« Il n y a pas de mains pour me caresser le visage »
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Réminiscence Il m’arrive de demander aux gens que je connais quel est le plus lointain souvenir qu’ils ont ? Certains répondent : « j’ai plus intéressant à faire que de me torturer les méninges », d’autres : « tu n’a rien à faire d’autre que de jouer à l’Ardisson, dans Tout le monde en parle ? ». Ceux qui jouent le jeu, se souviennent d’une chute dans un escalier, d’un jouet fabuleux reçu ou d’un merveilleux lieu visité…pour ma part, il s’agirait d’une situation. Cela se passait chez un glacier à la plage de « l’Aéroport » situé à mi-chemin entre La Goulette et Le Kram, dénommé ainsi puisqu’elle servit naguère à l’amerrissage et à l’accostage d’hydravions. Nous étions tous attablés attendant le serveur ; papa était à l’autre bout de la table, maman à sa gauche, puis mes quatre frères et ma sœur ordonnés d’une façon tout à fait fortuite…du plus grand jusqu’à moi. Ma petite taille me consentait des libertés et des privilèges. Mes pieds pendaient sans toucher le sable ce qui me permit de les balancer. Le flanc de la table venait tout juste au niveau de mes yeux et paraissait évidement bien épais. Je me rappelle encore de ce malicieux point de vue ; j’arrivais à voir aussi bien ce qui se passait en haut de cet horizon artificiel que de ce qui s’y déroulait en bas. Des bustes plus ou moins grands mais aussi des pieds sanglés de sandales ou de souliers d’été. Mon père, avec sa voix pleine de prestance et d’autorité, interpella le serveur qui nous rejoignit tout de suite. Étant installé chez un glacier il était évidement question de commander des glaces, il ne restait qu’à savoir quel parfum choisir par chacun des membres de la famille. Tour de table : Chocolat, pistache, chocolat…gazouza (boisson gazeuse en arabe dialectal) !!! Contre toute attente, Faouzi, un de mes frères n’a pas trouvé mieux, pour faire sûrement l’intéressant, que de vouloir consommer autre chose que ce qui était naturel de demander. Mon père décontenancé par cette exception, qui lui imposera d’aller au café situé une centaine de mètres plus loin, s’opposa à cette demande :« non cela sera de la glace comme tout le monde ! ». Mon frère – têtu comme tous les rebelles – insista au point que ce qui était prévu comme étant un succulent moment de dégustation en famille devint une scène d’entêtement caractérisée de part et d’autre. Nous nous échangeâmes des regards complices, avec au fond des yeux la sempiternelle interrogation : « cet épisode va-t-il mettre fin a cette sortie estivale tant attendue et devoir retourner à la maison ? ». Pour cette sortie il a fallut parcourir la distance séparant notre maison au Bardo à la banlieue nord. Évidemment, je demeurais en attente de répondre à mon tour mais voilà Faouzi arrêta net le protocole. Papa hausa le ton, bien que nous ayons tous senti qu’il ne fallait même pas bouger pour ne pas crisper davantage une ambiance déjà tendue, et la messe fut dite. Au bout du compte mon père s’adressa au serveur pour lui réciter les parfums choisis en en assignant un d’office au fils égaré. Je ne me rappelle pas ce qui s’est passé entre la commande et le retour du serveur, peut-être rien qui ne vaille la peine d’être retenu. La dernière image qui m’est restée est celle d’un cornet de glace ainsi que son contenu jeté par terre. Je suis presque sûr que je fus le seul témoin de cette vision d’horreur : Faouzi tenant son cornet de glace sous la table puis ouvrant sa main pour le laisser volontairement choir par terre. Pour moi, un vrai sacrilège fut commis. Les autres léchaient avec délice leur cornet, puisque en plus du plaisir du palais, il y avait la sensation qu’ils ont failli en être privés. Selon mon père cet épisode date de l’été 1964…j’avais donc trois ans et demi. À la même époque Mario Giacomelli, un photographe italien qui n’a pas encore atteint la reconnaissance mondiale, séjourne dans un séminaire à Senigallia.
Mario Giacomelli (1925-2000) Après avoir été dans sa jeunesse typographe, Giacomelli est devenu photographe comme si cela était dans la nature des choses. Les caractères, l’encre, le papier, la trame, cela préfigurait logiquement sa (ou la) photographie en noir et blanc. Les œuvres de Giacomelli se singularisent par une dualité aussi bien dans le visuel que dans le sensuel (dérivé du mot sens). Regardez cette photographie tirée de la série « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » où le noir et blanc est mis à profit d’une manière sublime. Le photographe s’est contenté de prendre position et d’attendre que des curés passent devant son objectif.
Photo tirée de la série “Il n y a pas de mains pour me caresser le visage”.
PHOTO Mario Giacomelli
Et voilà le travail…semble-t-il nous dire. N’avez-vous pas l’impression (sans jeu de mot !) que ces séminaristes sont des lettres fraichement trempées dans l’encre et vus à l’aide d’un compte-fils ? Ce séminariste à droite de l’image n’est ce pas un I en train de courir dans le sens contraire de la lecture et son bonnet le point juché en son sommet ? Comme si Giacomelli, désespérant de voir ses petits caractères d’alliage de plomb, d’étain ou d’antimoine (sic), qu’il a longtemps manipulés, prendre vie dans la cornière qui lui servait de composteur, s’en alla chercher d’autres au séminaire de Senigallia, sa ville natale qu’il n’a jamais voulu quitter ou troquer contre un autre sujet. Vus à bout portant, les signes d’imprimerie possèdent chacun son propre caractère ! Regardez ce B, et ce B, strict ou fantaisiste, droit ou italique… La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?La lecture d’un texte ne semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?
Que voit-on dans cette image ? D’abord un flou de bougé magistralement dosé. Un peu moins de temps de pose et l’effet recherché n y est plus car tout serait figé, davantage et le flou générerait une image incompréhensible. Là, c’est juste ce qu’il fallait. Notre vision s’arrête sur cette frange grise séparant les masses sombres des surfaces claires. Ce fin liséré, trace de mouvements, empreinte d’une délicate vibration, à la fois bavure d’encre et macule de lumière est une superbe concentration de signification. Giacomelli a magiquement défini le rôle d’un photographe : la maitrise technique au service d’une idée, d’une sensation ou d’un état d’âme. Pour ce Raymond Queneau de la photographie, quel mot ces séminaristes ont voulu composer ? ICI, DIEU, VIE, AÏE ? La légèreté de ces séminaristes jouant à la manière d’écoliers au sortir de la salle de classe contraste avec l’idée que nous nous faisons d’eux : ils sont sensés être graves, méditant à longueur de journée dans un solennel et pesant silence. Mais Giacomelli ne veut pas se contenter de raconter le monde, il voudrait le changer. Mettant au service de son âme de poète ses yeux de photographe. Il donnera une image particulière de la vieillesse, de l’amour et de la vie tout court. Ce désir de vouloir perturber le cours des choses le fera renvoyer de ce séminaire pour avoir donné des cigarettes à ces étudiants en théologie. « Le temps est sans cesse en mouvement dans mon appareil, dans les champs, dans la rue. Le temps m’effraie. C’est le sujet de mes photos » déclara-t-il à Frank Horvat un autre photographe dans une des rares interviews qu’il a accordée. C’est en lisant aujourd’hui cette entrevue réalisée en février 1987 que j’ai compris pourquoi l’œuvre de Giacomelli trouvait grâce à mes yeux. Excusez mon narcissisme car encore une fois je me trouve obligé de me citer.
Sacré temps Dans « Critique à bon escient » publié le 14 novembre 2007 dans ce même blog, je disais : « …il y a une constante qui perdure – depuis l’avènement de la photographie et jusqu’à nos jours – dont la longévité pourrait être interprétée comme synonyme d’un caractère fort de la photographie : c’est le temps. Le temps qui passe, qui est figé, gelé ou dont on décèle les traces de passage, en est un attribut indiscutable. Barthes a évidement raison de voir dans chaque photo l’écho ou le reflet de la mort. Chaque tic-tac, tout comme chaque déclenchement, n’est il pas un compte à rebours de ce qui reste à vivre. Il est donc couramment admis, à juste titre d’ailleurs, qu’une photographie devrait porter l’idée du temps. Temps de la photographie; sa date de réalisation, mais aussi sa durée ; c’est-à-dire la quantité de secondes qu’il a fallu pour que la lumière impressionne la surface sensible, le temps qui nous en sépare et puis pourquoi pas, l’âge du photographe ! Donnée essentielle, non !
Qu’est ce que le temps ? Voilà une question qui prendra du temps pour trouver les réponses qui conviennent. La photographie nous offre un outil sur mesure pour y parvenir. L’état ultime que nous cherchons en tenant un appareil photo c’est de produire une photographie qui sublime l’idée du temps, évidemment sous n’importe quelle forme – puisque c’est le rôle de l’artiste d’en chercher les variantes – et à n’importe quel prix. Le photographique en est une volonté d’y parvenir. Si nous nous referons à ce que disait le philosophe Alain : « La méditation sur le temps est la véritable épreuve du philosophe » pouvons-nous avancer l’idée que les photographes – uniquement ceux pour qui le sujet de leur photo est le temps – sont les philosophes des temps modernes. Revoyons les instantanés de Henri Cartier Bresson, les situations de Doisneau, les durées de Ansel Adams, les séquences de Duane Michals…ce sont des photographies majeures parce qu’elles sont une image du temps, celui que vous pouvez percevoir mais pas voir. Tout comme la mort que l’on a toujours vainement voulu portraiturer… pour n’obtenir que l’image d’un cadavre qui n’en est qu’une de ses conséquences. Le sujet que vous voyez n’est qu’une aiguille de l’horloge ou son tic-tac; une matérialisation conventionnelle de l’imperceptible et imperturbable marche du temps, comptabilisant les secondes avant la venue de la grande faucheuse. Une réflexion sur le temps est fatalement une méditation sur la mort. Mais heureusement on n’en n’est pas là, puisque moi je suis en train d’écrire ces lignes et vous de bien vouloir les lire ».
Imminence Quel lien peut-il y avoir entre mon premier souvenir d’enfance et la série de photographies de Giacomelli à part qu’elles furent contemporaine ? Je ne réussi à revoir ce premier souvenir qu’au ralenti, et à l’instant où j’ai vu le cornet par terre, conséquence inéluctable du geste de Faouzi, la machine à enregistrer s’est arrêté. Un équilibre, déjà précaire, fut rompu laissant la place à un gouffre d’incertitude. Je ne saurais dire ce qui s’est passé après. N’est ce pas aussi le cas de ces séminaristes figés pour toujours alors qu’ils étaient dans une phase d’élan ? Dans un cas comme dans l’autre, le présent est entrain de ronger le futur selon la formule d’Henri Bergson. Le mental d’un enfant ou les yeux d’un photographe, comme des taxidermistes expéditifs, ont empaillé le temps alors qu’il était encore en vie !!! Le quotidien d’un auspice de personnes âgées (autre fameux sujet de Giacomelli), les derniers jours d’une année, le moment de réemballer les œuvres (non vendues) d’une exposition, la fin d’une partie (titre de la dernière expo de l’année à El Teatro), l’après-midi d’un dimanche, l’heure d’aller se coucher, l’ultime page d’un roman (d’ailleurs presque toujours à demi remplie), un être cher sur le point de vous quitter, la rédaction de la dernière phrase d’une chronique sont des moments d’une rare intensité. L’imminence c’est cela. Personne ne pourra prédire sa manière de les vivre. Entre l’hystérie probablement salutaire et la paralysie masquant un abyssal désarroi il n y a malheureusement pas de juste milieu. Encore une fois ce sacré temps, que rien n’arrête ni les mots ni les photos, pourtant j’ai envie de crier une fausse évidence : « de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie». Peut-être qu’avec une autre police de caractère cela fera beaucoup moins pesant et grave à lire :« de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie ».
Sa photographie est intéressante pour le parti-pris du point de vue ; surélevée, elle embrasse non seulement ce qui est visible mais aussi ce qui existe sans faire d’ombre ! Subtile nuance que Claude Iverné a magistralement appliquée dans ses photographies. Effectivement, qui a l’idée de diriger son objectif vers ce qui s’impose par sa présence et non par sa masse ? Ambitionnant l’intégralité, ces œuvres sont une mappephoto : tout devrait y être. Alors ma curiosité et mon ego m’ont poussé à cet échange de portraits…!!!
J’étais Crésus ; discutant de cinéma avec des amis, goûtant un succulent café et des dizaines de cigarettes sous une ombrelle bienfaitrice. Nécessaire farniente après les frénétiques journées précédentes. Les Rencontres ont été cette année particulièrement éprouvantes à lancer. Je ne me rappelle plus quelle formule il avait utilisé pour me demander de le suivre. A quelques pas du paradis où j’étais je me suis trouvé démuni de tous mes privilèges …presque le Darfour.
Lors de l’entretien que j’ai eu avec Claude Iverné, assis à même le sol au pied de la porte cochère du Fort lazaret, j’ai remarqué son calme olympien à la limite du détachement et sa détermination qui pourrait être prise pour de l’entêtement. D’abord photographe de mode : métier qui glorifie le luxe, la vacuité et s’arrêtant au paraître, Claude Iverné lâche tout. Je pari qu’il l’a décidé en pleine séance de pose – après avoir réglé les spots lights et avant de mettre son œil dans le viseur – pour se consacrer à un sujet aux antipodes de ce qu’il faisait auparavant ; l’absolu, le perpétuel et l’essentiel. Un lieu : le désert, une situation : la précarité…et la photographie comme boussole.
Claude Iverné possède un timbre de voix semblant faire partie de celui produit par son vénérable Rolleyflex lors de son réarmement. Le voir avec ce mythique six-six, qu’il tient comme une lampe de poche, me rappelle les chefs de gare en service dans des contrés éloignées de toute civilisation. Ils signalent leur présence mais balisent aussi celle des autres.
Iverné ne formule pas, il ordonne ; un verbe et un complément…”Regarde à droite ! Abaisse la tête ! Laisse pendre ta cigarette un peu ! Lève la tête ! Incline ton épaule ! Tourne légèrement à droite !” Aucun répit, une rafale ininterrompue de cliquetis sans sommation. J’avais littéralement le souffle coupé d’autant plus qu’il m’avait fait prendre une posture inhabituelle pour moi. Accoudé sur le dossier d’une chaise avec les genoux sur le siège : j’étais à la messe en face d’un curé en train d’exécuter un solennel et strict rituel. Les doigts croisés, le regard baissé, je me suis senti dans un confessionnal avouant un huitième péché capital : celui de vivre en ignorant la détresse de mes semblables…d’où cette pénitence ?
Au fait je ne comprenais pas ce que le photographe voulait faire de moi. Evidemment pour quelqu’un qui a fait beaucoup de photos, il est très simple d’imaginer que depuis le point de vue du photographe, debout sur une chaise, en prenant en considération la focale de l’objectif utilisée, quelle image il allait obtenir. Mais ne confondons pas la manière de faire ; une vue plongeante avec comme arrière-plan le sable, mon buste déséquilibré vers l’avant, un profil sombre qui se découpe par rapport au fond plus lumineux, avec la manière de voir. Et n’oublions pas que Claude Iverné se veut un passe muraille, traversant les apparences pour tenter d’atteindre l’insaisissable souffle des êtres.
J’ai rédigé ce texte sans avoir vu l’image qu’il a promis de m’envoyer par courrier électronique.
Claude Iverné ne veut pas s’arrêter à l’aspect visible des choses ou des êtres, malgré l’ancrage de la photographie dans le sens propre, il a la volonté manifeste de voir à travers. Ses images se veulent des radiographies réalisées à l’intention de gens qui maîtrisent un autre braille : des ultra photos ! Alors celui qui est devant l’objectif peut ne pas comprendre ce qui a été capté et emmagasiné.
Son Darfour fut ainsi réalisé, loin des clichés qui a force d’être imprimé sont devenus de pâles filigranes, illisibles donc incompréhensibles. D’ailleurs il n’est jamais allé au Darfour pour ramener des reportages mais des bribes de nuages, des soupirs d’enfants et des graines de patiences…Son réflexe de vouloir regarder d’en haut, voir de loin, revenir plus tard – pour le Darfour comme pour mon portrait il s’est pris plus d’une fois dans des endroits différents – est un souci d’exhaustivité. Mordu des citations je ne peux rater l’occasion d’évoquer celles formulée par le cinéaste Ingmar Bargman à-propos de la vieillesse qui est comparable à l’ascension d’une montagne, plus vous montez, plus vous êtes fatigué et hors d’haleine, mais combien votre vision s’est élargie !Claude Iverné retourne au Darfour comme ceux qui partent sur le chemin de Compostelle : le silence et la méditation sont les meilleurs compagnons. Iverné connaît la valeur des mots, alors il ne parle qu’après avoir longuement réfléchie en prenant soin de choisir les plus justes. Le lendemain il m’a invité à aller la-haut sur le promontoire du Fort Lazaret (ce lieu est un aimant pour les photographes) mais cette fois il fut plus avenant, me demandant même de sourire ! Qu’est ce qui s’est passé entre les deux séances de prise de vues ? Voilà le mystère que je n’ai pas pu percer. J’avais l’impression d’avoir eu affaire à deux photographes différents. Me suis-je trompé sur mon protocole (*) ; Claude Iverné a-t-il deux facettes différentes, est-il plus à l’aise quant il est seul face à son sujet comme cette seconde séance de prise de vue, contrairement à la première où nous étions entouré par une vingtaine de personnes.
Au Darfour c’était comment ?
Photo Claude Iverné, qu’il a intitulée “La Piste de Hamideddine“. Ghar el Melh 30 Juin 2008
Son souci de mettre en boite ses préoccupations le mène vers des sujets plus naturellement cinématographiques ou littéraires. Je pari que Claude Iverné est fasciné par l’œuvre d’Ingmar Bergman et son obsession de la disparition…comment photographier la frontière qui sépare la vie de la mort, qu’est-ce qu’agoniser ?
«C’est l’ombre de la mort qui donne du relief à la vie.» dixit encore une fois Ingmar Bergman.
Hamideddine Bouali et Claude Iverné
14 août 2008
(*)Voir texte « protocole pour portraiturer un photographe » sur ce même blog
«Abdelhak Ouertani :< ?xml:namespace prefix = o />
Premier diplômé tunisien de photographie en 1894»
Dans une vie, il nous arrive de rencontrer des gens, dont on ne sait plus depuis combien de temps on les a rencontrés. Pour moi, Mohamed Bennani fait partis de ceux-là. Je ne me rappelle plus quand est ce que j’ai enjambé pour la première fois le pas de sa charmante maison. Dans ce patio ensoleillé où il lui arrive souvent de s’élancer – comme un gosse à qui on demande de ramener son adorable peluche – pour chercher un vieux livre de la chambre d’à côté. Son café turc servi brûlant, ou le thé – à volonté- à peine sucré ponctue des discussions toujours passionnées à propos de tous ce que qui concerne les livres, la photographie, la culture et l’histoire. L’Histoire que Mohamed Bennani respecte et se met en colère dès que l’on en parle sans références. Aujourd’hui Mohamed Bennani cultive un look assez particulier, j’hésite sur la ressemblance : de face il pourrait jouer le rôle d’Alfred Einstein, de profil il a du Robespierre dans le port de tête…en tout cas il ne vous laissera pas indifférent. Les étudiants le sollicitent pour son inestimable soutien moral et intellectuel, les autres pour sa bonhomie et son large savoir des livres et son intimité avec la Médina de Tunis. Les expositions « Anonymes » de la présente édition ainsi que celle consacrée à l’oeuvre de Mustapha Bouchoucha l’année précédente sont le fruit d’une collaboration enrichissante pour nous deux. J’ai profité de ces fréquentes visites pour l’interroger.
Hamideddine Bouali : « quelle est l’obsession du collectionneur ? ».
Mohamed Bennani : « je suis plutôt obnubilé par les vieux livres, mais en ce qui concerne les photos je suis en train d’apprendre leur langage, leur technique…C’est pour cela que je tiens à participer à cette manifestation, une occasion inespérée de rencontrer l’élite de la photographie tunisienne et des photographes étrangers non moins intéressants.
H.B. : « Collectionner est ce que c’est faire l’histoire d’une certaine manière? ».
M.B. : «Oui, effectivement, faire des recherches à propos des photographies, c’est bien les regarder : discerner les détails, localiser le lieu, situer la date, chercher l’auteur, trouver le procédé…c’est très instructif et assez passionnant. Souvent ce travail de longue haleine réserve de joyeuses surprises. Je suis sur les traces du premier tunisien diplômé en photographie. En 1894 (oui vous avez bien lu !) Abdelhak Ouertani part à Lyon – là où les frères Lumière ont établi leur usine – et en revient photographe. Il s’aventure dans le sud tunisien, direction le Soudan, avec le Marquis de Morès. Il succombe avec tous les membres de l’expédition à un dramatique guet-apens. Dix ans plus tard, des voyageurs qui vont sur les lieux du massacre, mettent la main sur des débris de plaques de verres photographiques au lieu dit El Ouatia ».
H.B. : « Ce Abdelhak Ouertani, dont vous m’avez souvent parlé, serait rien de moins que le premier photographe tunisien et arabe patenté, ce qui est une grande découverte pour tout ceux qui tentent de rédiger une histoire de la photographie tunisienne. De quels autres trésors disposez-vous ?».
M.B. : « J’ai le fonds entier de Gilbert van Raepenbusch (un photographe professionnel qui fut en activité en Tunisie dans les années cinquante et soixante), d’une importante partie du reporter photographe tunisien Kalaï et de l’intégralité des négatifs de Mohamed Ben Ammar Ben Youssef. L’édition précédente des Rencontres rendit hommage à Mustapha Bouchoucha dont je suis le dépositaire de la quasi-totalité de la photothèque. Et puis je dispose de quelques clichés du XIXe siècle de Garrigues et Soler.
H.B. : « Que pensez-vous des Rencontres après avoir assisté à trois éditions dont une fois comme exposant ? »
M.B. : « Les Rencontres ont su créer une ambiance sympathique, elles sont utiles pour connaitre les gens du métier, les tables rondes sont instructives, les soirées à Sidi Ali el Mekki succulentes…je souhaite une longue vie aux Rencontres et au et au travail des animateurs qui est unique en Tunisie ; diaporama, journal… sous oublier la qualité du catalogue édité chaque année et ce journal qui est d’un grand intérêt ».
Senior Jacques Pérez, fidèle lecteur me signale l’utilisation inopportune, dans ma dernière chronique, du terme senior. Ce terme n’est pas, bien évidement, utilisé dans le sens de « vieux » mais dans celui de personnalité ayant une grande expérience dans son domaine. En photographie, la pratique soutenue, l’autocritique, l’échange d’idées avec les autres accélèrent le processus de maturation. C’est donc tout à fait normal que cette « sagesse » survienne avec les cheveux blancs. On a assez de recul pour comprendre la vie et donc on est à même de mieux la restituer dans ses œuvres. D’où d’ailleurs le grand nombre d’artistes d’un certain âge ou d’un âge certain (comme l’avait dit Charles Aznavour) qui renient leurs œuvres dites de «jeunesse». N’est ce pas un argument de plus pour justifier l’utilisation du terme senior ?
Jeunesse savait J’ai eu l’honneur d’être membre du jury du concours organisé par Canon-Tunisie et d’avoir été surpris par le nombre de participants. En une semaine seulement, plus d’une trentaine de jeunes, pas encore des séniors, se sont précipités pour déposer leur photo et attendre avec une anxiété, compréhensible, le jour de la proclamation des résultats. L’équipe de Canon Tunisie, a bien fait les choses, les tirages envoyés ont été encadrés et accrochés dans la galerie Bel’Art, attenante à l’espace commercial. Un cocktail a permis de réunir tous ce beau monde, qui a insufflé de la spontanéité et de la bonne humeur parmi des représentants de la maison Canon en costume et cravate. Espérons que cette première ne sera pas la dernière et que ce challenge Canon de jeune sera reconduit l’année prochaine. Certain de ces photographes seront probablement des seniors bien avant d’avoir atteint la limite d’âge imposée par les organisateurs. Mais on se demande pourquoi les prix annoncés n’ont pas été remis aux lauréats ? En lieu et place des appareils photos numériques promis, ils se sont vus offrir des caméscopes !
Lauréats Canon-Tunis 2008 1e Adel Ben Yacoub (Club Tahar Haddad) 2e Kais Ben Farhat (étudiant à l’Académie d’Art de Carthage) 3e Ahmed Jelassi Prix d’encouragement : Nesrine Belaïd
La règle du jeu Un mail bizarre est venu bousculer une ribambelle d’autres, envoyé par des futurs exposants des Rencontres de Ghar El Melh. Comme je l’ai toujours affirmé, cette manifestations est unique en son genre, et tous ceux qui déposent leur dossier savent que Jabeur, Catzaras, Benzid, Belhassen et moi-même sommes à la fois membres du comité d’organisation et exposants potentiels. Personne ne pourra donc nous accuser d’être juge et parti, puisque la règle du jeu est connu d’avance. Le crier après coups c’est faire preuve au mieux d’amnésie au pire de mauvaise foi. Le nombre de plus en plus important de dossiers de candidature démontre que notre réputation ne souffre d’aucune tache. Le membre d’un comité de sélection, ou d’un jury de concours, est d’abord un être humain, sensible davantage à des tendances, à des styles, à des thèmes plutôt qu’à d’autres. Peut-on le taxer de partialité s’il croit à des concepts précis de la photographie, s’il espère par ces choix offrir au public, pour qui la manifestation s’adresse, une certaine vision du monde, celle qu’il croit la meilleure. Croire le contraire c’est affirmer que tout est art, n’importe quelle œuvre peut mériter l’étiquette de Photographie et qu’il suffit d’accrocher quelques tableaux sur un mur pour mériter le label « Exposition photo ». Lors de la sélection Canon, les noms des auteurs des photos étaient bien visibles et il fallait un grand effort de justice pour donner sa voie à une bonne photo d’un inconnu qu’à celle réalisée par une connaissance. C’est un réflexe humain que de vouloir faire plaisir à quelqu’un mais c’est faire acte de justice que de se montrer loyal. Un jour ou l’autre je me retrouverai, moi ou une de mes œuvres, dans cette même situation à la merci d’un jury et je souhaiterai que justice soi faite.
CritiquePhoto. Version 01a S’il était possible d’être parfaitement neutre, de connaître tout l’art photographique, de se déshumaniser…alors il y a bien longtemps que l’on aurait délégué cette lourde mission à un scanner, un ordinateur et un logiciel. Imaginez le processus ; on scanne une œuvre, le logiciel « CritiquePhoto. Version 01a » passera celle-ci par un premier test, dit de plagiat. Le logiciel emmagasinant une quantité impressionnante d’œuvres ultérieures, et connecté en permanence à internet, cherchera les points communs entre l’œuvre scannée et les milliards d’autres. Si l’œuvre réussie ce premier teste, elle devra passer par des grilles, de différentes constitutions, afin de juger sa composition et son cadrage, puis un histogramme analysera son contraste et le dosage de sa luminosité. Enfin si l’œuvre a pu parvenir à vaincre tous ces obstacles, un dernier examen dit « de subjectivité » estimera si cette photographie est digne de mériter le nom d’ «œuvre photographique originale». Ce critère, que chaque critique photographe dresse selon ses propres inclinaisons ne sera jamais défini. Cet examen humain, fait que des œuvres rejetées sont par la suite encensées, Atget en est le meilleur exemple passant de l’anonymat à l’adulation. D’autre part qui se rappelle encore de la photographie d’August Sander, d’Eric Salomon, de Maurice Tabard, d’Edwards Curtis ou de Jean Loup Sieff jadis très connus, aujourd’hui ignoré ? Dans quel monde vivons-nous ? J’ai visité à la galerie Tahar Haddad, ex-écuries de Dar Lasram reconfigurés en espace culturel, et au palais Khereiddine, aujourd’hui majestueux lieu d’exposition, deux manifestations antinomiques. L’une revendique l’universalité de l’homme et l’autre la spécificité de la communauté des arabes d’Amérique Latine. Là idéal d’universalité alors qu’à quelques pas on touche à la ghettoïsation. Dans ces deux expositions des interférences sont venues altérer la bonne vision. À la Galerie Tahar Haddad, des tissus jetés ça et là, les préparatifs d’un défilé de mode lors du vernissage et un je ne sais quoi d’inhabituel ne m’a pas laissé contempler sereinement les photographies. Encore une fois beaucoup de photos qui se ressemblent et malgré leur dispersion dans ce magnifique espace, la sensation du déjà vu vous laisse perplexe. Des portraits habillés, les mêmes personnages mais à chaque fois un nouvel accoutrement…on dirait les pages d’un magazine de mode sans plus. Appeler cela Universalité c’est affirmer que la djellaba fait l’arabe ! Au Palais Khereiddine, des rosaces imposantes, plus coréennes qu’arabes, ornent, gratuitement, les murs. Ceci est à l’image du catalogue dont la couverture déconcerte par son graphisme fait de modules plastiques. Inviter une quinzaine de photographes, de styles et de compétences différentes, autour d’un sujet, produit une exposition où se côtoie ; images documentaires, photographies artistiques, documents historiques et feuillets d’un album de famille…inclassable fouillis. Aux spectateurs de trouver dans ces somptueuses salles ce qu’ils cherchent. A moins que ce soi le titre – “Exposition photographique” et non “Exposition de photographie” – qui cache les intentions des curateurs. Voir ces deux expositions l’une à la suite de l’autre vous donne l’impression que la photographie ne se suffit pas à elle-même. Il lui faut pour s’accomplir l’apport de la musique, d’une décoration ou d’une certaine ambiance. La photographie, la vraie, est une plénitude du regard, le moindre détail superflu afflige le spectateur d’un inconvenant strabisme.
Pique-nique printanier Si vous avez manqué la saison photographique en cours, Mach nous invite à un pot pourris des expositions qui ont eu lieu tout le long de l’année avec quelques inédits. Aujourd’hui au Printemps des Arts de la Marsa, tout comme en début de juillet à la seconde édition de l’Exposition Internationale de Photographie organisée par le photographe Zouhair Ben Amor à Yasmine Hammamet (publicité gratuite) (2), on se retrouve devant le même phénomène. Inviter les uns et pas d’autres, alors que l’on expose soi-même ses œuvres, n’est-ce pas – pour les mauvaises langues – un flagrant délit de partialité ? La séance de rattrapage à La Marsa est à l’image de cette année particulière ; de rares expositions inoubliables, quelques unes qui se laisse apprécier et certaines que l’on se serait passé de rencontrer de nouveau. La récolte est abondante avec des primeurs juteuses, des fruits qui ont bien mûries mais que d’ivraies. Bientôt il faudrait bien se rencontrer, faire le point, dresser le constat et tirer les conclusions nécessaire sur la situation de la photographie en Tunisie.
Hamideddine Bouali 4 juin 2008
(1) Pendulum : film Policier de 1968 réalisé par George Schaeffer, avec George Peppard, Richard Kiley et Jean Seberg. Accusé à tord d’avoir tué son épouse infidèle, un officier de police doit livrer une course contre la montre pour prouver son innocence. Déboires et péripéties pour un homme qui jusqu’alors critiquait certaines lois permettant à un suspect de rester en liberté. La moralité de l’histoire est évidente, on ne comprends l’esprit des lois que lorsqu’on se place aussi bien du coté des juges que des justiciables. (2) La deuxième édition de l’exposition internationale de photographie de Yasmine Hammamet aura lieu au complexe touristique la Médina du premier au 16 juillet 2008.
Dernière période atroce avec un grand mal entendu, les nerfs en boule, la tête embrumée, le coeur lourd, l’estomac noué,… bref j’ai tenu à tout prix à retrouver la pièce manquante du puzzle qui m’a tracassé pendant toute une semaine et j’estime que j’ai résolu le problème à 99%, il faudrait juste que la pièce rentre dans son emplacement parmi les autres car leurs bornes se sont un peu usées, mais je crois qu’elle peuvent encore tenir le coup!
Tout ce charabia ne vous dit peut être rien, mais c’est pas des détails de la situation à laquelle j’ai été confrontée que je veux faire allusion, mais à un truc dont je me suis aperçue, j’avais non seulement la peur de perdre de bon amis à cause d’une situation un peu ambigue, la colère, la blessure, etc… (alors que d’autres m’ontvraiment aidés, merci! , mais aussi le souci d’entamer la nouvelle année du mauvais pied: STOP! Je m’empresse de me jetter sur mon tel afin de récupérer la dernière pièce du puzzle et retrouver la sollution du puzzle!
Suis-j devenue supersticieuse? Non, je ne suis pas du genre, mais disons que le fait de vouloir prendre des résolutions, vouloir “ecrire dans une page sans la tacher d’encre”(1) à un point donné de l’espace temps relève de l’automotivation: la nouvelle année n’est qu’en fait qu’ “une borne psychologique” qu’on se met en général pour essayer d’entreprendre les choses qu’on a laissé trainer derrière soi si on n’avait pas assez de temps pour les terminer ou au contraire parcequ’on a eu plein de temps et par paresse on les a laissé trainer un peu trop!
Donc des résolutions je ne vais pas en prendre, je vais continuer les buts que je me suis fixé depuis un bout de temps, mais juste accélérer la cadence pour les atteindre (eh merde, ca c’est ne résolution quand même) et pour les espérances, vaut mieux laisser la nature prendre son cours, rien ne sert de courir, il faut partir à point!
Bonne année à tous(2), pleine de santé, de joie et de bonheur (je rajoute juste deux mots qui m’ont vraiment marqué, les paroles de mon grand frère: l’argent apporte le confort mais non pas le bonheur,……)
Allez un ‘tit morceau sympa pour recommencer du bon pied!
Full metal alchemist opening theme – Undo
(Quelle coincidence, j’ai écris ce post hier soir, aujourd’hui matin j’ai décidé d’y ajouter un morceau: mon choix est tombé sur celui là. En scrutant >>la traduction des paroles<< je trouve qu’on parle de puzzle,…de pièces, wallah c’est une pure coincidence looool!)
(1)(iiih ya 7asra 3al papier buvard, ce que j’aimais c’était sa couleur, ama pour l’utilisation ca foirait toujours, sur mes doigts et mon manche de tablier(ceux ki connaissant ma manière spéciale à tenir le stylo à quatre doigts comprendront ) :p)
Voia lque les froides nuits de l’hiver se font sentir, depuis un bout de temps…..uhn nouveau rythme assez lassant, qi a même glacé mon imagiantion, m’a bouffé une part de mon inspiration et m’a dgelé les neurones, c’est ptetr la fatigue physique qui fait tout ca, ou bien mes neurones grillent plus qu’il en faut pour les tâches que j’effectue…
Hier soir, 23H00 , l’envie de dormir était deja la….mais…pourquoi par prendre quelques photos? :p
Eh meeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeerde, je suis pas devenue aussi cobbi ke ca, non? Vivement dans deux semaines, freeeeeeeedom (euh non par pour demain la veille ma soutenance, mais je vais retrouver la paix du chomage, autant laisser les soucis pédagogiques pour une phase ultérieurs , mais bienvenu les soucis finanicers :p (pas besoind e me comprendre je me comprends, sinon si vous avez compris éclairez la lneterne de vos voisins :p))