Tagged: adam

breakbeat posted a photo:

Eurocultured - Air Adam

Photos from Eurocultured Festival 2009.

  • Share/Bookmark
La nuit du chasseur

Chronique des chroniques
En participant à un forum à propos de la guerre de Gaza(1) – proposant la petite chronique intitulée « La gestion des conflits expliquée à ma fille » – j’ai été étonné de trouver deux jours plus tard que certains se sont ingéniés à expliquer eux aussi à leurs enfants la guerre. Cependant les éclaircissements donnés ne faisaient que perdurer l’incompréhension, puisqu’ils leurs transmettaient, à chaque fois, leur version des faits ; unilatérale et partisane. Pourtant la photographie qui illustrait la chronique était assez explicite !!! C’est selon les explications que les parents donnaient à leurs enfants qui prédisposeraient ces minuscules doigts à appuyer plus tard sur la gâchette d’une arme à feu ou à jouer du piano ! Il se peut qu’encore une fois je me bats contre des moulins à vent…

Je ne suis pas fait pour parler de politique ou d’actualité, essayons le cinéma !
Il existe des œuvres qui transforment ceux qui les touchent et nous ambitionnons tous d’en réaliser. Dans mon cas la lecture de L’étranger d’Albert Camus et Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, l’écoute de La Chevauchée de la Valkyrie de Richard Wagner, Les lumières de la ville de Charlie Chaplin, Apocalypse now de Coppola, West side story de Robert Wise, l’exposition de photographie “Ansel Adams: Photographs of the American West” (2)…ont grandement contribué à produire ce que je suis aujourd’hui.

Tous le monde m’en a parlé
Le pays de la photo et celui du cinéma ont une frontière commune. Le cinématographe est une conséquence des recherches de l’américain Muybridge et du français Marey dans la chronophotographie. La dynastie des Lumière – le père Antoine et les fils Louis et Auguste – a inventé le cinéma en 1889 et le premier procédé viable de la photographie en couleur – l’Autochrome – en 1909. Le premier Leica (diminutif de LEItz CAmera) fut bâti par Oscar Barnack en 1914 autour du film 35 mm utilisé alors au cinéma et auquel on adjoignit le 1 pour le différencier, le format 135 (24 X 36mm) était né.
Leur manière de voir aussi a quelque chose de commun. Wim Wenders cinéaste expose souvent des photographies. Paul Strand apprend le cinéma avec Cartier Bresson qui fut, entre autre, adjoint de Renoir sur le film La Règle du jeu et réalisateur du Retour sur la libération des camps de concentration. Raymond Depardon, Robert Franck, Gordon Parks…sont d’autres exemples emblématiques de ce voisinage du cinéma et de la photographie.
Les photographes sont souvent des cinéphiles avertis et leur filmographie préférée n’est pas sans influence sur leur pratique. En outre, les images mentales que tout photographe rêve de réaliser ne sont-elles pas puisées dans les films qu’il regarde ?
Depuis longtemps, on me parlait du film de Charles Laughton La Nuit du chasseur comme étant le chef d’œuvre absolu du cinéma. Inclassable, étrange, envoûtant, sans pareil, sont les qualificatifs les plus souvent entendus. Je me suis procuré le film et je l’ai laissé de coté. Dans ce genre de situation la précipitation risque de ne pas rendre service.
Hier, j’ai décidé de le visionner. Il sera difficile de vous livrer mes impressions à propos de ce film sans raconter son histoire. Allez ! On va jouer un jeu…je ferai l’animateur de Ciné-club. Ceux qui n’ont pas vu La Nuit du chasseur auparavant et qui le verront grâce à ce texte m’informeront par retour de courriel. Les autres, ceux qui l’ont vu, et qui trouveront ma lecture conforme à leurs appréciations, ou pas, auront l’amabilité de me le faire – aussi – savoir…une carrière de critique cinéma me tente énormément.

Un film très noir…et blanc
Qu’est ce qu’un film noir ? La meilleure définition pourrait être cette réplique tirée du film Assurance sur la mort : « Oui, je l’ai tué pour le fric et pour la femme. Je n’ai pas eu le fric et je n’ai pas eu le femme. C’est réussi, non ? ».
Réalisé en 1955 par Charles Laughton, La Nuit du chasseur, tient l’affiche en même temps que Sourires d’une nuit d’été d’Ingmar Bergman. Cette année-là fut la dernière de James Dean et celle où Marilyn Monroe devient un sex-symbol. En effet, l’affiche de Sept Ans de réflexion (j’en parlerai la prochaine fois) sur laquelle on voyait sa jupe se soulever au-dessus d’une bouche d’aération fut retirée par les ligues de vertu de New-York et provoqua – le soir même du tournage de la scène – son divorce avec Joe Di Maggio.
Cette année était ainsi mise sous le sceau du cinéma, d’autant plus que Marly de Delbert Mann remporta à la fois la Palme d’or de Cannes et quatre Oscar à Hollywood dont celui du meilleur film. Cette unanimité dans le septième art cache une fissure dans le monde, la guerre froide gèle la diplomatie et le mot dissuasion fit une entrée fracassante dans le langage courant.
A mi-parcours, on se rend compte que Victor Hugo s’est trompé en prédisant que le XXe siècle sera heureux ; deux guerres mondiales meurtrières, une crise économique sans précédent, des pandémies ravageuses accablèrent l’humanité. Mais heureusement le cinéma est là. Charlie Chaplin tourne en dérision les dictateurs. Stanley Kubrick s’insurge contre les guerres et réalise Les Sentiers de la gloire. Le vieil homme et la mer de John Sturges adapté d’une nouvelle d’Ernest Hemingway est un sublime hymne à la nature…humaine. Bref on se réfugie dans les salles obscures pour vivre dangereusement sans risquer sa vie, le film La Rose pourpre du Caire est l’hommage rendu par le cinéaste Woody Allen à cette industrie du rêve…

Robert Mitchum dans une célèbre scène de la nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)

Puis vint La nuit

Dès les premières images de La Nuit du chasseur on est surpris par la peinture particulièrement dramatique des images. On aurait dit des photographies d’Ansel Adams. La palette graphique est d’une splendeur envoûtante. D’ailleurs, Stanley Cortez, le directeur de la photographe signa quelques années plus tôt le chef d’œuvre d’Orson Wells La Splendeur des Anderson. Même les prises de vues extérieures en plein jour sont obscures. Les ombres, personnages à part entière, sont aussi présentes, si ce n’est plus, que les individus et les objets dont elles émanent. Une image travaillée comme un tirage d’exposition et ce n’est que le moindre de ses mérites. Le chef opérateur a trouvé la manière de cadrer à la manière d’un 24 X 36, puisque souvent la composition tout en hauteur semble être le résultat d’un basculement d’un boitier d’appareil photo. En photographie beaucoup plus qu’au cinéma on conçoit l’image d’une telle manière que le spectateur suit un parcours visuel. Dans La Nuit du chasseur, à chaque plan le spectateur est entrainé à regarder l’intégralité de la surface de l’écran, parce que ça et là on lui a posé des objets, des animaux, des détails qui attirent son attention et le plonge dans un rébus à déchiffrer. Le film parait ainsi plus long qu’il n’est en réalité à cause justement de cet intense travail oculaire fourni.
Aucun plan n’est conçu en trop, tout est là pour contraindre le spectateur à n’y voir – en fin de compte – qu’une seule idée.
Les acteurs ne jouent pas dans ce film, ils semblent vraiment ignorer l’issue de l’histoire, tout comme nous autres spectateurs, acculés à attendre la fin. Cette sincérité dans le jeu des acteurs est renforcée par quelques fausses hésitations, des moments de flottements et un semblant d’incohérence.

Le fait que l’enfant se révèle plus mûr que l’adulte dans certaines scènes brise le rythme du film et pose la juste interrogation : celle de savoir qui des deux est le plus sage. Ceci pourrait avoir été provoqué par Robert Mitchum qui dirigea les jeunes acteurs dans leurs scènes – parce que Charles Laughton n’avait pas particulièrement d’affection pour les enfants – mais fut ouvertement méprisant avec Shelley Winters celle qui joua leur mère.

Comme tout film culte, celui-là nécessite une nouvelle séance car la densité des détails, le nombre impressionnant d’allusions et la tension dramatique de la trame font qu’un seul visionnage est insuffisant. Sortant des classifications que l’on a coutume de reconnaitre, ce film semble être fait pour les photographes. C’est une magistrale leçon de cadrage et de composition autour des thèmes classiques : paysages, nature morte, portraits, scènes du quotidien…Ainsi qu’une singulière utilisation des angles de prise de vues…Suivie d’une incroyable démonstration ; les ombres pouvant avoir une vie propre sans la présence de la clarté !!! Et pour finir un discours sur le temps…à la fin du film un tic tac semble résonner dans les oreilles, pourtant il n’y est pas dans la bande sonore ! C’est peut-être le cœur qui bat !
Charles Laughton, en réalisant La Nuit du chasseur, avoue être un hors-la-loi …des genres cinématographiques. Dommage qu’il n’ait pas récidivé.

Je reverrai La Nuit du chasseur dans quelques temps afin de savoir comment je le percevrais !!! Seules les œuvres de cette puissance ont cette faculté unique de vous accompagner à travers votre vie. Comme une caméra qui vous suit en travelling, parfois vous sentez le besoin de tourner la tête pour fixer l’objectif.


(1) Gaza !!! Vous vous rappelez ? c’était seulement il y a deux mois, pourtant cela semble si loin…Quel déchainement – à l’époque – de passions, de discours et de commentaires. Le 16 janvier 2009, je disais sur ce même blog : « Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux décennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!! ». N’ai-je pas raison ?

(2) L’exposition “Ansel Adams: Photographs of the American West” organisée par “The Friends of Photography for the USICA” a été accueillie en 1983 en Inde, au Moyen Orient et en Afrique. L’exposition à Tunis eu lieu au Centre d’Art Vivant du Belvédère.
Hamideddine Bouali
13 mars 2009

  • Share/Bookmark
« En route vers les jardins du paradis »

J’écris cette chronique le 1er janvier 2009 et l’horloge de mon PC indique 3h’45 du matin. La fête est finie, la trêve aussi, la vie reprend ses droits avec ses larmes et ses rires. On oublie souvent qu’il n y a pas de bonheur sans tristesse…sinon comment le savoir qu’on est heureux !!! (Cette citation est de moi). Mais il est fort possible qu’il est une quiétude sans animosité et celui qui a dit : “Si vis pacem, para bellum”, (si tu veux la paix, prépare la guerre) est sûrement soudoyé par des marchands d’armes !!! 
Certains m’ont voulu d’avoir écrit la dernière chronique. Mais que croyaient-ils ? Que je ne voulais pas protester. L’unique manière efficace de le faire est, à mon avis, de travailler davantage, sauf bien évidemment pour les ouvriers des usines d’armement qui, eux, devraient non pas faire grève mais chercher un autre boulot. 
Oui je proteste…La preuve ! Je suis à ma troisième chronique en l’espace d’une semaine alors que la moyenne était d’une publication par quinzaine. Faites-en de même et vous verrez que votre rage, votre douleur et votre envie de crier seront canalisées et surtout utiles. J’ai écrit d’un seul trait ma chronique à propos de Gaza, dans un accès de colère en ne faisant pas attention au style…en me lisant tout de suite après j’ai éclaté en sanglots.
Ce jour-là, le record des connectés par jour fut atteint (83).Plusieurs d’entres-vous m’ont appelé pour me dire comment et combien ils ont été touchés à leur tour par ce texte et par la remise en liberté, même si cela n’est que symbolique de la Palestine, par le biais de ma photographie que j’ai déposée dans le domaine public. Il aurait fallu attendre 25 ans après ma mort pour qu’elle le soit. Beaucoup l’ont téléchargée pour la mettre en fond d’écran de leur ordinateur d’autres l’ont compressée pour l’envoyer par sms à leurs amis…merci de contribuer à l’émancipation de cette photographie. Un ami, fou d’oiseaux dont le pseudo est Chardono-Tunis, et qui tient un forum, indique dans son forum où la photo en question – intitulée Palestine ! – pourrait être vue et téléchargée. Je lui rends la pareille. Si vous voulez tout connaitre à propos du chardonneret – qui pourrait être ce petit oiseau qui sort de l’objectif seulement en présence d’enfants remuants – allez sur le site : http://chant-chardonneret.activebb.net.

Jacques Pochart, fidèle lecteur de Belgique, réagit à la chronique intitulée : « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » par ces mots : « Vous êtes un vrai magicien…….je suis abonné au web depuis des années, la photo me passionne…et ce n’est qu’aujourd’hui et grâce au magicien Bouali que je suis allé visiter la toile pour y faire plus ample connaissance avec Giacomelli, merci mille fois pour cette invitation muette. Quelle découverte, quel homme, quelle simplicité, quelle poésie, quel amour du prochain et de l’humanité…Merci aussi pour votre chronique familiale qui chaque fois nous oblige à plonger dans nos propres souvenirs et à faire le tour de notre propre famille et des relations et des souvenirs…». 
Je continu à vous faire partager les photographies qui ont influencé ma pratique…mon seul mérite est de ne pas les avoir oublié.

Eugene Smith (1918-1978)
Photographe de guerre ayant porté la profession à un niveau de conscience et d’éthique sans précédent, Eugene Smith pratiquait la photographie beaucoup plus qu’une mission, un véritable sacerdoce. Son père qui s’est suicidé après avoir fait faillite fut scandaleusement évoqué dans la presse, Eugene se fit la promesse qu’il fera du métier de photographe une profession propre. Sévèrement blessé à Okinawa le 22 mai 1945 par un tir de mortier qui lui déchira la joue et la bouche, il gardera des séquelles à la main gauche. Encore convalescent, Eugene Smith s’empare de son appareil photo et s’en va dans le jardin de l’hôpital – là où il se fait soigner – pour réaliser cette simple et magnifique image. Sa démobilisation fut salutaire. Il abandonna la photographie de guerre pour se consacrer à la photographie humanitaire. Une photographie militante, mise au profit des laissés pour comptes, des victimes et des missionnaires, avec comme forme l’essai photographique; un genre qu’il a inventé. La vie d’un médecin de compagne, le quotidien d’une sage femme, la mission du Dr Schweitzer en Afrique sont avec Minimita (que nous évoqueront bientôt) ses plus célèbres témoignages. 
«A Walk to Paradise Garden» (En route vers les jardins du paradis). PHOTO Eugene Smith 1946
Il est difficile de ne pas sentir l’effet tunnel de lumière auquel font allusion tous ceux qui ont failli passer de vie à trépas en revenant avant le point de non-retour en regardant « A Walk to Paradise Garden » (En route vers les jardins du paradis). Il parait que l’on se sent attiré par une lumière aveuglante et une sensation de plénitude – jamais ressentie auparavant- vous envahit. Ce couloir, dernier chemin de vie et d’où on commencerait à entrevoir l’au-delà n’est qu’une hallucination due au profond état d’inconscience atteint. Il me semble qu’au moment où la vie finit, on ne se sentirait pas dans un corridor mais dans un toboggan…et il n’est plus, bien évidemment, question de revenir en arrière, la volonté étant défaillante. 

Cette photo pourrait être aussi considérée comme une allégorie du début de la vie. N’avons-nous pas là une incarnation d’Adam et Ève se baladant dans le jardin d’éden ? Ou découvrant pour la première fois la féerie de l’ici-bas ? Quand on sait que ces deux enfants sont les siens, on comprend mieux l’état d’âme du photographe. N’est ce pas à travers notre progéniture que l’on réussit à vaincre notre phobie de la mort ? C’est la seule explication possible, bien que déraisonnable, qu’en temps de guerre ou lors des grands fléaux l’on enregistre le taux de natalité le plus élevé.  
Il est fort probable qu’Eugene Smith a mis totalement en scène cette photographie, cela n’empêche qu’il nous offre une illustration définitive de la vie ; son incomparable beauté et son inestimable valeur. La trouée, semblable à un arc du triomphe, d’où passent les deux enfants, leur taille relative – le garçon un peu plus grand que la fillette- ainsi que leur démarche déterminée donnent une impression de majesté mais aussi de stabilité. 
Avec deux enfants, un jardin et un immense et profond amour de la vie, Eugene Smith a tout résumé. 

Cette photo connote que chaque instant pourrait être le dernier vécu…mais aussi que ce monde où nous vivons est fabuleux, malgré tout. Il y a encore tant de gens à connaître, de choses à voir et de moments à vivre comme si nous étions des nouveau-nés. A Walk to Paradise Garden » n’est-ce pas où nous étions avant d’être là et là où nous espérons (pour ceux qui croient) y aller quand tout sera fini ? 
Voyager I, la sonde envoyée il y a une trentaine d’année à la rencontre d’éventuelles civilisations extraterrestres, emporta le meilleur de l’humanité ; des symphonies, des textes littéraires, des photos de paysages terrestres, des portraits, des sons gravés sur un cd-rom, 110 images et 1h30 d’enregistrements analogiques. “A Walk to Paradise Garden” aurait pu très bien illustrer la pochette : car cette photographie est à la fois une admirable invitation à visiter la terre mais aussi une preuve du génie de ses habitants.

Ce texte est dédié aux enfants de Gaza qui nous ont quitté trop vite…privés de connaitre – davantage – cette terre qui ne manque pas d’attraits.


Hamideddine Bouali
6 janvier 2009
  • Share/Bookmark
« Il n y a pas de mains pour me caresser le visage »

< ?xml:namespace prefix = o />

Réminiscence
Il m’arrive de demander aux gens que je connais quel est le plus lointain souvenir qu’ils ont ? Certains répondent : « j’ai plus intéressant à faire que de me torturer les méninges », d’autres : « tu n’a rien à faire d’autre que de jouer à l’Ardisson, dans Tout le monde en parle ? ». Ceux qui jouent le jeu, se souviennent d’une chute dans un escalier, d’un jouet fabuleux reçu ou d’un merveilleux lieu visité…pour ma part, il s’agirait d’une situation.
Cela se passait chez un glacier à la plage de « l’Aéroport » situé à mi-chemin entre La Goulette et Le Kram, dénommé ainsi puisqu’elle servit naguère à l’amerrissage et à l’accostage d’hydravions. Nous étions tous attablés attendant le serveur ; papa était à l’a
utre bout de la table, maman à sa gauche, puis mes quatre frères et ma sœur ordonnés d’une façon tout à fait fortuite…du plus grand jusqu’à moi.
Ma petite taille me consentait des libertés et des privilèges. Mes pieds pendaient sans toucher le sable ce qui me permit de les balancer. Le flanc de la table venait tout juste au niveau de mes yeux et paraissait évidement bien épais. Je me rappelle encore de ce malicieux point de vue ; j’arrivais à voir aussi bien ce qui se passait en haut de cet horizon artificiel que de ce qui s’y déroulait en bas. Des bustes plus ou moins grands mais aussi
des pieds sanglés de sandales ou de souliers d’été. Mon père, avec sa voix pleine de prestance et d’autorité, interpella le serveur qui nous rejoignit tout de suite. Étant installé chez un glacier il était évidement question de commander des glaces, il ne restait qu’à savoir quel parfum choisir par chacun des membres de la famille. Tour de table : Chocolat, pistache, chocolat…gazouza (boisson gazeuse en arabe dialectal) !!! Contre toute attente, Faouzi, un de mes frères n’a pas trouvé mieux, pour faire sûrement l’intéressant, que de vouloir consommer autre chose que ce qui était naturel de demander. Mon père décontenancé par cette exception, qui lui imposera d’aller au café situé une centaine de mètres plus loin, s’opposa à cette demande : « non cela sera de la glace comme tout le monde ! ». Mon frère – têtu comme tous les rebelles – insista au point que ce qui était prévu comme étant un succulent moment de dégustation en famille devint une scène d’entêtement caractérisée de part et d’autre. Nous nous échangeâmes des regards complices, avec au fond des yeux la sempiternelle interrogation : « cet épisode va-t-il mettre fin a cette sortie estivale tant attendue et devoir retourner à la maison ? ». Pour cette sortie il a fallut parcourir la distance séparant notre maison au Bardo à la banlieue nord.

Évidemment, je demeurais en attente de répondre à mon tour mais voilà Faouzi arrêta net le protocole. Papa hausa le ton, bien que nous ayons tous senti qu’il ne fallait même pas bouger pour ne pas crisper davantage une ambiance déjà tendue, et la messe fut dite. Au bout du compte mon père s’adressa au serveur pour lui réciter les parfums choisis en en assignant un d’office au fils égaré. Je ne me rappelle pas ce qui s’est passé entre la commande et le retour du serveur, peut-être rien qui ne vaille la peine d’être retenu.

La dernière image qui m’est restée est celle d’un cornet de glace ainsi que son contenu jeté par terre. Je suis presque sûr que je fus le seul témoin de cette vision d’horreur : Faouzi tenant son cornet de glace sous la table puis ouvrant sa main pour le laisser volontairement choir par terre. Pour moi, un vrai sacrilège fut commis. Les autres léchaient avec délice leur cornet, puisque en plus du plaisir du palais, il y avait la sensation qu’ils ont failli en être privés.
Selon mon père cet épisode date de l’été 1964…j’avais donc trois ans et demi. À la même époque Mario Giacomelli, un photographe italien qui n’a pas encore atteint la reconnaissance mondiale, séjourne dans un séminaire à Senigallia.

Mario Giacomelli (1925-2000)
Après avoir été dans sa jeunesse typographe, Giacomelli est devenu photographe comme si cela était dans la nature des choses. Les caractères, l’encre, le papier, la trame, cela préfigurait logiquement sa (ou la) photographie en noir et blanc. Les œuvres de Giacomelli se singularisent par une dualité aussi bien dans le visuel que dans le sensuel (dérivé du mot sens). Regardez cette photographie tirée de la série « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » où le noir et blanc est mis à profit d’une manière sublime.
Le photographe s’est contenté de prendre position et d’attendre que des curés passent devant son objectif.

Photo tirée de la série “Il n y a pas de mains pour me caresser le visage”.

PHOTO Mario Giacomelli

Et voilà le travail…semble-t-il nous dire.
N’avez-vous pas l’impression (sans jeu de mot !) que ces séminaristes sont des lettres fraichement trempées dans l’encre et vus à l’aide d’un compte-fils ? Ce séminariste à droite de l’image n’est ce pas un I en train de courir dans le sens contraire de la lecture et son bonnet le point juché en son sommet ? Comme si Giacomelli, désespérant de voir ses petits caractères d’alliage de plomb, d’étain ou d’antimoine (sic), qu’il a longtemps manipulés, prendre vie dans la cornière qui lui servait de composteur, s’en alla chercher d’autres au séminaire de Senigallia, sa ville natale qu’il n’a jamais voulu quitter ou troquer contre un autre sujet. Vus à bout portant, les signes d’imprimerie possèdent chacun son propre caractère ! Regardez ce B, et ce B, strict ou fantaisiste, droit ou italique… La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?
La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ? La lecture d’un texte ne semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?

Que voit-on dans cette image ? D’abord un flou de bougé magistralement dosé. Un peu moins de temps de pose et l’effet recherché n y est plus car tout serait figé, davantage et le flou générerait une image incompréhensible. Là, c’est juste ce qu’il fallait. Notre vision s’arrête sur cette frange grise séparant les masses sombres des surfaces claires. Ce fin liséré, trace de mouvements, empreinte d’une délicate vibration, à la fois bavure d’encre et macule de lumière est une superbe concentration de signification. Giacomelli a magiquement défini le rôle d’un photographe : la maitrise technique au service d’une idée, d’une sensation ou d’un état d’âme. Pour ce Raymond Queneau de la photographie, quel mot ces séminaristes ont voulu composer ? ICI, DIEU, VIE, AÏE ?
La légèreté de ces séminaristes jouant à la manière d’écoliers au sortir de la salle de classe contraste avec l’idée que nous nous faisons d’eux : ils sont sensés être graves, méditant à longueur de journée dans un solennel et pesant silence. Mais Giacomelli ne veut pas se contenter de raconter le monde, il voudrait le changer. Mettant au service de son âme de poète ses yeux de photographe. Il donnera une image particulière de la vieillesse, de l’amour et de la vie tout court. Ce désir de vouloir perturber le cours des choses le fera renvoyer de ce séminaire pour avoir donné des cigarettes à ces étudiants en théologie. « Le temps est sans cesse en mouvement dans mon appareil, dans les champs, dans la rue. Le temps m’effraie. C’est le sujet de mes photos » déclara-t-il à Frank Horvat un autre photographe dans une des rares interviews qu’il a accordée. C’est en lisant aujourd’hui cette entrevue réalisée en février 1987 que j’ai compris pourquoi
l’œuvre de Giacomelli trouvait grâce à mes yeux.
Excusez mon narcissisme car encore une fois je me trouve obligé de me citer.

Sacré temps
Dans « Critique à bon escient » publié le 14 novembre 2007 dans ce même blog, je disais : « …il y a une constante qui perdure – depuis l’avènement de la photographie et jusqu’à nos jours – dont la longévité pourrait être interprétée comme synonyme d’un caractère fort de la photographie : c’est le temps. Le temps qui passe, qui est figé, gelé ou dont on décèle les traces de passage, en est un attribut indiscutable. Barthes a évidement raison de voir dans chaque photo l’écho ou le reflet de la mort. Chaque tic-tac, tout comme chaque déclenchement, n’est il pas un compte à rebours de ce qui reste à vivre. Il est donc couramment admis, à juste titre d’ailleurs, qu’une photographie devrait porter l’idée du temps. Temps de la photographie; sa date de réalisation, mais aussi sa durée ; c’est-à-dire la quantité de secondes qu’il a fallu pour que la lumière impressionne la surface sensible, le temps qui nous en sépare et puis pourquoi pas, l’âge du photographe ! Donnée essentielle, non !

Qu’est ce que le temps ? Voilà une question qui prendra du temps pour trouver les réponses qui conviennent. La photographie nous offre un outil sur mesure pour y parvenir. L’état ultime que nous cherchons en tenant un appareil photo c’est de produire une photographie qui sublime l’idée du temps, évidemment sous n’importe quelle forme – puisque c’est le rôle de l’artiste d’en chercher les variantes – et à n’importe quel prix. Le photographique en est une volonté d’y parvenir. Si nous nous referons à ce que disait le philosophe Alain : « La méditation sur le temps est la véritable épreuve du philosophe » pouvons-nous avancer l’idée que les photographes – uniquement ceux pour qui le sujet de leur photo est le temps – sont les philosophes des temps modernes. Revoyons les instantanés de Henri Cartier Bresson, les situations de Doisneau, les durées de Ansel Adams, les séquences de Duane Michals…ce sont des photographies majeures parce qu’elles sont une image du temps, celui que vous pouvez percevoir mais pas voir. Tout comme la mort que l’on a toujours vainement voulu portraiturer… pour n’obtenir que l’image d’un cadavre qui n’en est qu’une de ses conséquences. Le sujet que vous voyez n’est qu’une aiguille de l’horloge ou son tic-tac; une matérialisation conventionnelle de l’imperceptible et imperturbable marche du temps, comptabilisant les secondes avant la venue de la grande faucheuse.
Une réflexion sur le temps est fatalement une méditation sur la mort. Mais heureusement on n’en n’est pas là, puisque moi je suis en train d’écrire ces lignes et vous de bien vouloir les lire ».

Imminence
Quel lien peut-il y avoir entre mon premier souvenir d’enfance et la série de photographies de Giacomelli à part qu’elles furent contemporaine ?
Je ne réussi à revoir ce premier souvenir qu’au ralenti, et à l’instant où j’ai vu le cornet par terre, conséquence inéluctable du geste de Faouzi, la machine à enregistrer s’est arrêté. Un équilibre, déjà précaire, fut rompu laissant la place à un gouffre d’incertitude. Je ne saurais dire ce qui s’est passé après.
N’est ce pas aussi le cas de ces séminaristes figés pour toujours alors qu’ils étaient dans une phase d’élan ?
Dans un cas comme dans l’autre, le présent est entrain de ronger le futur selon la formule d’Henri Bergson. Le mental d’un enfant ou les yeux d’un photographe, comme des taxidermistes expéditifs, ont empaillé le temps alors qu’il était encore en vie !!!
Le quotidien d’un auspice de personnes âgées (autre fameux sujet de Giacomelli), les derniers jours d’une année, le moment de réemballer les œuvres (non vendues) d’une exposition, la fin d’une partie (titre de la dernière expo de l’année à El Teatro), l’après-midi d’un dimanche, l’heure d’aller se coucher, l’ultime page d’un roman (d’ailleurs presque toujours à demi remplie), un être cher sur le point de vous quitter, la rédaction de la dernière phrase d’une chronique sont des moments d’une rare intensité. L’imminence c’est cela. Personne ne pourra prédire sa manière de les vivre. Entre l’hystérie probablement salutaire et la paralysie masquant un abyssal désarroi il n y a malheureusement pas de juste milieu.
Encore une fois ce sacré temps, que rien n’arrête ni les mots ni les photos, pourtant j’ai envie de crier une fausse évidence : « de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie».
Peut-être qu’avec une autre police de caractère cela fera beaucoup moins pesant et grave à lire :
« de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie ».

Hamideddine Bouali
28 décembre 2008

  • Share/Bookmark
Le photographe de moins de cinquante ans existe-il ?


Cents commentaires !!!
Celui qui se connecte à ce blog pourrait comprendre que les lecteurs se contentent de lire les chroniques sans broncher ! Il n’en est rien. Le système d’envoi de commentaires de Blogger ; le prestataire de service qui héberge ce blog, étant inefficace, certains lecteurs m’envoient leur commentaire directement à ma boite E-mail, d’autres me téléphonent ou attendent l’occasion de me rencontrer pour m’en parler. Une vingtaine de réactions en tout. La (fausse) chronique précédente fut le moins que l’en puisse dire appréciée.

Recherche appareil photo désespérément
Depuis une dizaine d’années j’ai abandonné le suivi de l’évolution des appareils photos. Je n’avais qu’une vague idée, je ne connaissais plus rien aux petites options mais demeurais au courant des grandes innovations. Aujourd’hui je me suis remis à jour. L’occasion – celle de chercher l’appareil qui convient – ne crée-elle pas le larron ?
Sur le créneau des réflexes numériques la concurrence fait rage entre les grandes marques : Nikon, Canon, Pentax, Sony et quelques autres se démènent comme des fous pour offrir au public des appareils perfectionnés. Mais justement que cherche le client Lambda ? Les services marketing de ces grosses firmes disposent de plusieurs archétypes – profil ou portrait robot – tel la célèbre Ménagère de moins de cinquante ans ? C’est elle qui commande l’état du marché, elle regarde la pub, gère le budget de la famille et décide des achats à faire, il était naturel de faire d’elle le public ciblé en priorité.
Dans le monde de la photo, il n’y a pas un seul client possible. Les laboratoires d’études créant un boitier pour une frange donnée d’utilisateurs : l’amateur occasionnel, l’amateur averti, le professionnel et l’expert. Il est logique de penser que ces types d’utilisateurs réservent un budget proportionnel à leur savoir-faire ou du moins à leur potentialité. Il n’est pas aussi erroné de penser que certains clients achètent des appareils dont les possibilités sont au-delà de ce qu’ils peuvent en tirer.
Après avoir jeté un coup d’œil sur l’état actuel du matériel, je me suis interrogé sur le futur des appareils photos. A quelles autres avancées allons-nous être témoins ? Anticipons !!!

Le Mammouth est plus gros appareil photographique jamais construit jusqu’à aujourd’hui.
Il mesurait quatre mètres de long avec un poids de 700 kg.
Il fallait jusqu’à quinze hommes pour le manœuvrer.
Sa plaque de verre atteignait 650 kg, pour 3 m² de surface.
Construit à Chicago pour une société ferroviaire, il reçut le “Grand Prix Mondial” en 1900
lors de l’Exposition universelle de Paris.



Identification digitale
Le déclencheur d’un appareil photo pourrait être un identificateur d’empreintes digitales de l’opérateur, celui-ci en prenant une photo aura automatiquement sa signature digitale sur le fichier numérique. Avec un même appareil plusieurs opérateurs auront chacun sa signature, idéale pour des appareils à plusieurs utilisateurs (famille, agence, club, école de photo…). Safi, mon frère jumeau (celui qui a publié son premier roman, voir fausse chronique XXIX, cela lui fera une autre pub !!! ) pense qu’il sera plus judicieux de réaliser cette signature numérique par l’intermédiaire du viseur qui reconnaitra la forme unique de l’iris de l’opérateur. Effectivement le dessin de l’iris est plus singulier que les empreintes digitales…Cependant on prend aujourd’hui plus souvent des photos en visant et cadrant avec l’écran à cristaux liquide qu’à travers le viseur, au point que certain construction l’ont éliminé de leur produit. Certains ont raison de se plaindre de son absence car il permet une visée précise et confortable dans toutes les conditions. L’écran devient inutilisable dès que la lumière ambiante est plus intense que celle qu’il émet.


Transfert
La transmission des fichiers par satellite depuis le boitier vers n’importe quelle adresse IP sans passer par une carte mémoire sera d’une grande utilité au photographe qui gagnera en mobilité et indépendance. Le grand avantage serait évidemment le faite de ne pas devoir être à la merci de la taille de la carte mémoire. On connait la limite des moyens de stockage. Il y a une douzaine d’années j’avais un ordinateur qui disposait d’un disque dur d’une capacité de 40 Mo ! Avec un Windows (le 3.1), un office (version 5) et un jeu de simulation aérienne Flight Simulator (le 5).
Aujourd’hui ces mêmes logicielles font plus de 30 Go !!! Alors les cartes de 8 Go dites – aujourd’hui – à grande capacité ne le seront plus dans quelques mois, car les capteurs continueront à évoluer et les fichiers obtenus à grossir. La loi de Moore va d’ailleurs vite devenir caduque. La solution serait donc d’envoyer ces gargantuesques fichiers directement vers des banques de stockage plus étendues.

Échelle de sensibilité
Il s’agit ici non pas de la sensibilité du film ou du capteur mais de l’opérateur lui-même : cela pourrait s’appeler aussi échelle d’émotion ; terme qui englobe peur, joie, dégoût, horreur, bonheur… cette échelle graduée aussi bien en positif qu’en négatif servira à conserver une trace de l’état d’esprit du photographe au moment de la prise de vue. Vous vous êtes surement interrogé sur la manière d’obtenir cette mesure !!! Vous ne trouvez pas que j’ai trouvé l’idée (il parait que c’est le plus difficile à faire) c’est aux techniciens de Nikon ou de Canon de prendre la suite ? Je ne prendrai qu’un dollar par appareil construit de royalties sur les ventes !!!

Capteur Multigrade
Avec ce dispositif les capteurs n’auront pas une sensibilité constante, mais variable. Pour un paysage par exemple : les capteurs situés en haut seront moins sensibles puisque situés en face d’une plage lumineuse : le ciel. Alors que ceux situés en bas devront être davantage plus sensibles puisque devant une plage sombre. Cette innovation permettra une restitution plus fine des détails dans les ombres profondes en même temps qu’une fidélité pour les zones claires. En somme une Zone system numérique…si Ansel Adams était là il aurait sûrement approuvé (en m’envoyant un mail de félicitation !!!).

َAprès le GPS le gyroscope
Aujourd’hui plusieurs boîtiers sont équipés de la géolocalisation. Avec cette option, l’opérateur aura automatiquement avec chaque photo,
données EXIF, les coordonnées géométriques, le lieu sera nommé au cas où le GPS serait muni d’une carte géographique précise. Il sera aussi intéressant d’ajouter la hauteur, l’inclinaison, la direction, la date et l’heure de la prise de vue. Ces données seront codées dans un métafichier insécable et indestructible puisque la moindre intervention le détruira inéluctablement. Ce fichier garantira à l’operateur – en plus de la signature digitale – son incontestable paternité.

Données EXIF
Propriétaire de l’image : Hamideddine Bouali
Lieux : 36°’47’ 46 82” N 10° 10 40 39′’ E : correspondant à La Place Barcelone-Tunis
Hauteur : 2, 564 m
Direction de l’axe de l’objectif /nord : 156°
Inclinaison de l’axe de l’objectif/horizon: +5° (objectif dirigé légèrement vers le haut : contre-plongée)
Date : 22 décembre 2008
Heure (GMT): 14h32’56’’
Capteur : 10 Mo
Fichier : 3876 Mo
Image : Raw et JPG (ratio 2/12)
Objectif : (zoom 55-200) focalisé à 76 mm
Ouverture : (5,6 – 32) ouvert à f/7,4
Temps de pose : (2 à 1/8000) réglé à 1/689 s
Appareil : Canon – EOS 450D (Ref :4357729900827663-2006)
Objectif : Tamron (zoom 55-200) (Réf :1244553627721-2007)
Émotivité (échelle allant de -5 à +5) : +4


Concours Lépine ou l’AISA Awards ?
Certains lecteurs vont surement trouver ces idées farfelues voir loufoques (regardez dans le dico ce n’est pas la même chose). c’est le tribut des visionnaires !!!
En 1890 Hurter et Driffield établissent une règle de détermination des temps de pose, elle ressemble à celle accompagnant les films argentique. Soleil brillant ciel bleu f/16 à 1/125 s…Malgré cette aide à la prise de vue, le Colonel Noverre, un amateur de photographie harcela la revue l’Amateur de Photographie de lettres exigeant l’abolition de tout calculs…L’artiste photographe n’avait que faire de la technique.
Trouvant cela une attaque délibéré contre ses recherches sur la sensitométrie, Hurter répliquant le 25 mars 1892 : « Si le colonel Noverre espère se servir d’un instrument à aiguilles pour lire infailliblement, comme sur une montre, le temps de pose exact ; s’il désire un mécanisme automatique enlevant et remettant automatique son bouchon d’objectif au bon moment, il faudrait qu’il attende longtemps »….longtemps ce la voulait dire pour ce cas moins d’une quarantaine d’années, car en 1931 les photographes pouvaient utiliser l’Electrophot, le premier posemètre. Ce longtemps fut un peu plus long pour avoir un « bouchon automatique ». En 1963 le Polaroid Automatique 100 disposa d’une cellule électrique qui fermait l’obturateur proportionnellement à la quantité de lumière réfléchie par le sujet.
Si on prend en considération le faite que la période séparant les découvertes de laboratoire de leur mise à la disposition au grand public ne cesse de s’amenuiser, on pourrait parier que si ces idées sont dignes d’intérêt le terme longtemps se calculera non pas en décades mais en mois.

Le photographe de moins de cinquante cela pourrait être moi !
L’essentiel dans un appareil photo demeure pour moi une facilité d’utilisation. Donnée toute relative d’ailleurs, chacun possède une certaine latitude d’apprentissage qui lui est spécifique. Certains conducteurs n’ont jamais évolué dans la maitrise de leur voiture, alors que d’autres à mesure qu’ils conduisent affines leur pilotage, négocient mieux les virages et estiment l’oreille le régime de leur moteur. Un appareil photo c’est un peu cela. Tous ceux qui sont en train de lire ces lignes et qui ont longtemps utilisé le même matériel savent de quoi je parle. Longtemps – plus d’une quinzaine d’années – je n’ai travaillé qu’avec un Nikon FG muni d’un 80-200 mm et d’un Olympus OM 1 équipé d’un 50 mm. Dans les artères de Tunis, à Aix-en-Provence, devant la Grande Arche de la Défense, dans la Médina de Fès ou chez-moi, je n’ai jamais eu à réfléchir sur leur réglage ; cela se faisait naturellement, j’allais dire : les yeux fermés !!!
Je n’ai jamais été un maniaque des objectifs hyper précis qui coutent la prunelle des yeux, alors que souvent on ignore que le film obtenu – ou le fichier produit – ne sera pas traité ultérieurement avec une égale qualité. Alors à quoi bon acquérir un objectif dont le pouvoir de séparation est très grand – donc très cher – pour en fin de compte voir son fichier traité par une tireuse industrielle qui ne restituera pas le nombre de ligne ? Je demeure convaincu que la première qualité d’un appareil photo c’est la fiabilité. Combien de déclencheurs bloqués, de carte mémoires grillées, de mise au point défectueuses ont fait rater la photo qu’il ne fallait justement pas manquer ?
La seconde qualité d’un matériel photo est son adéquation aux possibilités de l’opérateur. La démarche logique est celle de choisir l’appareil qui convient à la photographie que l’on pratique. Photographe de ville, mon sujet fut toujours l’homme dans la cité. D’autre part mes photographies – en noir et blanc – vont être destinées à être moyennement agrandies. En conséquence de quoi l’appareil qui me convient serait un petit reflexe numérique d’une dizaine de Mo, muni d’un zoom moyen, ayant une gestion optimale – dès l’enregistrement – d’images en niveaux de gris. Le plus difficile est maintenant de trouver parmi la dizaine de marques en concurrence celui qui remporte mon coup de cœur.


Hamideddine Bouali
16 septembre 2008



(*) Le Concours Lépine est la plus grande exposition d’inventions, où le sérieux cotoi le farfelu, l’AISA Awards et le prix européen du matériel photographique (boitier, objectif, accessoire, film…)
  • Share/Bookmark

Kylian Adams has added a photo to the pool:

Carthage

  • Share/Bookmark

Kylian Adams has added a photo to the pool:

Carthage

  • Share/Bookmark
Chère photographie

A la question de savoir quelle est la plus haute cote atteinte par une photographie dans une vente aux enchères, la majorité donnera sa langue au chat. Si le montant de la transaction n’est pas très important à connaitre, il en est autrement de son auteur et surtout de son contenu.

Vous vous rendez compte dépenser 3 346,456 de $ (presque 6 milliards de millimes) ! Pour une œuvre qui n’a nécessité que l’action d’un petit doigt sur un minuscule bouton !

On peut penser que le sujet est exceptionnel. Le négatif, ou même un tirage, de la photo signé Aldrin d’un pas de l’homme sur la lune. Oui d’un pas, selon les documents filmés de la N.A.S.A., Aldrin ne pouvait surement pas photographier la trace du premier pas d’Armstrong, qui fut tout de suite effacé par les siens quand il descendit – dix neufs minutes plus tard – de la passerelle. Et si c’est un incunable ; photographie réalisée à l’aube de l’ère photographique, qu’un tenace chercheur a dénichée dans un grenier d’une résidence secondaire en province ? Cartier Bresson aurait-il en expirant son dernier souffle réalisé son autoportrait en signant un « ultime et mortuaire moment décisif » ? Non ! A ce prix là cela ne peut être qu’un « Nu à Yosemite Valley » signé de deux mains – ou index – d’Edward Weston et d’Ansel Adams. Imaginez-vous ce que cela donne que d’associer ces deux maitres, chacun dans sa spécialité, dans une oeuvre commune ? Je me trompe encore.

Cela ne peut être qu’une vue du « depository school book », depuis lequel Lee Harvey Oswald aurait (!) tiré sur le président Kennedy le 22 novembre 1963, puisque on y regardant mieux on décèle un second canon d’un fusil et sa lunette de visée deux étages en dessous !!! Une photo-pièce-à-conviction qui élucidera une énigme de près un demi-siècle.

Mais non je me perds encore dans mes fantasmes de photographe…Dois-je moi aussi donner ma langue au chat ? Non ! Je tente une dernière réponse. Au prix où ils en sont les clichés volés des paparazzis, pouvant atteindre des sommes faramineuses, la dernière photo de Diana et de Dodi, recroquevillés sur eux-mêmes et se tenant la main, pourrait valoir à son auteur un chèque mirobolant.

Le nom d’Andreas Gursky vous dit-il quelque chose ? Sincèrement avant de commencer à chercher les éléments pour rédiger cet article, j’ignorai totalement ce monsieur, heureux élu et signataire de la plus chère photographie…jusqu’à maintenant. Sa photographie n’est ni une prouesse technique due à son savoir faire, ni la « fixation » d’un moment historique, ni une image people et étant né en 1959 il ne pouvait logiquement pas signer une photographie réalisée plus d’un siècle auparavant. Sa photo fut réalisée dans un super marché !

99 cent. Andreas Gursky. Chromogenic color print.(207 x 337 cm). 1999



La photographie est le seul domaine (tout art confondu) où l’outil peut atteindre la cote des œuvres produites avec. On n’a jamais rencontré dans les ventes aux enchères des stylos valoir des manuscrits ou des pinceaux atteindre la cote des tableaux de peinture. Que peut valoir la table à dessin de Le Corbusier, le burin de Rodin ou le crayon d’Hergé ? Pas grand-chose je suppose par rapport. Mais un appareil photo c’est parfois un trésor. < ?xml:namespace prefix = o />

Un daguerréotype, ancienne dénomination de l’appareil photo, a été vendu il y’a tout juste un an aux prix de 576 600 euros (Cela fait plus d’un milliard de nos millimes !) lors d’une vente aux enchères à Vienne en Autriche, devenant ainsi l’appareil photo le plus cher au monde. Mais pourquoi ce mirobolant prix ?

Cette précieuse est vénérable pièce est âgée de 170 ans, La Galerie Westlicht, où s’est déroulée la vente, note qu’elle fut fabriqué et commercialisé en 1839. C’est un acheteur anonyme ayant suivi les enchères via l’internet qui a fini par acquérir cette pièce très convoitée par les collectionneurs..

La mise a pris de cet appareil unique et dans son état d’origine avait été fixée à 100.000 euros. Avant les enchères, certains experts avaient laissé entendre que le prix pourrait atteindre le million d’euros. Les offres sont venues de Corée du Sud, du Japon, des États-Unis et de France, ont souligné les organisateurs de la vente. L’appareil sommeillait depuis 1940 dans un grenier à Munich (Allemagne), où le fils du propriétaire, Wolfgang Haase, l’a récemment découvert. Pour Michel Auer, photographe et historien suisse de la photographie, qui a expertisé la chambre c’est “le seul exemplaire connu de ce fabricant”. La découverte de cet appareil vient confirmer un mythe de l’histoire de la photographie. Jusqu’à présent, les spécialistes connaissaient l’existence des appareils de la marque Susse grâce à plusieurs modes d’emploi et des publicités dans deux journaux parisiens parues les 23 août et 5 septembre 1839, soit quelques jours avant la première publicité pour l’appareil de Giroux. Mais jamais aucun appareil n’avait été trouvé.

Hamideddine Bouali

22 juillet 2008

  • Share/Bookmark

Déclarons la photographie d’utilité publique…< ?xml:namespace prefix = o />
et le photographe bienfaiteur de l’humanité !

Nous vivons des temps difficiles. Les avis de tempête se font de plus en plus fréquents. Les photographes subissent une dure fronde, harcelés par des accusations répétées et souvent diffamatoires. A Lausanne et à Paris deux expositions organisées simultanément déplacent la photographie du prétoire des témoins au banc des accusés.

A Paris
André Zucca (1897-1973), photographe inconnu, jusqu’à maintenant, du grand public se voit organiser une exposition d’une partie de son œuvre. “La vie des Parisiens au temps de l’occupation” est un album coloré – détail très important – d’images d’une période délicate de l’histoire de France. L’exposition eut un immense succès et dès que des voix se sont élevées pour réclamer son arrêt, l’affluence augmenta sensiblement.
Dresde horriblement anéantie, les insoutenables charniers béants, les abominables camps d’exterminations, le traumatisme de l’enfant du ghetto de Varsovie, la boucherie d’Omaha Beach sont les épisodes marquants de la seconde guerre mondiale faisant partie de notre mémoire collective, les documentaires filmés et les reportages photos en sont la représentation.
Notre Livre d’Histoire de la seconde guerre mondiale ne comporte aucune image facile à voir. Nous avons ainsi été conditionnés, pour finir convaincus qu’en temps de guerre, la vie est, constamment, insupportable. Les expressions de joie n’étaient visibles qu’à la Libération… drapeaux au vent, sourires de bonheur et discours faussement improvisés. C’est ce que, jusqu’à maintenant, on nous donnait à voir.
En effet, on a tendance à croire que pendant les conflits armés, le quotidien des pays en guerre et la vie des populations dominées sont toujours douloureux. S’il est vrai que l’absence de liberté est infernale, il n’en demeure pas moins que l’homme résiste de différentes manières à l’oppression. L’espérance que cela finira un jour, la débrouille et l’entre-aide permettent de survivre en attendant des jours meilleurs. On croit tous qu’aussi persistante soit-elle la pluie, le beau temps surviendra !

Cet espoir fait vivre.

Que croyaient ceux qui se sont sentis offusqués aujourd’hui en voyant les photos de Zucca ? Que de 39 à 45 ce n’étaient que bombardements, rafles, tortures et pelotons d’exécution ?
Les moments de grandes souffrances, les jours de deuil et les râles de désespoirs étaient précédés de cures de nonchalance salutaire et suivis par des promesses de lendemains de délivrance. Si ces photos étaient en noir et blanc, le constat en serait différent. Un chapeau rouge, une robe bleue, un ciel azur, une voiture marron, un visage rose…cela fait, pour certains, douteux en temps de guerre. La vie aurait dû être, selon eux, restituée en nuances de gris, grisâtre, grisaille…
Les uniformes, eux, sont toujours sombres, quel que soit le procédé photographique utilisé.

Quelle meilleure parade aux fausses lectures des photographies que l’exposition “Palestine, la vie tout simplement” qui a lieu en ce moment sur la Pont des Arts. Résultat d’une commande passée à deux photographes palestiniens, reconnus sur la scène internationale, Rula Halawani (invitée des Rencontres de Ghar El Melh en 2004) et Taysir Batniji. Michket Krifa, notre Michket, celle qui fut parmi nous lors des préparatifs des 4e Rencontres de Ghar El Melh est le commissaire de cette exposition. Des photographies de Palestiniens en train de vivre…n’est ce pas la plus valeureuse des résistances que d’être enceinte en temps de guerre, d’aller à l’école alors que la moitié de celle-ci fut bombardée la veille, de plonger dans une piscine à quelques heures d’un couvre-feu. Il n’y a pas mieux que de continuer à vivre pour saper le moral de l’adversaire.

L’histoire, la grande Histoire, a retenu le nom et l’épopée des grands hommes, chefs de guerre ou fins stratèges, mais n’a pas assez insisté sur l’exemplaire bravoure des peuples. Au Ghetto de Varsovie, à Stalingrad (aujourd’hui Volgograd) assiégé, à Gaza meurtrie, les hommes armés d’espoir et chargés de volonté de vivre ont fini par vaincre (ou vaincront). Comment cette exposition sera-t-elle perçue quand la Palestine serait pleinement aux mains des siens ; les Palestiniens ?
Aujourd’hui nous connaissons le contexte, mais ceux qui la verront, disons dans quelques années, sauront-ils la regarder sans tomber dans les excès constatés dans l’expo de Zucca ?

Revenons à Zucca. Est-il nécessaire de préciser que le contexte de l’époque est différent de celui d’aujourd’hui. Ceux qui ont vu ces photographies sont-ils censés savoir que Zucca avait utilisé les premiers films couleurs commercialisés, qui avaient une très faible sensibilité (16 asa). Zucca était donc obligé de les utiliser par grand soleil…d’où l’amalgame et la confusion entre beau temps et la joie de vivre !!!
Certes Zucca travaillait pour la revue de propagande nazie Signal, tout comme le contingent de photographes et de cinéastes des pays alliés faisait de même pour leur propre camp.
A la guerre comme à la guerre. D’ailleurs toutes les armées possèdent un service cinématographique et photographique, qui faisait partie d’un arsenal, que chacun utilisait à sa manière et pour son profit afin de montrer que le bon côté c’était lui. L’utilisation de la photographie à des fins de propagande ne date pas de la seconde guerre mondiale, depuis la Guerre de Crimée et la bataille de Gettysburg les photographes sont devenus l’un des maillons d’une longue chaîne d’influence dont le produit de leur métier, les photographies, est la seule partie visible !

Jean Baronnet cinéaste et commissaire de l’exposition, trouve étrange le changement du titre (Les Parisiens sous l’occupation fut changé en Des parisiens sous l’occupation), il remarque que : ” le premier de ces titres me semblait, à moi aussi qui suis le commissaire de l’exposition, imprécis ; je préférais celui que j’avais proposé, “Les couleurs des années noires”, et qui m’a été refusé… Instruit par l’expérience précédente, je me voyais mal raconter une histoire de l’Occupation lisse et sans scories … une histoire dans laquelle on parlerait de Jean Moulin, mais sans évoquer ceux qui l’ont livré à Klaus Barbie “.
À propos de l’étoile jaune, qui n’était visible – selon un grand nombre de visiteurs – que dans deux photographies, Delfeil de Ton (chroniqueur au Nouvel Observateur) constate à juste titre en remarquant que “Deux photos d’étoiles jaunes ? Une seule suffit, elle dit tout”.
Jamais une exposition n’a suscité autant de passion de la part du public, des critiques et des organisateurs. Presque quotidiennement les organisateurs ont essayé de rectifier leur choix précédents. Après le titre, ce sont les écriteaux, les textes d’introduction qui furent constamment remaniés selon les critiques de la veille.

Jean Baronnet, constate que : “La mairie de Paris vient d’inventer un nouveau concept d’exposition, celui de l’exposition à présentations variables ; happening permanent dont les variations deviennent un intéressant sujet d’étude”.
“Comment exposer la photographie ?”, Ce titre est celui d’un débat organisé à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris le 29 mai dernier. “Quelles sont les particularités d’une exposition de photographies au regard d’autres médias ?”, “Photographie et la propagande ? “, “Quel est le rôle des expositions dans la transformation de notre regard sur la photographie ? “, sont les autres thématiques traitées.
Il a fallu le tremblement de terre causé par l’exposition Zucca pour que l’on soit poussé à chercher à y voir plus clair. Le dernier des cinq débats en marge de l’exposition, “Vérités de l’image, vérités de l’histoire” a été organisé avec la Ligue des droits de l’Homme, qui tient à préciser qu’elle : “attache un grand prix à ce que les œuvres ne soient pas censurées, mais débattues dans l’espace citoyen, notamment par la voix de son Observatoire de la liberté de création. Elle affirme que le libre accès aux œuvres est un droit fondamental à la fois pour l’artiste et pour le public et qu’il revient aux médiateurs, que sont notamment les commissaires d’exposition, d’informer le public sur le contexte (historique, esthétique, politique), et sur l’impact du contenu de l’œuvre, quand il pose problème. Toute forme d’interdiction, ou toute forme de sanction à raison du contenu de l’œuvre doit être évitée”.

A Lausanne
“Controverse” est une compilation de photographies qui ont créé la Une non pas par leur contenu mais par leur existence même.
Voilà une nuance à expliciter. C’est ce que tente de faire l’ouvrage “Une histoire juridique et éthique de la photographie ” de Daniel Girardin et Christian Pirker, paru chez Actes Sud. Les auteurs constatent ; “C’est une compilation d’images, sujette à polémique et prêtant donc à des controverses juridiques, depuis l’invention de la photographie…Un résumé des angoisses du temps “.

Est-ce la faute à Fournier, si la petite Omayra Sanchez fut engloutie par une dantesque coulée de boue ? Que peut faire Eddie Adams face à la volonté d’un assassin à l’instant où il tire, à bout portant, sur la tempe d’un Viêt-Cong ?
Ce problème s’avère insoluble car il est un réel cas de conscience ; des libertés fondamentales s’opposent. D’un côté la liberté d’expression du photographe et de l’autre celle de tout être humain de disposer, à sa guise, de son image. D’ailleurs les organisateurs de l’exposition ont admirablement choisi leur titre.
Le mot controverse nous rappelle celle de Valladolid, où Charles Quint réunit des juristes et des théologiens afin de déterminer la manière dont les Indiens peuvent être légitimement soumis et convertis. On alla jusqu’à chercher à savoir si ces “sauvages” étaient des humains !
Aujourd’hui à Lausanne, les organisateurs semblent demander aux photographes ! “Avez-vous une âme ?”.

A Ghar el Melh
Une table ronde organisée lors de la présente édition(*) des Rencontres tentera de faire avancer le débat même si l’on sait par avance que le problème, ou la controverse, perdurera. Tout comme à Valladolid au temps de Charles Quint, à Lausanne en mai dernier – où un concours de la meilleure défense des photographes fut organisé – à Ghar el Melh, aussi, il est presque certain que les arguments des plaidoyers et les charges des réquisitoires se neutraliseront.
A Ghar El Melh, il y a trois ans, j’ai projeté à l’intention d’une trentaine d’enfants un diaporama constitué de photographies réalisées par de grands reporters. Quand apparut la photo de l’agonie d’Omayra, je leur ai demandé s’ils auraient, comme Fournier, fait cette photo. Comme cela était prévisible, tous ont été scandalisés à la vue de cette image insoutenable et ont sans hésiter affirmé leur refus de déclencher. Mais une petite main levée semblait dire le contraire. Une jeune fille d’une dizaine d’années, avec une voix à peine audible, prit la parole : “Monsieur, moi j’aurais réalisé cette photo”, un brouhaha indescriptible suivit ses mots. Je lui demandais, alors, de s’expliquer. Elle précisa sa pensée : “Je ferais cette photo, afin que l’on prenne les précautions nécessaires pour que cette tragédie ne se répète plus”.
On savait, que la vérité pouvait sortir de la bouche des enfants. Cette fillette pourrait avoir trouvé – à ce paradoxe cornélien mettant aux prises le photographe et son sujet – un jugement à la Salomon. Au lieu de chercher à savoir qui a tort et qui a raison, n’est-il pas judicieux de trouver une manière d’en tirer profit au bénéfice de tout le monde. C’est en me souvenant de ses paroles que j’ai composé le titre de cet essai.

S’il est impossible d’imaginer le déroulement des débats, il est par contre utile de conclure par une interrogation : pouvons-nous imaginer un monde sans photographes ? Des journaux sans illustrations ? Des galeries sans photographies ?
Un monde sans Fournier, Adams, Cartier-Bresson, Caroll, Toscani, Zucca ou Halawani serait aveugle. Cependant, il est temps de reconnaitre l’incontournable rôle des commissaires d’exposition, car les photographes – en regardant dans leur viseur – ne savent pas où mettre les pieds.



Hamideddine Bouali
Vice-président des Rencontres

In Le Catalogue des 6e Rencontres Internationales

de la Photographie de Ghar el Melh
PP 106-109

26-30 juin 2008

(*) Table ronde qui n’a pas eu lieu faute de temps, mais que j’organiserai bientôt hors Rencontres

  • Share/Bookmark
Citronnade, Nénetses et coup de soleil

Et demain ?


«Le lendemain des Rencontres ?», j’ai posé cette question à bon nombre des invités des Rencontres, et chacun – sans jeter un coup d’œil sur son Quo-vadis a donné sa réponse : « je vide ma valise », « je consulte ma boite E-mail », « je reprends le travail »…
Personnellement je ne savais pas que ce mardi 1 juillet, après avoir veillé jusqu’à l’aube et pris un café aux aurores, on allait m’appeler vers 9h du matin pour m’annoncer que le Prix National de la Photographie 2008 – qui a changé d’ailleurs en « Consécration » – me fut octroyé.
Les quotidiens l’ont annoncé. Une avalanche de messages sms de félicitations s’en suivit et autant d’appels de congratulations.
A ce moment tout le parcours commencé en 1982 défile : le début avec la visite de l’exposition d’Ansel Adams au Centre d’Art Vivant du Belvédère, puis le club Photo de la Maison des Jeunes du Bardo et son mythique animateur Setsuma Hirochika, sans oublier le service photo du Ministère de la Culture…La rencontre avec le grand photographe Jacques Pérez fut décisif, les directions de stages, de journées de formation, les commissariats d’expositions ; « la Tunisie de Jacques Perez » et les deux éditions du Mois de la Photo de Tunis furent essentiels pour parfaire mes connaissances. Les trois expositions personnelles, les Rencontres de Ghar el Melh et puis ce blog m’ont permis d’atteindre une certaine maturité. Je pense aussi a ma mère qui aurait été contente de voir son petit dernier bel et bien consacré, à mon père qui me félicita à sa manière…
Je ne peux passer sous silence l’influence bénéfique et vitale d’une personne qui m’est très chère et à la quelle d’ailleurs j’ai dédié l’œuvre exposée cette année à Ghar el Melh…certains fins observateurs auront décrypté le message qui s’y cache !!! Et à laquelle j’offre ce prix.

Esméralda
Les Rencontres sont finies aujourd’hui. Natalia, celle qui fut Esméralda* dans cette cathédrale de la photographie que fut le Fort Lazaret, est partie en fin d’après midi du jeudi 3 juillet à destination de Paris, et c’est l’adieu symboliques à cette 6e édition. Jusqu’à l’annonce du départ imminent de son vol, Natalia, Lilia, Marianne et moi étions encore à réfléchir sur la meilleure manière d’améliorer cette manifestation qui nous tient tous à cœur. Mais avant d’aller plus loin, retour sur quelques souvenirs.

Natalia et Hamideddine par André Marzuk. Ghar el Melh le 1er juillet 2008

Sublime citronnade
Dans les moments de grands stress ou quand on voulait tout simplement s’éloigner de l’ambiance photo et s’isoler, les photographes ont pris l’habitude d’aller au café du coin pour se désaltérer. Fidèle à ma dose de caféine (qui sonne bien avec mon prénom !) je fus, moi aussi, mis à la citronnade fait maison, servie glacée, qui avait un gout sublime, elle sentait l’été, avait la couleur de l’espoir et rafraichissait les (bonnes) idées.

La mascotte de cette édition…< ?xml:namespace prefix = o />
Dans l’édito du Corsaire du 27 juin on pouvait lire : « Chaque édition des Rencontres nous réserve des surprises. Comment oublier Xavier De Luca, Issa Salah Engaoui, Béchir Manoubi, Bernard Guillot, Rula Halawani, James Leggate, Raquel Fonseca, Talel Bariun, Ozgur Ciftci, Leila Ghandi…Ces photographes ont marqué avec leur personnalité particulière respectives, leur disponibilité les précédentes Rencontres. Cette année, les invités sont nombreux, il y aura concurrence pour savoir qui restera dans la mémoire des enfants de Ghar el Melh (comme Vee Speer), qui sera le plus photographié (pour ravir ce titre à Bechir Manoubi), qui aura l’accent le plus sympathique (imbattable James Legatte), qui projettera le diaporama le plus émouvant (Rula Halawani nous fit pleurer), qui viendra avec son bateau (à la manière de Jacques Vapillon) ». Effectivement, nous avons tous vécu une semaine exceptionnelle.

Comment oublier André Marzuk avec sa verve bien méditerranéenne, son émouvant film sur son Tunis et sa leçon de couleur donnée à des enfants contents de se savoir capable de voir en couleur. André avec son flegme et sa sagesse a failli décimer une famille entière avec son humour un certain soir à-propos de clefs perdues, d’anges lumineux venus d’ailleurs et de nettoyage de plage (je suis incapable de relater cet épisode).
Patrick Lefebvre, très zen, même pendant l’accrochage de son exposition et surtout lorsqu’on lui a demandé de n’utiliser que la moitié de la salle où il était assigné alors qu’il venait à peine de tout accrocher. Très cinéma, il préfère que l’on parle de tout sauf de lui. Timide et jovial il possède une voix particulière ; il aurait bien pu être le narrateur du film « Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ». A l’entendre il ne te viendra jamais à l’idée qu’il pourrait proférer autres choses que des vérités. Claude Iverné est hors norme, ceux qui l’on approché s’en souviendront. A l’image de sa photographie : simple à aborder mais ardue à appréhender, Claude Iverné ne se livre pas, feuilleter son journal intime serait l’occasion de dévoiler un grand mystère !!!
Gael Coto, touchant comme un enfant de cœur, charmant à envier, il est incollable sur Truffaut…les longues discussions sous un parasol à-propos du cinéma sont mémorables. Les 1000 et une scène à avoir vues avant de sortir de la salle (remarquer la belle figure de style !), les 10 meilleurs comédies, drames, polars…à ne pas rater. « La Jetée » de Chris Marker, « La Nuit américaine », « Fahrenheit 451 », « L’Enfant sauvage » de Truffaut, « Le Tambour » de Volker Schlöndorff …nous avons bien rempli nos cahiers (de vacances) de cinéma. On s’est amusé entre cinéphiles à chercher un titre, un acteur à décrire une séquence. Si vous aimez la vie, allez au cinéma…nous aimons les deux sans modérations. Son anniversaire fêté au fort Lazaret fut un grand moment de ces rencontres.
Susana Paiva, est d’une douceur angélique, souffrant le martyr au début de son séjour parmi nous à cause de la violence des rayons de soleil, elle donna une belle leçon d’humilité à tous ceux qui se donnent l’air de star sans avoir rien produit de bon. Comment oublier Irène et Benoit Ségur, surtout lors de la présentation de leur film documentaire à propos des Nénetses ? Dans ces journées caniculaires des étés tunisiens, voir vivre une communauté dans le grand nord voilà qui est rare…

Hamideddine Bouali
7 juillet 2008
A suivre…

  • Share/Bookmark

Subzero Blue posted a photo:

Little Independent Steps

  • Share/Bookmark

Subzero Blue posted a photo:

You Talkin' To Me?

  • Share/Bookmark

You Talkin’ To Me?

Subzero Blue posted a photo:

Play

  • Share/Bookmark

Play