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Ladybadtiming posted a photo:

Laurel & Hardy

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S-NOCTURNUS posted a photo:

Still practising..

Still practising with the 50mm..Very hard to focus when set to the maximum 1.4 aperture..This shot was taken at f2.0 .

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S-NOCTURNUS posted a photo:

Caught in Flight !

..and in focus..It was quite hard..Really..I don’t remember Exactly the number of shots but they’re not less than 30…Best viewed Large
Please No Multi-invites and graphics..Thank you :)

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Caught in Flight !

Ici repose Marilyn Monroe 97-62-92*

Osons !

Outrance – allant parfois à l’outrage – c’est peut-être le titre qui convient le mieux à notre chronique d’aujourd’hui. Marilyn fut outrageusement photographiée et démesurément exhibée et on alla jusqu’à publier son portrait post mortem, je vous conseille de ne pas le voir. On ne cessa depuis sa disparition de publier sa biographie autorisée ou romancée. De son vivant certains l’avait trouvée une simple vision qui s’estompera d’elle-même avec sa vie, d’autres y décelèrent une personnalité déroutante que personne n’a comprise ni essaya de comprendre. Presque tout avait été dit à son sujet et elle semble avoir usé tous les photographes qui ont cru la capturer.
Je ne pourrai pas photographier Marilyn mais je tenterai un portrait écrit…dommage…pour elle.

Marilyn par Henri Cartier Bresson 1962

Monroe fut une sublime tragédienne qui n’avait pas raté sa sortie. Imaginez-vous une Marilyn âgée de 83 ans, tout comme un James Dean grand père ou un Gérard Philippe doyen des acteurs ? Évidemment, c’est facile d’affirmer cela après que ces stars eurent brillé au fermement puis ont dramatiquement disparu. Leur mort subite avait tout de suite transformé en mythe absolu leur circonstancielle célébrité. C’était le prix à payer.

Marilyn par Bruce Davidson 1962 (photo 6)

Séances
Le jour du tournage de la scène de Sept ans de réflexion, où Marilyn se pavane sur une bouche d’aération, un chroniqueur avait remarqué que : « Si Manhattan était envahi par les Soviétiques personne ne s’en rendrait compte », tant il y avait foule sur le set de tournage. Son époux Joe Dimaggio cloitré, à quelques pâtés de maison dans sa chambre d’hôtel, était fou de rage.

Marilyn Monroe pendant la réalisation de l’image de l’affiche Sept ans de réflexion. Photo DR 1955

Marilyn par Phillipe Halsmann 1955 (photo 5)

Au retour elle se fait sérieusement réprimander et la décision fut prise qu’il valait mieux se séparer. Pourtant selon son Fan club, Marilyn aurait offert en guise de cadeau de noces à son époux une photo d’elle nue réalisée par Kelley Tom, il savait donc à quoi s’en tenir !!! Épouser une femme aussi fascinante n’était pas de tout repos !!! Le constat aurait était le même s’il s’agissait de l’épouse de Marlon Brando, de Brat Pitt ou de Paul Newman.

Marilyn par Inge Morath.1962 (photo 2)

En épousant un champion adulé puis un écrivain célèbre tout en étant (!) l’amie intime d’hommes politiques ; elle ne fit que concrétiser les rêves de la moitié de l’humanité. Chaque femme ne rêve-t-elle pas de vivre avec un homme riche, intelligent et puissant ?…dans l’impossibilité de trouver ces qualités réunies chez un seul homme (!), Marilyn comprit ce qu’il lui restait à faire. Avec un sublime corps, un sex-appeal sans pareil et un air de fashion-victim inimitable elle incarna les phantasmes de l’autre moitié de l’humanité. Cela ne pouvait pas continuer ; porter sur ses frêles épaules une aussi grande responsabilité. Deux ouvrages (**) qui lui on été récemment consacrés portant le même titre – l’un au singulier l’autre au pluriel – pourraient résumer la singularité de sa vie. Elle vécut entre deux séances ; la photographique et la psychanalytique. Elle se donnait à l’une comme à l’autre sans compter, le divan du psy s’utilisait aussi par le photographe pour la commodité de la pose.

Marilyn par (et avec) Eve Arnold.1962 (photo 1)

Marilyn Monroe, vie et mort d’une image
Est-ce un pléonasme d’affirmer que la plus grande star du cinéma américain que fut Marilyn Monroe a été l’actrice la plus portraiturée ? Je suis tenté d’entreprendre une étude sur la manière dont elle avait été vue. Elle pourrait être la seule personne à être photographiée à la fois par Henri Cartier-Bresson (***), Eliott Erwitt, Inge Morath, Philippe Halsman, Eve Arnold, Bruce Davidson, Richard Avedon, Cornell Capa, Sam Shaw, Bert Stern, Kashio Aoki, George Barris, Alfred Eisenstaedt, Milton Green, Allan Grant…Avec elle comme postulat, le portrait comme constance et les manières de la photographier comme inconnues…il y a là de quoi batir une théorie.

Marilyn par Burt Glinn 1962 (photo 4)

Si Eve Arnold a réussi à dénicher la femme en Marilyn,(photo 1), Inge Morath (qui rencontra Arthur Miller l’ex-mari de Marilyn sur le tournage des Misfits et l’épousa plus tard ) est allée à la rencontre de l’enfant qui s’y cache (photo 2), Cartier-Bresson dans une photo d’une rare virilité a résumé son irrésistible magnétisme (photo 3). Burt Glinn dans une photographie prise à la dérobée, sans l’artifice des accessoires ni l’éclairage travaillé de studio, montre une Marilyn époustouflante de charisme (photo 4). Halsman reprend à sa manière le thème de la robe au vent (photo 5)! Alors que Bruce Davidson en une seule photo a tout dit à propos de sa popularité (photo 6). Voilà donc une problématique toute prête pour les étudiants en Beaux-Arts en mal de sujets de thèse.

Marilyn par Henri Cartier Bresson 1962 (photo 3)

D’autres photographes, aussi bien amateurs que professionnels se sont bousculés pour avoir le plaisir de la photographier. Pendant sa courte existence elle fut l’incarnation d’une image. On peut voir sur le net des milliers de photographies de Marilyn Monroe mais je trouve que celle qui résume le mieux sa célébrité, et non sa personnalité réelle, fut réalisée paradoxalement par un graphiste de Life. De son vivant déjà, Marilyn a fait la couverture de plus de 1500 magazines de par le monde. Pour le soixantième anniversaire de ce magazine paru en octobre 1996, Rob Silvers reproduit le portrait de Marilyn en usant de quatre cents couvertures. Marilyn qui semblait nue, même quant elle était vêtue, fut de cette manière habillée par Rob Silvers. C’est l’image qu’on a voulu donner d’elle ; un revêtement, un emballage, un décor de western. Mais elle…elle demeure une énigme, faussant compagnie à toute tentative d’explication.

Marilyn par Rob Silvers pour les 60 ans du magazine Life. Octobre 1996


Les photographies faites de Marilyn Monroe ne sont pas à proprement parler des portraits. Ce sont des “Photographies de Marilyn” alors qu’elles prétendaient être des “Marilyn Photographiée”. Warhol, Halsman et tant d’autres, peut-être fascinés par l’extrême beauté plastique de leur modèle n’ont fait que passer à côté de leur sujet, Life ne faisant que pousser cette logique de l’incompréhension à son comble. Comme une photographie, Marilyn paraissait sans épaisseur alors qu’elle cachait une complexité inaccessible. Bien qu’intégralement exhibée elle ne manqua pas de mystère. Tout comme une image, elle suscite encore passions et tentatives d’explications.

Marilyn par Cornell Capa 1962

Les dernières séances
Jamais la notion de “Projet photographique” n’aura une signification aussi puissante que ce jour de juin 1962 à l’hôtel Bel-Air de Los Angeles. Un face à face entre le photographe Bert Stern et Marilyn Monroe. Rendez-vous pris dans l’intention manifeste de dresser
“Un Portrait définitif” de la star. Imaginez la scène, une chambre d’hôtel, tout ce qu’il y a de plus anonyme et de banal, la plus adulée des actrices de cinéma, avec quelques accessoires et un photographe. Lors de cette gargantuesque séance de prise de vue, 2568 clichés en noir et blanc, 372 en couleurs furent réalisés. Cela fait exactement 245 rouleaux de 12 poses. Les chargements et déchargements de l’appareil sont en soit une performance. Le reportage commandité par la revue Vogue était sous presse “, selon la formule consacrée, quand les agences de presse rapportèrent la nouvelle : Marilyn Monroe s’est suicidée. De cette ultime séance, testament en images d’une existence outrageusement vecue sous les projecteurs, il ne subsistera qu’un ouvrage intitulé tout simplement “Marilyn Monroe”; un album de quatre cents soixante quatre pages illustrées de deux cents soixante photographies et, fait rarissime, de cent quarante planches contact…et les souvenirs de Bert Stern. Bert Stern a voulu faire le remake de cette dernière séance 46 ans plus tard, pour le New York Magazine, en compagnie de l’actrice américaine Lindsay Lohan dont le parcours chaotique lui a semblé rappeler celui de Marilyn. Mais comme toujours les copies sont toujours peu ressemblantes avec l’original.
L’écrivain américain, Truman Capote, avait rapporté cette incroyable histoire à propos de Marilyn : « un jour qu’il l’avait vue assise pendant des heures devant son reflet. Il lui avait demandé ce qu’elle faisait, et elle avait répondu : «Je la regarde»».

Marilyn par un photographe anonyme, date inconnue. Photo DR

Effectivement, seule Marilyn Monroe pouvait voir de près Norma Jeane Mortenson (son vrai nom), néanmoins le personnage – fait de paillettes, de secrets et de paraitre – avait trop collé à sa peau, a vouloir l’arracher elle s’écorcha vive !!! Quoi qu’il en soit il y avait eu meurtre ce soir -là du 2 juin 1962 à Beverley Hills…Norma ôta la vie à Marilyn, ou l’inverse… victime du syndrome de Dorian Gray.

Hamideddine Bouali
29 mars 2009

(*) En 1955, Marilyn suggéra que son épitaphe fût : « Ici repose Marilyn Monroe, 97-62-92 », comme si elle était consciente que le mythe qu’elle fût n’avait pas besoin d’état civil mais de ce qui lui a valu sa notoriété et ce que l’on retiendra d’elle…ses mensurations !!!
(**)« Marylin. Dernières séances » de Michel Schneider (Gallimard – Folio 2008) et « La Dernière séance » de Bert Stern (Gallimard 2006).

(***) Les membres les plus prestigieux de l’agence Magnum se sont déplacés sur le set du film The Misfits : Neuf grands photographes – Eve Arnold, Cornell Capa, Henri Cartier Bresson, Bruce Davidson, Elliott Erwitt, Erich Hartmann, Ernst Haas, Inge Morath et Dennis Stock – furent ainsi les témoins privilégiés d’un film en train de se faire.
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breakbeat posted a photo:

Hardened

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Hardened

S-NOCTURNUS posted a photo:

The portrait :)

Sorry friends I’m having a hard time lately..I’ll try to catch up later..Thank you..

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S-NOCTURNUS posted a photo:

His nickname : Zitoona :D

Best View in Original size..Please no multi-invites and graphics..Thank you :)
He was very agitated, it was very hard to catch a descent shot with this guy , it was like trying to take a shot of a bee flying with wings wide open and in focus, lol..Tried a new style of post processing , a style that goes with spring theme maybe , Hope you like it :D But please see in large before you judge..

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La nuit du chasseur

Chronique des chroniques
En participant à un forum à propos de la guerre de Gaza(1) – proposant la petite chronique intitulée « La gestion des conflits expliquée à ma fille » – j’ai été étonné de trouver deux jours plus tard que certains se sont ingéniés à expliquer eux aussi à leurs enfants la guerre. Cependant les éclaircissements donnés ne faisaient que perdurer l’incompréhension, puisqu’ils leurs transmettaient, à chaque fois, leur version des faits ; unilatérale et partisane. Pourtant la photographie qui illustrait la chronique était assez explicite !!! C’est selon les explications que les parents donnaient à leurs enfants qui prédisposeraient ces minuscules doigts à appuyer plus tard sur la gâchette d’une arme à feu ou à jouer du piano ! Il se peut qu’encore une fois je me bats contre des moulins à vent…

Je ne suis pas fait pour parler de politique ou d’actualité, essayons le cinéma !
Il existe des œuvres qui transforment ceux qui les touchent et nous ambitionnons tous d’en réaliser. Dans mon cas la lecture de L’étranger d’Albert Camus et Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, l’écoute de La Chevauchée de la Valkyrie de Richard Wagner, Les lumières de la ville de Charlie Chaplin, Apocalypse now de Coppola, West side story de Robert Wise, l’exposition de photographie “Ansel Adams: Photographs of the American West” (2)…ont grandement contribué à produire ce que je suis aujourd’hui.

Tous le monde m’en a parlé
Le pays de la photo et celui du cinéma ont une frontière commune. Le cinématographe est une conséquence des recherches de l’américain Muybridge et du français Marey dans la chronophotographie. La dynastie des Lumière – le père Antoine et les fils Louis et Auguste – a inventé le cinéma en 1889 et le premier procédé viable de la photographie en couleur – l’Autochrome – en 1909. Le premier Leica (diminutif de LEItz CAmera) fut bâti par Oscar Barnack en 1914 autour du film 35 mm utilisé alors au cinéma et auquel on adjoignit le 1 pour le différencier, le format 135 (24 X 36mm) était né.
Leur manière de voir aussi a quelque chose de commun. Wim Wenders cinéaste expose souvent des photographies. Paul Strand apprend le cinéma avec Cartier Bresson qui fut, entre autre, adjoint de Renoir sur le film La Règle du jeu et réalisateur du Retour sur la libération des camps de concentration. Raymond Depardon, Robert Franck, Gordon Parks…sont d’autres exemples emblématiques de ce voisinage du cinéma et de la photographie.
Les photographes sont souvent des cinéphiles avertis et leur filmographie préférée n’est pas sans influence sur leur pratique. En outre, les images mentales que tout photographe rêve de réaliser ne sont-elles pas puisées dans les films qu’il regarde ?
Depuis longtemps, on me parlait du film de Charles Laughton La Nuit du chasseur comme étant le chef d’œuvre absolu du cinéma. Inclassable, étrange, envoûtant, sans pareil, sont les qualificatifs les plus souvent entendus. Je me suis procuré le film et je l’ai laissé de coté. Dans ce genre de situation la précipitation risque de ne pas rendre service.
Hier, j’ai décidé de le visionner. Il sera difficile de vous livrer mes impressions à propos de ce film sans raconter son histoire. Allez ! On va jouer un jeu…je ferai l’animateur de Ciné-club. Ceux qui n’ont pas vu La Nuit du chasseur auparavant et qui le verront grâce à ce texte m’informeront par retour de courriel. Les autres, ceux qui l’ont vu, et qui trouveront ma lecture conforme à leurs appréciations, ou pas, auront l’amabilité de me le faire – aussi – savoir…une carrière de critique cinéma me tente énormément.

Un film très noir…et blanc
Qu’est ce qu’un film noir ? La meilleure définition pourrait être cette réplique tirée du film Assurance sur la mort : « Oui, je l’ai tué pour le fric et pour la femme. Je n’ai pas eu le fric et je n’ai pas eu le femme. C’est réussi, non ? ».
Réalisé en 1955 par Charles Laughton, La Nuit du chasseur, tient l’affiche en même temps que Sourires d’une nuit d’été d’Ingmar Bergman. Cette année-là fut la dernière de James Dean et celle où Marilyn Monroe devient un sex-symbol. En effet, l’affiche de Sept Ans de réflexion (j’en parlerai la prochaine fois) sur laquelle on voyait sa jupe se soulever au-dessus d’une bouche d’aération fut retirée par les ligues de vertu de New-York et provoqua – le soir même du tournage de la scène – son divorce avec Joe Di Maggio.
Cette année était ainsi mise sous le sceau du cinéma, d’autant plus que Marly de Delbert Mann remporta à la fois la Palme d’or de Cannes et quatre Oscar à Hollywood dont celui du meilleur film. Cette unanimité dans le septième art cache une fissure dans le monde, la guerre froide gèle la diplomatie et le mot dissuasion fit une entrée fracassante dans le langage courant.
A mi-parcours, on se rend compte que Victor Hugo s’est trompé en prédisant que le XXe siècle sera heureux ; deux guerres mondiales meurtrières, une crise économique sans précédent, des pandémies ravageuses accablèrent l’humanité. Mais heureusement le cinéma est là. Charlie Chaplin tourne en dérision les dictateurs. Stanley Kubrick s’insurge contre les guerres et réalise Les Sentiers de la gloire. Le vieil homme et la mer de John Sturges adapté d’une nouvelle d’Ernest Hemingway est un sublime hymne à la nature…humaine. Bref on se réfugie dans les salles obscures pour vivre dangereusement sans risquer sa vie, le film La Rose pourpre du Caire est l’hommage rendu par le cinéaste Woody Allen à cette industrie du rêve…

Robert Mitchum dans une célèbre scène de la nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)

Puis vint La nuit

Dès les premières images de La Nuit du chasseur on est surpris par la peinture particulièrement dramatique des images. On aurait dit des photographies d’Ansel Adams. La palette graphique est d’une splendeur envoûtante. D’ailleurs, Stanley Cortez, le directeur de la photographe signa quelques années plus tôt le chef d’œuvre d’Orson Wells La Splendeur des Anderson. Même les prises de vues extérieures en plein jour sont obscures. Les ombres, personnages à part entière, sont aussi présentes, si ce n’est plus, que les individus et les objets dont elles émanent. Une image travaillée comme un tirage d’exposition et ce n’est que le moindre de ses mérites. Le chef opérateur a trouvé la manière de cadrer à la manière d’un 24 X 36, puisque souvent la composition tout en hauteur semble être le résultat d’un basculement d’un boitier d’appareil photo. En photographie beaucoup plus qu’au cinéma on conçoit l’image d’une telle manière que le spectateur suit un parcours visuel. Dans La Nuit du chasseur, à chaque plan le spectateur est entrainé à regarder l’intégralité de la surface de l’écran, parce que ça et là on lui a posé des objets, des animaux, des détails qui attirent son attention et le plonge dans un rébus à déchiffrer. Le film parait ainsi plus long qu’il n’est en réalité à cause justement de cet intense travail oculaire fourni.
Aucun plan n’est conçu en trop, tout est là pour contraindre le spectateur à n’y voir – en fin de compte – qu’une seule idée.
Les acteurs ne jouent pas dans ce film, ils semblent vraiment ignorer l’issue de l’histoire, tout comme nous autres spectateurs, acculés à attendre la fin. Cette sincérité dans le jeu des acteurs est renforcée par quelques fausses hésitations, des moments de flottements et un semblant d’incohérence.

Le fait que l’enfant se révèle plus mûr que l’adulte dans certaines scènes brise le rythme du film et pose la juste interrogation : celle de savoir qui des deux est le plus sage. Ceci pourrait avoir été provoqué par Robert Mitchum qui dirigea les jeunes acteurs dans leurs scènes – parce que Charles Laughton n’avait pas particulièrement d’affection pour les enfants – mais fut ouvertement méprisant avec Shelley Winters celle qui joua leur mère.

Comme tout film culte, celui-là nécessite une nouvelle séance car la densité des détails, le nombre impressionnant d’allusions et la tension dramatique de la trame font qu’un seul visionnage est insuffisant. Sortant des classifications que l’on a coutume de reconnaitre, ce film semble être fait pour les photographes. C’est une magistrale leçon de cadrage et de composition autour des thèmes classiques : paysages, nature morte, portraits, scènes du quotidien…Ainsi qu’une singulière utilisation des angles de prise de vues…Suivie d’une incroyable démonstration ; les ombres pouvant avoir une vie propre sans la présence de la clarté !!! Et pour finir un discours sur le temps…à la fin du film un tic tac semble résonner dans les oreilles, pourtant il n’y est pas dans la bande sonore ! C’est peut-être le cœur qui bat !
Charles Laughton, en réalisant La Nuit du chasseur, avoue être un hors-la-loi …des genres cinématographiques. Dommage qu’il n’ait pas récidivé.

Je reverrai La Nuit du chasseur dans quelques temps afin de savoir comment je le percevrais !!! Seules les œuvres de cette puissance ont cette faculté unique de vous accompagner à travers votre vie. Comme une caméra qui vous suit en travelling, parfois vous sentez le besoin de tourner la tête pour fixer l’objectif.


(1) Gaza !!! Vous vous rappelez ? c’était seulement il y a deux mois, pourtant cela semble si loin…Quel déchainement – à l’époque – de passions, de discours et de commentaires. Le 16 janvier 2009, je disais sur ce même blog : « Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux décennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!! ». N’ai-je pas raison ?

(2) L’exposition “Ansel Adams: Photographs of the American West” organisée par “The Friends of Photography for the USICA” a été accueillie en 1983 en Inde, au Moyen Orient et en Afrique. L’exposition à Tunis eu lieu au Centre d’Art Vivant du Belvédère.
Hamideddine Bouali
13 mars 2009

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« En route vers les jardins du paradis »

J’écris cette chronique le 1er janvier 2009 et l’horloge de mon PC indique 3h’45 du matin. La fête est finie, la trêve aussi, la vie reprend ses droits avec ses larmes et ses rires. On oublie souvent qu’il n y a pas de bonheur sans tristesse…sinon comment le savoir qu’on est heureux !!! (Cette citation est de moi). Mais il est fort possible qu’il est une quiétude sans animosité et celui qui a dit : “Si vis pacem, para bellum”, (si tu veux la paix, prépare la guerre) est sûrement soudoyé par des marchands d’armes !!! 
Certains m’ont voulu d’avoir écrit la dernière chronique. Mais que croyaient-ils ? Que je ne voulais pas protester. L’unique manière efficace de le faire est, à mon avis, de travailler davantage, sauf bien évidemment pour les ouvriers des usines d’armement qui, eux, devraient non pas faire grève mais chercher un autre boulot. 
Oui je proteste…La preuve ! Je suis à ma troisième chronique en l’espace d’une semaine alors que la moyenne était d’une publication par quinzaine. Faites-en de même et vous verrez que votre rage, votre douleur et votre envie de crier seront canalisées et surtout utiles. J’ai écrit d’un seul trait ma chronique à propos de Gaza, dans un accès de colère en ne faisant pas attention au style…en me lisant tout de suite après j’ai éclaté en sanglots.
Ce jour-là, le record des connectés par jour fut atteint (83).Plusieurs d’entres-vous m’ont appelé pour me dire comment et combien ils ont été touchés à leur tour par ce texte et par la remise en liberté, même si cela n’est que symbolique de la Palestine, par le biais de ma photographie que j’ai déposée dans le domaine public. Il aurait fallu attendre 25 ans après ma mort pour qu’elle le soit. Beaucoup l’ont téléchargée pour la mettre en fond d’écran de leur ordinateur d’autres l’ont compressée pour l’envoyer par sms à leurs amis…merci de contribuer à l’émancipation de cette photographie. Un ami, fou d’oiseaux dont le pseudo est Chardono-Tunis, et qui tient un forum, indique dans son forum où la photo en question – intitulée Palestine ! – pourrait être vue et téléchargée. Je lui rends la pareille. Si vous voulez tout connaitre à propos du chardonneret – qui pourrait être ce petit oiseau qui sort de l’objectif seulement en présence d’enfants remuants – allez sur le site : http://chant-chardonneret.activebb.net.

Jacques Pochart, fidèle lecteur de Belgique, réagit à la chronique intitulée : « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » par ces mots : « Vous êtes un vrai magicien…….je suis abonné au web depuis des années, la photo me passionne…et ce n’est qu’aujourd’hui et grâce au magicien Bouali que je suis allé visiter la toile pour y faire plus ample connaissance avec Giacomelli, merci mille fois pour cette invitation muette. Quelle découverte, quel homme, quelle simplicité, quelle poésie, quel amour du prochain et de l’humanité…Merci aussi pour votre chronique familiale qui chaque fois nous oblige à plonger dans nos propres souvenirs et à faire le tour de notre propre famille et des relations et des souvenirs…». 
Je continu à vous faire partager les photographies qui ont influencé ma pratique…mon seul mérite est de ne pas les avoir oublié.

Eugene Smith (1918-1978)
Photographe de guerre ayant porté la profession à un niveau de conscience et d’éthique sans précédent, Eugene Smith pratiquait la photographie beaucoup plus qu’une mission, un véritable sacerdoce. Son père qui s’est suicidé après avoir fait faillite fut scandaleusement évoqué dans la presse, Eugene se fit la promesse qu’il fera du métier de photographe une profession propre. Sévèrement blessé à Okinawa le 22 mai 1945 par un tir de mortier qui lui déchira la joue et la bouche, il gardera des séquelles à la main gauche. Encore convalescent, Eugene Smith s’empare de son appareil photo et s’en va dans le jardin de l’hôpital – là où il se fait soigner – pour réaliser cette simple et magnifique image. Sa démobilisation fut salutaire. Il abandonna la photographie de guerre pour se consacrer à la photographie humanitaire. Une photographie militante, mise au profit des laissés pour comptes, des victimes et des missionnaires, avec comme forme l’essai photographique; un genre qu’il a inventé. La vie d’un médecin de compagne, le quotidien d’une sage femme, la mission du Dr Schweitzer en Afrique sont avec Minimita (que nous évoqueront bientôt) ses plus célèbres témoignages. 
«A Walk to Paradise Garden» (En route vers les jardins du paradis). PHOTO Eugene Smith 1946
Il est difficile de ne pas sentir l’effet tunnel de lumière auquel font allusion tous ceux qui ont failli passer de vie à trépas en revenant avant le point de non-retour en regardant « A Walk to Paradise Garden » (En route vers les jardins du paradis). Il parait que l’on se sent attiré par une lumière aveuglante et une sensation de plénitude – jamais ressentie auparavant- vous envahit. Ce couloir, dernier chemin de vie et d’où on commencerait à entrevoir l’au-delà n’est qu’une hallucination due au profond état d’inconscience atteint. Il me semble qu’au moment où la vie finit, on ne se sentirait pas dans un corridor mais dans un toboggan…et il n’est plus, bien évidemment, question de revenir en arrière, la volonté étant défaillante. 

Cette photo pourrait être aussi considérée comme une allégorie du début de la vie. N’avons-nous pas là une incarnation d’Adam et Ève se baladant dans le jardin d’éden ? Ou découvrant pour la première fois la féerie de l’ici-bas ? Quand on sait que ces deux enfants sont les siens, on comprend mieux l’état d’âme du photographe. N’est ce pas à travers notre progéniture que l’on réussit à vaincre notre phobie de la mort ? C’est la seule explication possible, bien que déraisonnable, qu’en temps de guerre ou lors des grands fléaux l’on enregistre le taux de natalité le plus élevé.  
Il est fort probable qu’Eugene Smith a mis totalement en scène cette photographie, cela n’empêche qu’il nous offre une illustration définitive de la vie ; son incomparable beauté et son inestimable valeur. La trouée, semblable à un arc du triomphe, d’où passent les deux enfants, leur taille relative – le garçon un peu plus grand que la fillette- ainsi que leur démarche déterminée donnent une impression de majesté mais aussi de stabilité. 
Avec deux enfants, un jardin et un immense et profond amour de la vie, Eugene Smith a tout résumé. 

Cette photo connote que chaque instant pourrait être le dernier vécu…mais aussi que ce monde où nous vivons est fabuleux, malgré tout. Il y a encore tant de gens à connaître, de choses à voir et de moments à vivre comme si nous étions des nouveau-nés. A Walk to Paradise Garden » n’est-ce pas où nous étions avant d’être là et là où nous espérons (pour ceux qui croient) y aller quand tout sera fini ? 
Voyager I, la sonde envoyée il y a une trentaine d’année à la rencontre d’éventuelles civilisations extraterrestres, emporta le meilleur de l’humanité ; des symphonies, des textes littéraires, des photos de paysages terrestres, des portraits, des sons gravés sur un cd-rom, 110 images et 1h30 d’enregistrements analogiques. “A Walk to Paradise Garden” aurait pu très bien illustrer la pochette : car cette photographie est à la fois une admirable invitation à visiter la terre mais aussi une preuve du génie de ses habitants.

Ce texte est dédié aux enfants de Gaza qui nous ont quitté trop vite…privés de connaitre – davantage – cette terre qui ne manque pas d’attraits.


Hamideddine Bouali
6 janvier 2009
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h.delic has added a photo to the pool:

La Cite, Carcassonne, Languedoc-Roussilon, France. 15-5-2006.

The fortified town of Carcassonne and its dream-like silhouette need no introduction. The city’s role in Cathar history, and especially the Albigensian Crusade during which over 200,000 people died, is equally famous.

Shot in crazy wind and miserably overcast weather using a three-stop graduated neutral density filter. It was hard to get a view above the trees and I had to clone out some protruding branches.

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Questions de temps

Temps d’écouter
J’ai reçu un e-mail m’invitant à une visite guidée de l’exposition « Distance et proximité» organisée par le Goethe Institut de Tunis(1). Mais, je me suis trouvé dans une situation surréaliste puisque j’ai dû écouter une phrase dans la langue de Schiller puis sa traduction dans celle de Rabelais pour pouvoir la comprendre en arabe (je le suppose ! En fait, a-t-on tranché cette question existentialiste de savoir dans quelle langue saisissons-nous les choses… !). Entendre une phrase du genre: « Thomas Ruff photographie les détails des intérieurs de maisons et en a fait un style… » ou encore : « Cette photographie qui parait ne mettre en scène qu’une salle vide est en fait celle qui a connu un grand événement historique : la division de l’Allemagne lors de l’Accord de Postdam ». Et pour finir, entendre : « Gurski est un des photographes les plus connus et les plus côtés [sans aucune autre justification]…il photographie les gens dans des espaces immenses car encore enfant et habitant la campagne il avait peur d’être rejeté » sont des commentaires qui ne valaient pas le déplacement. Je ne dirais pas « fin de citation » puisque il pourrait y avoir dans ces immenses salles du Palais Keireddine des échos maléfiques qui auront dénaturé les paroles de cette jeunes allemande venue spécialement de Germanie pour nous expliquer, soit ce qui était devant nos yeux soit de justifier maladroitement ce qui n’avait pas lieu de l’être. C’est ce que l’on inflige souvent à l’art contemporain : un discours essayant de lui faire dire ce qu’il n’a jamais prétendu revendiquer
… L’art contemporain se contente d’affirmer qu’il est là…Tout simplement.

Temps de faire
Dans ma dernière chronique(2), j’évoquais le grand photographe Avedon à travers une description du portrait qu’il avait réalisé du sénateur Obama, aujourd’hui, je viens vous parler d’une autre image signée aussi Avedon.

Dovima et les éléphants. Richard Avedon. 1955

Cette photographie révèle une grande maîtrise, aussi bien de la technique que du langage photographique. D’abord, rares sont les personnes qui remarquent que ce cliché est en noir et blanc tant la force qui en émane bouscule notre quiétude bien avant que nos cônes et nos bâtonnets de notre rétine ne s’en rendent compte ! Le contraste poussé à outrance dans le choix des éléments de composition est si intense que la palette chromatique est devenue comme par magie une question secondaire. Le modèle est d’une grâce féerique. Profil hautain et snob, cou interminable, décolleté audacieux, corps enveloppé dans un fourreau sombre, Dovima, mannequin de chez Dior, semble charmer (étymologiquement cela s’entend ensorceler) que ce soit ceux qui regardent son dos ou ceux qui contemplent sa face.
Certains ont vu dans cette image une évocation du conte de Jeanne-Marie Leprince : La belle et la bête…ils se sont trompés. Ou alors nous les avons mal compris…qui est la bête et qui est la belle ? Ces éléphants sont-ils furieux ou pris de panique ? N’avez-vous pas l’impression que nous autres spectateurs sommes en fait de part et d’autre de Dovima…nous aussi, sommes enchainés, démunis, incapables de faire quoi que ce soit devant cette créature mi-ange mi-démon. Les allusions mythologiques ou érotiques que suscite cette photographie sont innombrables…
Avedon, contrairem
ent au portrait d’Obama qu’il nous livrait tel quel, se faisant passer pour un Photomaton de hall de gare, se place ici dans le fauteuil du metteur en scène ; disposant les composantes de son image à sa guise pour nous en faire voir de toute les couleurs…

Temps de crise
Claude Perez revient occuper les cimaises de l’Aire Libre d’el Teatro(3). Je l’ai déjà dit et je le répète, ses récentes photographies n’ont rien à voir avec ses œuvres antérieures. Une raie de lumière se réfléchissant dans la mer, un personnage passe, à pas lent, en course ou nous offrant son profil et hop une photo…c’est dans la boite coco. Le photographe « s’amuse », après, à les multiplier à l’endroit à l’envers…à satiété. Permettez-moi cette analogie, de loin cela fait une série de motifs donnant un certain effet papier peint.
Personnellement je n’ai ressenti aucune émotion devant ces photographies-puzzle que l’on accole tète bèche, ou en frère siamois !!! Tout cela est une question de goût, mais quand on lit la liste des œuvres exposées on est surpris (moi en tout cas) de lire que vous pouvez devenir possesseur de cette œuvre pour 3500 dinars. Là, nous sortons du domaine des opinions et des préférences pour entrer de plein pied dans celui de l’économie. Nous n’allons pas faire la somme du prix du tirage, du cadre, de l’amortissement de l’appareil photo, des frais de déplacements, du pourcentage à concéder à la galerie en cas de vente…Non cela serait déplacé ! Puisque en fin de compte nous pourrons trouver, par simple soustraction, la valeur du travail artistique.
Mais, jetons un coup d’œil à la cote de quelques photographies vendues aujourd’hui en France. Avec 3500 dinars, un peu plus de 2000 €, vous pouvez vous offrir (pour les fêtes de fin d’année) ou vous permettre d’accrocher dans votre séjour un Portrait d’un enfant déguisé en arlequin réalisé par Lucien Clergue (tirage argentique signé par le photographe de format 22 X 28,5) à 280 €, pour 300 € vous serez l’heureux acquéreur d’un superbe Nu académique de Jean François Jonvelle ( tirage de format 30 X 40 cm avec cachet à sec officiel du photographe) ajoutons dans le caddy une œuvre de Mario Giacomelli intitulée La Buona Terra (tirage au platine signé, de format 15 X 10 cm) à 130 €, allez ! Ajoutons de la fantaisie ! Un magnifique tirage couleur, d’époque, en superbe état de format 20 X 25 cm d’Apollo 10 en orbite autour de la Lune au prix de 130 € (un tirage similaire fut adjugé précédemment à 1000 €). Le restant de la monnaie servira à s’acquitter des frais de port !


Temps d’envoyer vos photos au World Press
Il y a un mois, je découvre une info bizarre sur le site de l’Arab Press Network. « La majorité des images les plus fortes aujourd’hui viennent du conflit qui déchire la région arabe, mais ce sont souvent des photographes non arabes qui prennent ces clichés. « World Press Photo est conscient de l’importance d’encourager et de soutenir les photojournalistes dans leur propre région », assure Michiel Munneke, directeur de la fondation organisatrice du World Press, qui explique que la fondation est actuellement engagée dans des programmes de formation pour les photographes en Égypte et au Maroc, et a pour projet de mettre en place des sessions de formation au Moyen-Orient.…Les inscriptions au concours World Press Photo sont ouvertes et, cette année, les photojournalistes arabes sont fortement encouragés à participer et à exposer leurs talents…Pour l’édition 2008 du concours World Press Photo, nous avons vu une augmentation de 28 % du nombre de participants du monde arabe, mais nous restons néanmoins convaincus qu’un plus grand nombre de photographes de la région ont la capacité d’entrer dans la compétition », déclare Munneke.
Que cache cette insistante invitation ? Est-ce une des conséquences de la polémique née de la consécration de la photo de Spencer Platt réalisée à Beyrouth en Août 2006 ? J’ai déjà évoqué dans une de mes chroniques que si le prix était mérité, le fait d’inviter à la cérémonie de remise des prix du World Press Photo ceux qui figuraient dans la photo était étrange pour ne pas dire compromettant (4). Aujourd’hui, cette invitation vient confirmer mes suspicions. Le jury allait-il avoir comme consigne de favoriser les participants d’origine arabe ? Y’a-t-il volonté d’inverser les rôles…en lieu et place d’un photographe venu d’Occident pour couvrir un événement, le plus souvent sanglant, en pays arabe, le jury va-t-il consacrer un photographe libanais ou irakien (ou autre) auteur d’un reportage sur les élections américaines ou le crash de Wall Street ? Après le temps de l’orientalisme voilà venu le temps de l’occidentalisme. Si vous êtes photographe de presse envoyez sans plus tarder vos œuvres au World Press Photo, peut-être seriez-vous l’heureuse victime de cette discrimination positive. Edward Saïd n’avait pas prévu cela.
D’ici la date de la parution du palmarès 2008 en février prochain, Mach (Mahmoud Chelbi) me confirme que l’expo du WPP, édition 2007, sera parmi nous en janvier prochain…à suivre.

Temps des bague(ettes) magiques
La rédaction du journal Le Figaro a supprimé de la photo de Rachida Dati, la Garde des Sceaux, une bague de grande valeur. Baptisée « Liens » de chez Chaumet, le bijou est en or gris pavé de diamants, avec deux liens pavés de diamants, ce joyau a été évalué à 15600 €. Information glanée du site Rue89. Débora Altman, responsable de la Une du Figaro a indiqué: “La “Une” parlait du malaise entre Rachida Dati et les magistrats. On a trouvé que la bague se voyait trop et on l’a enlevé pour ne pas que les gens se focalisent sur ça et que ça créé une polémique sur le côté bling-bling. Ça a été fait dans l’urgence, il était 20h29 et on devait boucler à 20h30″. Les forums de discussion ont été juste après la parution de l’information pris d’assaut.

La Une du Figaro du 19 novembre et la photo originale réalisée par François Bouchon le 17 juin 2008

Effectivement, montre en main, cela m’a pris moins d’une demi-minute, avec le logiciel CorelPhoto Paint (TM), pour débarrasser l’annulaire en question de son lourd fardeau. Mais, toute une vie ne suffirait pas pour prendre la lourde décision de retoucher une photographie de presse, censée fournir une information correcte autant que l’article qui l’accompagne. Un acte d’une grande gravité. Je n’ai peut-être pas assez cherché celui, (ou celle !!!) possédant un sens de l’observation et une mémoire photographique aussi précise, ayant découvert la supercherie. Il (ou elle) mérite un satisfecit.
A croire qu’ils sont fous ces Gaulois, pour parodier la bande dessinée Astérix. Un ministre qui ne peut pas s’offrir, ou se fait offrir une bague de grande valeur, sans que le ciel ne lui tombe sur la tête, un responsable de rédaction qui joue à la baguette magique (outil de retouche de Photoshop), un inconnu qui découvre le tour de passe-passe, des internautes qui cherchent dans les catalogues des joailliers le nom du bijou et sa valeur, d’autres qui le comparent aux boucles d’oreilles de Ségolène Royal, alors que quotidiennement – à l’heure du passage des éboueurs – on ramasse des SDF morts de froid…Mais où va la France par Toutatis !!!

Temps de lire
Un grand nombre de personnes se plaignent de la longueur de mes chroniques. S’il est vrai que contrairement aux autres blogs celui-ci se singularise par des textes d’une certaine étendue, il faudrait préciser que la fréquence de publication n’est pas la même. Certains bloggeurs publient un post par jour, d’autres le font sans périodicité particulière alors que du-photographique conserve un rythme d’un texte par dizaine de jours…Amplement le temps de lire et de réagir s’il y a lieu de le faire. La lecture du portrait d’Obama (2) ayant été, dans l’ensemble, agréablement accueillis, je réserverais dans mes prochaines chroniques un chapitre pour lire une photo qui m’a marqué et donc influencé ma pratique photographique.

Hamideddine Bouali
10 décembre 2008

(1) (Ana)Chronique XXXVI ; « Le surmoi de la Photo !!! » du lundi 10 novembre 2008
(2) Chronique XXXVII ; « Ecce Homo » du vendredi 21 novembre 2008
(3) Chronique XXI ; « Une brève histoire du temps » du mercredi 21 mai 2008
(4) Critique V « Image presque parfaite d’un monde qui ne l’est pas ! » du vendredi 21 décembre 2007

N.B. : Vous trouvez que ce blog a du mérite ? Votez pour lui dans la catégorie Meilleure Blog en Français du challenge en cliquant sur ce lien : Tunisia Blog Awards 2008…merci d’avance.


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Ecce Homo

Barack Obama par Richard Avedon 2004. Copyright : NewYorker.com

Big boss
Barack Obama est désormais le président élu du pays le plus puissant du monde, ce qui veut dire, en d’autres termes, le président du Monde comme l’ont dit un grand nombre de moyens d’information. Obama a le même âge que moi (et de mon frère jumeau) et cela me pousse à la réflexion ! Et si j’étais à sa place ? Vous vous rendez compte ; avoir le code de mise à feu de l’arme nucléaire, et la liberté de s’en service, être en mesure de protéger efficacement l’environnement, posséder la décision d’envoyer – dans une dizaine d’années – un homme vers Mars (et évidemment le ramener vivant), la liberté d’arrêter la guerre en Afghanistan et en Irak, posséder les moyens de trouver une solution équitable pour résoudre le conflit en Proche-Orient…tant de puissance dans les mains d’un seul homme !
Heureusement ce n’est pas moi, car aujourd’hui je tiens jalousement à ma quiétude. Et demain, quand viendra le temps du bilan, on reprochera ce qui n’a pas été réussi et ce, nonobstant le pouvoir détenu !
Derrière mon PC ou mon appareil photo, je possède aussi une certaine puissance, chroniqueur (ou bloggeur), celui de décider d’arrêter de rédiger ce texte, de le continuer en changeant à chaque phrase de sujets ou de mentir.
Photographe ! Qui peut m’empêcher de prendre un appareil photo et de jouer aux paparazzi, d’accoler une légende erronée à une photo où vous figurez en bonne place en détournant complètement son sens ou de surcoter mes photos lors de ma prochaine exposition ?
Mais partout et en tout temps, les garde-fous ainsi que les contre-pouvoirs ont existé. D’une manière ou d’une autre, les décideurs n’ont jamais joui d’une totale liberté d’action. Obama ne peut faire sans les autres institutions, en place dans toutes démocraties, sans parler des forces occultes et des réseaux d’influence.
Quant à moi, si je dévie du sujet auquel ce blog est dédié, ou si, par malheur mes textes deviennent extravagants, je risque de ne plus être lu. Paparazzi, je tomberais sous le coup de la loi pour le moindre délit de droit à l’image. Une photographie surestimée attirerait le ridicule d’autant plus que c’est son auteur qui en est le responsable.
Voyez-vous où cela me mène-t-il quand je n’ai pas d’exposition à critiquer sous la main ou de viseur d’un appareil photo à portée d’yeux ! Revenons à notre sujet Obama…et son portrait.

A l’article de la vie
Voici, des extraits d’un article signé Jean-Jacques Naudet, paru le 4 novembre 2008 en page 24 de mon journal préféré Le Monde :

QUAND AVEDON CADRAIT OBAMA
A Washington, une formidable exposition des portraits pris par le photographe américain, mort en 2004.

Photographie
Washington

Envoyé spécial

Un portrait de Barack Obama : c’est l’ultime image du dernier reportage du photographe Richard Avedon, paru dans le New Yorker quelques semaines après sa mort, en 2004. C’est la dernière photographie de la formidable exposition intitulée « Avedon, Portraits of Power », organisée à la Corcoran Gallery de Washington, jusqu’au 25 janvier 2009.

L’article est conclu par…


En 2004 enfin, c’est Democracy, un audit photographique de l’Amérique à la veille de l’élection présidentielle. La dernière photo est celle d’un jeune sénateur Noir de l’Illinois, Barack Obama. Richard Avedon est victime d’une hémorragie cérébrale pendant la réalisation du reportage. Il meurt à l’âge de 81 ans. Helmut Newton et Henri Cartier-Bresson sont morts quelques mois auparavant. L’essai est publié, bien incomplet, le 1e novembre 2004.

Avez-vous noté que Le Monde se permet le luxe de dépêcher un envoyé spécial pour couvrir une exposition de photographie de l’autre côté de l’Atlantique ? Signalons au passage qu’une grande rétrospective Avedon fut organisée au début de l’automne à Paris et que toutes les photos exposées à Washington sont consultables sur le net ainsi que dans des ouvrages spécialisés.
Dans les deux phrases inaugurales de l’article, le signataire accumule les mots dont la connotation est sans équivoque : «Ultime image», «quelques semaines après sa mort », «c’est la dernière photographie». Le papier est conclu sur une note semblable ; «dernière photo», « victime d’une hémorragie cérébrale», « il meurt », «Helmut Newton et cartier Bresson sont morts» et «l’essai est publié incomplet».
L’idée de Jean-Jacques Naudet de souligner d’une manière significative l’héritage artistique d’un grand portraitiste est beaucoup plus que flagrante. Le fond de l’article est un condensé du parcours du photographe, passant d’un magazine à un autre en voyant défiler devant son objectif des tops modèles ou des personnalités politiques. Aucune mention de l’exposition visitée ni de l’affluence du public ou de la réaction de la critique américaine. L’article est illustrée par le portrait de Barack Obama, l’auteur n’en souffle pas un mot…ci après le mien.

Le sens des gens

Qu’est ce qu’un portrait, photographique cela s’entend ? Une réactualisation de la présence d’une personne ? Une illustration de sa vie, tout comme un patronyme ? Un «Ecce Homo» ? Une dénonciation ? Une mise à nu ? Un écorché vif ? Une radiographie ?
Un portrait c’est tout cela à la fois. Mais certains portraits renferment une ambition quand tous les autres ne sont qu’un simple passif. Celui de Barack Obama est un de ceux là, sans que son auteur Richard Avedon en fut un visionnaire ou un prophète.
Quand un jeune sénateur, sémillant juriste, ambitieux politicien, au physique de sportif et à la figure de jeune premier de cinéma, se présentant dans votre studio de prise de vue avec une démarche dansante, la voix d’un avocat sûr de sa plaidoirie et le regard d’un adolescent – un pied dans le rêve et l’autre dans la réalité – vous tombez sous le charme. Le personnage – remake de James Steward dans «Monsieur Smith au Sénat» ou clone de JFK – attire particulièrement l’attention, cela n’a pas dû échapper à l’œil du photographe. Avedon, soixante ans de photographie, qui a roulé sa bosse dans un grand nombre de magazines connait la leçon ; côtoyer à longueur de temps de pose, des acteurs, des hommes politiques, des mannequins cela vous donne «le sens des gens ».

Je m’en lave les mains !

Avec une symétrie presque parfaite, aux proportions homogènes et au teint de peau mitoyen entre ses cheveux à la coupe stricte et à sa chemise décontractée, le visage d’Obama signé Avedon est un curriculum vitae accompagné d’une lettre de motivation en bonne et dûe forme d’un homme politique. L’ambition qui gicle des yeux d’Obama, traversant l’objectif pour venir vous hypnotiser, est si intense qu’elle semble avoir appuyé sur le déclencheur. Le choix d’un éclairage flamboyant, la lumière parait se déverser du rebord du cadre, vient souligner le caractère brillant du personnage. Dans un portrait, la pose est un élément primordial de composition, Obama apparait tendre le cou vers l’objectif, voulant franchir la surface du tirage. Tout cela légitime le terme médium – «ce qui se tient entre» – auquel on a recours pour designer la fonction d’intermédiaire qu’occupe la photographie.

Tout comme Ponce Pilate se dégageant de la responsabilité de condamner le Christ, Avedon en refusant d’altérer l’image d’Obama s’en lave aussi les mains en nous le livrant tel quel …a nous d’en être juges.

Le Portrait et moi

J’ai toujours eu une aversion pour pratiquer le portrait. Photographier des scènes de vie en ville, saisir un danseur pendant un entrechat ou signer mon autoportrait ne m’a jamais attiré d’ennuis, en tout cas jusqu’à la rédaction de ces lignes. Aucun danseur, place publique ou situation photographiée ne m’a apostrophé pour protester de sa non-ressemblance avec l’image que j’en ai faite. Mais me mettre devant une personne pour essayer de la cerner dans un rectangle qui sera supposé la réincarner est hors de mes compétences.
Ce que l’on ignore souvent c’est que nous portons tous l’image (pas seulement optique) de nous-mêmes. Cette image est complexe, mélange de traits et d’attraits, vrais ou supposés l’être. Si un portrait fait de nous s’écarte un peu trop de cette image mentale que nous avons, nous le rejetons. Cependant je suppose qu’aucune photographie ne peut être strictement conforme à celle virtuelle que nous avons de nous-mêmes. Le meilleur portrait est celui qui s’en approche le mieux.

Post scriptum

Très souvent la correction stylistique d’un texte n’est qu’une variation, une nuance ou un subtil changement qui ne dénature en rien le fond du texte, c’est ce qui arrive couramment avec les textes rendus par mon père ou par Safi – mon frère jumeau – après lecture et correction.
Mais pour ce texte, Safi propose sa propre conclusion…je vous la livre tel quelle me fut envoyée !!!

Ici manque une chute du genre :

Barack H. Obama ne peut refuser le sien même s’il est à la limite de la photo anthropométrique. En fait, Avedon atteint les ultimes rivages de l’art visuel. Posture en très net retrait pour un photographe, mais qui exprime un choix de neutralité. Aucune sophistication artificielle du sujet. Aucun artifice. Richard Avedon semble lancer à ses compatriotes : «Américains ! Voici votre homme je vous le livre tel qu’il est. Faites-en un roi ou un supplicié. Moi, je m’en vais».
Lourde responsabilité.

Hamideddine Bouali
et Safi pour la conclusion
20 novembre 2008


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« La chronique XXXIII refusée par le comité de lecture »

Mon père corrigeant cette chronique. Photo Hamideddine Bouali. 26 octobre 2008 à 19h30

Une correction méritée !!!
Habituellement je donne à mon père mes textes à corriger. Il s’y attelait à l’instant où je lui tends les feuilles imprimées, jamais de manuscrits à cause de mon écriture parfois illisible. J’ai tendance à croire qu’un texte tapé à la machine et a fortiori produit par une imprimante moderne donnait l’impression que c’est un travail sérieux, ne comportant pas de fautes minables : celles concernant l’orthographe. Ce préjuge n’en est pas un en réalité. Un texte écrit sur un ordinateur permet effectivement d’éviter de commettre ces fautes, le correcteur orthographique intégré les souligne en rouge, il suffit alors de lui demander, sans gentillesse particulière, de les rectifier.
Mon père me donnait l’impression qu’il attendait cet instant avec impatience…il m’avait un jour fait entendre qu’il trouvait un plaisir à me lire et je considérais cela comme une marque d’affection paternelle plutôt qu’un éloge à peine voilé de mes compétences littéraires. Et s’il m’interpelle pour me dire : « quand est ce que tu vas me donner un texte à corriger ? » je ne retiens que le dernier mot et je ne peux pas esquiver l’idée qu’il est un (ancien) instituteur et moi (toujours) un élève. Bref , dès que les feuilles sont en sa possession, il s’empresse d’aller chercher son stylo, n’importe lequel fait l’affaire, met ses lunettes ; monture noire à la Kissinger qui font très années soixante et lecteur qui, à force de lire devient myope, puis incline le buste. Mon père lit en corrigeant simultanément, un vrai reflexe de correcteur. N’importe quel texte sur n’importe quel sujet : il y va sans une humeur particulière ou une curiosité de lecteur. Au même moment, je feins de ne pas le voir à l’œuvre…comme si j’étais résigné à empocher la sentence que je mérite.
Parfois quand une phrase s’étire en longueur, comme celle-ci, il la suit du bout du stylo comme s’il suivait un sentier ne sachant pas où il pouvait bien mener, à ce moment précis, moi, j’ai le cœur qui bat de peur de le voir raturer, biffer ou comble de malheur le voir se tournant vers moi pour me dire : « cette phrase est à reformuler ». Dois-je consulter un spécialiste, ophtalmologue ou psy, si je vous confie que je n’ai toujours vu dans le terme littérature que les trois dernières syllabes ?
Ma mère, longtemps à ses côtés, s’enquérait avec impatience de l’état d’avancement de la correction et il lui arrivait de demander : « alors !». Mon père, imperturbable, répondait presque machinalement : « il a un style particulier et des trouvailles intéressantes, et les fautes sont surtout des coquilles tout à fait bénignes ». Je prenais toujours, la question comme l’interrogation d’une jeune mère à-propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent.
Instituteur de la vieille école et journaliste prolifique, il se contente de souligner, raturer, noter dans la marge. Il ne fut presque jamais question de styles, de niveaux de langues ou de champ lexical. Il cessa de répéter que mon français s’apparentait à celui pratiqué par les francophones hors métropole (Canada, Belgique et Suisse). Ainsi mon père parlait en général jamais d’un texte en particulier…Il corrige… point barre.

Histoire d’une chronique abandonnée
Très rarement j’envoie mes chronique à d’autres personnes dont mon frère-jumeau (celui qui vient de se lancer dans l’écriture des romans : « Safieddine Bouali : Sur les traces de Columbia… »).
La chronique XXXIII intitulée : « L’édifice immense du souvenir » que je lui ai envoyée il y a une semaine m’a été renvoyée avec ce commentaire : « Je ne retrouve pas l’artiste dans cette chronique. Où est ta verve ? Très en dessous de tes performances…Lourde, trop longue, cette digression. Ennuyeuse sans aucun doute. Même ton souvenir d’enfance n’a pas réussi à m’attendrir (sic). On comprend vite que le vrai sujet se trouve dans le dernier paragraphe, tout ce qui précède n’étant qu’une trop longue introduction…Mérite une vraie réécriture. Brutale ma critique ? Non. Seulement sincère ».

Brutale ? Non ! Mais voila !!! Un membre de mon comité de lecture a brandi son veto. C’est que mon jumeau se penche sur un texte avec un regard différent et complémentaire à celui du paternel. L’âme d’un papier, son équilibre, ses justes proportions, sa cohérence, il les scrute en un jet… Il les scanne ! Mais je me suis senti comme arrêté intempestivement par un feu rouge alors que je roulais hautainement dans une Rolls ! Cela était inattendu !

Alors je me suis demandé si le puits s’est tari ? Me-suis éloigné de mon sujet de prédilection – la photographie – pour atterrir je ne sais pourquoi sur la surface de la Lune (chronique XXXII), pour commenter un cent mètres même s’il s’agit d’un record du monde (Chronique XXVII) ou pour évoquer la citronnade de Ghar el Melh, aussi succulente fut-elle (les trois Chroniques publiées après les Rencontres) ?
Pour ma défense, à part la rentrée photographique fêtée symboliquement à Beit el Bennani et l’hommage rendu à Kahia, rien ne se passe (encore)…Mais soyons optimiste.
Objection votre honneur !!! Les événements photographiques ne manquent pas. Le Mois de la Photo de Paris, la rétrospective Richard Avedon à Arles, la Photokina à Cologne…susciteraient de longs commentaires pour un chroniqueur même légèrement inspiré. Alors qu’est ce qui se passe docteur ? Est ce que c’est grave ?


Heureux événement
Il se peut que l’arrivée imminente d’un appareil photo dans le foyer a bouleversé – non pas les habitudes on n’est pas encore là mais cela va venir – mon appréciations des choses. Peut-être que je suis redevenu visuel et beaucoup moins littéraire. Je sais que je vais devoir m’expliquer sur ce point. Je pense que ceux qui sont pourvus d’une certaine sensibilité peuvent facilement changer de moyens pour exprimer cette émotivité. Que de poète-photographes, de peintres-écrivains, de cinéastes-dramaturges ont alternativement composé, écrit, réalisé ou peint sans efforts particuliers. Il suffit d’une technique à apprendre puisque l’essentiel – le désir irrépressible d’en parler – est là. Ces individus ont utilisé des vecteurs différents pour incarner des émotions. J’ai lu Zola et vu ses photographies…la même minutie et une semblable volonté d’exhaustivité dans les Rougon-Maquart ou dans ses photographies de Paris. Tiens ! Une belle étude comparative à mener.
Sachons raison garder ! Ni mes chroniques, ni ma photographie ne sont en rien comparable à celles du chef de file des auteurs naturalistes. Bien que l’appareil de la photographie d’aujourd’hui est plus proche d’un clavier et d’un écran d’ordinateur, au point qu’il est considéré comme un de ses nombreux périphériques, que du télescope et du microscope comme ce fut le cas jusqu’à récemment, il est hasardeux de faire ressembler l’acte d’écrire avec celui de photographier. Chacun ayant sa propre logique de fonctionnement, son mode opératoire et surtout sa gestion du temps.

Même s’il est possible de faire le parallèle entre une planche-contact dont on ne garde qu’un photogramme et la liasse de brouillons dont on ne conserve qu’une belle page pas trop gribouillée, il est par contre exagéré de n’y voir autre chose qu’une simple analogie. Les rushs jetés à la poubelle après le montage d’un film, les répétitions au théâtre sont aussi le côté coulisse invisible aux profanes. Chaque moyen d’expression possède ses rites, ses habitudes et ses particularités. Les comparaisons ne sont qu’un raccourci cahoteux. La photographie, l’écriture, le cinéma, la poésie, le théâtre sont des mondes à part et ceux qui excellent aussi bien là qu’ailleurs sont de vrais virtuoses.
Il se peut qu’à mesure que je photographie je perde le plaisir d’écrire. Où bien que j’associe modestement le bonheur de photographier avec la joie d’écrire ! Qui sait de quoi demain sera fait ? Nous autres humains sommes à la merci d’une envie instantanée ou d’un coup de cœur infini ! Mais n’anticipons pas, je suis encore à taper sur mon clavier ce 26 octobre. Il est temps de revenir à l’heure d’hiver, c’est l’adieu définitif à l’été 2008. Vivement une exposition à critiquer, un photographe à encourager, une tendance à encenser et un fait à commenter.

Si vous êtes curieux de lire la chronique XXXIII où j’évoque Blanche-Neige, Charles Trenet, Jean-Paul Gaultier et Proust vite e-maillez-moi avant que je ne la jette à la poubelle de mon pc !!!


26 octobre 2008
Hamideddine Bouali

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We decided to sacrifice a day on the altar of culture, and enrolled to a full day bus tour to visit some of the most remarkable sites in Tunisia. In short, it was a total disaster.

It was a Hungarian guided tour, so first we collected all the Hungarians from the different hotels. We also had to change bus, because half of the group was coming from a different area with a separate bus. Finally we arrived to our first stop, to the capital Tunis. We got off the bus, and tried to keep the pace with our guide and the rest of the group, who paid no attention to the fact that a 3.5 year old cannot walk as fast as an adult, and usually we caught up just after the guide has finished his talk. Then we were let go to see the Medina and do some shopping, but it was impossible to even get to the market area and back in the time provided. So, we had a small walk in the area, and went back to the bus, which was not there yet. Enikö had to go the toilet, so she and Judit went to a nearby restaurant. In the meantime the bus arrived, so did the rest of the group, and at the end we were the last ones getting on, 10 minutes late. In the following minutes we had to take several remarks from our guide, about how unacceptable our late return was, jeopardizing the schedule of the whole group.

The next stop was a small town, our guide continued his miserable attempts to run for a comedy award, and said that whoever late was welcome to take one of the small yellow cars to the next stop. The story was similar, running after the group, missing all the stuff, but at least we made sure that we got back first. It meant we did not manage to walk up to the point with the view, but neither did half of the group, simply because they were too fat and the road was too steep. The last person arriving back to the bus was our beloved guide, no mentioning of the yellow cars this time.

Then we went to Karthago to see some ruins, including an ancient bath. It was really spectacular, after we decided to leave our guide, who was too busy talking about the reproduction methods of palm trees, secrets of olive harvesting, and other relevant topics.

Then we were going to have lunch in a restaurant, and our guide made sure everybody was well prepared. He stressed that being the first bus at the restaurant was utterly important, and urged everybody to rush to the tables and mark them as reserved, then get a plate and pack as much food on it as possible, so nobody had to go back to have a second serving. This is pretty much what Hungarians would do anyway, but after all the brainwash, the result was truly spectacular. Our group swarmed the restaurant, we were the only family actually taking the time to wash our hands. There was hardly anybody else in the restaurant during the entire lunch, and there was never any congestion around the food tables, except when all our guys were fighting over the spaghetti. And the food was crap, worst food we had in Tunisia by far.

Then we went to a museum of mosaics, which was simply amazing. We had to get far from our most sympathetic guide, who was shouting so hard that I was afraid the mosaic pieces would start falling from the walls. The time was yet again way too short, but it was still a great experience.

Then we got on the bus again, listened to some more eternal wisdom about the everyday life in Tunisia, switched back to our first bus, said goodbye to our guide with tears in our eyes, and finally got back to our hotel and had some decent food. One thing is for sure, next time, we will just rent a car and get a guide book.

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riot-baby posted a photo:

was hard to get.

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was hard to get.

Pendulum (1)


Senior

Jacques Pérez, fidèle lecteur me signale l’utilisation inopportune, dans ma dernière chronique, du terme senior. Ce terme n’est pas, bien évidement, utilisé dans le sens de « vieux » mais dans celui de personnalité ayant une grande expérience dans son domaine. En photographie, la pratique soutenue, l’autocritique, l’échange d’idées avec les autres accélèrent le processus de maturation. C’est donc tout à fait normal que cette « sagesse » survienne avec les cheveux blancs. On a assez de recul pour comprendre la vie et donc on est à même de mieux la restituer dans ses œuvres. D’où d’ailleurs le grand nombre d’artistes d’un certain âge ou d’un âge certain (comme l’avait dit Charles Aznavour) qui renient leurs œuvres dites de «jeunesse». N’est ce pas un argument de plus pour justifier l’utilisation du terme senior ?

Jeunesse savait
J’ai eu l’honneur d’être membre du jury du concours organisé par Canon-Tunisie et d’avoir été surpris par le nombre de participants. En une semaine seulement, plus d’une trentaine de jeunes, pas encore des séniors, se sont précipités pour déposer leur photo et attendre avec une anxiété, compréhensible, le jour de la proclamation des résultats. L’équipe de Canon Tunisie, a bien fait les choses, les tirages envoyés ont été encadrés et accrochés dans la galerie Bel’Art, attenante à l’espace commercial. Un cocktail a permis de réunir tous ce beau monde, qui a insufflé de la spontanéité et de la bonne humeur parmi des représentants de la maison Canon en costume et cravate. Espérons que cette première ne sera pas la dernière et que ce challenge Canon de jeune sera reconduit l’année prochaine. Certain de ces photographes seront probablement des seniors bien avant d’avoir atteint la limite d’âge imposée par les organisateurs. Mais on se demande pourquoi les prix annoncés n’ont pas été remis aux lauréats ? En lieu et place des appareils photos numériques promis, ils se sont vus offrir des caméscopes !

Lauréats Canon-Tunis 2008
1e Adel Ben Yacoub (Club Tahar Haddad)
2e Kais Ben Farhat (étudiant à l’Académie d’Art de Carthage)
3e Ahmed Jelassi
Prix d’encouragement : Nesrine Belaïd

La règle du jeu
Un mail bizarre est venu bousculer une ribambelle d’autres, envoyé par des futurs exposants des Rencontres de Ghar El Melh. Comme je l’ai toujours affirmé, cette manifestations est unique en son genre, et tous ceux qui déposent leur dossier savent que Jabeur, Catzaras, Benzid, Belhassen et moi-même sommes à la fois membres du comité d’organisation et exposants potentiels. Personne ne pourra donc nous accuser d’être juge et parti, puisque la règle du jeu est connu d’avance. Le crier après coups c’est faire preuve au mieux d’amnésie au pire de mauvaise foi. Le nombre de plus en plus important de dossiers de candidature démontre que notre réputation ne souffre d’aucune tache.
Le membre d’un comité de sélection, ou d’un jury de concours, est d’abord un être humain, sensible davantage à des tendances, à des styles, à des thèmes plutôt qu’à d’autres. Peut-on le taxer de partialité s’il croit à des concepts précis de la photographie, s’il espère par ces choix offrir au public, pour qui la manifestation s’adresse, une certaine vision du monde, celle qu’il croit la meilleure. Croire le contraire c’est affirmer que tout est art, n’importe quelle œuvre peut mériter l’étiquette de Photographie et qu’il suffit d’accrocher quelques tableaux sur un mur pour mériter le label « Exposition photo ». Lors de la sélection Canon, les noms des auteurs des photos étaient bien visibles et il fallait un grand effort de justice pour donner sa voie à une bonne photo d’un inconnu qu’à celle réalisée par une connaissance. C’est un réflexe humain que de vouloir faire plaisir à quelqu’un mais c’est faire acte de justice que de se montrer loyal. Un jour ou l’autre je me retrouverai, moi ou une de mes œuvres, dans cette même situation à la merci d’un jury et je souhaiterai que justice soi faite.

CritiquePhoto. Version 01a
S’il était possible d’être parfaitement neutre, de connaître tout l’art photographique, de se déshumaniser…alors il y a bien longtemps que l’on aurait délégué cette lourde mission à un scanner, un ordinateur et un logiciel. Imaginez le processus ; on scanne une œuvre, le logiciel « CritiquePhoto. Version 01a » passera celle-ci par un premier test, dit de plagiat. Le logiciel emmagasinant une quantité impressionnante d’œuvres ultérieures, et connecté en permanence à internet, cherchera les points communs entre l’œuvre scannée et les milliards d’autres. Si l’œuvre réussie ce premier teste, elle devra passer par des grilles, de différentes constitutions, afin de juger sa composition et son cadrage, puis un histogramme analysera son contraste et le dosage de sa luminosité. Enfin si l’œuvre a pu parvenir à vaincre tous ces obstacles, un dernier examen dit « de subjectivité » estimera si cette photographie est digne de mériter le nom d’ «œuvre photographique originale». Ce critère, que chaque critique photographe dresse selon ses propres inclinaisons ne sera jamais défini. Cet examen humain, fait que des œuvres rejetées sont par la suite encensées, Atget en est le meilleur exemple passant de l’anonymat à l’adulation. D’autre part qui se rappelle encore de la photographie d’August Sander, d’Eric Salomon, de Maurice Tabard, d’Edwards Curtis ou de Jean Loup Sieff jadis très connus, aujourd’hui ignoré ? Dans quel monde vivons-nous ?
J’ai visité à la galerie Tahar Haddad, ex-écuries de Dar Lasram reconfigurés en espace culturel, et au palais Khereiddine, aujourd’hui majestueux lieu d’exposition, deux manifestations antinomiques. L’une revendique l’universalité de l’homme et l’autre la spécificité de la communauté des arabes d’Amérique Latine. Là idéal d’universalité alors qu’à quelques pas on touche à la ghettoïsation. Dans ces deux expositions des interférences sont venues altérer la bonne vision.
À la Galerie Tahar Haddad, des tissus jetés ça et là, les préparatifs d’un défilé de mode lors du vernissage et un je ne sais quoi d’inhabituel ne m’a pas laissé contempler sereinement les photographies. Encore une fois beaucoup de photos qui se ressemblent et malgré leur dispersion dans ce magnifique espace, la sensation du déjà vu vous laisse perplexe. Des portraits habillés, les mêmes personnages mais à chaque fois un nouvel accoutrement…on dirait les pages d’un magazine de mode sans plus. Appeler cela Universalité c’est affirmer que la djellaba fait l’arabe !
Au Palais Khereiddine, des rosaces imposantes, plus coréennes qu’arabes, ornent, gratuitement, les murs. Ceci est à l’image du catalogue dont la couverture déconcerte par son graphisme fait de modules plastiques. Inviter une quinzaine de photographes, de styles et de compétences différentes, autour d’un sujet, produit une exposition où se côtoie ; images documentaires, photographies artistiques, documents historiques et feuillets d’un album de famille…inclassable fouillis. Aux spectateurs de trouver dans ces somptueuses salles ce qu’ils cherchent. A moins que ce soi le titre – “Exposition photographique” et non “Exposition de photographie” – qui cache les intentions des curateurs. Voir ces deux expositions l’une à la suite de l’autre vous donne l’impression que la photographie ne se suffit pas à elle-même. Il lui faut pour s’accomplir l’apport de la musique, d’une décoration ou d’une certaine ambiance. La photographie, la vraie, est une plénitude du regard, le moindre détail superflu afflige le spectateur d’un inconvenant strabisme.

Pique-nique printanier
Si vous avez manqué la saison photographique en cours, Mach nous invite à un pot pourris des expositions qui ont eu lieu tout le long de l’année avec quelques inédits. Aujourd’hui au Printemps des Arts de la Marsa, tout comme en début de juillet à la seconde édition de l’Exposition Internationale de Photographie organisée par le photographe Zouhair Ben Amor à Yasmine Hammamet (publicité gratuite) (2), on se retrouve devant le même phénomène. Inviter les uns et pas d’autres, alors que l’on expose soi-même ses œuvres, n’est-ce pas – pour les mauvaises langues – un flagrant délit de partialité ? La séance de rattrapage à La Marsa est à l’image de cette année particulière ; de rares expositions inoubliables, quelques unes qui se laisse apprécier et certaines que l’on se serait passé de rencontrer de nouveau. La récolte est abondante avec des primeurs juteuses, des fruits qui ont bien mûries mais que d’ivraies. Bientôt il faudrait bien se rencontrer, faire le point, dresser le constat et tirer les conclusions nécessaire sur la situation de la photographie en Tunisie.

Hamideddine Bouali
4 juin 2008


(1) Pendulum : film Policier de 1968 réalisé par George Schaeffer, avec George Peppard, Richard Kiley et Jean Seberg. Accusé à tord d’avoir tué son épouse infidèle, un officier de police doit livrer une course contre la montre pour prouver son innocence. Déboires et péripéties pour un homme qui jusqu’alors critiquait certaines lois permettant à un suspect de rester en liberté. La moralité de l’histoire est évidente, on ne comprends l’esprit des lois que lorsqu’on se place aussi bien du coté des juges que des justiciables.
(2) La deuxième édition de l’exposition internationale de photographie de Yasmine Hammamet aura lieu au complexe touristique la Médina du premier au 16 juillet 2008.

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