Teatro
Une œuvre inachevée n’est pas incomplète, elle s’inscrit dans une autre linéarité où il n y a ni début ni fin. Pourquoi sommes nous acculés à vivre selon des schémas tracés par avance. Il n’y a qu’a regarder les figures de styles à la géométrie prévisible et régulière que nous utilisons: le cercle familial, l’axe du temps, la ligne d’horizon, un point d’orgue, sphère d’influence…cela parait primitif comme remarque, mais on y pensant bien, nous sommes formatés, préfabriqués, fondus dans un même moule. Pour nous, un film doit finir avec le mot « fin », un livre avec un « dénouement », une chanson avec une baisse du volume, un poème sur une note de tristesse, une vie avec une mort.
J’ai trouvé plus de photographique dans les dessins de Miquel Wert que j’en ai repérés dans la plupart des œuvres vues dans les expositions photos visitées ces derniers temps.
Mais il se peut que je suis en train d’appliquer le précepte d’Anatole France d’une manière radicale. Ce texte, tout entier, serait une page tirée de mon journal intime et n’a rien à voir avec ce que je suis censé évoquer.
Une œuvre finie est une œuvre morte, elle est momifiée, mise sous scellés, aucune autre touche ne viendra changer quoi que ce soit. Certes elle pourra être reprise, retirée de la circulation, remasteurisée, réadaptée mais pas refinie.
Les femmes dans leur dernier jour de maternité ne veulent plus accoucher, elles se complaisent dans cette situation d’être en instance de donner vie, d’accoucher…La naissance du nouveau né c’est la mort d’un état particulier où elle se sentait la reine du monde, choyée, gâtée et enviée. Le jour d’après, elle deviendra une mère, j’allais dire, c’est tout ! Alors il faut qu’il y ait douleurs, sang, cris, danger de mort pour que ce changement d’état soit définitivement supporté. Les femmes qui subissent des traitements anti douleurs, ressentent du remords et se culpabilise de s’être dépossédée de ce moment particulier sans avoir failli en mourir.
Wert a peur de la mort, une peur couleur sanguine, une phobie qu’il a transcrite dans ses œuvres. Peur de se dire ; voici la dernière touche. L’exposition de Wert est paradoxale, elle semble affirmer que l’œuvre inachevée est une œuvre encore plus aboutie que les autres, celles que l’on vernissait réellement au XIX lors de la journée inaugurale.
Il a peur aussi que les présences, mot encore plus fort que les « êtres », ne prennent vie et viennent lui demander des comptes. Pourquoi ? Car tous les artistes sont coupables, ils ont des personnages sur la conscience, des méfaits inventés, des fictions vraisemblables et des atmosphères soufflées. Miquel Wert viens, avec cette exposition, commettre un génocide du temps, comme un taxidermiste, il a mis un point d’arrêt à une foule de personnages qui lui sont familiers et qui le sont devenus pour nous par la magie d’une exhibition publique. Un album de famille dont il a arraché les feuillets pour nous les jeter à la face…La vie c’est cela prétend-il nous dire.
Je crois que je viens de signer une de mes chroniques les plus déroutantes, pas de sujet central, des chapitres en désordre, des idées pas assez expliquées et d’autres exagérément développées. C’est qu’entre produire une chronique inachevée afin de rester dans l’air du temps ou franchir un pas devant et à coté, j’ai choisi l’inconnu !
Qu’est ce qui serait différent de l’inachevé, et se situant à un degré plus complexe ? C’est l’incompris ! Du moins par tous à la fois…produire une œuvre avec l’intention délibérée qu’elle sera différemment appréhendée, car s’adressant à la fois à tous ainsi qu’à quelques uns !
Quand on se pense, on est dans la situation du funambule. On joue à l’équilibriste, pris dans un tangage entre la raison du cœur et le cœur de la raison. Le cœur brûle, flambe et prends feu. Si on se surprends en train de se dire que la raison est déraisonnable, c’est le signe que le cœur a pris les commandes.
”Le cœur à toujours raison”…c’est la dernière phrase de ce texte.
Je finirais ma vie gardien de phare : un horizon à perte de vue et une absence d’ambition, aujourd’hui, je suis dans la situation contraire.
Hamideddine Bouali
6 juin 2010
(1) http://du-photographique.blogspot.com/2008/04/chronique-vii.html
(2) http://du-photographique.blogspot.com/2009/05/chronique-de-haut-vol.html
La photographie selon Hamideddine (suite)
Que d’émotions ! Personne n’est resté insensible à la Chronique personnelle (1) au point que l’on m’a réclamé à l’époque de sa publication et avec insistance la suite. Aucune protestation n’est venue réclamer une vraie photo de famille à la place de celle qui illustre l’article ; pour une fois un texte ne se trouve pas à la merci d’une illustration. Ma sœur m’encourage à prendre plus au sérieux l’écriture allant même à me demander de proposer une nouvelle pour le Comar d’Or, m’offrir une seconde chance, la première étant par l’intermédiaire de mon frère Safieddine (2) !!! Gaël Coto, qui est venu exposer ses photographies l’année dernière à Ghar el Melh fait du troc. Il me confie, en contre partie de mes souvenirs d’enfance, ce qui l’a amené à la photographie. Je ne dirais pas que ce fut par amour pour quelqu’un, car je violerais son secret.
Ce buggy participant au Rally Oilibya 2010 a failli m’écraser…
J’étais en train de faire la mise au point et le zoom calé sur une courte focale me faisait croire
que la voiture était encore assez loin mais en réalité elle n’était qu’à quelques mètres de moi.
Photographie Hamideddine Bouali, 1e mai 2010 à 17h51
L’histoire du papillonL’espérance de vie étant ce qu’elle est et selon les dernières statistiques, je ne suis qu’aux deux-tiers de ma vie. Il se pourrait qu’un jour je raconte ce qui se passe aujourd’hui. Certains ne sont pas très conscients que c’est maintenant que se font les souvenirs racontés plus tard. En ce moment même, à l’heure de la rédaction de ces lignes ou à leur lecture, les décisions prises ou ajournées, les mots prononcés ou entendus, les rencontres fortuites ou les rendez-vous manqués seront un jour d’une importance capitale ou irrémédiablement oubliés. Allez savoir comment s’y retrouver dans ce vaste ensemble de suppositions, d’hypothèses et de conjectures. Et puis tout cela s’enchaîne, se relai et se répercute en fonction d’autres actions. Une seule vérité ; ce n’est que le lendemain que tout sera compris avec certitude. D’autre part personne ne peux garantir que je survivrais à cette chronique, d’ailleurs si elle se termine par trois points de suspensions c’est que je n’ai pas pu la finir pour raison de force majeure ! Et que c’est un proche qui c’est donné la peine de mettre cet article en ligne. Une des énigmes de la vie c’est que justement vous ne saurez jamais si vous, ou ceux que vous côtoyez quotidiennement, seriez là après quelques minutes. L’oubli, la disparition ou la mort, tout cela n’est-il pas de même nature ?
La dernière image
La naissance, même si elle se fait dans la douleur aussi bien du nouveau né que de sa mère, est toujours un heureux événement. La mort, elle, n’est jamais sereine, et ce, même quand elle est une délivrance ou un moindre-mal. S’il sera possible un jour de connaître la première image vue par un être humain, il ne sera pas de même de la dernière, pourtant c’est la plus significative, mais qui aurait la tête à cela ?
Ma vie aurait pu prendre fin le mercredi 23 aout 1972, à l’âge de 11 ans et huit mois. Cette précision n’est pas due à la mémoire légendaire de mon père (3), mais à la concomitance avec un vrai décès survenu de l’autre coté de l’Afrique. Les plus curieux trouveront.
On était tous partis à la plage, du coté de Kheireddine, à quelques pas du célèbre Oiseau bleu qui existe encore de nos jours. Je me rappelle encore de ce délicieux moment où la fraicheur de l’eau de mer était sans pareille pour désaltérer le corps ainsi que l’esprit. On n’était, mes parents et moi, qu’à quelques mètres du rivage et mon père me demanda d’aller demander l’heure. Je suis sorti tout droit puis bifurquais pour suivre le sable humide à la recherche d’une personne portant une montre au poignet. Après quelques centaines de mètres on me répondit qu’il était midi et demie. Au lieu de rebrousser chemin et de retourner sur mes pas, je choisis de rejoindre directement mon point de départ, fermant ainsi le triangle. L’heure donnée devrait être rapidement rapportée sinon elle devenait caduque, d’autres auraient repris le même chemin et ajouté à l’heure apprise quelques minutes. Mais moi je choisi la solution la plus directe ! Le niveau de la mer monta brusquement et de petites vagues tapotaient mon cou, puis mon menton, pourtant à côté, un enfant pas plus grand que moi mouillait à peine son maillot de bain. Soudain et d’un seul coup je perdis pied. Je sautillais afin de respirer par ma bouche, grande ouverte, ce qui me faisait haleter. La respiration se fit de plus en plus problématique car j’avalais de travers une eau salée, tiède et agressive.
Je me souviens comme si c’était hier. J’étais assis à même le sable, l’air hébété, le regard hagard, sans aucun tonus, et mes parents qui félicitaient mon frère de m’avoir sauvé d’une noyade certaine. On comprit après coup ce qui s’était passé. Des enfants ont localisé une zone où le fond était beaucoup plus profond que la normale, surtout à une si faible distance du rivage. Par jeux ils ont disposé une chaise exactement sur ce bas-fond. Une farce qui aurait pu me coûter la vie si ce n’est la vigilance de mon frère. Ma dernière image aurait pu être cette vague vision d’enfants jouant au ballon, une rangée de parasols avec comme bruit de fond des cris de jeux.
Je regardais cette cruelle indifférence, alors que moi, j’étais en détresse !!! Je ne comprenais pas ce qui m’arrivais puisque j’ignorais ce que c’est que la mort…Même aujourd’hui, à presque cinquante ans, je ne saurais y répondre.
A suivre…
Hamideddine Bouali
3 mai 2010
(1) http://du-photographique.blogspot.com/2009/05/normal-0-21-false-false-false-fr-x-none.html
(2) voir: http://du-photographique.blogspot.com/2008/09/la-thorie-du-chaos-applique-lactualit.html
http://du-photographique.blogspot.com/2009/04/chronique-controversee_26.html
http://du-photographique.blogspot.com/2008/09/chronique-xxxi.html
(3) http://du-photographique.blogspot.com/2009/06/bon-anniversaire-monsieur-papa.html
Corpus
Chronique des chroniques
Le 1e avril dernier j’ai tenu parole et je n’ai publié aucune fausse information sur ce blog comme je l’avais promis à mon âme sœur l‘année dernière. Effectivement Heinrich Barth est bien venu en Tunisie en 1845 avec dans ses bagages un précieux et monumental daguerréotype. Au fur et à mesure de sa pérégrination tunisienne, il rédigeait et envoyait à son père à Hambourg des correspondances où il relatait les péripéties de son aventure. Il tenta à plusieurs reprises d’utiliser “la découverte de Daguerre”(1). Jusqu’à nos jours aucune trace de ces premiers essais de photographies n’a été retrouvé. Et c’est aussi une information véridique que le 1er avril 1846, Heinrich Barth, quitta le Royaume beylical de Tunis en direction de la Libye (2).
Malgré l’avertissement en début d’article, mettant en garde le lecteur pour qu’il soit vigilant et ne suive pas n’importe quel lien, car certains ne mènent nulle part et d’autres à des sites farfelus, certains distraits ou curieux ont cliqué sur la dernière ligne où il était indiqué P.A. (initiales pourtant inconnues mais qui voulaient dire Poisson d’Avril) : qu’”Un obscur site d’un collectionneur maltais publie des images dont la légende est : “daguerréotypes réalisés par Heinrich Barth en Tunisie” http://daguerrotypestunisiens.blogspot.com/Le site « Daguerréotypes tunisiens », bien évidement de mon invention, a été malicieusement affublé d’un compteur qui indique à la rédaction de cette chronique que 30 personnes ont été piégées. Je leur présente non pas mes excuses mais mes vives remerciements d’être optimistes et de croire, tout comme moi, qu’un jour viendra où l’on mettra à jour ces images qui seraient alors des incunables d’une valeur inestimable non seulement pour l’histoire de la Tunisie mais aussi pour l’histoire de la photographie mondiale.
Le Choix de Sophie…
Il me semble que ce qui est le plus difficile pour un photographe, je ne peux savoir pour les autres domaines, c’est bien de choisir. Choisir, parmi une offre abondante, aussi bien le matériel qui lui convient et qui prédisposera sa vision photographique selon ses possibilités et ses limites, le sujet où il pourrait s’épanouir pleinement, et surtout les meilleures photographies entre toutes celles réalisées. Quelques membres du Club Photo de Tunis qui exposent en ce moment que se soit à el Teatro au sein de l’exposition “Découverte photo” organisée par Mahmoud Chalbi ou à Ez-Zahra avec Zouhair Ben Amor dans la manifestation “T’sawer”, m’ont contacté pour demander mon avis à propos des œuvres qu’ils allaient proposer. Dans ce genre de manifestation le rôle de l’organisateur qui est en même temps le curateur est prépondérant. Il a à choisir les exposants mais aussi leurs œuvres puisqu’il ambitionne de produire une seule exposition, bien qu’elle soit réalisée par différents auteurs. Mon apport est ainsi minime car je ne pourrais être qu’un conseiller, mon rôle se résumant à une simple consultation.
D’autre part, invité à participer à la 6e Biennale Méditerranéenne des Arts de la Ville de Tunis et ayant été prévenu que le thème sera « Image-mirage » je me suis plongé dans ma production de photos numériques constituée depuis l’achat de mon Lumix. J’ai été effaré par le nombre de fichiers images sauvegardé. Cependant je tiens à préciser que je ne travaille jamais en rafale (plusieurs prises de vues en agissant une seule fois sur le déclencheur) et je prends tout mon temps avant de me décider à tirer mon appareil photo de son sac. Faire presque quotidiennement des balades photographiques, surtout à Tunis, depuis plus de six mois cela finit par donner un Corpus d’une certaine importance, du moins quantitative.
Que c’est ardu de choisir. Chaque fois que je suis placé devant une telle situation je me rappelle le célèbre film d’Alan Pakula “Le Choix de Sophie”(3), avec dans le rôle titre, la sublime et fascinante Meryl Streep, accompagnée par Kevin Kline ainsi que Peter Mac Nicol.
Une des deux affiches du film “Le Choix de Sophie” réalisé par Alan Pakula
Un passage particulièrement insoutenable du film met en scène Sophie aux prises avec un officier nazi sadique qui l’oblige à choisir, d’où d’ailleurs le titre, lequel de ces deux enfants ira à la chambre à gaz. Afin de barrer la route à toute parade, puisque Sophie pourrait ne pas choisir et laisser cette tragédie se jouer sans qu’elle y soit une partie prenante, le bourreau ajouta : « si tu ne choisis pas, les deux seront tués ».
…Le dilemme du Cid
Impossible choix, plus dure encore que ne l’était celui de Rodrigue dans le Cid de Corneille, qui était mit devant l’obligation de choisir entre deux décisions dont le résultat lui était également catastrophique. Qui pourra favoriser l’honneur à l’amour ou le contraire ? extrais :
“Je dois à ma maitresse aussi bien qu’à mon père ;
J’attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J’attire ses mépris en ne me vengeant pas.
À mon plus doux espoir l’un me rend infidèle,
Et l’autre indigne d’elle”.
Joseph O’Connor avait dit : “On a toujours le choix. On est même la somme de ses choix”, effectivement avec l’âge, nous avons franchit bien des ronds points, suivis des bifurcations pris des raccourcis…les bienheureux ont réussi leur parcours, certains ont crus être arrivés, d’autres se sont perdus et se sont trouvés carte et boussole en main demandant encore leur chemin alors que le temps qui leur été imparti arrivait a sa fin. Mais que veut dire « bien arrivé » dans ce cas, quand ce sont nos fautes qui nous sont les plus utiles ? Si les échecs nous poussent à la réflexion et vont à la remise en cause, les réussites ne font que nous abrutir par une béate autosatisfaction.
Le Corpus de Fata Morgana
Un corpus est un concept très intéressant ; c’est un assortiment constitué d’éléments parfaitement compréhensibles un à un, mais produisant ensemble un tout intelligible. Dans les éléments, on perçois le tout, et le tout s’écroulerait en l’absence d’une seule de ses pièces. L’univers étant le maitre-exemple des Corpus : Il est constitué d’atomes et un seul atome en moins et tout dégringole. La complexité et même la compréhension de l’infiniment petit correspondrait en tout point à celle de l’infiniment grand…expliquer l’un reviendra à dévoiler les mystères de l’autre.
17 décembre 2009
28 février 2010
21 février 2010
05 mars 2010
Œuvre photographique de Hamideddine Bouali
Un certain nombre de mes photographies répondaient à la thématique imposée par les organisateurs de “La 6e Biennale Méditerranéenne des Arts de la Ville de Tunis” mais ils ne faisaient que l’illustrer, alors qu’il fallait justement, en tout cas à mon sens, ne pas donner à voir mais s’opposer à cette idée. L’idée de réaliser Corpus fut alors très vite trouvée.
Une image est par définition passive, elle se laisse voir malgré elle et sera ainsi quoiqu’elle fasse. Pourtant avec Corpus, œuvre photographique et non image photographique, nous sommes dans un autre registre. Quatre photographies réalisées dans des lieux et à des dates différentes se sont trouvées jointes, juxtaposées, associées et réunies pour produire une nouvelle, tout en gardant chacune son individualité.
Autoportraits avec “Corpus”,
Palais Khereiddine, 6e Biennale Méditerranéenne des Arts de la Ville de Tunis, avril 2010.
Lors du vernissage, certains visiteurs ont vu, tout de suite, une femme reconstituée, fabriquée ou découpée par un magicien. D’autres n’y ont aperçu que quatre photographies dont chacune répondait, à sa manière, à la thématique de la manifestation, mais pour eux l’ensemble n’évoquait rien de particulier. Si “Image” le premier terme de la thématique était présent pour tout les spectateurs, le mot “mirage” n‘était pertinent que pour certains, c’est justement dans cette lecture accidentelle, car imprévisible et instantanée, que se comprend Corpus.
Tout comme les atomes de l’univers, chaque image est en elle-même une illusion, car morphologiquement elle est constituée de pixels, de points, de lignes, de trames ou de rayons – selon le support qui la maintient – et c’est notre culture visuelle qui la déchiffre et peut-être la comprend. Les concepteurs du programme Seti (4) qui ont envoyé un cd plein d’images, picturales ou photographiques, vers l’espace croient-ils vraiment que les “Autres” vont les voir, les déchiffrer et les appréhender ? Cela supposerait non seulement que les E.T. possèderaient un système de vision semblable aux nôtres mais qu’ils disposent aussi d’une même mécanique de lecture, actualisée et synthétique.

A part nous autres humains qui pourrait comprendre ce message en images ? (5)
La plus proche planète “viable” est distante de nous de plusieurs milliers d’années lumière, Il n’est pas sure qu’une photographie réalisée aujourd’hui pourrait leur paraitre lisible. Les Incas ou les Puniques, qui vécurent il y a seulement quelques dizaines de siècles, auraient pris nos photos pour des objets maléfiques. Pour preuve, au Moyen-âge on avait dénommé les miroirs concaves, les miroirs aux sorcières.
Aujourd’hui encore, des chercheurs continuent d’analyser la perception des images, leurs conclusions sont parfois hallucinantes ; des peuplades primitives d’Océanie à qui ils avaient montré des images animées où ils y figuraient, ne se sont pas reconnus. Évidement tout est dans ce mot « reconnaissance », qui nous renvoie à des notions encore plus floues comme mémorisation, association d’idées, impression et surtout culture.
La photographie n’est donc pas universelle et même pas mondiale… “Découverte photo”, “T’sawer”, “La Biennale Méditerranéenne des Arts de la Ville de Tunis” aujourd’hui, tout comme “Identités Méditerranéennes” (6) organisée il y a de cela vingt ans, sont une tentative non pas de montrer que l’art en général et la photographie en particulier, sont un langage universel, mais pour essayer d’en constituer un, consciemment lisible, au moins, par ses utilisateurs.
Hamideddine Bouali
12 avril 2010
(1) c’est ainsi que Barth nommait la photographie, terme inventé à l’époque mais pas encore assez vulgarisé.
(2) http://du-photographique.blogspot.com/2010/04/chronique-douteuse.html
(3) Film adapté d’après le roman “Sophie’s Choice” de William Styron, publié en 1979.
(4) Seti : “Search for Extra-Terrestrial Intelligence”, voir le site : http://setiathome.free.fr/
(5) Ce message, sorte de bouteille jetée dans l’espace, fut placé à bord de la sonde spatiale Pioneer X, et lancée en avril 1972. Sur une jaquette métallique on a représenté un couple nu, sans marquer de type racial précis, symbolisant l’humanité, ainsi qu’une représentation de l’atome d’hydrogène, le système solaire avec la place de la Terre, la trajectoire de la sonde, ses dimensions par rapport à notre stature, ainsi que le rythme d’émission des 14 principaux pulsars qui permettront peut-être à nos contacts de situer avec précision son émetteur dans le temps et l’espace. Le dessin fut élaboré par Carl Sagan et Frank Drake et dessiné par Linda Sagan.
(6) “Identités Méditerranéennes”, exposition de groupe, Aix-En-Provence, France 1991
- April 13th, 2010
- Posted in 6e Biennale Méditerranéenne des Arts de Tunis, Corpus, Découverte photo, Heinrich Barth, L. Daguerre, Le Cid, Le Club Photo de Tunis, Mahmoud Chalbi, Seti, Z. Ben Amor, photo, tsawer
Club Photo de Tunis
Une journée à Sidi Bou Saïd
(Le dimanche 21 Février 2010)
Photographie Melle Myriam Karoui. Club Photo de Tunis. Février 2010
Photographie M. Mohamed Ziadi. Club Photo de Tunis. Février 2010
Photographie M. Adel Jeljeli. Club Photo de Tunis. Février 2010
Photographie M. Amine Landoulsi. Club Photo de Tunis. Février 2010
Photographie M. Anouar Megdiche. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Melle Fairouz Tougui. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Melle Aya Chebbi. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Melle Boutheina Férid. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Mahrane Cherichi. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Mme Dalila Yakoubi. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Mme Henda Hendoud. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Elyes Jaziri. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Melle Ibtihel Zaatouri. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Melle Zaineb Henchiri. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Amine Nafouki. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Emir Ben Ayed. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Melle Jihène Joubeir. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Mohamed Solaani. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Youssef Khéchine. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Wassim Bouafif. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Slim Gomri. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Jemal Hili. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Orkhan Turki. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie Melle Raoudha Balbouli. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Photographie M. Hamideddine Bouali. Club Photo de Tunis. Février 2010.
Tangages et roulis
Boussole et sextantJe suis dans la situation confortable de ne pas devoir choisir entre Ghar el Melh et Tunis. Passer de Ghar el Melh à Tunis n’est pas difficile, je suis habitué depuis longtemps aux changements de caps. Du Club Photo du Bardo, là où avec des jeunes nous avons organisé à partir de 1985 et pendant 6 ans un festival de photographie et fondé la même année une revue : Contact photo…Je me suis trouvé commissaire de l’exposition itinérante « La Tunisie de Jacques Pérez » puis commissaire général du Mois de la photo de Tunis dans ses deux éditions. En 2003, Salah Jabeur m’invite à intégrer le Comité d’organisation des Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar el Melh, avec mes modestes moyens j’ai tout de suite mis la main à la pâte. Pour moi Ghar el Melh fut une enrichissante expérience, là j’ai connu de grands moments de bonheur, des photographes de notoriétés internationales mais aussi des situations extrêmement difficiles, tous cela me donna une incomparable plus-value aussi bien dans ma pratique photographique que dans ma connaissance des rouages d’une organisation. Lors des trois dernières éditions, j’ai beaucoup appris de Natalia Jaskula. Elle a donné à cette manifestation une rigueur valorisante. Sa clairvoyante commissariat artistique, fut pour moi, une leçon inoubliable sur la manière de gérer une manifestation de cette ampleur. Le Club Photo de Tunis n’aurait peut-être pas pu voir le jour sans mes années Ghar el Melh. Cependant, Il faut avoir assez de lucidité pour partir et changer d’horizon avant de constater, trop tard, que c’était une édition de trop. Pour Ghar el Melh, je ne serais dans la prochaine édition qu’un postulant à une exposition personnelle. Je reviendrais avec grand plaisir comme visiteur au Fort Lazaret, indépendamment du verdict du comité de sélection des dossiers-expositions, car qui mieux que moi pourrait comprendre leur décision ?
J’aime Tunis, et je ne l’échangerais pour rien au monde
En 1982 quand j’ai commencé à apprendre la photographie sous la direction d’un animateur japonais, Mr Hirochika Setsumasa, dont je garde d’impérissables souvenirs, je n’ai jamais cessé de photographier Tunis. Je me rappelle encore de notre première sortie du Club Photo de la Maison de Jeunes du Bardo, Tunis un dimanche matin…avec comme appareil photo ; l’inamovible Zenit de fabrication russe. Tunis restera mon sujet favori. Aujourd’hui avec mon inséparable Lumix je continue de remplir un bien modeste album, tôt ou tard il faudrait le publier, sous ce titre.
Le Club Photo de Tunis
L’aventure commença au lendemain de « La Rentrée symbolique de l’année photographique » organisée pour la seconde année consécutive à Beit el Bennani, où j’ai rencontré un grand nombre de passionnés de photographie qui m’ont fait part de leur difficulté à rencontrer d’autres photographes, à montrer leur travaux et rêvent d’exposer. J’ai lancé un appel sur Facebook pour voir si la fondation d’un club photo était viable. En 24 heures plus de 80 personnes ont adhéré à l’idée. J’ai commencé le lendemain même les démarches…il fallait trouver un local, j’ai voulu m’éloigner de la Médina, le centre historique de Tunis. Je voulais un « lieu » qui n’a pas de connotations traditionnelles. Et c’est la Maison de Culture Maghrébine Ibn Khaldoun qui allait nous accueillir.
Exposé de Melle Rim Lariani à propos des composantes d’un appareil photo lors de la 2e séance du Club Photo de Tunis,
le 21 février 2010 (Montage de 3 Photos Hamideddine Bouali)
Depuis la première séance organisée le 16 janvier dernier jusqu’à la dernière, avant la rédaction de cette chronique, qui eu lieu le 20 février, je mesure le grand travail accompli par un staff de volontaires. Ce n’est donc pas par hasard qu’aucune des séances précédentes n’a enregistré moins de 40 présents avec une pointe de 80 lors de la 5e séance !
Photo de groupe réalisée en l’honneur de M. Kamel Ben Ounès, critique photo
(6e séance, le 20 février 2010. Photo Dalila Yakoubi)
En six séances nous avons accompli un travail de vulgarisation constitué d’exposés multimédias où presque toutes les facettes de la photographie ont été passées en revue, que ce soit l’histoire, la technique, la déontologie… Les membres sont représentatifs de la population tunisienne avec une parité presque parfaite homme/femme, le tiers est constitué de lycéens et d’étudiants, le second tiers est composé de fonctionnaires et de professions libérales, le reste sont des photographes et des sans emplois.
Quelques membres du Club Photo de Tunis lors de la sortie à Sidi Bou Saïd, le 21 février 2010.
(Photos : Collectif Club Photo de Tunis)
Liste des exposés :Exposé historique« Ce que les photographes doivent à Ibn Al Haytham »« La passion de peindre, le désir de photographier ; Van Eyck »« Ballade à Tunis avec Rudolf Lehnert »
Exposé thématique
« Le Temps des photographies »
« La petite histoire des grandes photos : Portrait de Che par Korda »
« La petite histoire des grandes photos : Portrait de Aldrin par Armstrong »
« Histoire et actualités du portrait »
« Pouvoir de la photo : information ou manipulation ? »
Exposé technique
« Photoshop prise en main 1»
« Photoshop prise en main 2»
« Le photographe en situation »
« Les composantes d’un appareil photo »
« Le réglage du temps de pose et de l’ouverture »
Carte Blanche à…………
Sabrine Belkhouja
Mehdi Zribi
Invité d’honneur
Kamel Ben Ounès, critique photo
Atelier : « ABC de la prise de vue »Workshop : « Le Portrait »Sortie : « Sidi Bou Saïd »
Liste des membres-correspondants (étranger)
Jacques Pochart, Bruxelles. Belgique
Slim Harbi, Berlin. Allemagne
Gaël Coto, Paris. France
Susana Paiva (Portefolio Project), Lisbonne. Portugal.
Bahi Rahhal, Casablanca. Maroc
Xavier DeLuca, Barcelone, Espagne
Club ami
Club Double Déclic (Belgique)
Liste des membres-correspondants (Tunisie)
Mohamed et Asma Alaimi, Redeyef
Afef Khalfaoui, Kairouan
Adib Samoud, Kélibia
Sabrine Belkhouja, Bizerte
Mohamed Njah, Sfax
Un sermon d’Hippocrate tacitement juré
Je ne vais pas nommer la personne à laquelle je fais allusion dans ce qui suit, sinon je serais dans l’obligation morale de le citer dans la liste des mots clefs.
Dans le domaine de la photo, il y a ceux qui travaillent avec acharnement à s’améliorer, maintenant un rythme soutenu de prise de vues, ils lisent des livres spécialisés, ils ne ratent aucune exposition, ils consultent ceux qui sont là bien avant eux, d’années en années ils arrivent à acquérir assez de compétences techniques et une appréciable maitrise de l’esthétique photographique. Lorsqu’ils exposent leurs œuvres, la culture qu’ils ont acquise au fil des années les rend humbles et modestes. Cette sobriété est perceptible dans leur parole, dans le choix des prix de vente et surtout dans le respect des autres, que ce soit celui qui offre son espace ou ceux qui viennent visiter l’exposition. Le respect n’est pas ces mots bien ajustés que l’on profère à répétition mais un état d’esprit sain et sincère. Une certaine considération est de mise vis-à-vis des autres photographes, car on est sensé faire partie d’une corporation où l’éthique n’est pas un vain mot, mais l’écho de chaque déclenchement, le reflexe inné avant de signer une photographie. Le succès ne venant jamais par hasard, il est la résultante de cette somme considérable de qualités.
Certains préfèrent suivre des sentiers incertains ou même emprunter des raccourcis sans aucun balisage…voulant se frayer un chemin plus court afin d’arriver plus vite, oubliant que le temps est un allié pour ceux qui le respectent et un bourreau pour ceux qui veulent l’enjamber. Qui mieux que le photographe, dont la molette des durées pose est constamment sous l’index, est à même de pactiser avec le temps ? Ceux qui ignorent cela ne méritent pas le titre de photographe…La sanction étant sans appel, ils se font décapiter par l’obturateur.
C’est donc Beaucoup de bruit pour rien pour un cas isolé, sans envergure et pour rester dans le répertoire de ce grand connaisseur de la nature humaine que fut William Shakespeare, c’était La Comédie des erreurs.
Hamideddine Bouali
25 février 2010
La théorie de l’affrontement
selon le World Press Photo
La confrontation sous toutes ses formes
Le 12 février prochain, le jury du World Press Photo dévoilera le palmarès tant attendu par les photographes et les agences, des meilleures photographies de presse réalisées pendant l’année 2009. Un rapide coup d’œil sur les années précédentes nous permet de comprendre les spécificités demandées à la photographie qui pourrait remporter le plus convoité des prix : « La photographie de l’année ».
Les membres du jury changent d’année en année, mais le concept demeure le même, Il faut couronner une photographie qui met en scène une opposition, un face à face, une certaine adversité, un quelconque combat. Sur le site du World Press Photo (1), où on peut voir tous les palmarès depuis 1955 jusqu’à celui de l’année dernière, nous pouvons compter : 29 photographies lauréates de la « Photographie de l’année » mettant en scène la guerre ou ses conséquences, 10 images de catastrophes naturelles ou montrant des victimes de pollutions industrielles, 9 fois ce sont des prises de vues de faits divers et 2 photographies de sports. Presque une fois sur deux, le jury a couronné une image de guerre !
Je disais dans « Critique 5 »(2) que : « Les photos susceptibles de remporter le WPP de l’année ne sont pas seulement de bonnes photographies de presse, cela ne suffit pas, elles devraient en plus donner la meilleure illustration qui soit à l’actualité la plus représentative de l’année en question. On remet ainsi la couronne de lauriers à l’évènement phare de l’année à travers la photographie qui l’illustre le mieux». Nous vivons un temps où pas un jour ne passe sans qu’il y est un conflit de par le monde…
Monde des adultes vs monde des enfants
Il se peut que certains adversaires sont invisibles, insaisissables ou hors champ rendant la photographie sans profondeur. Le face à face est toujours photogénique, la photographie, pourtant fixe, se met alors en branle, la ligne virtuelle qui sépare les belligérants avance, recule ou se maintient dans un statu quo précaire…mais elle est toujours le pivot autour duquel tout se focalise.
Déjà en 1956 le jury du World Press Photo discerna le Grand Prix a une photographie qui mettait déjà en scène un face à face. La photographie de Helmuth Pirath illustra la rencontre entre deux mondes, celui des enfants et celui des adultes. Nous sommes en Allemagne, dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, et cette petite fille ne reconnait pas son père qui vient juste d’être libéré des camps soviétiques. Parti pour le front, quand elle n’avait qu’un an, il fut fait prisonnier. Confrontée à une obligation de se rappeler du visage de cet adulte, elle le repousse car il lui est inconnu. Déconcertante situation où pour s’extérioriser les sentiments exigent un passage par la case mémoire. Avec en arrière plan l’indifférence totale des « autres ».
Prisonnier de guerre allemand libéré par les russes retrouve sa fille.
World Press Photo 1956, Photographie Helmuth Pirath
Sans chercher à surinterpréter cette photographie, ne mette-elle pas aussi au grand jour le monde cruel des adultes qui n’en finissent pas de se faire la guerre et celui des enfants, principales victimes de cette bêtise à répétition ?
Le Prix d’une vie
En 1963 des moines bouddhistes préviennent les correspondants de presse qu’un évènement grave aura lieu le lendemain à Saïgon. Un seul viendra, Malcolm W Browne qui prit en photo un des trois moines qui s’immolera ce jour là en public pour protester contre le régime dictatorial pro-américain du président vietnamien Ngô Dinh Diêm. Le lendemain, cette photo était sur le bureau du président John Fitzgerald Kennedy à Washington, qui appela son ambassadeur à Saigon, Henry Cabot Lodge, pour lui dire : « Plus jamais çà ! ».
Le moine bouddhiste Thich Quang Duc s’immole pour protester contre les persécutions
religieuses du gouvernement du Sud Vietnam à Saïgon.
World Press Photo 1963. Photographie Malcolm W Browne. The New York Times
Pour s’opposer à la répression et contourner les exactions, les moines bouddhistes n’ont pas mieux trouvé que d’affronter le feu. Cette photographie déconcerte parce que nous ne pouvons pas comprendre comment arrive-t-on à protester contre une force en affrontant une force encore plus destructrice ! Et c’est justement notre incompréhension qui fait la force de cette photographie car elle nous pousse à la limite de nos croyances.
La guerre du Vietnam fut la plus grande confrontation après la Seconde guerre mondiale. L’Amérique habituée à sortir victorieuse dans les guerres classiques se trouva embourbée dans la brousse et les marécages du Sud-est asiatique. La plus forte photographie qui illustra l’extrême violence des combats est sans aucun doute celle réalisée par Eddie Adams le 1e février 1968. Je ne suis pas seul à considérer la photographie intitulée “Exécution sommaire d’un présumé Viêt-Cong” comme un instantané vertigineux…Bourreau et victime, arme à bout portant de la tempe et mains ligotées au dos…Et puis ce visage qui ne vous quittera plus jamais.
Retour sur l’Histoire. Au début de l’année 1968 commence l’offensive du Têt. Des combattants communistes se sont infiltrés à Saïgon pour commettre des coups d’éclat. L’effet psychologique sur les G.I. était catastrophique, les Américains insistent pour dire que militairement cela était sans conséquences sur le terrain. Mais qui pourrait prouver, ou nier, que l’état d’âme d’un combattant exécutant un ordre, ou d’un officier d’état major au moment de la prise de décision, n’est pas ébranlé par cet épisode ?
La victime, Nguyen Van Lem, venait d’assassiner un lieutenant de police proche du général Nguyen Ngoc Loa, celui ci l’exécute sans procès. Nguyen Ngoc Loa émigra aux Etats-Unis où il ouvrit une Pizzeria et mourut le 14 juillet 1978. Eddie Adams le dépeignit comme « un héros, l’Amérique devrait le pleurer. Je déteste le voir partir ainsi, sans personne connaissant quoi que ce soit sur lui ». Alors rectifions dans nos notes la légende de cette photographie, au lieu de : « Exécution sommaire d’un présumé Viêt-Cong », désormais nous écrirons : “Exécution sommaire d’un Viêt-Cong”. Il faudrait insister que c’est surtout en temps de guerre, qu’il faudrait veiller à appliquer la loi d’une façon stricte et juste. Il est inhumain d’appliquer une justice expéditive même pour un criminel avéré !

Exécution sommaire d’un Viêt-Cong.
World Press Photo 1963. Photographie Eddie Adams. Associated Press
«Le général a tué le Viêt-Cong et moi j’ai tué le général», voilà ce qu’avait dit Adams à l’annonce du décès de Nguyen Ngoc Loa. Le général possède un profil d’ange de la mort ; dégainant sans état d’âmes, avec un sang froid de bourreau. Le combattant Viêt-Cong photographié de face nous donne à voir le visage typique d’une victime.
Mourir avec panache
La photographie d’Eddie Adams nous déconcerte car elle montre une situation que nous vivrons tous un jour ou l’autre. Dans ce face à face avec la mort, nous serons alors démuni à l’extrême, sans aucune échappatoire, les mains ligotés aux dos…Personne ne sortira victorieux de la dernière confrontation, peut-être qu’il faut chercher au moins à perdre ou à partir avec les honneurs. Edmond Rostand dans son célébrissime « Cyrano de Bergerac » nous livre une des meilleures sorties de scène !
Cyrano de Bergerac : « je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas ; n’importe : je me bats ! Je me bats ! Je me bats ! Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose ! Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu, mon salut balaiera largement le seuil bleu, quelque chose que sans un pli, sans une tache, j’emporte malgré vous, et c’est… ». (Il s’élance l’épée haute.)
Roxane (se penchant sur lui et lui baisant le front): « c’est ? … »
Cyrano (rouvre les yeux, la reconnaît et dit en souriant) : « …mon panache »
Rideau !
Le sort de David
Il est très rare que plusieurs photographes réalisent en même temps la même photo. C’est pourtant ce qui s’est passé le 5 juin 1989 lors des manifestations populaires de la place Tiananmen. La célèbre photo de l’homme et la colonne de blindés fut réalisée par quatre photographes différents en plus d’un cameraman de télévision. Les cinq preneurs de vues étaient installés au “Beijing Hotel”, et visaient la grande avenue Changan. Charlie Cole et Jeff Widener de l’Associated Press, Stuart Franklin de Magnum Photos et Arthur Tsang Hin Wah de Reuters prirent à quelques secondes d’intervalles le même cliché. La photographie est d’une intensité inouïe. Elle met en scène l’archétype de l’individu, celui là semble venir du supermarché avec ses courses dans les bras, qui arrête de redoutables machines de guerres.

Manifestant devant les chars de l’armée à Tiananmen. Chine
De gauche à droite et de haut en bas les photographies de :
Jeff Widener d’Associated Press, Arthur Tsang Hin Wah de Reuters, Stuart Franklin de Magnum,
et de Charlie Cole de Newsweek (World Press Photo1989)
Une ligne de force formée par la colonne de chars – diagonale venant du haut de la photo traversant toute la photo – se trouve stoppé par un minuscule être humain. L’affrontement, avec des armes inégales, étant imminent…Nous avons une vue plongeante sur cette incroyable situation qui nous pousse à extrapoler : la volonté humaine, le courage des héros et les combattants des causes justes sont d’une force inimaginable. Aujourd’hui, personne ne sait ce qui est arrivé à ce héros inconnu, certains disent qu’il est caché en Chine, d’autres prétendent qu’il est à Taïwan, je ne voudrais pas croire ceux qui affirment qu’il a été exécuté peu de temps après avoir accompli cet acte de bravoure que l’Histoire n’oubliera jamais. Cette photographie commence à devenir l’illustration moderne du combat des David contre les Goliath.
La famine
Quelles autres ennemies plus viles que la famine ! Imaginez-vous acculé à ne penser qu’à alimenter vos enfants puis s’il en reste à vous nourrir vous-même, rien à faire d’autre que de chercher à survivre, à ne pas mourir. Le plus grand scandale d’aujourd’hui est qu’il existe des êtres humains qui meurent parce qu’ils n’ont pas mangé ! L’ennemi n’a pas de visage, mais il nous éclabousse par ses funestes conséquences. Des enfants décharnés, des mères sans lait, des pères croque-morts, des terres ridées, des exodes sans fins. Depuis la guerre du Biafra, où trois millions de personnes sont mortes de faim, l’Afrique se fait parler d’elle par un terrifiant album photo dont la couverture est illustrée par la photo de Kevin Carter (4).
Enfant affamé et missionnaire. Région de Karamoja, Ouganda,
World Press Photo 1980. Photographie Mike Wells
La photographie de Mike Wells montre elle aussi une confrontation, une main d’adulte (celle du missionnaire) sur laquelle est posée celle d’un enfant, l’une normalement constituée que l’on reconnait humaine, l’autre desséché par la malnutrition et la déshydratation. Nous sommes, nous aussi confrontés à l’incrédulité…Je me rappelle encore le jour où j’ai montré cette photographie aux enfants participants aux ateliers lors des Rencontres Internationales de la photographie de Ghar el Melh, aucun n’a voulu croire que c’était la main d’un enfant. Malgré sa force cette photo n’a pas contribué à changer les choses.
Confrontation sujet/photographe
En novembre 1985, le volcan Nevado del Ruiz entre en éruption et dévaste la ville d’Armero, en Colombie. Vingt-cinq mille personnes périssent dans la catastrophe, dont 8000 enfants. Nous ne retiendrons que celui d’Omayra(5), une fillette dont le regard sombre a fait le tour du monde. Ses jambes coincées sous les débris, elle ne peut être secourue et agonise. Dans la tourmente, les médias continuent de travailler. La télévision espagnole TVE filme les adieux qu’elle fait à sa mère. Les photographes shootent ses derniers instants de vie malgré ses supplications. La photographie qui fera la Une de tous les journaux télévisés et des magazines est celle de Frank Fournier. Avant de devenir photographe, Frank Fournier était médecin et on ne pourra jamais croire qu’il avait oublié cela. Cette photo ne dit pas qu’il y avait une foule de secouristes, de journalistes de badauds…seule une grue aurait pu sauver Omayra, elle n’arrivera jamais.

Piégée dans les décombres après l’éruption d’un volcan Omayra Sanchez est morte
sous les objectifs des caméras à Armero Colombie.
World Press Photo 1985. Photographie (la 2e image en haut) Franck Fournier. Contact Press Photo.
Ce face à face est insoutenable, il nous donne la nausée parce que nous sommes acculés à n’être qu’un impuissant témoin de cette tragédie…le photographe est devant un dilemme cornélien ; témoigner et être accusé de charognard ou déserter et se dérober à sa mission.
Palmarès 2010
Les membres du jury sont bien évidemment au courant de cet historique, ce qui les prédisposent naturellement à choisir un certain nombre de situations aux dépends d’autres. Après avoir passé en revue les meilleures photographies des grandes agences de photographie, et prenant en compte tous ce que j’ai déjà dis dans ce texte, je me suis placé à la place d’un membre du jury et j’ai élu trois photographies que je n’ai pas réussi à départager. Toutes les trois, chacune à sa manière, sont une exacte illustration de cet esprit « Photo de l’année du WPP » : la confrontation.
Honduras 29 juin 2009. Manifestation lors des élections présidentielles
Esteban Felix, Associated Press Photo
La photographie réalisé par Esteban Felix est très forte, que ce soit dans l’effet esthétique : une diagonale faite de cette ligne de front, la vue plongeante donne une meilleure idée sur l’affrontement entre des manifestants en pleine phase d’attaque et les force de l’ordre sur la défensive ; d’une part des individus parfaitement identifiables, de l’autre une masse compacte réduite à l’unité.
Mur de séparation en Cisjordanie. 6 novembre 2009
Photographie Yannis Behrakis. Agence Reuters
Le 6 Novembre 2009, le photographe Yannis Behrakis de l’agence Reuters prend cette emblématique photographie. Alors que Berlin en est aux derniers préparatifs pour célébrer les 20 ans de la chute du Mur, une manifestation était organisée dans le village de Nilin, en Cisjordanie, pour protester contre un autre mur, celui qui sépare Israël des territoires palestiniens. Magnifique photographie qui semble ne vouloir dire qu’une chose : « On est là ». Le Mur de séparation, ligne de front pour éviter le face à face, fut ce jour-là vaincu.
Un activiste palestinien et un colon israélien, 22 mai 2009, à Al-Khalil (Hébron)
Photographie Hazem Bader. Agence AFP/getty Images
Je crois que la photographie de Hazem Bader de l’agence AFP/Getty Images, a de réelles chances de remporter au moins un prix au WPP. Regardez ces deux hommes, un palestinien et un colon israélien, qui crient en regardant la bouche de l’autre et non les yeux, n’est ce pas significatif ? Derrière eux la terre floue, le photographe ayant habilement utilisé la profondeur de champ, est depuis le milieu du XXe siècle l’objet de leur confrontation. En bas à gauche de la photo on discerne un morceau de grillage dont la symbolique est évidente…Puis cette division du format presque à égalité entre les deux protagonistes de l’image : le photographe est ici un témoin objectif semblant dire : voilà ce qui se passe aujourd’hui : « Ils ne s’entendent plus ! ils vont bientôt en venir aux mains», et cette ligne de démarcation deviendra encore une fois une ligne de front.
Vœu pieux
Ils se peut que le jury nous réserve une surprise, comme ce fut le cas pour celui qui décerna le Prix Nobel de la paix à Obama. Obama n’a, encore, rien réussi pour mériter son Nobel, mais il sera obligé de ne rien entreprendre qui puisse faire regretter au comité son choix.
Couronner par le World Press Photo une photographie paisible, une image qui nous réconcilie avec la vie, un cliché qui nous donnera un espoir, sera une occasion pour dire aux agences et aux photographes : « Stop ! on arrête cette course folle aux photos les plus insoutenables… essayons de faire le contraire ! ».
Femme se baignant dans le Gange. Allahabad. 4 mai 2009
Photographie Jitendra Prakash, Agence Reuters
Oui, essayons de faire le contraire, faisons des photos de gens heureux, de cette magnifique nature, ou des deux ensembles ! Qui sait ? peut-être que cette photographie signée Jitendra Prakash fera changer les choses ! Car lauréate elle bénéficiera d’une diffusion mondiale.
En tout cas quand je la regarde, je me sens mieux et vous ?
Hamideddine Bouali
9 fevrier 2010
N.B. Afin d’atténuer l’intensité de certaines photographies de cette chronique j’ai pensé les inclure dans un ensemble réalisé par le même photographe ou par d’autres…Cela permettra aussi de comprendre, par exemple pour la photo d’Omayra Sanchez, que le photographe n’était pas seul face au sujet.
(1) http://www.worldpressphoto.org/
(2) http://du-photographique.blogspot.com/2007/12/critique-5.html
(3) (http://du-photographique.blogspot.com/2008/04/chronique-viii.html
(4) http://du-photographique.blogspot.com/2008/01/big-bang.html
(5) http://du-photographique.blogspot.com/2008/07/chronique-xxv.html
- February 9th, 2010
- Posted in Charlie Cole, Eddie Adams, Edmond Rostand, Esteban Felix, Franck Fournier, Hazem Bader, Helmuth Pirath, Jitendra Prakash, Malcome Browne, Mike Wells, World Press Photo, Yannis Behrakis, photo
Et s’il ne vous restait que 24h à vivre ?
Chronique des chroniques
A la suite du texte Homélie Orientale (1), j’ai reçu, de Mr. Jacques Pochart fidèle lecteur du blog, cette réaction : « Vous nous avez bien eus……j’avoue avoir eu quelques moments de doute en lisant ce beau texte…..en étant surpris des doutes de l’artiste ! C’est donc ainsi que vous le voyez, que vous l’imaginez. Vous lui avez rendu un bel hommage posthume, mais peut-être nous avez-vous parlé de quelqu’un d’autre…..A moins que vos escapades à Redeyef vous aient permis de sonder l’âme de Lehnert, qui sait ? ». La même surprise est venue de mon ami Slaheddine Haddad qui m’écrit : « J’ai lu ton dernier texte-blog et encore une fois j’ai été bluffé. Je découvre encore une fois ton don à traduire l’indicible. Un beau texte du niveau du “ressenti vrai”. Donc, je ne m’inquiète guère sur la sincérité de tes images. L’un reflétant l’autre. Et puis cette intuition miraculeuse d’avoir exposé des albums sur internet. Cette réaction d’un internaute sur la nécessité pour toi de te faire connaître par la publication sur papier. (je suis à mon tour content d’avoir conseillé la même chose, il y a longtemps et je maintiens mon offre à tout preneur). J’avoue aussi que la disposition de tes photos selon un ordre personnel a donné plus d’éclat (je salue au passage la qualité du goût qui est le tien). Je tiens aussi à t’annoncer que tu as réussi à m’entraîner dans ton périple de Redyef et depuis je ne suis qu’accompagné que d’envies ».
Club Photo de Tunis
A propos de la fondation du Club Photo de Tunis, j’ai reçu beaucoup de messages d’amis, dont celui de Mouna Siala Jemal : « Bravo pour ce dévouement et cet enthousiasme. c’est dommage que je n’ai pas pu venir. c’était l’heure d’amener les enfants à la séance de gym…j’essaierai de venir les prochaines séances ou du moins je suivrais avec plaisir virtuellement sur facebook. ». De Jacques Pochart : « Quel beau jour, pour vous tous, là-bas à Tunis et pour nous tous qui aimons la photographie partout dans le monde. La graine qui vient d’être semée ne cessera de germer et de produire, mais il faudra la soigner, la chérir, la protéger de tout ce qui pourra lui nuire. J’ai vu avec grand plaisir que la grande majorité des présents étaient des jeunes, et sans aucun doute leur enthousiasme sera un des grands ingrédients d’un cocktail qui promet d’être gagnant. Présider ou plus simplement animer un club est une vraie vocation qui souvent est proche du martyre ……mais qui est aussi source de grandes joies et qui est souvent une activité illuminée par le bonheur de ceux et celles qui ont la rage d’apprendre et de progresser, dans la collégialité et la bonne humeur. Longue vie au Club Photo de Tunis ». Younes Tebib (2), expert tunisien en photographie, se propose de nous aider : « Félicitations pour ce projet ! Il en faut des initiatives courageuses comme celle-ci en Tunisie. Si je peux vous aider avec quelque chose n’hésitez pas à me demander ».
Projection de la “Carte blanche à…Mehdi Zribi. 3e séance du Club Photo de Tunis.
Panorama Hamideddine Bouali- 30 janvier 2010
Nous sommes déjà à notre 3e séance du Club. De l’avis de tous ceux qui étaient là, plus de soixante personnes par séance en moyenne, c’est très bien parti. Nous avons déjà un staff un règlement intérieur, un lieu de réunion, des membres-correspondants et surtout une volonté de réussite ! la prochaine chronique sera consacrée entièrement aux activités du Club Photo de Tunis.
La terrible question du jour
J’ai pris l’habitude de poser à mes étudiants de l’Ecole d’Art et de Décoration de Tunis, une question en début du cours. Question qui n’a rien à voir, à priori avec la photographie, mais qui me permettais d’avoir une certaine idée de leur comportement vis-à-vis de ces questions puis de connaitre leur choix.
« Voudriez-vous être juge ou avocat ? avec l’obligation de juger même les gens qui sont les plus proches de vous et de défendre tous le monde y compris ceux qui ont causé du tort aux vôtres ? », ou alors « Quel objet auriez-vous aimé être ? », «Que souhaiteriez-vous pour les autres mais pas à vous-même ? », mais je crois que c’est la question : « Et s’il ne vous restait que 24h à vivre ? » qui les a le plus déconcertés.
Par respect de leur choix et par conscience professionnelle, je ne pourrai pas divulguer leurs réponses. Par contre je me permets de vous livrer les miennes, parce qu’ils étaient toujours curieux de connaitre ma réponse. Évidemment j’aurais préféré être avocat, car on lui concède volontiers un droit à l’heure…mais pas pour un magistrat.
Je souhaiterais que les autres soient beaux, car la beauté se savoure chez les autres beaucoup moins quant on en est soi-même pourvu.
Objet ? j’aurais aimé être un trombone : ingénieux objet, qui ne consomme rien, facile à fabriquer, sa simplicité contraste avec les services qu’il rend. Il permet une mise en ordre de notre paperasse qui devient liasse. Et puis ce nom fait de syllabes, avec un « bon » au milieu, qui semble aller et venir comme le coulisse d’un trombone…cela sonne bien : trombone.
Oui c’est ce que mes neurones font quand j’attends le métro, des réflexions gratuites, sans aucun intérêt pratique…mais cela fait fonctionner les méninges, car au même instant mes yeux photographient sans enregistrer.
S’il me restait 24h à vivre ? je ne changerais rien à mon emploi du temps, depuis l’adolescence j’ai vécu avec idée, d’abord comme obsédante phobie, puis comme une devise au point que certains me croient froid, insensible. Aujourd’hui ce credo m’épanouit…aucune seconde à gaspiller. C’est sûrement ce profond sentiment : que de toute façon la vie ne va pas s’arrêter si on venait à la quitter, qui a fait que j’ai pu rédiger en une seule nuit le précédent texte « Homélie orientale ». Je peux sans aucune difficulté me mettre dans la peau de quelqu’un se sachant en passe de mourir…puisque je le suis déjà à plus ou moins longue échéance !
La nécessaire contrainte
Quand la photographie était argentique, les photographes étaient soumis à un terrible compte à rebours. Combien reste-t-il de vues dans mon film ? Partir à Dougga ou à Paris, se promener dans les souks de Tunis, ou prendre des photos dans le jardin de la maison paternelle, j’avais toujours un œil sur le compteur ! encore trois photos !!! Angoisse de se trouver à court de film quand vous vous retrouvez face à face avec l’image de votre vie. Aujourd’hui même en numérique cela pourrait arriver. Si le capteur a supplanté le film, c’est la carte mémoire qui a détrôné l’image latente. L’image latente est cette promesse de photographie, qui ne deviendra réalité, certes virtuelle, que lors du transfert sur l’écran de l’appareil ou de l’ordinateur. Capteur et carte mémoire faisant donc ensemble office de film, on demeure toujours sous l’emprise d’une saturation de la capacité d’enregistrement. Même la possibilité d’effacer des images moins intéressantes pour laisser la place à de meilleures ne résoudrait pas cette phobie du : « ou mettre cela ? », car la photo n’attend pas.

“La rue depuis depuis le jardin de la maison paternelle”.
Le Bardo 4 janvier 2010. Photographie Hamideddine Bouali
Au fait, je trouve cette limitation stimulante. Vous disposez d’un film de 12 ou de 36 poses, d’une carte mémoire de 512 mo ou de 16 Go, elle contraint le photographe à une certaine retenue. Lors des exercices d’application que je faisais faire à mes étudiants, je les soumettais toujours à une contrainte. Je leur imposais de garder un point fixe, par exemple dans un jardin public, depuis lequel ils devraient réaliser une vingtaine de photos sans bouger. Ou alors de faire dix photos seulement d’une enseigne de boutique…pas une de plus. Emprisonné dans une limitation frustrante, il pouvait explorer d’autre voie afin de suppléer cet handicap. Les résultats furent dans la majorité des exercices probants.
Se savoir en sursis de vie (il se peut que ce soit moins de 24h) c’est le pendant de cette conscience que l’on ne dispose pas d’un nombre illimité de vues possibles.
Le autres domaines d’expression n’ont pas, me semble-t-il, une pareille limitation.
Droit à l’image suite…
Dans la 40e chronique datée de 14 décembre de l’année dernière je disais : « J’avoue mon impuissance à produire un texte à propos du droit à l’image dans des proportions convenables. J’ai noirci des dizaines de pages parsemées d’exemples récoltés ici et ailleurs sans arriver à en faire le tour. Alors j’ai décidé d’en parler dans chacune de mes prochaines chroniques… ».

“Séductions”, Tunis 17 décembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
L’exposé inaugural du Club Photo de Tunis fut : « Ce que les photographes doivent à Ibn al Haytham ». Ce génie de la trempe de Newton, Einstein ou Hawkins n’a pas construit la chambre noire, puisque cinq siècle avant Jésus Christ, le chinois Mo-tzu évoquait l’existence de « chambre fermée du trésor », mais il a compris son fonctionnement, le renversement de l’image, l’influence de la taille de l’orifice sur la qualité de l’image…Ibn al Haytham est considéré comme le père de l’optique.
Il y a mille ans, Ibn al haytham avait affirmé, pour qu’un objet soit vu, il lui faudrait qu’il obéisse au moins à une des deux conditions ; soit il émet de la lumière (soleil, bougie…) soit il reflète la lumière. Cela parait sibyllin, mais à l’époque en croyait que l’œil avait le pouvoir de lancer des rayons vers les objets pour qu’ils soient vus…Ibn al Haytham infirma cette théorie avec une judicieuse parade, « si la vision était ainsi, pourquoi nous ne voyons pas dans l’obscurité ? ». « Ce ne sont pas les rayons visuels émis par l’œil en direction des sujets à apercevoir qui produisent la vision, mais c’est au contraire l’objet perçu qui envoie ses rayons vers l’œil, lequel les assimile par le truchement de son corps transparent » par cette phrase il fonda sa thèse qui pourrait se résumer par : « notre œil n’est qu’un organe passif, il reçoit les rayons émis d’une source de lumière ou alors venant d’un objet éclairé ».
Pourquoi remonter à Ibn al Haytham pour évoquer le droit à l’image ? Parce qu’aujourd’hui certaines lois affirment que l’individu est propriétaire de son image : « Toute personne a, sur son image et sur l’utilisation qui en est faite, un droit exclusif et peut s’opposer à sa diffusion sans son autorisation », « Chaque personne dispose d’un droit exclusif sur son image et peut de manière discrétionnaire en autoriser la reproduction ». Depuis Ibn al Haytham ont sait qu’il n’en ai rien, car si cela était le cas nous serions visible dans l’obscurité.
Non ces lois font violence aux lois de la nature…Je ne pourrais être vu que lorsque je suis éclairé, donc mon image, ou ma visibilité ne fait pas partie de moi ! Mon image est la somme de la lumière existante et moi. Notre image est une coproduction entre nous et la lumière.
Vous ne voulez pas être photographié, alors vous n’avez qu’à ne pas vous mettre sous les projecteurs !
Dernièrement le Tribunal de Grande Instance de Paris a estimé que même si toute personne dispose d’un droit sur son image, il ne s’agit pas d’un droit absolu. Il a ainsi jugé que celui-ci devait s’incliner face à la liberté d’expression de l’artiste et à son pendant, le droit à l’information du public (article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme) dans la mesure où le demandeur ne prouve pas qu’il aurait subi un préjudice.
A suivre…
Hamideddine Bouali
31 janvier 2010
(1) http://du-photographique.blogspot.com/2010/01/homelie-orientale-je-me-sens-faible-ces.html
(2) http://du-photographique.blogspot.com/2009/12/entretien-avec-younes-tebib.html
Homélie orientale
Je me sens faible ces derniers temps. Le corps las, l’âme n’arrêtant pas de se cogner la tête à l’intérieur d’une dépouille devenue exigüe et presque emboutie, la moindre fissure me sera fatale. Je ne peux encore contenir davantage la vie. Mes yeux sont embuées d’avoir été tant de fois éblouis par une lumière que je me suis épuisé à emprisonner dans mes photographies. Ah la photographie ! Je n’ai rien su faire d’autres. Je me pose la question aujourd’hui, ce mot que je ne prononcerai peut-être pas demain, de savoir si ces Mabrouka, Ali, et le petit Mokthar se rappellent-ils encore de moi.

Je suis aux portes du désert, cette terre démunie, dégagée de tout artifice, ce dépouillement touchant l’absolu étant, selon moi, la nudité parfaite ; le sable comme corps alors que le ciel, habit enveloppant, est définitivement enlevé. A défaut de photographier cette perfection intouchable, j’ai pris en vu mes semblables ailleurs et là, voyant en eux l’inaccessible beauté du Sahara.
Dans ces longues séances de prises de vues, j’étais comme un piéton attendant devant un passage à niveau ; un train que l’on voit venir, vous mettre plein la vue puis s’éloigner à vive allure, sans que l’on soit un futur voyageur ou dans l’attente de quelqu’un qui revient. La photographie c’est cela : une rapidité stagnante, une insistance rétinienne, un perpétuel dernier souffle de vie.
Ce jardin de Redeyef depuis lequel je n’ai cessé, aux aurores et au crépuscule d’admirer ce devin bleu, semble triste. L’azur des fenêtres, empruntant un bout de là haut, essuie mes larmes.
La région est démunie pour avoir tout donné afin de s’offrir un ciel à elle seule ; sublime toit. Redeyef possède son firmament. Nulle part ailleurs trône une aussi majestueuse coupole, dont le minaret au lieu de transpercer l’éther, va regarder le centre de la terre, là où des milliers de courageux vont y faire une probable dernière prière. Aucun photographe, pas d’objectifs ni de surfaces sensibles ne peuvent montrer la richesse intérieure, le fond des mines, la bonté des gens et l’âme des hommes étant insondables.
Depuis que je suis à Redeyef, j’ai énormément vu et beaucoup moins photographié. Je revois encore mes photos, images de gens qui sont nés ici et qui ont vécu autrement sur une terre appartenant à tous. Caravanes en station pour la prière, villes éclairées par un soleil omniprésent mais invisible, visages épanouis, corps aériens ne sont pas d’ici mais de partout.
Ici, le « maintenant » tient fermement la main au « toujours » ; à Redeyef je ne me suis pas privé de vins d’Alsace, de caviars de la Mer Caspienne, de cafés italiens servie souvent dans des récipients estampillés Limoges et j’ai savouré la bonté des cœurs, le courage des corps, l’innocence des yeux et la pureté des âmes. Suis-je au purgatoire ?
Aurais-je pu survivre ailleurs avec ma difficulté de respirer ? Ce sursis auprès des miens est une manne du ciel. Quels meilleurs adieux, aussi paisibles qu’apaisants ! Ma petite Martine chérie viens souvent toucher ma barbe quant je lui étreint le front.
Il n’y qu’un seul plus fort sentiment que la paternité, c’est celui d’être grand père. Qu’ai-je fait pour mériter cet inestimable présent ?

Le matin des dimanches je vais à la messe en revenant de ma promenade quotidienne. Je me trouve alors, sans me rendre compte, aux abords de la plus vieille mosquée de Redeyef, perchée en haut d’une colline parsemée de photos jetées à même le sol, face contre terre, avec la mention du photographe comme épitaphe. Là, j’entends les morts murmurer leur doux repos et se raconter leur vie. L’appel du muezzin me rappelle les centaines de vues faites depuis les toits voisins du minaret de la mosquée de la Zitouna à Tunis, quel meilleurs porte-voix que cette ferveur matinale, le bonheur de se réveiller vivant, vibrant appel à prier sans oublier le désir de vivre. Mais peut-on vivre sans désirs ?Mon salut vient-il de mes photos ? Avais-je réussi à photographier ce pays et ces hommes sans les importuner ? Ceux qui ont vu ou verront ces photographies ressentiront-ils l’amour que j’ai eu pour cette terre et de tout ce qui est dessus ? Je pars la mort dans l’âme car je ne le saurai jamais.
Je vis le tourment des morts. Tiraillé entre ce corps qui me lâche, et qui ira rejoindre celui de ma femme à Carthage, là où git de prestigieux vestiges, et cette âme qui montera vers ce ciel longtemps vu, jamais saisi dans toute sa splendeur…sans regret, avec l’espoir que la couronne de palmes, que cet orient m’a remis, fut méritée.
Rudolf Franz Lehnert
Redeyef le 15 janvier 1948
N.B. : Texte imaginé par Hamideddine Bouali à l’occasion de la commémoration du décès du photographe Rudolf Lehnert survenu le 16 janvier 1948 à Redeyef, voir les deux post précédents pour de plus amples informations à propos de ce photographe.
Photographies Hamideddine Bouali vieillies par un logiciel en ligne que vous pouvez trouver à l’adresse suivante :
http://labs.wanokoto.jp/olds/view/i3ldgc5p-20100107064237.jpg
Sur la route de Redeyef(1)
J’estime que le ou les compagnons de voyages sont aussi importants à choisir que ceux chez qui on va séjourner. Avec Amine Landoulsi (2), ami retrouvé, bloggeur et photographe, nous avons entrepris ce petit voyage surtout pour faire des photos, nous éloigner de notre train-train quotidien de ce Tunis que nous aimons également et d’aller à la rencontre de cette région du sud-ouest tunisien si riche en particularités ainsi que de ses habitants. Mais je me singularisais par l’appel de ce lieu ; là où Rudolf Lehnert, photographe émérite dont l’œuvre n’a pas fini de parler d’elle, passa ses dernières années.
A la sortie de l’agglomération de Tunis, nous avons été arrêtés par la police routière. Nous sommes, Amine et moi, de grands parleurs et dès le premier quart de tour du moteur nous avons commencé à parler, oubliant de mettre nos ceintures de sécurité. L’agent nous le rappela sans nous sanctionner. Depuis, nous avons respecté cette consigne qui n’est pas inutile, surtout pour un aussi long périple. Sur la route nous avons effectué quelques haltes pour prendre des photos. A mesure que nous descendons vers le sud, la lumière se faisait limpide, et le ciel se déshabilla progressivement, enlevant son voile atmosphérique.
Les photographes, les aviateurs, les pécheurs et les cultivateurs ont cette qualité rare de regarder le ciel beaucoup plus que la terre, et d’y lire beaucoup plus qu’une couleur bleue : le voile atmosphérique, le brouillard, la physionomie des nuages ainsi que leur hauteur, les nuances du bleu-ciel, la qualité de la lumière céleste et sa quantité, la transparence de l’air, la visibilité et la portée de la vue.
“Figues de Barbarie électrique”. Photographie Hamideddine Bouali vendredi 26 décembre 2009 juste après Kairouan
Mohamed Alaimi, chez qui nous sommes invités, nous appelle toutes les demi-heures pour s’enquérir de notre situation géographique. Notre hôte nous téléphone une dernière fois pour nous donner rendez-vous à l’entrée de la ville. A presque 21h, Amine arrête sa fourgonnette en face de l’hôpital de Redeyef. Les bonnes surprises de notre séjour commencèrent. Au lieu de trouver Mohamed, que j’avais croisé lors du vernissage du Printemps des Arts de La Marsa en mai dernier, c’est Asma, une belle jeune femme en manteau long et béret bien porté qui nous accueille avec un sourire de bienvenu réjouissant et une amicale et chaleureuse accolade.
“Après les inondations”. Photographie Mohamed Alaimi. Redeyef 25 septembre 2009
Avant de découvrir ce Redeyef chargé d’histoire aussi bien ancienne que contemporaine, nous explorons en compagnie de nos hôtes leur maison. De toutes les chambres, c’est celle des passions, vous allez savoir pourquoi je l’ai baptisée ainsi, qui m’a le plus attiré. C’est là que Mohamed et Asma ont leur Club : un pc, une chaine stéréo moderne et une vénérable TSF, des maquettes de voitures, des plaques minéralogique étrangères, des appareils photos, des reproductions de Lehnert (3), des tirages photos …une moto miniature disposée à côté d’un globe terrestre : les Alaimi rêvent de voyages.
Mohamed Alaimi, infirmier à l’hôpital de Redeyef, est aussi diplômé d’architecture d’intérieur de l’école des Beaux Arts de Gafsa. Il est un grand connaisseur de la technique photo, passion qu’il a su transmettre à son épouse Asma. Asma, seule technicienne d’hygiène de la région, métier qui requiert un sens de la responsabilité et un courage à toute épreuve, cultive plusieurs hobbies. Avec les petites Ons et Meriem, la charmante famille se complait dans cette maison décorée avec goût, entourée d’un jardin spacieux. Bref les Alaimi ont crée leur petit monde.
Amine attire mon attention sur le fait que dans chaque chambre trône une horloge, impossible de deviner l’heure ici, un magique flottement du temps vous berce, au point que l’on veillait jusqu’à l’aube sans nous rendre compte…
Lors du diner nous avons longuement discuté à propos de matériel photographique et aussi bien Amine Landoulsi que moi-même avons écouté d’abord avec surprise puis avec intérêt ce jeune couple parler du futur appareil photo numérique qu’il allait acheter. Puis les souvenirs s’enchainent remontant depuis le début de l’intérêt de Mohamed Alaimi pour la photo.
« Wallitenna linert ! »
Mohamed se rappelle, qu’en mai 1992, alors qu’il était adolescent, son oncle Mahmoud Azzouzi, le voyant gesticulant, mettant un genou par terre, se dandinant d’un côté puis d’un autre, avec entre les mains un appareil photo, lui lança : « Wallitenna linert !»(4). Mohamed comprit alors qu’il y avait désormais un modèle à suivre et qui était de surcroit très connu à Redeyef. Depuis ce jour là, il ne cessa de faire des recherches, de lire dans les livres et sur internet tous ce qui concerne Lehnert et d’interroger les gens qui pourraient l’avoir connu. Cet oncle était conducteur d’ambulance à l’hôpital de Redeyef et ami du docteur Gérard Bernet avec qui il chassait les gazelles. Le père de Mahmoud malade, fut soigné par Bernet lui-même, avant de décédé en 1954.

En 1944, Jenny, l’épouse de Lehnert décède. Elle est enterrée non loin de leur maison, au cimetière de Carthage. Lehnert fatigué, malade, ne supportant plus sa maison, décida d’accompagner sa fille Eliane et son époux, qui venait juste d’être nommé médecin principal des mines, à Redeyef. A l’époque tout Redeyef vivait de la mine ; les deux tiers de la population au travail et le reste à la logistique ; poste, gare, école…ou bien à l’hôpital qui tenait lieu de funeste retraite anticipée. A un certain moment on dénombrait un décès par jour, même aujourd’hui chaque famille pleure ou se rappelle un parent mort dans les entrailles de la terre. Par pudeur on ne raconte pas les circonstances de l’accident ni la cause mais comment la triste nouvelle fut apprise.
Des deux oncles de Mohamed seul Hadj Tahar (photo ci-dessus) est encore en vie. A 95 ans passés, la mémoire commence à s’essouffler. Selon ses souvenirs Lehnert était jovial, il discutait avec tout le monde, prenait son café à la terrasse et le partageait avec qui le voulait, il aimait faire de longues marches dans les environs de Redeyef.
En 2008, Mohamed Alaimi a fondé le club photo Lehnert à Redeyef, (ci-contre la carte d’adhésion de Mohamed Alaimi au Club Photo Lehnert qu’il avait fondé en 2008) seule une poignée d’adhérents ont rejoint ce groupe, là le fondateur a organisé des expositions et des exposées à propos de l’œuvre de Lehnert.
Après Michel Megnin, que j’ai connu grâce à une longue relation épistolaire couronnée par un entretien croisée paru dans le journal Le Temps (5), mené par Slah Haddad, c’est la deuxième personne que je rencontre vouant une vraie admiration pour Rudolf Lehnert.
Le rêve de Mohamed Alaimi est d’organiser une manifestation internationale sur la vie et l’œuvre de Lehnert. Expositions, débats, concours photos et visites de la ville et de ses environs seront les principales composantes de cette rencontre.

Avec un guide ouvrant toute les portes et connaissant l’histoire ancienne, depuis l’âge des cavernes, la période coloniale, et la chaude actualité, la visite de la ville ne pouvait pas mieux se passer. Tous les trois, nous avons déclenché sans compter. Le périple commença par la gare de Redeyef, là où, selon certains, la dépouille de Lehnert pris la direction de Tunis pour son dernier voyage. Et comme dans une histoire à rebours nous avons visité la maison des Bernet. Coquet pavillon juxtaposant l’hôpital, constituée de chambres carrées avec à l’entrée le carrelage encore d’époque : un beau damier noir et blanc. Aujourd’hui la maison est habitée par les beaux-parents de Mohamed Alaimi. Bizarre cette histoire qui recommence. Je crois que Mohamed est lié à Rudolf plus qu’il n’en sait.
Un frisson d’émoi m’habite en franchissant la première chambre à gauche. Personne ne sait si c’est bien la chambre qu’occupa Lehnert pendant son séjour ici. Nous y demeurons Amine et moi quelques instants ; le temps de faire quelques photos. Un mur sépare la maison des Bernet de l’hôpital. Un peu plus loin, le bruit d’un extracteur signale la présence d’une mine.

A cent mètres de là l’église transformée en un centre de sport garde son clocher et quelques morceaux des vitraux qui naguère laissaient passer des rayons colorés.
A quelques pas de l’église, une salle cinéma (photo ci-dessous), copie conforme du Paradiso de Giuseppe Tornatore (6), a oublié la date de sa dernière séance. Mohamed me signale que la spacieuse esplanade servait en été à disposer les bancs à l’extérieur et à faire exactement comme dans le film. Pour avoir voulu donner à voir à un plus grand nombre de spectateurs le dernier film de Toto, le projectionniste, rôle magistralement joué par Philippe Noiret, y perdit la vue.

Mohamed se désole du lustre d’antan de Redeyef, et qui est aujourd’hui obscurci par l’oubli, le délaissement et l’indifférence. Comme la salle de cinéma, l’Economat de Redeyef, jadis caverne d’Ali Baba, où venaient s’approvisionner les employés et les mineurs, décrépit avec le temps. La calligraphie Art Nouveau étant à elle seule une pièce de musée. Mohamed m’indique le lieu où il y a un siècle un court de tennis, le deuxième d’Afrique, avait vu passer de grands champions y compris Lacoste lui-même. Plus loin le stade de « Beattle of Redeyef », (ghanfousset Redeyef) prestigieux club de football (fondé en 1908) fréquenté par des joueurs de talent, est aujourd’hui occupé par des dizaines de jeunes maintenant la tradition.

Les jours suivants, nous avons visité une autre mine, un entrepôt, le cimetière, la Maison de Culture…pas le temps d’aller photographier la Piste Romel !
Au retour de ces sorties photos, nous étions fatigués, la tête saturée d’images et le cœur triste de devoir fouler une histoire riche en hommes célèbres et faits mémorables remontant sans discontinuité depuis les temps anciens.
Les succulents plats préparés par Asma nous remontaient le moral. Comment ne pas être affligé par la mort d’une salle de cinéma jadis lieu d’émotions, par l’agonie d’un magasin qui faisait concurrence aux meilleures adresse de Paris, et surtout comment ne pas pleurer en voyant ce lit d’hôpital dans ce que j’estime, par instinct, être la chambre de Lehnert …ci-git un photographe célèbre mais pas assez célébré. Lehnert est mort le 16 janvier 1948, il fut enterré a Redeyef pendant quelques temps avant que sa famille ne fasse le nécessaire, selon les volontés du défunt, pour qu’il soit transféré au cimetière de Carthage aux côté de son épouse. Lehnert fit ce trajet en wagon fermé de charbon.

“Amine Landoulsi en action”. Photographie Hamideddine Bouali 27 décembre 2009
Mon grand père disait à chaque fois que nous lui rendons visite, après avoir passé que ce soit une petite après midi chez lui au Bardo ou trois mois à Zaghouan, « hathi mahiyech jaya !! » ce qui veut dire « vous n’êtes pas resté assez longtemps ».
“Ons, Meriem et Asma Alaimi”. Photographie Hamideddine Bouali
depuis la vitre arrière de la fourgonette samedi 27 décembre 2009
Les Alaima ne voulait pas nous laissez partir, comme nous autres, nous aurions bien voulu rester davantage mais des rendez-vous importants nous attendaient à Tunis.
Contrairement à l’aller, nous nous sommes tus Amine et moi, chacun réfléchissait à ce qu’il avait vécu ces derniers jours. Comment décrire d’aussi forts sentiments ? Comment trouver les mots justes pour évoquer l’hospitalité des Alaimi, l’aura omniprésente de Lehnert, le magnifique ciel ainsi que l’atmosphère particulière de Redeyef ?
Quelques arrêts pour prendre des photos et quelques gorgées de café ponctuèrent le retour qui fut d’une tristesse sans nom. La promesse de revenir sera tenue, Redeyef ne se quitte pas.
Hamideddine Bouali
6 janvier 2010
Pour voir les photographies réalisées par Hamideddine Bouali dans les mines de Redeyef suivre ce lien :
http://www.facebook.com/album.php?aid=13633&id=1827421781&l=d3841d3540
(1) Les cinéphiles auront reconnu l’allusion au célèbre film sortie en 1995 intitulé « Sur la route de Madison » de et avec Clint Eastwood, qui joue le rôle d’un photographe du National Geographic.
(2) Voir son blog : http://justfotoit.blogspot.com/
(3) Pour en savoir davantage à propos de Lehnert voir surtout le site de Michel Megnin : http://michel.megnin.free.fr/lehnert.htm
A propos de Lehnert : les textes de Hamideddine Bouali sur ce blog :
a/ « Lehnert, le retour » http://du-photographique.blogspot.com/2006/06/lehnert-le-retour.html
b/ « Exposition : l’Image révélée » http://du-photographique.blogspot.com/2006/10/ce-que-je-pense-de-lexposition-limage.html
c/ A propos de l’association Lehnert et Landrock : http://du-photographique.blogspot.com/2006/11/amicalement-votre.html
d/ A propos de l’œuvre de Lehnert : http://du-photographique.blogspot.com/2006/11/une-thorie-contestable-un-fait-oubli.html
(4) En arabe parlé ce qui voudrait dire à peu près : « Tu te prends pour Lehnert ! »
(5) http://du-photographique.blogspot.com/2007/01/etats-de-la-photographie-entre-le_15.html
(6) « Cinéma Paradiso » réalisé par Giuseppe Tornatore en 1989, avec Phillipe Noiret
Photographie non-contractuelle
Chronique des chroniques
Ce blog, qui a vu le jour en juin 2006, vient de dépasser la barre des 30.000 connectés depuis plus de 100 pays. Merci de me lire.
J’avoue mon impuissance à produire un texte à propos du droit à l’image dans des proportions convenables. J’ai noirci des dizaines de pages parsemées d’exemples récoltés ici et ailleurs sans arriver à en faire le tour. Alors j’ai décidé d’en parler dans chacune de mes prochaines chroniques. S’il m’est impossible, pour le moment de faire plus court, je vais par contre me forcer d’évoquer un plus grand nombre de sujets par publication. Bonne lecture.
Projet de créer “Le Club Photo de Tunis”
C’est la première qu’un groupement de passionnés de photographie s’abrite sous cette exacte dénomination. L’utilité s’est fait sentir depuis quelque temps, mais c’est surtout lors de cette veillée ramadanesque à Beit el Bennani qui a transformé la demande virtuelle en un besoin vital. L’idée que j’ai lancée sur Facebook, collecta en moins de vingt-quatre heures assez de « pour » pour que l’on passe aux côtés pratiques ; recherche d’un local, mode de fonctionnement, horaires, bref esquisser le concept. La finition se fera en présence de tous les intéressés. Rendez-vous étant pris pour janvier 2010.
Origami
Décidément quand une réputation vous est faite, difficile de s’en défaire. Dès que je mis les pieds dans la galerie Air Libre pour visiter l’exposition de Ramzi Souani, on m’interpella en ces termes : « ne dites surtout pas que ce n’est pas de la photo », alors que je n’ai pas encore vu ce qui était à voir.
La photographie de Ramzi Souani est une sorte d’origami, une photographie pliée dépliée, pour enfin être repliée autrement afin de donner à voir une étrange dimension des choses. Ramzi Souani a fait très bien ce que je n’aime pas, mais c’est très bien fait. Vous trouvez que c’est absurde ? On peut très bien applaudir l’équipe adverse quand elle joue bien, eh bien c’est cela. Ce n’est pas mon genre de photographie et je pense que ce n’est pas une photographie du long cour, toutefois je salue l’intention, la démarche ainsi que le résultat. Mais – il y a toujours un mais dans mes textes – le titre « Animalité urbaine » sonne totalement faux ! je suis peut-être très terre à terre ou alors 1er degré mais je n’ai vu ni animalité encore moins d’urbanité.
Je demeure convaincu aujourd’hui, beaucoup plus qu’hier, que la photographie si elle n’est pas, d’une manière ou d’une autre, une réflexion à propos de la vie en y prenant pied, elle n’est qu’un exercice de style, une autosatisfaction sans plus. Je sais que je serai âprement critiqué pour avoir dit cela. Mais encore une fois il s’agit de mon opinion en tant que critique. Commissaire d’exposition, enseignant, formateur ou rédacteur de textes historiques je ne suis plus alors en position de formuler mes préférences.
A noter que dès lors que l’on choisit de titrer son exposition sous le label « photographie » on est forcément en droit d’inclure cette œuvre dans une suite de productions régionales puis mondiales. Un chapelier dont le premier chainon étant le célèbre « Point de vue d’après nature» réalisé par Nicéphore Niepce en 1826, ou l’année d’après, et le dernier ; l:œuvre qui nous fait face qui est sensé être la descendante directe…Pour moi il n’y a aucun lien de parenté entre la photographie telle que je la comprends, je l’entend, je l’aime, je fais et celle-ci. Peut être une alliance momentanée, des courtes fiançailles ou un mariage blanc.

Nicéphore Niépce “Point de vue d’après nature” réalisé à Saint-Loup de Varennes à Chalons-sur-Soane (France)
c’est la plus ancienne photographie conservée (baptisée à l’époque Héliographie par son inventeur)
œuvre réalisée par en 1826 (ou 1827)
Certains préfèrent exposer leurs photographies en soulignant que c’est de l’« art plastique ». je n’ai jamais compris ce mot : art plastique ! en tout cas quand on voudrait lui faire prendre la place du terme photographie. D’ailleurs « Photographie » est plus beau, j’allais dire plus photogénique. Mais écouter quelqu’un dire art plastique cela me fait prendre des tics !
Les diplômés des écoles de beaux-arts vont tout de suite me traiter d’ignare parce que la littérature théorisante qui a depuis longtemps défini, délimité et propagée ce terme est plus qu’abondante. Mais voilà aujourd’hui de part le monde, commissaires d’expositions, créateurs, galeries, revues, livres spécialisées sont revenus à une terminologie plus appropriée. Cela s’appelle photographie. Ce point qui précède le « c » majuscule est un point final, en tout cas pour le moment.
Un ensemble de photographies ne fait pas l’exposition
Wadi Mhiri, change de registres, son exposition à la galerie Bel‘art est un ensemble de photographies graphiques, bien composées mais manquant de profondeur. Que veut dire exposer ? Si j’avais à répondre je dirais ; exposer une idée. Il n’est évidement pas question, en tout cas pour moi, de faire passer un quelconque message, ou d’exposer un certain discours ni d’affirmer un quelconque style, j’en suis incapable. Par contre une modeste idée cela est possible. Dans l’exposition de Wadi Mhiri, il est question d’un ensemble de photographies mais pas d’exposition. Aucune idée n’en ressort et sans fil conducteur pertinent. Quelques centaines de belles phrases ne peuvent, à elles seules, produire un roman, il faudrait qu’elles soient en plus liées, harnachées, accolées l’une à l’autre, qui se font des clins d’œil au-delà des pages, sinon elles demeureront orphelines, des wagons sans locomotives !
En Tunisie nous souffrons d’un manque flagrant de curateurs, ceux qui conseillent les photographes à mieux choisir dans leur photothèque. Sur Facebook, il est devenu désormais courant, de trouver des ensembles constitués et l’on est invité à venir regarder, évaluer, aimer ou détester. C’est une méthode primaire, juste valable sur ce site, mais si on pense à un éditing ou une exposition il faudrait s’adresser à des compétences reconnues, qui possèdent un riche lexique correspondant à des connaissances d’expert.
Facebook…mode d’emploi
A propos de Facebook. C’est un torrent de messages, de ragots, de morceaux choisis de musiques ou de vidéos, de résultats de tests débiles et quelques fois des liens intéressants. Mettre un commentaire c’est comme déposer une plume dans un courant d’eau. Souvent, surtout pour ceux qui possèdent un volumineux carnet d’adresses, pas le temps de suivre ce courant. C’est maintenant que je commence à comprendre comment utiliser les spécificités de facebook.
Sans Facebook comment aurons nous pu savoir qu’il y avait une telle insistance à vouloir fonder le club photo de Tunis ? Sans Facebook comment réunir presque 700 personnes autour d’une idée simple ; photographier tous ensemble, chacun dans le lieu où il se trouve pour la manifestation “Un moment de votre vie” (1) qui aura lieu le 22 décembre 2009 à midi ?
Comment procéder pour fournir des informations à propos de la photographie, tunisiennes ou mondiale à des interlocuteurs aussi différents que mes étudiants, des chercheurs en Tunisie et des correspondants lointain ? Sans la constitution du groupe « Les ressources photographiques », qui réunit dans une seule adresse des documents, des articles de presse, des liens pour des sites importants, je ne m’en serais jamais sorti. Pour cela Facebook est un outil aussi efficace qu’économique.
Recherche curateur désespérément
Mais revenons aux expositions ! Pourquoi encore une fois nous nous retrouvons au début du parcours alors que d’autres photographies se sont développées plus rapidement ? Il se peut que c’est cette appréhension à vouloir photographier les gens qui nous empêche de nous épanouir complètement. Nous nous rabattons alors sur des photographies de structures, de paysages déserts, de gros détails en macro. Si nous consultons n’importe quelle anthologie de la photographie nous nous rendrons compte que dans la quasi majorité des images figurent des êtres humains. Aujourd’hui cela devient de plus en plus difficile de faire des photographies dans la rue, l’homme fuit l’objectif et fait un procès dès qu’un bout de son nez y figure. La photographie de studio est une solution possible, des personnes consentantes voire s’invitant elles-mêmes à être photographiées ont été de tout temps une grande spécialité, mais là aussi, le sur-mesure : éclairage, fond, point de vue, cadrage, composition…dont le photographe commande totalement les effets, implique un droit à l’erreur nul. Vous êtes dans l’obligation de réussir.
Paradoxale représentation
Le premier procès pour droit d’image ne fut pas fait pour une photographie mais pour une peinture. Rachel comédienne française de théâtre mourut en 1858. Le peintre Frédérique O’Connell l’imagina sur son lit de mort et la peignit ainsi.

La comédien Rachel sur son lit de mort par le peintre Frédérique O’connell. 1858
(collection La Comédie Française. P/Lorette)
A la parution de cette imaginaire représentation la famille de la défunte lui fit un procès…et dans les minutes du procès le juge donna raison aux plaignants arguant du fait que toute personne possède son image, et que c’est un préjudice subi que d’en être dépossédée ou même copié sans autorisation préalable.
Le contrat entre le photographe et le sujet…
D’une part
…Toute personne a le plein droit de se déplacer dans les lieux qu’elle désire sans qu’elle soit prise pour cible par n’importe quel preneur d’images, patenté ou non. La vie privée ne peut être assimilée à ce qui se passe dans les foyers ou tout autre lieu protégé des regards. Un individu même en étant dans un lieu ouvert joui, par le fait qu’il est un être humain, du statut de monsieur tout le monde. Le fait qu’un jardin, une plage, une avenue ou n’importe quel espace soit considéré comme étant public, ne suppose pas que l’on est à découvert, susceptible d’être sujet d’une image. Il en va de même du nombre des personnes figurant dans l’image qui ne pourrait en aucune manière justifier la liberté du preneur d’images d’en faire des figurants anonymes, puisque méconnaissables. Le droit à l’anonymat étant une liberté inaltérable. Sans considérations particulières de la spécificité de la nature du lieu, aucun individu – ou même une partie de celui-ci – ne peut être photographié sans son autorisation signé, celle-ci devrait spécifier les utilisations ultérieures des photographies réalisées. Dans le cas de publications a but lucratif, les droits de publications doivent être obligatoirement signalés et les dédommagements dûment fixés.
D’autre part
Le photographe, même réduit à un simple individu, jouit lui aussi d’un espace de liberté. Tout individu peut à loisir émettre une opinion à l’aide du moyen qui lui est propre. Rien ne peut empêcher tout être humain de regarder, de lire à haute voix, de chanter, de danser, de faire tout ce qu’il a envie de faire s’il n’entrave pas la quiétude d’autrui.
La liberté d’expression ne peut être l’apanage des artistes et des journalistes. Cela étant dans la nature humaine que de formuler ses états d’âmes, ses peurs, ses reproches, ses revendications, ou tout simplement l’expression de son moi.
De toutes façons nous nous exprimons avec les moyens dont nous disposons, nos vêtements, notre démarche, notre mode de vie, l’éducation que nous prodiguons à nos enfants, les discussions que nous entretenons avec nos connaissances….Alors pourquoi octroyer un traitement de faveur aux artistes et aux journalistes ? Parce qu’ils ont une mission, leur auditoire est plus large, ils sont écoutés, entendus et parfois obéis. Mais chacun possède par la nature même de sa constitution mentale la liberté de s’exprimer, du moins dans la limite n’outrepassant pas celle d’autrui.
…qui n’a jamais eu lieu
Deux libertés fondamentales s’opposent sans qu’il y ait moyen de les réconcilier. Alors il faut bien jouer la carte du compromis, de la nuance et surtout du discernement. Nous sommes en présence d’un cas d’école où la jurisprudence est plus importante que les textes de lois.
La philosophie du droit nous apprend que la loi est instituée pour régir les hommes. La justice tranche après avoir pris en considération les doléances de chacun et essaie de peser (d’où le symbole de la balance) qui des deux parties a été la plus lésé.
Partout et en tout temps, devant le juge, le plaignant est tenu d’apporter la preuve du préjudice subi. Cette élémentaire règle de droit étant indispensable. S’il n y a pas de dommage il ne peut y avoir méfait.
A suivre…
- December 14th, 2009
- Posted in Art plastique, Beit el Bennani, Droit à l’image, Facebook, Frédérique O’Connell, Le Club Photo de Tunis, Nicéphore Niepce, Rachel, Ramzi Souani, Wadi Mhiri, photo, un moment de votre vie
Tunis et ainsi
et je ne l’échangerais pour rien au monde (2)
” Enfance “, Tunis 15 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Abats-jour “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
“Jeux d’enfants “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Patrimoine “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Architextures “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Luminaire “, Tunis 7 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Clavier “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Feu rouge “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Droit à l’image “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Délice de la lévitation “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Bande dessinée “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
” Fétichisme “, Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
“ A la Giacomelli “, Tunis 25 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
“ Les chaines de l’amour “, Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
Un moment de votre vie

Éloge du déclenchement
Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important. Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.
A nous tous de rendre ce projet viableL’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire… Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille. Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.
Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr
Toutes les images seront publiées sur le blog http://unmomentdevotrevie.blogspot.com/ et sur Facebook. Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.
Hamideddine Bouali
5 décembre 2009
Tunis est ainsi,
et je ne l’échangerais pour rien au monde
Tunis, novembre 2009. “Ma Tunisie”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Du fil à retordre”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Rencontres”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Mankenpis en couche culotte”, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “L’escalier d’Eisenstein“, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Populations”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Bannières”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Drapeaux”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Guirlandes”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Fanions”, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Liens”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Portrait de Juliette par Roméo”, Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. “Au grand angulaire”, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Luminaire”, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Lampadaires”, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Chaos”, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Infrastructure”, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Tambours 1″, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Tambours 2″, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Tambours 3″, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Tambours 4″, Photographie Hamideddine Bouali
Tunis, novembre 2009. “Amours”, Photographie Hamideddine Bouali
Rappel

Éloge du déclenchement
Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important. Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.A nous tous de rendre ce projet viableL’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire… Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille. Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.
Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr
Toutes les images seront publiées sur un blog (l’adresse sera communiquée ultérieurement) et sur Facebook. Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.
Votre moment nous intéresse !
Un fabuleux destin170 ans ! Depuis ce matin du 19 Aout 1839, la photographie n’a pas arrêté de nous émouvoir. Ce jour-là, le sénateur et célèbre scientifique français François Arago déclara que la photographie était née. Des scientifiques, des industriels, avec l’aide de mécènes visionnaires, de différentes cultures ont contribué à ce que la photographie devienne ce qu’elle est aujourd’hui. Citons entre autres les Français Nicéphore Niepce, Louis Daguerre, Hyppolite Bayard et les frères Lumière ainsi que les Anglais Henry Fox Talbot et Scott Archet, les Américains Thomas Edison, George Eastman, Edwin Land, Harold Edgerton, les Allemands Ernst Leitz, Oscar Barnack… Et si nous voulons remonter aux origines ; rappelons que c’est le chinois Mo Tsu qui dénomma il y a de cela 25 siècles « la chambre fermée du trésor » ce que Hassan Ibn Al Haytham, père de l’optique moderne qui vécu au XIe siècle, expliqua pour la première fois scientifiquement par le phénomène de la chambre noire. Il baptisa en «Al beit al mudhlima that thokba» (la chambre obscure munie d’un orifice), ce que les historiens dénommeront par la suite par la Camera obscura, sans laquelle impossible d’obtenir une photographie.
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un tel état de dépendance que nous réussissons difficilement à imaginer notre monde avec des souvenirs sans photos, des pièces d’identités aveugles, des publicités muettes, des galeries vides, des découvertes scientifiques sans visage, des actualités sans témoin, des publicités sans objet, des constats sans preuve, des journaux sans illustration… Après plus d’un siècle et demi d’incessants progrès dans les façons de faire et autant dans les manières de voir, la photographie est devenue à la fois une incomparable fenêtre nous donnant à voir, tout ce qui existe entre infiniment petit et infiniment grand, qu’un champ de recherche pour sociologues, historiens, anthropologues, psychanalystes ; situation sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Néanmoins aucune autre contribution au savoir universelle ne fut aussi controversée. Les photographies volées, truquées, manipulées, détournées ainsi que celles choquantes, tragiques ou insoutenables n’ont pas cessé depuis le XIXe siècle de faire parler d’elles, escamotant souvent le sujet qu’elles devraient montrer.
Les statistiques sont formelles, des millions de photographies réalisées, très peu verront le jour…Le numérique en mettant à la disposition de chacun, à la place du laboratoire industriel, les périphériques pour visualiser et imprimer, a provoqué une nette régression du nombre de tirages. Au final beaucoup de prises de vues et peu de photographies. Ce déséquilibre est imputable à la quasi gratuité d’un déclenchement et la cherté des papiers photographiques. Plus tard, les disques pleins des ordinateurs et les cartes mémoire saturées des appareils photo seront effacés pour laisser la place à d’autres fichiers numériques. Si nous nous sommes accoutumés à oublier à mesure que nous vieillissons, nous avons le regret de constater que la photographie, elle aussi, s’humanise et sa mémoire commence à flancher, alors que faire ?
Eloge du déclenchement
Nous n’allons pas nous poser trop de questions le mardi 22 décembre 2009, nous prendrons une photographie et une seule à 12h heure tunisienne (11h GMT). Pourquoi le 22 décembre à 12h ? Peu importe, car vous auriez posé la même question si c’était un 27 juin 9h du matin ! Alors toutes les dates se valent ! Cela dépendra de nous tous, participant à cette manifestation virtuelle, pour qu’elle soit dorénavant significative. On aurait pu choisir le 19 août ; jour de la déclaration d’Arago, le 5 mai, date de la lettre rédigée par Niepce en 1816 signifiant à son frère Claude qu’il a réussi quelques « point de vue », ou bien le 1er janvier ; premier pas de la l’année qui commence, mais justement il fallait une date vierge, car nous ne fêterons pas la photographie ce jour-là, ni l’appareil photo mais le déclenchement comme acte de sympathie et d’ouverture vers les autres.

Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important.
Le quotidien, votre quotidien, afin de voir d’autres photos que les images de guerres, les flashs des peoples, les instantanées des actualités et les preuves d’exploits…nous convoitons le moment familier qui serait probablement plus important et qui mérite de rester dans les mémoires mieux que tous les autres.
Un album d’une famille particulière dont les membres venus de partout sont porteurs chacun de religions respectées, de valeurs estimées, de riches cultures, d’histoire mémorables et de vécus à voir… Celui qui a un appareil photo entre les mains fera forcément une bonne action, occupé qu’il est à prendre une vue. Nos moments seront en fin de compte plus semblable que différents. Car il est fort probable que nous allons nous retrouver dans les autres images, nous sommes tour à tour les uns et les autres. Une famille, enfin, reconstituée et réunie.
Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.
Nous vous croirons sur parole, la photographie reçue aura été réalisée le 22 décembre à 12h00 ( Tunis est à GMT +1). Partout dans le monde qu’il fasse nuit ou jour, crépuscule polaire ou après-midi tropical, votre moment est forcément intéressant parce que c’est le votre. Imaginez dès maintenant que votre photo sera un morceau de vie d’une mosaïque reconstituée sur une mappemonde avec d’autres réalisées dans la même intention de clamer tout haut : « Moi, maintenant, je suis ici ».
Évidement plusieurs manifestations ont vu le jour depuis une trentaine d’années qui font appel à ce genre de concept dont la plus célèbre étant : « une journée dans la vie de… », mais ici nous sommes dans une toute autre logique, car nous avons la volonté de créer une communiant, un moment de partage, de grâce…nous serons tous suspendus non pas à un événement dont nous sommes spectateurs ou face à un sujet imposé, mais bien au contraire c’est chacun d’entre-nous qui est à la fois reporter de ce moment et l’un des principaux acteurs…L’événement prend ici une signification nouvelle. Mise en ligne tous ces moments seront visibles de partout et ceci aussi est devenu aujourd’hui possible avec une économie de moyen sans précédent. L’exposition « La Grande famille de l’homme » organisée par Edward Steichen en 1955 couta une fortune et il a fallu plus de trois ans pour faire la tournée d’une cinquantaine de pays. Aujourd’hui Internet est un fabuleux outil de rassemblement.
A nous tous de rendre ce projet viable
L’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire…
Certains trouveront l’idée ridicule, d’autres sans intérêt, peu importe car ceux qui prendront la peine de participer, et de pousser deux ou trois autre à le faire, ne le regretteront pas car aussi peu nombreux que l’on soit, nous y avons cru. Au pire des cas il y aura un seul participant.
Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille.
Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.
Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr
Toutes les images seront publiées sur un blog (l’adresse sera communiquée ultérieurement) et sur Facebook.
Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.
Idée et gestion de l’opération
Hamideddine Bouali
Critères de la critique (3)
Que de malentendus !
J’ai fait un tour dans quelques forums de discutions à propos de la photographie en Tunisie et j’en sors consterné par l’ampleur du travail qui reste à faire. C’est bien évidemment aux animateurs de prendre les choses en main et de régulariser ce flot de passions ! Nous en sommes encore à devoir définir les mots, dresser le lexique, et apaiser les ardeurs un peu trop emportées.
Fixons, une fois pour toutes, les étiquettes. Un photographe professionnel est un individu qui vit par la pratique de la photographie, ce qui n’implique pas forcément qu’il est habile ou talentueux. On fait appel à ses services afin de s’acquitter d’une tâche : photographier. Son métier obéît aux lois de l’offre et de la demande. Ces commandes peuvent être l’illustration d’un luxueux livre d’art ou la réalisation d’un album de mariage. Ailleurs, le nombre des photographes est tel qu’ils se sont spécialisés. Les photographes professionnels de la mode sont équipés pour cela et ne font que cela. Les photographes du Tour de France sont des spécialistes des deux roues, avant la Grande Boucle ils étaient sur le Giro si ce n’est le Paris-Roubaix mais jamais derrière la cage d’un terrain de football. Ici on n’en est pas encore là et la majorités des professionnels acceptent le plus souvent un large éventail de genres photographiques a l’exception de la photographie de mariage. La désertion de cette spécialité par un nombre important de photographes est venue surtout par le trop grand nombre d’intrus qui ont donné à ce genre de photos une réputation malsaine.
Évidement il se pourrait que le professionnel soit en plus d’un patricien, un photographe produisant des photographies artistiques.
Un photographe amateur, est une personne dont la passion est la photographie. Personne ne lui demande de faire ce qu’il fait. Il peut être mauvais photographe et ses œuvres de piètres images, personne ne s’en plaindrait. D’autre part que d’amateurs ont réalisé des photographies de spectacles, de sport et de mode meilleures que celles des professionnels du déclencheur ! Au point que certains sont devenus des professionnels à temps partiel.
Afin de pallier tout malentendu, j’utilise depuis un certain temps les termes de photographe de métier et de photographe de passion. Le photographe de métier peut être un passionné et il lui arrive de faire, en parallèle, œuvre personnelle. Le photographe de passion peut être un grand praticien et on lui demande parfois de réaliser des commandes, c’est à partir de ce point que le malentendu parait.
Artiste, un adjectif non auto-qualificatif
Puis vient le terme « artiste », que l’on est en train d’utiliser sans parcimonie au point qu’il est dévalorisé. Pourquoi dit-on Homme de théâtre, cinéaste, chorégraphe, peintre, architecte, écrivain, sculpteur mais artiste photographe ? Je suppose que cela est hérité du temps où la photographie voulait se frayer un chemin parmi les arts consacrées. Époque où on se demandait si malgré cet outil qui fait l’essentiel et l’anodin geste de presse-bouton de l’opérateur, la photographie pourrait être considérée comme un art ?
Il m’a toujours semblé que ce qui paraissait comme étant son péché originel est en fait une des forces les plus caractéristiques de la photographie. C’est parce que cet appareil fait presque tout, et que le photographe est celui qui parait fournir le moindre effort de tout ceux qui pratiquent un domaine d’expression que la photographie est un médium incomparable de sincérité. Ceux qui se sentent à l’étroit dans cette infinie liberté consentie dans une restriction bien délimitée : regarder et déclencher, et qui franchissent la fatidique ligne de démarcation, mettent le pied dans un territoire dont j’ignore le nom et dont je ne parle pas la langue. Ce qui ne fait de moi ni un xénophobe ni un voyageur perdu. C’est peut-être le sens exact de la sentence : « L’art vit de contrainte et meurt de liberté ».
Il n’est donc plus nécessaire aujourd’hui de dire artiste-photographe. Car rien n’empêche le photographe de quartier de réaliser de magnifiques portraits d’enfant ou le reporter sportif de produire des vues saisissantes d’un banal match de handball. Ce n’est surtout pas en s’assignant des titres avant la lettre que l’on acquiert une certaine notoriété mais en accomplissant une œuvre de qualité dans n’importe quel genre de photographies. Artiste est un superlatif que l’on ne peut en aucune manière se l’auto-décerner, car se présenter ainsi suppose que personne n’a le droit d’évaluer ce que l’on fait puisque nous avons habillé l’œuvre d’une certaine immunité. Ceci étant une inconvenante et maladroite parade à la critique. Le photographe, comme tout autre créateur, lui arrive de réussir ces œuvres comme de les rater…Alors n’arrachons pas au temps sa principale fonction : la durée. C’est l’ensemble de l’œuvre réalisée, les répercussions produites par celle-ci ainsi que le temps qui sait faire ce que nous ne pouvons pas, qui sont seules capables de remettre solennellement aux plus méritants le titre envié et lourd à porter d’Artiste.
Des photographies projetées…
Est-il nécessaire de signaler que l’on ne peut pas avoir les mêmes dispositions vis-à-vis des photographies, quand celles-ci sont exposées, projetées ou publiées ? Une photographie encadrée, accrochée, numérotée, cotée dans une galerie d’exposition acquiert par ce statut une étape qui la rend particulièrement remarquée de la part du public et soumise à une lecture attentionnée du critique. La même photo publiée dans un site communautaire (facebook, flicker…), bien qu’elle ne soit aucunement dévalorisée reste dans les limites du moyen de diffusion. Evidemment le contenu ne change pas d’un support à un autre, mais son aspect subit l’influence du mode de représentation.
Prenons un exemple typique bien que paraissant folklorique : le portrait du Che imprimé sur le tee-shirt d’un manifestant portant une pancarte : « non à la mondialisation », ne sera pas perçu de la même façon que s’il était un autocollant disposé sur le réservoir d’une Harley-Davidson. Cela nous amène à parler du contexte. Cette disposition spatiale de l’œuvre nous influence d’une certaine manière, nous prédispose à un certain comportement et il faudrait un appréciable effort mental pour ne voir à chaque fois que la photographie.
Même en aval la différence est manifeste. Celui qui prépare une exposition personnelle passe des nuits blanches devant son écran d’ordinateur ou ses planches contact à sélectionner, choisir, écarter puis reprendre, demander conseil avant de trouver la trentaine de photographies à exposer. Puis avec autant de minutie et de calcul, il choisit la galerie, le format, les cadres, les Marie-Louise, les titres, les prix ainsi que le texte d’accompagnement. Pour organiser une exposition on dépense une quantité de temps, d’énergie et d’argent sans commune mesure avec celle fournie pour envoyer une dizaine d’images par mail ou pour les télécharger sur un quelconque site. Dans le même ordre d’idée, si on nous propose d’exposer nos œuvres dans une galerie de Tunis ou de sa banlieue on ne mettrait pas autant d’entrain que s’il s’agissait d’une salle communale dans un lointain village…d’ailleurs certains ne répondraient même pas à telle invitation.
Puis l’inévitable piège des expositions de groupe c’est justement cette promiscuité des œuvres qui pourrait porter préjudice ou bien rehausser la photographie que l’on a sous les yeux. Une photographie juste moyenne sera totalement dépréciée si elle était accrochée entre deux photographies de meilleures factures. Une photographie « neutre » sera assimilée comme « joyeuse » si celle d’avant mettait en scène une situation tragique. C’est notre nature humaine qui est ainsi, et sans cette mémoire à court terme impossible de suivre un film ou de comprendre un roman. Si les cinéastes et les écrivains, entre-autres, structurent et planifient leurs œuvres sur cette causalité pour, nous ménager, nous préparer au climax, et nous surprendre à la fin, il en va autrement en photographie. A part les romans photos, les séquences et les reportages des photo-journalistes, nous sommes presque toujours invités à regarder des « une seule photo ».
N’arrêtons pas le mouvement !
Après la Rentrée symbolique de l’année photographique, qui, quoi qu’on dise, fut une réelle opportunité d’abord pour se rencontrer puis pour découvrir de nouveaux photographes, une suite fut donnée sur Facebook afin de publier les albums des photographes pour qu’ils soient lus, évalués, critiqués, ce fut l’opération « critique-photo » avec 250 photographies (parmi les 370 projetées à Beit el Bennani). Photocritik, forum de critique, pris tout de suite le relais pour proposer d’autres photographies à l’appréciation du public, aujourd’hui signalons la constitution d’un groupe intitulée : « Photographie tunisienne », dirigé par Zouhair Ben Amor et Zakaria Chaibi. Les objectifs à atteindre, les moyens mis en œuvres, les libertés que l’on s’accorde et les restrictions que l’on impose…tout cela est bien évidement à prendre en considération.
Comme promis je viens formuler mon avis à propos des albums de la Rentrée, et sur la foi de tout ce que j’ai dit depuis la première partie de ce texte, je ne peux faire que de me comporter comme si je n’ai jamais connu leur auteur. Cette prise de distance est une volonté d’impartialité.
La photographie-urbaine
La photographie est l’art de la coïncidence, d’abord dans ce positionnement du photographe avec une scène à photographier. Cette droite, rectiligne et ininterrompue, reliant l’œil du photographe au plan qui lui fait face semble souligner l’affirmation : « je suis là ». Quel photographe n’a pas, au moment de déclencher, senti cette puissance de se situer par rapport au monde qui l’entoure ?
La photographie urbaine est toujours d’une richesse inépuisable, il suffit de se balader à longueur de journée, de bien regarder et de savoir attendre. Rien d’artistique diriez-vous ? Ce genre de photographie est plutôt apparenté à de la géométrie. Il suffit de bien localiser les lieux susceptibles de devenir un fond qui a une signification, regarder le sens de la marche des piétons, et comprendre leurs allées et leurs venues, sentir le rythme de la ville ainsi que les meilleurs lumières…cela se mijote dans la tête et sans calcul on se rend compte que cette apparente anarchie est en fait parfaitement ordonnée et surtout prévisible. Cette pratique, demandant une connaissance de la ville, une discrétion nécessaire pour ne pas être gêné, pourrait être maitrisée en peu de temps. Mais l’essentiel n’étant pas d’être simple observateur et de transmettre tel quel ce qui se voit, il faudrait qu’en plus le photographe fit œuvre utile.
Photographie Chahine Dhahak. Tunis 2009
Il est rare que l’on rentre bredouille de cette chasse aux coïncidences, aux mises en scène fortuites…cela marche presque à tous les coups, d’où la nette impression que l’on à affaire à une recette bien apprise, prête à l’emploi par n’importe quel photographe même débutant. Dans la majorité des photographies des albums de Amine Landolsi, Mehdi Zribi, Sabrine Belkhouja, Chahine Dhahak, et de Hamideddine Bouali, le photographe prend place pour montrer du doigt un état de fait. Dans ce genre de pratique, le photographie est dans une situation de description, il se contente de couper aux ciseaux un bout de son champ de vision, gommant tout ce qui lui semble hors-propos. Le hors-champ étant hors-sujet. Ce genre de photographie est comparable au travail du chroniqueur, dressant un constat sans y mettre la moindre émotion à moins que ce soit celle émanant des personnes photographiées. On est à l’opposé de la carte postale, car ici il n’y a pas d’intention d’enjoliver…On ne cherche pas le beau mais le vrai. Le vrai ne peut être accompagné d’émotions si ce n’est celle d’une objectivité souhaitée.
Photographe de l’intime
Ce que j’appellerais la photographie de promiscuité est une photographie prenant pour objet un sujet à portée de main ou d’objectif. Ce n’est ni une mince affaire ni une performance, mais elle donne rarement des photographies de grande ambition. Photographier son jardin, sa petite amie, ses chats pourrait sembler de prime abord simple alors que c’est une gageure, le défi à relever étant celui de substituer sa situation d’intime avec celui d’étranger. Les photos de Raoudha Balbouli, Abderrazek Khéchine et de Gaël Coto nous donnent à voir ce qui est de l’ordre de l’intime. Les sujets que l’on connait le mieux sont ceux qui sont les plus difficiles à photographier, parce que on les connais trop bien, et l’effet découverte est toujours bonifiant. Tous les photographes rêvent de passer inaperçus ! Transparents pour photographier partout sans se faire attraper ! Quel délice ! Certains ont la chance de se faire passer pour n’importe qui, de se fondre dans la foule et de déclencher sans que personne ne s’en aperçoive. Mais parfois c’est le sujet lui-même qui est comme un poisson dans un bocal : nu. Tiens pourquoi dès qu’on dit photo de nu on pense à des femmes, rarement à des hommes ! Jamais à des situations ! Bizarres non !
Photographie Tarek Mrad. 2009
Pourtant que de photographies réalisées, paraissant aux profanes chastes, alors qu’elles sont des déshabillages en règle. La photographie de Tarak Mrad, Slown et de Aziz Tnani sont ce que l’on voit derrière le voile de la pudeur, de la timidité ou du sacré. Ils ont d’une certaine manière chacun outrepassé une limite. L’appareil photo dans ces cas là n’est plus un simple outil d’enregistrement mais un masque sous lequel on se dérobe à la vue. Même les photos posées, orchestrées de concert avec le modèle, révèlent la timidité de leur auteur et sont en fin de compte une intimité malicieusement mise en scène.
La photogénie
Quels points communs pourraient bien relier les photographies de Susana Paiva, de Ons Abid, de Ben Abdallah Abdelkrim, de Kais Ben Farhat, de Yasser Hadj Brahim de Akram Belaid, de Stéphane Assezat, de Yoann Cimier, de Salma Mejri et de Riadh S. ? Ici plus qu’ailleurs on a affaire à des images réalisées avec l’intention d’ajouter « l’effet photo » à la réalité qui est en face de l’objectif. Vous pouvez me demandez que « l’effet photo » va de soit avec toute les prises de vue. Non, car ici le sujet ce n’est plus seulement le bout de la réalité qui est en face mais on lui fait ajouter un calque bien visible de technique photographique. Dans la plupart des photographies on ne voit que ce que le photographe nous permet de regarder, mais ils ne met pas en avant ce qu’il fait. Les photographies « photogéniques » ressemblent aux montres transparentes dont on voit le mécanisme. Évidemment on pourrait deviner pour chaque photo son mode d’obtention, tout comme pour une montre qui n’est pas transparente, mais là il ne s’agit plus de spéculer mais de voir comment cela marche. Si pour toutes les autres photographies, l’auteur semble nous chuchoter à l’oreille « c’est ce que j’ai photographié », pour les photographie « photogéniques » il affirme un peu tout haut : « je suis photographe ».
Pourquoi les photos de Susana Paiva ont été plébiscitées meilleur album de la Rentrée ? parce que leur photogénie est achevée. Les contrastes poussés à outrance, les cadrages inattendus, les moments décisifs, les compositions audacieuses ainsi que les points de vues déroutants sont le vrai sujet de ces photographies, c’est Marrakech qui s’est plié aux désidératas de Susana Paiva.
Photographie Susana Paiva. Marrakech 2009
Mais étant organisateur, participant et maintenant critique et ayant de surcroit parlé de mes propres photos, mon témoignage est irrecevable, influencé et nul (selon la formule consacrée)…vous avez le droit de me retirer ce dossier !
A la manière de Mohamed Ben Soltane
Mohamed Ben Soltane expose jusqu’au 7 novembre à Kanvas un collector d’idées précédemment montrées auxquelles il a ajouté des travaux récents. Mohamed Ben Soltane se singularise par cette intelligente manière d’exposer, il semble dire à chaque rendez-vous avec le public : “voilà où j’en suis”. Sa pratique artistique, indépendamment de l’outil utilisé, est immuable. Cependant on a tendance à oublier que ceci pourrait parfois mener vers un oubli des spécificités de chaque domaine. Si en peinture la notion du temps appartient au peintre, qu’il s’approprie à son avantage, il n’en est pas de même en photographie. J’ai déjà longuement exposé mon avis à propos de l’incontournable dimension du temps dans l’œuvre photographique, j’ajouterai que l’appareil photo n’est pas uniquement un attrape-image, il est aussi un chronomètre. La photographie de Mohamed Ben Soltane se contente de dresser un constat, le photographie a vu, et il nous montre ce qu’il a conservé. Je me permets d’ajouter au titre le verbe exposer. Sans date, sans horaire, les photographies de Mohamed Ben Soltane n’ont de raison d’être qu’accrochées dans une galerie. Elles sont apparentées à un spectacle qui ne prends corps ou vie qu’en présence des spectateurs. Je disais à la suite de « Tunisexprime » que je me suis trouvé sans me rendre compte parmi des graffitis et des écriteaux alors que j’étais au vernissage de son expo. A Kanvas, un fait qui a attiré l’attention des invités me permets de filer la métaphore davantage. Un petit accident de la circulation a eu lieu exactement en face de l’entrée de la galerie. Je m’interroge encore sur ses raisons ! Est-ce le trompe-l’œil des œuvres accrochées qui ont distrait le conducteur ou alors la jolie assistance qui prenait l’air sur le trottoir ? Quoi qu’il en soit les œuvres de Mohamed Ben Soltane attirent l’attention et le facteur temps, même s’il n’est pas dans l’œuvre, plane dans ce magnifique lieu d’exposition.
Exposition “Regarder…voir” de Mohamed Ben Soltane à Kanvas Art Gallery (La soukra-Tunis)
L’ami d’un ami me souffle à l’oreille lors de ce vernissage qu’avec son téléphone il lui arrive de capter des photos à la Mohamed Ben Soltane : des graffitis, des enseignes mal écrites…La réponse est toute prête à cette interrogation séculaire : « Vos photos resteront dans votre gsm, celles de Mohamed Ben Soltane ont non seulement étés tirées, encadrée, accrochées, vues et seront peut-être vendues, mais en plus elles appartiennent à un corpus intelligible. Le premier venu pourrait composer une belle phrase, sans fautes et ayant une sonorité agréable, mais rare sont ceux qui pourrait être capable de signer un roman ou une poésie…quelques élus possèdent assez de talent pour remporter un prix littéraire et rêver par la suite d’être publiés dans l’édition de la Pléiade. Chacun d’entre nous se doit à chaque instant de sa pratique photographique de se demander à quelle station il est.
Hamideddine Bouali
25 octobre 2009
- October 26th, 2009
- Posted in Facebook, Kanvas Art Gallery, La Rentrée symbolique de l'année photographique, Mohamed ben Soltane, Zakaria Chaibi, Zouhair Ben Amor, artiste, photo, photographe, photographes tunisiens
Critères de la critique (2ème partie)
Après la photographie en couleur, le Nobel consacre le numérique
Le statut de la photographie est de plus en plus difficile à brosser ; moyen d’expression loquace, document au dessous de tout soupçon – jusqu’à preuve du contraire – illustration de promotion publicitaire incontournable, support de souvenirs intimes…Il est aussi un vaste champ d’investigation scientifique. Après avoir consacré la photographie en couleur le comité Nobel vient de reconnaitre l’importance de l’imagerie numérique. Ainsi dès 1891 Gabriel Lippmann réussit la première photo en couleurs stables du spectre solaire par photographie interférentielle, ce qui lui vaudra d’être couronné en 1908 par le Prix Nobel de physique.
Gabriel Lippmann, Autoportrait, vers 1892 (musée de l’Élysée – Lausanne ©)
Gabriel Lippmann, Nature morte, réalisée entre 1891 et 1899 (musée de l’Élysée – Lausanne ©)
Willard Boyle et George Smith dans leur laboratoire du New Jersey en 1970.
Le prix Nobel de physique 2009 vient d’être décerné à Willard Boyle et George Smith qui ont dès 1969 réussi à fabriquer le premier CCD (Charge-Coupled-Device). Cet œil de silicium, transformant l’image optique en signal électrique, converti ensuite en succession de 0 et de 1, puis traité pour obtenir une image numérique faite de pixels, sonna le glas d’une photographie argentique plus que centenaire. Cette même technologie permettra un jour à des millions de non-voyants de savourer – grâce à une rétine artificielle – un des sens les plus fabuleux : la vue.
Chroniques des chroniques
Comme il fallait s’y attendre, la première partie du texte fut abondamment commentée et je ne suis pas le seul à penser que ces échanges sont ce qu’il y a de mieux pour faire avancer le débat à propos de la photographie en général et tout particulièrement de la critique. Nous sommes tous en mesure d’apprécier les enjeux de la critique artistique. L’enseignement des beaux arts et en l’occurrence la photographie, le marché de l’art, l’image que l’on donne de la Tunisie ainsi que de ces photographes sans oublier un réel exercice de la démocratie, sont quelques unes des composantes directement en interaction avec la critique.
Si Mr Jacques Pochart, fidèle lecteur de Belgique, salue la dimension pédagogique du texte, Mohamed Ben Soltane, trouve qu’il aurait été préférable que l’on commençât par dresser le statut du critique bien avant de citer les critères auxquels il devrait obéir. Mais les critères ne font-ils pas le critique ? D’autre part je suis totalement d’accord avec Mohamed Ben Soltane qui note qu’un critique ne peut en aucune manière être objectif s’il n’est pas indépendant et trouve que ce titre est aussi difficile à porter que celui d’artiste. Mais la phrase : «Je n’imagine aucune seconde qu’il puisse exister un photographe montrant une photo sans qu’il soit convaincu qu’elle plaira » lui avait paru ambigüe. Dans ma démonstration le verbe plaire ne peut être restreint à une satisfaction esthétique mais être compris comme « adhésion» à l’idée véhiculée par la photographie en question. Plus loin dans son commentaire Mohamed Ben Soltane s’interroge sur le profil du public dont l’œuvre a plu. Il va sans dire que j’ai utilisé ce verbe d’une manière intransitive. L’œuvre plaira…et c’est tout, elle trouvera son public aussi petit soit-il. Le photographe faisant partie d’une population dont il porte quelques caractéristiques, il se trouvera forcément quelques uns qui seraient en total accord avec lui. Aucune personne sérieuse ne peut soutenir qu’une œuvre sera acceptée par tout le monde ou qu’elle sera unanimement rejetée. Cela s’applique aussi bien en photographie que dans tous les domaines d’expression.
Il n’est pas temps de changer de ton !
Mahmoud Chelbi trouve l’analyse de l’ensemble de l’opération « Critique-photo » bonne et ajoute : «…Mais tu ne fais que tirer la couverture vers toi sans jamais t’être mouillé dans les critiques !!! t’as intérêt pour toi et pour la photo de changer de ton ! », Je suis tenté de reprendre tous les extrais du blog où je me suis, non pas mouillé mais jeté tête la première puis baigné jusqu’au cou dans la marre aux diables, à commencer par le premier texte mise en ligne en juin 2006 à propos de l’organisation de l’exposition des œuvres de Lehnert en novembre de la même année, qui déclencha déjà une grande polémique, jusqu’à la dernière controverse qui m’opposa à Sélima Karoui en juin dernier, mais je me garderais de le faire sinon on m’accusera – encore une fois – de vouloir tirer la couverture vers moi !!!
Mais si Mahmoud Chelbi parle de la critique des albums projetés lors de la Rentrée symbolique de l’année photographique et qui furent publiés sur Facebook puis abondamment commentés, cela sera fait à ma manière dans la troisième et dernière partie de ce texte. Je ne vois pas pourquoi devrai-je obéir à une quelconque injonction venant de qui que ce soit. Ce blog porte en sous-titre : « Tribune de Hamideddine Bouali , pour parler de la photographie son histoire et son actualité depuis Tunis », il n y a donc pas d’erreurs sur la marchandise !
Puis quand Mahmoud Chelbi ajoute : « descends du piédestal où tu t’es intronisé tout seul ! », je lui rappelle qu’il ne fait que répéter ce que j’ai moi-même avoué dans le texte « Critique (II) » daté du 26 novembre 2007: «…le rôle de critique me donne énormément de satisfaction ; pourquoi le nier ? Il y a un réel bonheur à se vouloir médiateur incorruptible, conseiller avisé, observateur objectif et correspondant digne de foi…mais tout cela ne tient à rien, puisque aucun critique dans le monde ne s’est vu octroyer ce privilège, nous nous sommes nous-mêmes fait installer. Si nos textes ne sont pas lus nous perdons tous notre crédit. La photographie tunisienne ne progressera, davantage, que si les photographes exposent, les gens visitent et les critiques écrivent. A condition que les photographes lisent les critiques sans pour autant crouler sous le poids des mots, superlatifs ou non, que les spectateurs se donnent la peine de consulter les critiques sans leur donner un crédit illimité, et que les critiques soient à l’écoute aussi bien du public qu’ils sont sensés conseiller et les photographes qu’ils espèrent découvrir, confirmer, encenser ou ovationner. Voilà le topo ». Puis j’ajoutais dans le chapitre « Pour qui je me prends ? » (puisque la question me fut encore une fois posée en public ) , « On me reproche souvent de vouloir imposer, à travers les textes de ce blog, ma vision propre, et forcément singulière, des choses.
Cette tribune est juste le porte-voix d’un humble individu qui tente de comprendre le monde depuis le point de vue de la photographie, et qui ouvre une fenêtre pour dire, à qui veut l’écouter, se qu’il en pense. Cette analogie vous fait penser au pape donnant sa messe urbi et orbi ? Alors que je me vois plutôt dans la peau d’un des deux vieux de la scène finale du Muppets Show ! ».
Forteresse Facebook
Le bon sens me dicte de ne plus répondre à Adel Marouani, ou à celui qui se cache derrière ce patronyme, qui m’accuse non seulement d’être « manipulateur » mais qu’en plus «je défigure le paysage photographique tunisien». Adel Marouani prétend que quelques photographes « m’évitent ». J’ai contacté trois des quatre noms cités pour avoir une nette et tranchante réponse : « Adel Marouani ? Connait pas ! ». Je trouve qu’on me diffamant depuis l’intérieur de la forteresse facebook – où l’hypocrite anonymat, les profils mensongers et les fausses identités sont monnaies courantes – ce monsieur contrevient aux plus élémentaires lois de la politesse.
Le style d’écriture et l’obsédante redondance d’adjectifs – que j’ai déjà entendus – ne me laissent pas l’ombre d’un doute sur la véritable identité du photographe qui se cache derrière Adel Marouani. Jouer le rôle du méchant de service, du difficile à contenter ou du jamais satisfait est tout à fait louable et nous en manquant dans la minuscule corporation des critiques mais il aurait fallu avancer à visage découvert, car la première règle d’un critique étant la sincérité.
Il m’arrive parfois de désobéir au bon sens. Adel Marouani insinue que la Rentrée symbolique de l’année photographique est une manifestation créée afin d’écarter les photographes confirmés aux profits de nouveaux venus. Effectivement j’ai voulue jouer les papys aidant des photographes à faire leur premiers pas, mais comment cela pourrait empêcher d’autres de conduire des bolides sur des circuits de formule Un ? La Rentrée c’était un peu le Marathon Comar ou de Paris, monsieur tout le monde peut concourir avec des athlètes bien préparés. La plupart du temps ce sont de grands champions qui passent en premier la ligne d’arrivée, mais c’est dans l’anonyme multitude que se cache le challenger. A méditer…
Qui peut être critique ?
La critique commence dès que le regard se pose sur une œuvre, c’est plus fort que soit car c’est humain…Ce premier contact peut produire un rictus de dégoût, un sourire d’appréciation, une moue d’étonnement, un sourcillement d’effroi, une impassibilité indiquant l’indifférence… Avant même d’aller chercher dans notre lexique les mots qui coïncident et formulent le sentiment éprouvé, on est dans une situation de critique. Le degré zéro serait de s’arrêter là, aucun mot ne vient illustrer nos émotions puisque on ne les trouve pas ou on n’a pas cherché à les trouver. Vient juste après, ceux qui trouve le signifiant : « j’aime », « je déteste », « je ne comprends pas », « c’est quoi ça ? ». Cela dit, on ne peut pas demander davantage au public que l’on dit « large ». Dans notre quotidien, nous avons souvent l’occasion d’avoir ce comportement.
Prenons un exemple ! Nous sommes presque tous ignares en musique, pourtant nous en écoutons à longueur de journée. Le plus souvent nous ne savons pas pourquoi nous en aimons ou nous en rejetons quelques unes. Dans ce domaine notre glossaire est réduit à quelques adjectifs, sans plus. Un musicologue pourrait discourir pendant des journées sur l’ouverture d’une symphonie et rédiger un mémoire sur des sujets dont nous ignorions l’existence même…
Comment se faire des ennemis ?
Un galeriste, un commissaire d’exposition, un enseignant, un critique d’art, un membre de la commission d’achat d’œuvres d’art, un collectionneur se doivent de posséder, en plus des sentiments, une batterie d’arguments afin de justifier d’une manière cartésienne cette adhésion. Ils savent pourquoi ils aiment et comment faire convaincre un auditoire de ce choix. Chacun de ces acteurs se singularise par un profil particulier. Le galeriste doit prendre en compte l’état du marché de l’art ainsi que la mission de faire découvrir de nouveaux talents. Un commissaire d’exposition est surtout un organisateur, il choisit un ordre de priorité parmi une liste comprenant : le photographe, l’œuvre à exposer, l’art photographique, le marché de l’art ainsi que la bienséance du lieu et de l’époque qui sied au public ciblé. L’enseignant de photographie fourni à ses étudiants un ensemble d’informations à propos de l’histoire, des manières de voir et des manières de faire, et ce, indépendamment de ces préférences personnelles.
Il me semble qu’un critique est censé réunir un échantillon des qualités de tout les profils précédemment cités ; la sensibilité de l’artiste, la pédagogie de l’enseignant, l’anticipation du galeriste, la responsabilité d’un curateur et l’écho de la vox populi des visiteurs, d’où l’extrême complexité de sa charge. Bon nombre de ceux qui se sont essayé lors de l’opération « Critique-Photo » ont vite compris que devenir critique n’était pas la meilleure manière de se faire des amis.
Pour comprendre la critique photographique je me permets une analogie avec le cinéma. Un critique de cinéma peut se permettre de signaler un son défectueux, un montage trop rapide mais en s’attend à lire son avis sur le filmique (exact pendant du photographique), ce film qu’apporte-t-il de neuf au cinéma ? Évidement ceci est possible quand on affaire à un cinéaste confirmé. Mais s’il s’agit d’un jeune cinéaste ? il est évident que l’on ne va pas vouloir le situer entre Kurosawa et Lynch ! Mais déceler ces prédisposition à devenir le futur Spielberg…tout en ménageant sa sensibilité et en lui accordant un droit à l’erreur inversement proportionnel à la durée de sa pratique. C’est simple non ? Nous n’excusons pas de la même manière les fautes de nos semblables ! Enfant nous pouvons passer nos journées à commettre des bêtises, arrivée à l’âge adulte on nous le pardonne moins, et devenant âgé on nous qualifie de sage car on donne l’impression que l’on se trompe rarement, mais quand cela arrive on n’ose pas le signaler !
Inévitable références
La principale mission du critique est de situer l’œuvre dans une continuité, d’abord celle du photographe lui-même et de sa pratique, logiquement on est en droit de s’attendre à une certaine progression dans sa maitrise non pas du dispositif technique, ceci étant considéré comme acquis, mais de la photographie comme concept. Le concept « photographie », c’est l’idée que l’on se fait de ce moyen d’expression, ses possibilités, ses limites, son pouvoir. En second et dernier lieu, il serait réducteur de ne pas contextualiser le corpus en question dans un continuum général : L’histoire de la photographie. Des paysages, des portraits, des séquences, des scènes de rues, des photos de modes….Cela amènera le critique à évoquer Rudolf Lehnert, Ansel Adams, Fulvio Roiter, Yusuf Karsh, Mustapha Bouchoucha, Jean-loup Sieff, Robert Doisneau, Richard Avedon entre-autre. Même si la pratique photographique à évaluer est vaguement comparable en qualité à ceux des grands photographes cela ne peut être que valorisant ! Aujourd’hui il est extrêmement rare de rencontrer de grandes nouveautés en photographie, une pratique qui n’a pas été explorée auparavant et qui pousse les limites du photographique. Ce sont ces audaces et ces jamais-vu-auparavant, tout en restant dans les limites du concept, qui conquerront de nouveaux territoires, susceptibles d’augmenter davantage la constellation Photographie. Il est aisé de gonfler artificiellement le concept par des rajouts intrus et des greffes qui de toute façon ne prennent pas. Le fabuleux destin de la photographie consiste justement dans ce miraculeux potentiel de création faussement minimaliste : un regard matérialisé sur une surface plane on mettant tout simplement un doigt sur le déclencheur.
L’art d’éviter d’avouer
La photographie possède une particularité qu’il sera intéressant de mettre en valeur. La littérature et l’histoire des manières d’imprimer peuvent être étudiées indépendamment l’une de l’autre. On peut pratiquer la danse classique sans pour autant avoir une idée sur son histoire. Les exemples abondent où la technique n’est qu’une manière de faire, un mode d’emploi, mais en ce qui concerne la photographie il en va autrement. Non seulement bon nombre de perfectionnements du dispositif ont permis la réussite d’œuvres impossibles à imaginer auparavant, mais en plus les industriels ont toujours été à l’écoute des photographes afin de mettre sur le marché des outils capables de satisfaire leurs ambitions.
Ce continu échange entre les manières de voir et les manières de faire suscite bien des controverses et des malentendus. En regardant une photographie le critique est appelé à saisir et à distinguer ce qui est de l’ordre du voir de ce qui est de l’ordre du faire en sachant par avance que cela est presque toujours impossible à démêler, son rôle étant d’être constamment conscient que de toute façon il n y arriverait pas…il rédigera un texte en ce sens.
A suivre…
Hamideddine Bouali
10 octobre 2009
- October 10th, 2009
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