Tagged: mère

Bonne fête aux pecheurs(*)



Chronique des chroniques< ?xml:namespace prefix = o />

Le poisson d’avril aurait plusieurs origines possibles. La plus connue serait que le premier jour de l’an était le premier avril, d’où la signification de son nom latin ; Avril vient du latin aprilis ; aperire : ouvrir…l’année. Et c’est la promulgation de L’Edit de Roussillon en 1564 par Charles IX – âgé alors de seulement 14 ans – qui ordonna en ces termes ce changement: “Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives,et toute escripture privé,l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier “.

En 1582, le pape Grégoire XIII réformera le calendrier julien, et étendra cette mesure à toute la chrétienté. Le jour de l’an était l’occasion de se faire des cadeaux et on continua à le faire pour l’ancienne date pour marquer ce décalage. Mais pourquoi poisson ? c’est du fait qu’au début du mois d’Avril, la lune sort du signe zodiacal des Poissons. Alors ces farces ne sont qu’une façon de fêter le premier jour d’une nouvelle année qui a déjà commencé. Nous somme devenus trop sérieux et un peu d’humour – quand il est inoffensif – nous fera beaucoup de bien.

On sait que le vraisemblable peut ne pas être vrai et c’est une des manières pour faire des poissons d’avril. Beaucoup se sont pris à l’hameçon du poisson d’avril publié dans la Chronique chronométrée, effectivement l’information à propos du passage du satellite « WorldView-2 » au-dessus de Tunis pour alimenter le site Earth Google est un canular. Il n’est pas possible aujourd’hui d’avoir cette information. Dommage on aurait pu faire de belles performances.

Je m’excuse pour les désagréments causée par cette fausse information.

Le Jardin public Habib Thameur à Tunis. Vue prise depuis Worlview le 29 janvier 2008 (cliquez pour agrandir)

Altitude 1520 m. 30°48′17,76″ N 10°10′39,71 E.



je suis un pecheur (* à vous de mettre l’accent qu’il faut).

Pour ma défense je reprendrais les propos de Mr. Jacques Pochart, fidèle lecteur de ce blog à qui j’ai soufflé le secret : « Bravo Monsieur Bouali, l’humour est une des valeurs sûres de notre époque…». Un site tunisien s’intéressant aux nouvelles technologies me contacte pour vérifier la véracité de l’information. Mon interlocuteur ne cacha pas sa surprise de trouver une fausse information faites d’éléments vrais. Tout comme celui de l’année dernière à propos de la fondation de la Maison tunisienne de la photo.

Cependant je commence à douter de la pertinence de mon comportement. Ma conscience – parfaitement incarnée dans une personne – me mets en garde : « tu es en train de perdre ta crédibilité en agissant ainsi…La divulgation de fausses nouvelles pourraient porter préjudice à ta stature. Si tu veux demeurer encore une référence dans la photographie réfléchit davantage et analyse tes actions de tous les points de vues ». Elle ajouta : « tu devrais finir ton livre, organiser une exposition…je ne te vois pas autrement qu’ainsi ». Alors soit ! et ainsi soit-il ; il n’y aura pas d’intox le premier avril 2010, mais est-ce que c’est crédible d’affirmer cela aujourd’hui ?


Le bonheur expliqué aux adultes

Juste après la guerre de Gaza et juste avant la publication de la Petite chronique intitulée « La Gestion des conflits expliquée à ma fille » sur ce blog, ma fille Jenaina ( 14 ans, tout comme Charles IX, le 24 mars dernier) rédige une rédaction dont le sujet était : « Imaginez que vous rencontrerez un homme aux pouvoirs surnaturels. Racontez ce qui s’est passé entre vous deux et ce que vous lui avait demandé ».

Voici ce quelle avait écrit.

Pendant une nuit orageuse, j’étais dans mon lit et je n’avais pas sommeil. Tout à coup j’ai entendu un bruit qui semblait bizarre. Alors je me suis levée et j’ai suivi le son de ce bruitage qui m’a conduite à la cuisine ; j’ai trouvé un homme drôle qui cherchait dans le réfrigérateur, alors j’ai crié :

-Qui êtes-vous ?

-Je suis un magicien et je suis venu vous proposer mon aide, dit cet homme bizarre.

-Pourquoi moi ?

-Demandez quatre vœux et ils seront exaucé.

Après une réflexion je lui ai demandé :

-Mon premier vœu, c’est d’arrêter la guerre dans le monde.

-Vos désirs seront des ordres.

-Mon deuxièmes vœu, c’est de réduire la famine dans le monde et de donner de l’argent aux pauvres et aux sans abris.

-Votre vœu est exaucé. Quel est le troisième ?

-Mon troisième vœu, c’est d’arrêter la vente des armes.

-Et votre quatrième vœu ?

-Mon dernier vœu c’est de trouver un remède aux maladies incurables.

-Et vous ?

-Comment ça ?

-Vous n’avez rien demandé pour vous rendre heureuse, pas d’argent ni rien ?

-Mon bonheur et ma joie c’est de regarder les infos sans voir qu’il y 1400 morts en Palestine ni 500 mille chômeurs, ni 10 mille sans-abris qui dorment dans la rue. C’est ça le vrai bonheur. L’argent n’est pas quelque chose d’essentiel dans la vie…vous savez !!!


Pour sa copie elle reçut 16,5 avec la mention « très bien ».

Je n’ai pas de mots pour qualifier sa précocité, son bon sens et surtout son altruisme…Mais je suis mal placé pour lui faire le moindre éloge – comment allait-elle le prendre ? – me contentant de lui sourire et de lire à haute voix la mention écrite au stylo rouge.

C’est bien moi qui avait écrit dans la XXXIVème Chronique à propos de la correction de mes textes par mon père en présence de ma mère : « Je prenais toujours, la question (ma mère demandait à mon père ce que valait mes écrits) comme l’interrogation d’une jeune mère à-propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent ».

Je me trouve aujourd’hui au juste milieu de deux générations, cerné entre un père largement écrivain et une fillette qui promet. Je ne me suis, donc, pas trompé sur ce que ces petits doigts feront à l’âge adulte (idem, j’ai toujours voulu utiliser cette formule).

Les Bouali seront encore là pour longtemps à noircir les pages des journaux, des livres, des blog et des copies de dissertations.

Rédaction

Jenaina et Hamideddine

Relecture et correction

Mahmoud

BOUALI


(*)Pécheur (avec un accent aigu)est celui qui est coupable d’avoir commis un péché, une faute ou une mauvaise plaisanterie (comme les Poissons d’avril), alors que pêcheur (avec accent circonflexe): c’est un marin qui vit du produit de la pêche (y compris le poisson).

  • Share/Bookmark
La nuit du chasseur

Chronique des chroniques
En participant à un forum à propos de la guerre de Gaza(1) – proposant la petite chronique intitulée « La gestion des conflits expliquée à ma fille » – j’ai été étonné de trouver deux jours plus tard que certains se sont ingéniés à expliquer eux aussi à leurs enfants la guerre. Cependant les éclaircissements donnés ne faisaient que perdurer l’incompréhension, puisqu’ils leurs transmettaient, à chaque fois, leur version des faits ; unilatérale et partisane. Pourtant la photographie qui illustrait la chronique était assez explicite !!! C’est selon les explications que les parents donnaient à leurs enfants qui prédisposeraient ces minuscules doigts à appuyer plus tard sur la gâchette d’une arme à feu ou à jouer du piano ! Il se peut qu’encore une fois je me bats contre des moulins à vent…

Je ne suis pas fait pour parler de politique ou d’actualité, essayons le cinéma !
Il existe des œuvres qui transforment ceux qui les touchent et nous ambitionnons tous d’en réaliser. Dans mon cas la lecture de L’étranger d’Albert Camus et Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, l’écoute de La Chevauchée de la Valkyrie de Richard Wagner, Les lumières de la ville de Charlie Chaplin, Apocalypse now de Coppola, West side story de Robert Wise, l’exposition de photographie “Ansel Adams: Photographs of the American West” (2)…ont grandement contribué à produire ce que je suis aujourd’hui.

Tous le monde m’en a parlé
Le pays de la photo et celui du cinéma ont une frontière commune. Le cinématographe est une conséquence des recherches de l’américain Muybridge et du français Marey dans la chronophotographie. La dynastie des Lumière – le père Antoine et les fils Louis et Auguste – a inventé le cinéma en 1889 et le premier procédé viable de la photographie en couleur – l’Autochrome – en 1909. Le premier Leica (diminutif de LEItz CAmera) fut bâti par Oscar Barnack en 1914 autour du film 35 mm utilisé alors au cinéma et auquel on adjoignit le 1 pour le différencier, le format 135 (24 X 36mm) était né.
Leur manière de voir aussi a quelque chose de commun. Wim Wenders cinéaste expose souvent des photographies. Paul Strand apprend le cinéma avec Cartier Bresson qui fut, entre autre, adjoint de Renoir sur le film La Règle du jeu et réalisateur du Retour sur la libération des camps de concentration. Raymond Depardon, Robert Franck, Gordon Parks…sont d’autres exemples emblématiques de ce voisinage du cinéma et de la photographie.
Les photographes sont souvent des cinéphiles avertis et leur filmographie préférée n’est pas sans influence sur leur pratique. En outre, les images mentales que tout photographe rêve de réaliser ne sont-elles pas puisées dans les films qu’il regarde ?
Depuis longtemps, on me parlait du film de Charles Laughton La Nuit du chasseur comme étant le chef d’œuvre absolu du cinéma. Inclassable, étrange, envoûtant, sans pareil, sont les qualificatifs les plus souvent entendus. Je me suis procuré le film et je l’ai laissé de coté. Dans ce genre de situation la précipitation risque de ne pas rendre service.
Hier, j’ai décidé de le visionner. Il sera difficile de vous livrer mes impressions à propos de ce film sans raconter son histoire. Allez ! On va jouer un jeu…je ferai l’animateur de Ciné-club. Ceux qui n’ont pas vu La Nuit du chasseur auparavant et qui le verront grâce à ce texte m’informeront par retour de courriel. Les autres, ceux qui l’ont vu, et qui trouveront ma lecture conforme à leurs appréciations, ou pas, auront l’amabilité de me le faire – aussi – savoir…une carrière de critique cinéma me tente énormément.

Un film très noir…et blanc
Qu’est ce qu’un film noir ? La meilleure définition pourrait être cette réplique tirée du film Assurance sur la mort : « Oui, je l’ai tué pour le fric et pour la femme. Je n’ai pas eu le fric et je n’ai pas eu le femme. C’est réussi, non ? ».
Réalisé en 1955 par Charles Laughton, La Nuit du chasseur, tient l’affiche en même temps que Sourires d’une nuit d’été d’Ingmar Bergman. Cette année-là fut la dernière de James Dean et celle où Marilyn Monroe devient un sex-symbol. En effet, l’affiche de Sept Ans de réflexion (j’en parlerai la prochaine fois) sur laquelle on voyait sa jupe se soulever au-dessus d’une bouche d’aération fut retirée par les ligues de vertu de New-York et provoqua – le soir même du tournage de la scène – son divorce avec Joe Di Maggio.
Cette année était ainsi mise sous le sceau du cinéma, d’autant plus que Marly de Delbert Mann remporta à la fois la Palme d’or de Cannes et quatre Oscar à Hollywood dont celui du meilleur film. Cette unanimité dans le septième art cache une fissure dans le monde, la guerre froide gèle la diplomatie et le mot dissuasion fit une entrée fracassante dans le langage courant.
A mi-parcours, on se rend compte que Victor Hugo s’est trompé en prédisant que le XXe siècle sera heureux ; deux guerres mondiales meurtrières, une crise économique sans précédent, des pandémies ravageuses accablèrent l’humanité. Mais heureusement le cinéma est là. Charlie Chaplin tourne en dérision les dictateurs. Stanley Kubrick s’insurge contre les guerres et réalise Les Sentiers de la gloire. Le vieil homme et la mer de John Sturges adapté d’une nouvelle d’Ernest Hemingway est un sublime hymne à la nature…humaine. Bref on se réfugie dans les salles obscures pour vivre dangereusement sans risquer sa vie, le film La Rose pourpre du Caire est l’hommage rendu par le cinéaste Woody Allen à cette industrie du rêve…

Robert Mitchum dans une célèbre scène de la nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)

Puis vint La nuit

Dès les premières images de La Nuit du chasseur on est surpris par la peinture particulièrement dramatique des images. On aurait dit des photographies d’Ansel Adams. La palette graphique est d’une splendeur envoûtante. D’ailleurs, Stanley Cortez, le directeur de la photographe signa quelques années plus tôt le chef d’œuvre d’Orson Wells La Splendeur des Anderson. Même les prises de vues extérieures en plein jour sont obscures. Les ombres, personnages à part entière, sont aussi présentes, si ce n’est plus, que les individus et les objets dont elles émanent. Une image travaillée comme un tirage d’exposition et ce n’est que le moindre de ses mérites. Le chef opérateur a trouvé la manière de cadrer à la manière d’un 24 X 36, puisque souvent la composition tout en hauteur semble être le résultat d’un basculement d’un boitier d’appareil photo. En photographie beaucoup plus qu’au cinéma on conçoit l’image d’une telle manière que le spectateur suit un parcours visuel. Dans La Nuit du chasseur, à chaque plan le spectateur est entrainé à regarder l’intégralité de la surface de l’écran, parce que ça et là on lui a posé des objets, des animaux, des détails qui attirent son attention et le plonge dans un rébus à déchiffrer. Le film parait ainsi plus long qu’il n’est en réalité à cause justement de cet intense travail oculaire fourni.
Aucun plan n’est conçu en trop, tout est là pour contraindre le spectateur à n’y voir – en fin de compte – qu’une seule idée.
Les acteurs ne jouent pas dans ce film, ils semblent vraiment ignorer l’issue de l’histoire, tout comme nous autres spectateurs, acculés à attendre la fin. Cette sincérité dans le jeu des acteurs est renforcée par quelques fausses hésitations, des moments de flottements et un semblant d’incohérence.

Le fait que l’enfant se révèle plus mûr que l’adulte dans certaines scènes brise le rythme du film et pose la juste interrogation : celle de savoir qui des deux est le plus sage. Ceci pourrait avoir été provoqué par Robert Mitchum qui dirigea les jeunes acteurs dans leurs scènes – parce que Charles Laughton n’avait pas particulièrement d’affection pour les enfants – mais fut ouvertement méprisant avec Shelley Winters celle qui joua leur mère.

Comme tout film culte, celui-là nécessite une nouvelle séance car la densité des détails, le nombre impressionnant d’allusions et la tension dramatique de la trame font qu’un seul visionnage est insuffisant. Sortant des classifications que l’on a coutume de reconnaitre, ce film semble être fait pour les photographes. C’est une magistrale leçon de cadrage et de composition autour des thèmes classiques : paysages, nature morte, portraits, scènes du quotidien…Ainsi qu’une singulière utilisation des angles de prise de vues…Suivie d’une incroyable démonstration ; les ombres pouvant avoir une vie propre sans la présence de la clarté !!! Et pour finir un discours sur le temps…à la fin du film un tic tac semble résonner dans les oreilles, pourtant il n’y est pas dans la bande sonore ! C’est peut-être le cœur qui bat !
Charles Laughton, en réalisant La Nuit du chasseur, avoue être un hors-la-loi …des genres cinématographiques. Dommage qu’il n’ait pas récidivé.

Je reverrai La Nuit du chasseur dans quelques temps afin de savoir comment je le percevrais !!! Seules les œuvres de cette puissance ont cette faculté unique de vous accompagner à travers votre vie. Comme une caméra qui vous suit en travelling, parfois vous sentez le besoin de tourner la tête pour fixer l’objectif.


(1) Gaza !!! Vous vous rappelez ? c’était seulement il y a deux mois, pourtant cela semble si loin…Quel déchainement – à l’époque – de passions, de discours et de commentaires. Le 16 janvier 2009, je disais sur ce même blog : « Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux décennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!! ». N’ai-je pas raison ?

(2) L’exposition “Ansel Adams: Photographs of the American West” organisée par “The Friends of Photography for the USICA” a été accueillie en 1983 en Inde, au Moyen Orient et en Afrique. L’exposition à Tunis eu lieu au Centre d’Art Vivant du Belvédère.
Hamideddine Bouali
13 mars 2009

  • Share/Bookmark
« Vous au moins vous ne risquez pas d’être un légume 
puisque même un artichaut a du cœur ! »

Photo Edward Weston- artichoke halved 1930-Center for photography, Arizona Board of Regents

C’est dans le film «Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain» que l’héroïne du film adresse au méchant de service cette cinglante phrase. Avoir du cœur, voilà ce qui est de plus en plus rare de nos jours, au point que ceux qui l’ont sont taxés de mauviette !!! Où va le monde ? 

Le temps des images
Belles récoltes en vue pour le prochain World Press Photo, la guerre c’est des images de vigoureux soldats en battle-dress, de courageux combattants à l’affût, d’enfants ensanglantés, de maisons détruites, de visages en pleurs… Sauf qu’il y a bien longtemps que Robert Capa a affirmé après la seconde Guerre mondiale que : “La guerre est une actrice vieillissante de plus en plus dangereuse, de moins en moins photogénique”.
Dans l’article intitulé « Au moins une Palestine sera libre », une phrase avait heurté la sensibilité de certains lecteurs : « Je hais la politique parce que la politique s’en fout des personnes, des individus et des identités… Je n’ai jamais aperçu un peuple et vous ? ». Voilà qu’un confrère vient appuyer mes opinions.
La semaine dernière, je reçois un mail à propos de l’inauguration de l’exposition “6 milliards d’autres” qui a lieu du 10 janvier au 12 février courant au Grand Palais à Paris. En vous connectant au site www.6milliardsdautres.org, Yann Arthus Bertrand, connu pour ses livres de photographies prises depuis le ciel, raconte comment l’idée lui est venue de poser le même questionnaire à 5000 personnes des quatre coins du globe (c’est peut-être la raison qui fait que cela ne tourne pas rond !!!).

Probablement la plus belle photographie de la terre réalisée, depuis la Lune, il y a exactement 40 ans. Décembre 1968. Apollo VIII (Jim Lovell, William Anders et Franck Borman)

Yann Arthus Bertrand explique l’origine de son idée : « Tout est parti d’une panne d’hélicoptère, un jour, au Mali. En attendant le pilote, j’ai discuté avec un villageois une journée entière. Il m’a parlé de son quotidien, de ses espoirs, de ses craintes : sa seule ambition était de nourrir ses enfants. Interrompu dans mon travail pour un magazine, je plongeais dans les soucis les plus élémentaires. Et il me regardait droit dans les yeux, sans plainte, sans demande, sans ressentiment. J’étais parti photographier des paysages, j’ai été captivé par ce visage, par sa parole. Par la suite en survolant la planète pour réaliser « La Terre vue du Ciel », je me demandais souvent ce que je pourrais apprendre des hommes et des femmes que j’apercevais en dessous de moi. Je rêvais de pouvoir entendre leur parole, sentir ce qui nous lie. Car vue d’en haut, la terre apparaît comme une étendue immense à partager. Mais dès que je me posais au sol, les problèmes commençaient. Je me retrouvais confronté à la rigidité des administrations de chaque pays, et surtout à la réalité des frontières instaurées par les hommes, symbole de cette difficulté de vivre ensemble ».

capture d’écran du site www.6milliardsdautres.org


« L’œil était dans la tombe, et regardait Caïn »

Difficile aujourd’hui de ne pas parler, encore, de Gaza, après avoir lu l’introduction humaniste d’Yann Arthus Bertrand. Vue d’en haut, de loin ou assis confortablement devant sa télé, le monde est réduit à sa plus simple expression. Aucun moyen de transmission ne peut se substituer à la vraie connaissance des gens. Les relations épistolaires, le tchat, MSN, hi5, Facebook, les téléphones portables, les e-mails, les sms n’ont jamais le pouvoir de transmettre l’émotion ressentie quand on regarde une personne droit dans les yeux, d’écouter son timbre de voix à bout portant, de sentir son odeur et de la toucher au sens figuré et, si affinités, au sens propre. Même les armes, à l’image de la communication entre les gens, s’utilisent de loin, cultivant la lâcheté. Les obus sont aveugles, les roquettes sont folles, les missiles « fire and forget », que l’on tire de loin en rebroussant chemin avant qu’elles n’atteignent leur cible, les armes BVR (Beyond the Visual Range), que l’on lance au-delà de la portée de vue… C’est ignoble. 

Combien de soldats ont évoqué leur hésitation avant d’appuyer sur la gâchette parce que celui qui est pris pour cible l’a regardé dans les yeux ? Les mémoires des guerriers des conflits d’antan sont remplis d’hésitations, de questionnements et de doutes. Face à face la donne est différente. Que c’est facile de dire du mal de quelqu’un dans son dos, mais cela est bien difficile de le faire en face !!! 
Celui qui réussit à tirer sur un individu en sachant qu’il le verra fermer ses yeux pour toujours n’en sortira pas vivant. Cette image le suivra toute sa vie comme Caïn vivant avec le regard d’Abel. Oui car nous sommes tous frères, même si ces paroles paraitront pour certains ringardes et caduques, je ne cesserai jamais de les répéter. 
Dans un poème de « La Légende des Siècles » intitulé « La Conscience », Victor Hugo consacre une centaine de vers sur le remords de Caïn, poursuivi par un œil omniprésent. Caïn ira jusqu’à s’enterrer vivant. Il sera l’exemple de tout homme incapable de fuir sa conscience : « L’œil était dans la tombe, et regardait Caïn ». On croit, à tort, qu’en évitant le regard de sa victime on échappe à celle de sa conscience, mais ainsi on ne fait qu’ajouter à la cruauté de l’acte la couardise de la conduite.
 

Guerre des passions
On ne peut pas vivre sans amours, sans ardeurs, sans penchants pour quelqu’un, pour une cause mais la passion, on le sait, vous empêche d’avoir la faculté de discernement.
Tant que ce sont les passions et non le bon sens qui guident les opinions, tant que ceux qui soutiennent un des deux camps, le font de loin assis confortablement dans leur quotidien, tant que les victimes ne sont pas également traitées, ce conflit perdurera. Les discours polarisés, les arguments valables unilatéralement, les intransigeances criminelles, les entêtements aux conséquences funestes conduisent les populations civiles – au cas où on retrouverait leurs cadavres – droit vers les cimetières.

Guerre des mémoires
J’ai lu dernièrement « Suez 1956, Naissance d’un tiers-monde » de Marc Ferro paru en 2006 chez Complexe Ed. Je vais peut-être dire une bêtise, mais tant pis. Aucun acteur de cette affaire n’avait une vue globale de ce qui avait précédé les événements qui ont abouti à son déclenchement. Le comportement de certains dirigeants révélait leur ignorance de faits pourtant concomitants et directement en cause. Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux decennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!! 
Dans « Les Grands dossiers des Sciences-Humaines » N°13 daté déc-2008/jan 2009 » Marc Ferro écrit que lors du tournage du film documentaire Verdun (1966), les réalisateurs Daniel Costelle et Henri de Turenne : « Ont fait se rencontrer à Verdun des anciens combattants français et allemands. Que c’est-il passé ? Ils s’étreignirent en pleurant ! Cette scène confortait mon intuition selon laquelle ces anciens soldats en voulaient au fond plus à ceux qui les avaient envoyés à la guerre qu’à leurs ennemies ».
Tout cela est à méditer.

Guerre des images
Les enfants qui meurent par un tir de mortier, qui disparaissent sous les bombes, qui crèvent de faim, qui décèdent de SIDA…me fondent le cœur. Une mère qui cherche ses enfants dans une morgue, un père qui tient son bébé sans vie, une petite fille qui gémit de douleurs…Qui peut voir ces images intolérables à longueur de journée ? Les chaines devraient arrêter de diffuser ces images au grand public. Le premier jour c’est choquant, le lendemain c’est attristant, le troisième jour les spectateurs se sont habitués et c’est exactement ce qui ne devrait pas arriver. La banalisation est le pire ennemi de l’humanité. 
Les criminels savent, qu’après une période de vives émotions, leurs délits quittent la Une des journaux pour régresser en priorité…la diplomatie – machine d’une inertie déconcertante – fait écran, les forfaits se poursuivent, entre temps, les civils continuent de mourir.
Je suis photographe donc bien placé pour connaitre le poids des photos mais aussi leur pouvoir traumatisant. Lors de la guerre du Vietnam, les groupes d’opposition ont projeté au Sénat américain les photos du massacre de My lai, ignoré à l’époque du grand public. Des décisions furent prises. Oui aux images comme preuves intangibles des crimes et des méfaits commis mais pas d’une manière brute et brutale. A-t-on pensé un seul instant aux enfants et aux âmes sensibles en publiant en pleines pages des photographies d’une telle cruauté, en diffusant en boucle des séquences si atroces ? 
J’avais huit ans quand la guerre du Viêtnam fut devenue le volet principal des informations. Je me rappelle avoir fait plusieurs cauchemars dont un qui m’a plusieurs jours épouvanté au point que je ne voulais plus aller en classe. Je me souviens avoir raconté à mes parents qu’un bateau allait venir accoster devant l’école – bien que située à une trentaine de kilomètres de la côte ! – pour nous emmener à la guerre !!! Mes parents ont su me rassurer. J’ai repris le chemin de l’école en devenant viscéralement un anti-guerre. Qui aujourd’hui prends la peine d’expliquer à ses enfants, sans passions ni parti-pris, ce qui se passe en Palestine ?

Nous avons perdu les morts, ne perdons pas les vivants !

Hamideddine Bouali

16 janvier 2009


  • Share/Bookmark
Au moins une Palestine sera libre

Je ne comprends rien à la politique, cela est très compliqué pour moi. Les images que j’ai vues ce dimanche m’ont troublées outre mesure, non pas parce qu’elles étaient d’une grande violence, mais parce que cela se répète…rien n’a changé.
Depuis que j’ai commencé à comprendre, il me semble que je suis en train de revoir les mêmes images, les mêmes tristesses, les mêmes réactions…Puis les mêmes oublis.
Je hais la politique parce que la politique s’en fout des personnes, des individus et des identités… Je n’ai jamais aperçu un peuple et vous ? Mais j’ai vu un enfant le visage ensanglanté, sans vie, emmené trop tard aux urgences.

Cette victime – d’un crapuleux calcul, d’un macabre marchandage, d’une escalade de la terreur accomplit derrière des bureaux calfeutrés ou dans des salles d’état major par des hommes sans scrupules – m’a bouleversé.

Encore une fois j’ignore les tenants de ce qui se passe maintenant à Gaza, je ne veux d’ailleurs pas le savoir ! À quoi bon ? Mais les aboutissants sont là.
Qui ose, en plus d’avoir été tueurs d’enfants, d’en justifier l’acte ?
Aucun militant de n’importe quelle cause n’a assez de force pour venir consoler une mère qui vient de perdre son enfant.

L’assassinat d’un enfant c’est toujours un triple meurtre ; on aura sur la conscience (si en en a une), en plus, celle des parents qui ne réussiront jamais à en faire le deuil.
La guerre ! Le mot même me fait peur. C’est le mot le plus détestable que je connaisse…cela sonne comme le rugissement d’un carnassier ; onomatopée « grrr » qui donne froid dans le dos.
Je ne prends aucun parti, j’ignore les raisons, je ne veux pas entendre parler d’auto-défense et de ripostes, de frappe chirurgicale et de tir de représailles…tout cela ce sont des mots, des stratégies et des stratagèmes…que valent-ils devant la perte de la vie ?

Aucune manifestation n’a fait renoncer des assassins à commettre leurs ignobles actes, pas un poème ni une chanson n’ont pu remettre en question les desseins infâmes des criminels. A quoi cela servirait de brûler un drapeau, de crier sa haine, de défiler si ce n’est pour calmer sa propre conscience ?…Les monstres en sont insensibles puisqu’aveugles, sourds et déterminés.
Croire le contraire c’est les considérer comme des êtres humains !!!
Ah oui ! Nous sommes bien à notre aise ici, moi devant mon pc, et vous dans votre chez-vous, alors que dehors le calme règne, mais qu’endurent tout ceux qui dorment d’un seul œil, ceux pour qui le quotidien est plus hasardeux qu’un jet de dé ? Ceux qui peuvent devenir orphelin, veuf, handicapé, ou gisant six pieds sous terre…en dehors des statistiques normales. En Palestine la notion d’espérance de vie est doublement enviée !!!

Palestine, Photo Hamideddine Bouali, Tunis 1988. Depuis le 27 décembre 2008 elle est tombée dans le domaine public, donc libre de droit.

Cette photo que j’ai réalisé en 1988 je l’a mets dans le domaine public, elle sera donc libre de droit. Elle sera à tous, sans royalties, ni droit d’auteur, ni autorisation préalable, elle vous appartient faites en ce que vous voulez ; commentaires, trucages, manipulations, jetez-la à la poubelle, signez-là de votre nom…au moins elle, elle sera libre. Libre de circuler entre les ordinateurs, libre de passer de réseaux en réseaux, libre de figurer chez chacun. Téléchargez et diffusez le plus possible.
Oui même cet acte n’a aucune influence sur la situation, j’en suis bien conscient.
Cette photo me brûle les doigts, je n’en veux plus, comme un oiseau en cage que l’on libère non pas pour son bien mais par amour de la liberté.


Hamideddine Bouali
29 décembre 2008
  • Share/Bookmark
Transports divers

Le Carthage au port autonome de Marseille en partance pour Tunis.Photo Hamideddine Bouali.
Le 30 octobre 2008 à 13h45. Montage de 3 photos avec un petit Powershot de Canon

Je me suis trouvé embarqué sans m’en rendre compte dans une croisière en Méditerranée : un aller-retour Tunis-Marseille – trois jours en tout et pour tout – pour des raisons professionnelles. Je suis en fait mandaté pour faciliter le transfert des concurrents qui participeront à la 9e édition du Grand Prix de Tunis (1e et 2 novembre). Manifestation organisée par la Municipalité de Tunis.
Un beau sujet pour les photographes des sports mécaniques. Il est rare d’avoir dans le collimateur de son appareil photo : une vénérable Bugatti 37, une indomptable Ferrari Testa Rossa ou fait exceptionnel pour la présente édition : une Alfa Roméo P3 celle-là même pilotée à Tunis en 1938 par le légendaire Nuvolari (surnommé le Mantovano volante). Pour les spotter, signalons aussi la présence d’une Alfetta 159 qui a remporté haut la main le premier championnat F1 en 1959.
Un plateau royal pour le 80e anniversaire du Grand Prix de Tunis et les 150 ans de la Municipalité de la capitale. Il sera donc naturellement question dans cette chronique de transports.

Petit inventaire à la Prévert
J’estime avoir emprunté un panel de moyens de transports assez disparate : avions de transport civil pour de fréquents voyages en Europe, avion privé de quatre places pour un petit saut de puce de l’aéroport de Tunis Carthage au centre de vol à voile de Djebel Ressas, là de nombreux vols sur avion- école et une seule fois en planeur, deux baptêmes de l’air sur hélicoptère et puis de nombreux trajets en téléphérique à Alger, un long voyage en train de Tunis à Casablanca, quelques traversées en bac pour aller de Sfax aux Iles Kerkennah ou pour arriver à Djerba. N’oublions pas le parcours quotidien en bus, en métro ou en taxi et d’inoubliables trajets en trains de banlieue. Quelques mètres à dos de chameau ou à dos d’âne, une mémorable cavalcade à cheval et des sorties en mer dans des voiliers d’initiation à la navigation dans un club de vacances à Hammamet. Ah j’allais oublier deux moyens de transports hors normes !!! Le Concorde et la jeep lunaire…effectivement j’ai visité l’avion supersonique français en statique à Orly alors que pour le véhicule lunaire, une copie fut offerte à l’Association Jeunes Science de Tunisie par la N.A.S.A. dans les années soixante-dix, elle y est toujours à son siège à Cité Jardin, Tunis.
Faites le compte de votre part ! Vous allez trouver sûrement cela pittoresque.
Mais, c’est la première fois que j’effectue un voyage en paquebot. Le Carthage est plutôt un Car-ferry, une petite ville flottante, neuf ponts, plus de deux mille passagers, six cents voitures embarquées…malgré les signalétiques de nombreux voyageurs, se trompent d’étages, de couloirs et de chambres.
Je rédige cette chronique en étant confortablement installé au salon du pont supérieur.
A part un léger tremblement, Le Carthage offre un réel confort malgré une mer légèrement turbulente. Ceux qui veulent s’endormir, la berceuse est donc offerte par la compagnie.

Les Bouali ont le pied marin
Les voyages en mer évoquent évidement toute la production littéraire et cinématographique que tout le monde connaît. Comment ne pas penser à l’Odyssée d’Homère ? D’ailleurs, il faudrait l’évoquer encore une fois car un ferry avec ce qu’il transporte dans ses cales est une belle réactualisation du célèbre mythe du Cheval de Troie !!! Comment ne pas avoir à l’esprit la tragédie du Titanic et son inoubliable film réalisé par James Cameron ? Aux Naufragés du Poséidon (projeté l’année dernière dans une salle de cinéma de Tunis)? À La Croisière du Navigateur avec l’imperturbable Buster Keaton ? A la dernière scène de La Ruée vers l’or ? Aux milles millions de milles sabords du colérique Capitaine Haddock ou aux extravagances de Némo ? A Moby Dick de Melville ? Si mon jumeau était à ma place il ajouterait le long chapitre de son roman Terre promise texane, consacré à Santa Maria le vaisseau amiral de Christophe Colomb.
Il parait qu’un lointain parent entretenait un commerce florissant – par voix maritime – avec les Indes au point qu’il porta le surnom d’el Hendi (l’indou) ? Alors que de lointains aïeux avaient amassé une petite fortune en exportant du sel et en important des produits manufacturés avec justement Marseille.
Alors sans avoir lu et vu les livres et les films cités plus haut, je fais un peu partie des gens de la mer puisque j’ai hérité du coté de la famille de mon père – à part une plume (ou clavier) facile (à ce que l’on dit), le pied marin. En attendant de découvrir d’autres qualités cachées.

D’autres transports
Emprunter un aéronef n’est en rien valorisant, mais le transport dans le sens figuré du terme cela pourrait vous mener très loin !!! Là, pas besoin de titres de transport, réservations, ou visas et l’excédent de poids n’est même pas taxé. Sans bouger, vous vous retrouvez emporté par vos sentiments, ballotté par vos sensations, et s’il survient un certain mal il est souvent beaucoup plus désagréable que le celui ressentie en mer ou en l’air. Que de corps partis dans des longs voyages en laissant leurs âmes ancrées profondément dans un port d’attache bien sécurisants !
C’est la civilisation judéo-chrétienne qui a voulu attacher au corps, avec ses inévitables faiblesses, l’âme et ses soubresauts. Vers l’Orient (tiens, encore une fois les Indes) tous ceci n’a aucun sens, car pour ces peuples sentir, aimer, souffrir, méditer n’a presque pas de lien avec se nourrir, travailler ou même mourir. J’arrête ici cette chronique. Suis-je victime non pas du mal de mer mais de celui des hauteurs – à l’instar des alpinistes – il est vrai qui je suis juché au
Pont neuf (les cinéphiles se rappelleront le film du très rare Léo Carax) euphorie et panique peuvent se manifester à tout moment ou pire s’alterner.

Une heure et demie à Marseille
Au moment où j’écris ces lignes Le Carthage est à quelques miles du Golfe de Tunis. La traversée allée fut mouvementée, une mer démontée et un vent assez fort. J’ai consulté mon encyclopédie embarquée à propos de l’échelle de Beaufort. J’estime que cela atteignit l’indice 7 sur une échelle plafonnée à 12. Des vagues hautes ont malmené le bateau, malgré sa masse le roulis et le tangage ont obligé plus d’un à se confiner dans sa cabine. A part le faite qu’il fallait tenir la balustrade pour ne pas glisser, ce qui était plus amusant que désagréable, le mouvement du bateau n’avait aucune influence sur moi.
Le personnel naviguant fut au petit soin, serviable et la plus-part du temps souriant. Ils ont contribué à rendre la croisière – malgré l’exécrable météo – convenable. Le comandant du bateau a même mis gracieusement à la disposition de certains voyageurs des cabines afin de se reposer. Il est vrai que la salle des fauteuils n’était pas indiquée pour ceux qui étaient sensibles au mal de mer. Situé juste à la proue du bateau, elle subissait des amplitudes plus importantes qu’à l’arrière.
Arrivée en rade de Marseille à midi et demi et en prévision d’un ré-embarquement vers Tunis à 14h, il ne me resta qu’une heure pour faire quelques emplettes dans la ville phocéenne, surtout des coups de cœurs désirés depuis un certain temps et ce petit voyage m’avait permit d’en réaliser quelques uns !!!

Le 31 au soir, j’étais déjà à Tunis, je retrouve mon cher blog avec la symbolique barre des 10000 connectés dépassée. Merci d’être aussi nombreux à lire mes textes.

Tour du Circuit du Belvédère en Bugatti 37 pilotée magistralement par Dominique Baldi.
Photo (depuis le siège passager) Hamideddine Bouali. le 2 Novembre 2008. 16h50. Nikon D 200.

Quant je faisais le compte des moyens de transports empruntés au début de cette chronique je ne savais pas que quelques jours plus tard j’allais faire le tour du Circuit du Belvédère en Bugatti 37. Souvenir inoubliable dans une mythique automobile ; la Leica des voitures de sports. Chassez le naturel il revient au galop ! Promis ! La prochaine chronique sera entièrement photographique.

Hamideddine Bouali
5 novembre 2008

  • Share/Bookmark
« La chronique XXXIII refusée par le comité de lecture »

Mon père corrigeant cette chronique. Photo Hamideddine Bouali. 26 octobre 2008 à 19h30

Une correction méritée !!!
Habituellement je donne à mon père mes textes à corriger. Il s’y attelait à l’instant où je lui tends les feuilles imprimées, jamais de manuscrits à cause de mon écriture parfois illisible. J’ai tendance à croire qu’un texte tapé à la machine et a fortiori produit par une imprimante moderne donnait l’impression que c’est un travail sérieux, ne comportant pas de fautes minables : celles concernant l’orthographe. Ce préjuge n’en est pas un en réalité. Un texte écrit sur un ordinateur permet effectivement d’éviter de commettre ces fautes, le correcteur orthographique intégré les souligne en rouge, il suffit alors de lui demander, sans gentillesse particulière, de les rectifier.
Mon père me donnait l’impression qu’il attendait cet instant avec impatience…il m’avait un jour fait entendre qu’il trouvait un plaisir à me lire et je considérais cela comme une marque d’affection paternelle plutôt qu’un éloge à peine voilé de mes compétences littéraires. Et s’il m’interpelle pour me dire : « quand est ce que tu vas me donner un texte à corriger ? » je ne retiens que le dernier mot et je ne peux pas esquiver l’idée qu’il est un (ancien) instituteur et moi (toujours) un élève. Bref , dès que les feuilles sont en sa possession, il s’empresse d’aller chercher son stylo, n’importe lequel fait l’affaire, met ses lunettes ; monture noire à la Kissinger qui font très années soixante et lecteur qui, à force de lire devient myope, puis incline le buste. Mon père lit en corrigeant simultanément, un vrai reflexe de correcteur. N’importe quel texte sur n’importe quel sujet : il y va sans une humeur particulière ou une curiosité de lecteur. Au même moment, je feins de ne pas le voir à l’œuvre…comme si j’étais résigné à empocher la sentence que je mérite.
Parfois quand une phrase s’étire en longueur, comme celle-ci, il la suit du bout du stylo comme s’il suivait un sentier ne sachant pas où il pouvait bien mener, à ce moment précis, moi, j’ai le cœur qui bat de peur de le voir raturer, biffer ou comble de malheur le voir se tournant vers moi pour me dire : « cette phrase est à reformuler ». Dois-je consulter un spécialiste, ophtalmologue ou psy, si je vous confie que je n’ai toujours vu dans le terme littérature que les trois dernières syllabes ?
Ma mère, longtemps à ses côtés, s’enquérait avec impatience de l’état d’avancement de la correction et il lui arrivait de demander : « alors !». Mon père, imperturbable, répondait presque machinalement : « il a un style particulier et des trouvailles intéressantes, et les fautes sont surtout des coquilles tout à fait bénignes ». Je prenais toujours, la question comme l’interrogation d’une jeune mère à-propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent.
Instituteur de la vieille école et journaliste prolifique, il se contente de souligner, raturer, noter dans la marge. Il ne fut presque jamais question de styles, de niveaux de langues ou de champ lexical. Il cessa de répéter que mon français s’apparentait à celui pratiqué par les francophones hors métropole (Canada, Belgique et Suisse). Ainsi mon père parlait en général jamais d’un texte en particulier…Il corrige… point barre.

Histoire d’une chronique abandonnée
Très rarement j’envoie mes chronique à d’autres personnes dont mon frère-jumeau (celui qui vient de se lancer dans l’écriture des romans : « Safieddine Bouali : Sur les traces de Columbia… »).
La chronique XXXIII intitulée : « L’édifice immense du souvenir » que je lui ai envoyée il y a une semaine m’a été renvoyée avec ce commentaire : « Je ne retrouve pas l’artiste dans cette chronique. Où est ta verve ? Très en dessous de tes performances…Lourde, trop longue, cette digression. Ennuyeuse sans aucun doute. Même ton souvenir d’enfance n’a pas réussi à m’attendrir (sic). On comprend vite que le vrai sujet se trouve dans le dernier paragraphe, tout ce qui précède n’étant qu’une trop longue introduction…Mérite une vraie réécriture. Brutale ma critique ? Non. Seulement sincère ».

Brutale ? Non ! Mais voila !!! Un membre de mon comité de lecture a brandi son veto. C’est que mon jumeau se penche sur un texte avec un regard différent et complémentaire à celui du paternel. L’âme d’un papier, son équilibre, ses justes proportions, sa cohérence, il les scrute en un jet… Il les scanne ! Mais je me suis senti comme arrêté intempestivement par un feu rouge alors que je roulais hautainement dans une Rolls ! Cela était inattendu !

Alors je me suis demandé si le puits s’est tari ? Me-suis éloigné de mon sujet de prédilection – la photographie – pour atterrir je ne sais pourquoi sur la surface de la Lune (chronique XXXII), pour commenter un cent mètres même s’il s’agit d’un record du monde (Chronique XXVII) ou pour évoquer la citronnade de Ghar el Melh, aussi succulente fut-elle (les trois Chroniques publiées après les Rencontres) ?
Pour ma défense, à part la rentrée photographique fêtée symboliquement à Beit el Bennani et l’hommage rendu à Kahia, rien ne se passe (encore)…Mais soyons optimiste.
Objection votre honneur !!! Les événements photographiques ne manquent pas. Le Mois de la Photo de Paris, la rétrospective Richard Avedon à Arles, la Photokina à Cologne…susciteraient de longs commentaires pour un chroniqueur même légèrement inspiré. Alors qu’est ce qui se passe docteur ? Est ce que c’est grave ?


Heureux événement
Il se peut que l’arrivée imminente d’un appareil photo dans le foyer a bouleversé – non pas les habitudes on n’est pas encore là mais cela va venir – mon appréciations des choses. Peut-être que je suis redevenu visuel et beaucoup moins littéraire. Je sais que je vais devoir m’expliquer sur ce point. Je pense que ceux qui sont pourvus d’une certaine sensibilité peuvent facilement changer de moyens pour exprimer cette émotivité. Que de poète-photographes, de peintres-écrivains, de cinéastes-dramaturges ont alternativement composé, écrit, réalisé ou peint sans efforts particuliers. Il suffit d’une technique à apprendre puisque l’essentiel – le désir irrépressible d’en parler – est là. Ces individus ont utilisé des vecteurs différents pour incarner des émotions. J’ai lu Zola et vu ses photographies…la même minutie et une semblable volonté d’exhaustivité dans les Rougon-Maquart ou dans ses photographies de Paris. Tiens ! Une belle étude comparative à mener.
Sachons raison garder ! Ni mes chroniques, ni ma photographie ne sont en rien comparable à celles du chef de file des auteurs naturalistes. Bien que l’appareil de la photographie d’aujourd’hui est plus proche d’un clavier et d’un écran d’ordinateur, au point qu’il est considéré comme un de ses nombreux périphériques, que du télescope et du microscope comme ce fut le cas jusqu’à récemment, il est hasardeux de faire ressembler l’acte d’écrire avec celui de photographier. Chacun ayant sa propre logique de fonctionnement, son mode opératoire et surtout sa gestion du temps.

Même s’il est possible de faire le parallèle entre une planche-contact dont on ne garde qu’un photogramme et la liasse de brouillons dont on ne conserve qu’une belle page pas trop gribouillée, il est par contre exagéré de n’y voir autre chose qu’une simple analogie. Les rushs jetés à la poubelle après le montage d’un film, les répétitions au théâtre sont aussi le côté coulisse invisible aux profanes. Chaque moyen d’expression possède ses rites, ses habitudes et ses particularités. Les comparaisons ne sont qu’un raccourci cahoteux. La photographie, l’écriture, le cinéma, la poésie, le théâtre sont des mondes à part et ceux qui excellent aussi bien là qu’ailleurs sont de vrais virtuoses.
Il se peut qu’à mesure que je photographie je perde le plaisir d’écrire. Où bien que j’associe modestement le bonheur de photographier avec la joie d’écrire ! Qui sait de quoi demain sera fait ? Nous autres humains sommes à la merci d’une envie instantanée ou d’un coup de cœur infini ! Mais n’anticipons pas, je suis encore à taper sur mon clavier ce 26 octobre. Il est temps de revenir à l’heure d’hiver, c’est l’adieu définitif à l’été 2008. Vivement une exposition à critiquer, un photographe à encourager, une tendance à encenser et un fait à commenter.

Si vous êtes curieux de lire la chronique XXXIII où j’évoque Blanche-Neige, Charles Trenet, Jean-Paul Gaultier et Proust vite e-maillez-moi avant que je ne la jette à la poubelle de mon pc !!!


26 octobre 2008
Hamideddine Bouali

  • Share/Bookmark






Trait pour trait


Dès que j’ai vu ses photographies, j’ai désiré me faire portraiturer par Susana Paiva. Sa photographie a du panache. Une maitrise rare de la lumière, une vision clairvoyante de l’espace et un respect du sujet, que faudrait-il de plus pour qu’un photographe soit classée parmi les grands ?

Elle est venue me voir pour me dire que la lumière n’était pas intéressante ce jour-là, on verra demain en passant sa main sur ma joue. J’avais totalement oublié sa promesse quant elle est venue le lendemain pour me prendre par la main…On monte là-haut, me dit-elle.

Arrivées à ce lieu plein de mystères qu’est le promontoire supérieure du fort lazaret, Susana Paiva me demanda de me mettre devant un mur, tira son petit appareil numérique et fit quelques réglages. Elle n’arrêta pas de parler tout le long de la séance de prises de vues qui dura une quinzaine de minutes. Il lui arrivait de se déplacer de quelques centimètres et de me demander, avec sa voix chantante et charmeuse, de faire de même, de regarder à ma gauche puis en face…après chaque déclenchement elle vérifiait le résultat sur l’écran, puis reprenait le même scenario.

Celui qui nous verrait de loin, et si en plus il serait dans notre exact prolongement et avec l’aplatissement des plans, pourrait nous prendre pour un couple en train de danser. Ce n’est pas rapide comme une valse, ce n’est pas saccadé à l’instar d’un tango et cela ne ressemblerait pas à une salsa parce que nous nous tenions droit. Cela ne pouvait être qu’un slow. Avec ses sujets, Susana entretient une relation presque charnelle, une connivence est nécessaire sinon c’est raté d’avance. Face à un sujet, elle ne se contente pas de la vue, il lui faudrait en plus le sens du toucher, peut-être pour la chaleur qui s’en dégage. Cela influe sur sa photographie : ces prises de vues sont en fait un corps à corps. Elle ne veut en aucune manière dominer son sujet mais l’étreindre. Le couvrir pour mieux le comprendre. Le saisir non pas dans sa totalité mais en son essence. Certains photographes se prennent pour des dompteurs essayant de calmer un fauve, puis de lui faire faire ce qu’ils désirent. Susana est une mère, couvant son sujet, en le photographiant, il devient, tout naturellement, sa progéniture. Une adoption nécessite des préalables ou un préambule. Elle se situe alors par rapport a son sujet et dans l’espace qui les ré(unit). Avant de mettre son œil dans le viseur, elle regarde, contemple et réfléchit puis se décide. Il lui arrive de ne pas déclencher. Aucune précipitation dans ces gestes, pourtant la lumière du crépuscule est aussi fuyante qu’insaisissable. Elle prend tout son temps avant chaque déclenchement, ignorant volontairement la possibilité de réaliser une centaine par minute, et choisir après, comme le font un grand nombre de photographe.

Demander à Susana combien dure une séance de prises de vues reviendrait à demander à une mère, qui vient juste d’embrasser son enfant, combien cela a duré ! Le temps ? Elle ne s’en soucie pas. De toute façon il marche, à quoi bon s’en inquiéter. Alors elle l’enjambe, le contourne et l’ignore. C’est ainsi seulement en apparence, car en réalité elle est devenue photographe par peur de la mort. En photographiant, elle croit fuir le temps de peur de rencontrer l’ange noir au coin d’une rue. Avec une telle conduite, elle ne peut qu’adhérer aux paroles de Confucius qui disait que : « Celui qui ne sait pas ce que c’est que la vie, comment saura-t-il ce que c’est que la mort ? ».

Elle ne peut faire autrement que de se mettre en contact avec son sujet. Ensemble rien, se convainc-t-elle de croire, de funeste ne pourrait arriver. Et même si par malheur cela surviendrait, à deux ce serait moins insupportable. Faire des photos est donc une riposte, une parade, une armure…une prière. Un chant pour la vie.

Dans ses photographies le temps est une dimension hors-cadre, hors sujet et presque hors-propos. Le « maintenant » tient lieu d’absolu. Le présent éclabousse le passé et déborde sur le futur, tout comme une mère qui oublie la notion du temps en présence de son enfant. Ce qui explique son désir vital de se mettre en face d’un sujet, de déclencher et de faire des photos sans qu’il y ait nécessité de les voir tirées. Si regarder une image c’est se retourner en arrière, alors Susana n’en veut pas. Sa photographie serait, d’abord pour elle-même puis pour ceux qui verront son œuvre, une indispensable inspiration.

Susana, je l’ai senti lors de cette séance de prise de vue, a gardé les vieux reflexes de la photographie argentique ; chaque prise de vue est importante. Pour mon portrait, tout comme pour le sujet qu’elle a exposé à Ghar el Melh, Susana n’ambitionne pas de rendre compte ou de jouer l’objectivité. Elle se satisfait de réaliser une image qui soit une citation de l’instant dont le sujet serait les mots et sa photographie la grammaire. Elle ne pourrait jamais réaliser une photographie dérobée, à moins que le sujet s’y prête ou s’invite de lui-même…un instantanée, un flagrant moment, un instant décisif…mais ce n’est pas cela ce qu’elle recherche. Si on devrait être forcé de distribuer les photographes, il y aura les arpenteurs et les métronomes. Susana n’est ni l’un ni l’autre, elle est photographe du sujet.

Hors du temps et presque en dehors du monde, ses images seraient un catéchisme…Sacraliser ce qui est devant son objectif c’est pour Susana Paiva une religion dont elle se veut l’apôtre.

Susana Paiva et Hamideddine Bouali

18 juillet 2008

  • Share/Bookmark
Citronnade, Nénetses et coup de soleil (suite et fin)

L’aventure du Corsaire
Pour la troisième année consécutive Ghar el Melh se voit affublé d’un quotidien, le seul organe de presse que ce village a connu. Évidemment cette feuille de chou est partiellement rédigée quelques semaines à l’avance. Avec tout ce qu’il y a à faire ou à superviser, il ne pouvait en être autrement. Et puisque je ne me voyais pas signer tous les articles que j’écrivais, je me suis amusé à attribuer à quelques un des auteurs différents. Mon père qui me relit et me corrige m’a ainsi fait remarquer que de mes deux filles – Jenaina (13 ans) et Fatma (11 ans) – c’est la benjamine qui fait le moins de fautes, en sachant pertinemment que le cancre en accords de verbes et en grammaire c’était bien moi ! Je suis allé cette année à Ghar el Melh en bus, et pour occuper mes deux charmantes filles, je leur ai demandé de lire chacune l’article qu’elles ont – soi-disant – rédigé. Ajoutant que : « au cas où on vous interrogerez vous trouverez quoi répondre ! ».
Écouter Fatma lire pour la première fois le mot « Da-gue-rré-o-ty-pe » dans un bus cahotant avec une chaleur caniculaire cela me rappelle la série de sketch d’Eric et Ramzy : « Ce soir nous allons ensemble apprendre un mot, ce mot nous ne le connaissons pas, ni vous ni nous…».
Le café en face du fort est devenu le siège de la rédaction du Corsaire. Tout le monde y a mit la main. André Marzuk a évité bien des lourdeurs en suggérant des raccourcis stylistiques à quelques minutes du bouclage. Ma sœur Houbeb (née Bouali) Khéchine – qui se vante d’être l’épouse et la sœur de deux réceptionnaires du prix nationale de la photographie – a joué aux reporters et ces trois enfants à l’intendance. Marianne a – entre une interview et une visite guidée – relu sans avoir eu le temps de tout corriger, d’où quelques coquilles.

Super Ali, Anissa joli cœur et Système imeD
Ali, coiffeur de son état, est là depuis les premières éditions. Affable, prévoyant…il te tend un café avant même de l’avoir demandé, une poignée de clous d’accrochage alors que les photos n’ont pas encore été encadrées, il est l’archétype du bénévole : il est là avant tout le monde et attend que l’on soit tous rentré pour quitter les lieux. Que ferions-nous sans notre super Mario ?
Elle est venue spécialement de Paris, pour être de la partie et soutenir son cher papa. Anissa Jabeur possède de son père l’art de la négociation, et de sa mère le sourire. Effectivement ces Rencontres sont en quelque sorte une affaire de famille, sinon cela ne marche pas. Anissa venait souvent me voir, et quand elle est à un mètre de moi je n’ai jamais deviné si elle va m’annoncer une bonne nouvelle ou alors l’imminence d’une catastrophe. Chaque manifestation a besoin d’une Anissa pour tempérer, atténuer et sauver une situation soit par un sourire dévastateur ou une diversion très diplomatique.
On lui a confié la responsabilité la plus courte en durée mais la plus difficile. Imed Belhassen s’est occupé de la restauration et du logement.
C’est la seule fois où le resto n’a pas eu de problème d’approvisionnement. Imed prévenait le cuistot : « aujourd’hui nous seront 36 à déjeuner et 41 à dîner », il ne se trompait que rarement et même si le compte n’était pas bon c’est que quelques uns ont mangé pour deux ! Populaire la soupe !
Le soir venu, le voir errer d’un bungalow à l’autre – avec sous le bras matelas et oreillers – essayant de loger tout le monde bien que le temps de sommeil pour la majorité d’entre nous se comptait non pas en heures mais en minutes, me faisait de la peine. Certain jour cela tiendrait du casse-tête d’une souris de laboratoire dans un machiavélique labyrinthe. Il s’en est sorti avec brio.

Astronomes ! À vos yeux
Aucune journée de travail n’était possible sans l’idée que cela finirait les pieds dans l’eau à Sidi Ali el Mekki. Ce moment de repos était nécessaire, après avoir tant discuté, marché, accroché des cadres, tapé sur le clavier, résolu des problèmes. Couché sur le dos – à même le sable – le spectacle, gratuit et d’une rare beauté, s’offrait à qui voulait le voir. Mon neveu, Mohamed Ali, féru d’astronomie, ne trouvait pas ses mots le premier soir. A Tunis ; La Grande Ourse, l’Étoile polaire, Alpha du Centaure étaient bien visibles mais ici à part les stars, les figurants aussi furent invités sur scène. Ils étaient – presque tous là – à se pavaner devant ce fabuleux décor, jouant au funambule sur la Voie Lactée…certaines ont perdu l’équilibre…vite un vœu !!!
Le clair de lune éblouissant dans cette obscurité totale, donnait à la plage un éclairage féerique. Les couleurs n’étaient plus colorées, une agréable sensation de présence des êtres et des choses avait pris leur place. La meilleure preuve de cette impression, c’est la difficulté de se rappeler ces images là, il n’en reste que des émotions. Je me souviens avoir dit – alors que notre astre de la nuit était à son premier quartier : « tant que la photographie ne peut pas restituer cette atmosphère, il y aura toujours des moments à vivre et non à photographier ».

Parler et s’enrichir ou se taire et méditer
Dans ces nuits-là chacun avait son rituel. Certains étaient assoiffés de parler : je fus témoin d’une grande discussion à propos du pluriel de ciel. Ciels ou cieux ? Trente cinq minutes d’échanges d’idées lumineuses…dommage personne n’a pris note.
D’autres ont retroussé leur pantalon, trempant leur corps jusqu’au mollets et se sont dit : « je suis…ici » à l’instar de Hela ou de Hejer. Rabaa prit l’habitude de cheminer en longeant puérilement les premières vagues, Rania regardait l’horizon sans voir ni le ciel ni la mer…l’horizon comme simple ligne, l’horizon comme trait. Aux premières heures de la journée, Natalia noyait sa fatigue dans cette mer paisible, accueillante et régénératrice.

Fatal Erratum
C’est la première fois que l’on me confie la conception du catalogue des Rencontres. Le mois de mai fut intense en échanges – par e-mail – avec d’abord les membres du comité puis avec les photographes. La dernière semaine fut particulièrement chargée au point qu’il fallut communiquer plus rapidement par téléphone portable. Le catalogue fut prêt à temps et dès sa distribution on vint me voir pour les réclamations d’usage, la perfection n’est ni humaine ni de ce monde. Natalia Jaskula fut, de l’avis de tous, celle qui fut la plus lésée. Il aurait fallu bien évidement reconnaître son travail de prospection, de contact, de collecte et de transport des expositions des photographes polonais ainsi que celle de Susana Paiva. Son travail de scénographie – qui a donné aux Rencontres de l’année dernière et de cette année une très haute facture – aurait dû être particulièrement applaudi et noté sur la page de garde de cet ouvrage.
Dans le texte : « Déclarons la photographie d’utilité publique…et le photographe bienfaiteur de l’humanité », il fallait lire « il est temps de reconnaître l’incontournable rôle des commissaires d’exposition » et non « il est temps de reconnaître l’incontrôlable rôle des commissaires d’exposition ».
Autre malencontreuse coquille, dans la double page consacrée à Amine Messadi, un moment d’inattention a fait que dans sa biographie c’est le nom de Karim Maamri qui apparait. Qu’il nous excuse.

Peut-être un caprice de Marianne !
Marianne Catzaras s’est toujours réservé la rédaction du troisième texte de présentation du catalogue. Cette année, dans la précipitation des derniers jours avant le bouclage, Marianne m’envoie son texte par E-mail et oublie de le titrer. Après mes sollicitations, à la limite du harcèlement, elle m’envoie un texto ainsi libellé (je respecte l’exacte graphie) : « peut-être le courrier de marathon ». Avec l’innocence des enfants j’ai cru que tout le contenu du sms était le titre de son texte alors qu’en réalité elle hésitait encore et demandait mon avis !

Des lauriers pour Lilia
Lilia Benzid, membre du comité des Rencontres, n’a pas été présente autant qu’elle l’aurait voulu. Sa fille Salma passait son bac au moment des derniers préparatifs et attendait le résultat alors que les animations avaient commencé. Salma fut reçue avec une exceptionnelle « Mention très bien », et cela valait la peine de sécher les 6e Rencontres pour une aussi noble raison.

Effet Ghar el Melh !
Quant on lit les manchettes des quotidiens ou les Unes des journaux télévisés à propos des guerres qui se préparent, des haines qui se montent et du pseudo choc des cultures, il m’arrive de me demander qu’est ce qui se passe à Ghar el Melh pour que des individus venus de pays et de cultures différents, parlant différemment et ayant des croyances diverse arrivent à ce point à s’entendre ? Parce que – Polonais, Portugais, Libyens, Français, Tunisiens – on s’est d’abord aimé dès les présentations…alors naturellement on s’est compris. Est-ce bien cela l’effet Ghar el Melh ? C’est peut-être le ciel (de Ghar el Melh) qui nous unis, couvre et nous protège qui en est responsable…je l’ai déjà dit dans un texte paru dans le blog : nous sommes minuscules mais nous sommes là pour nous en rendre compte. Notre supériorité se situe dans cette conscience de soi (je plagie Blaise Pascal). Entre la pratique de la photographie, activité tout compte fait égocentrique et focalisante (certain vont me critiquer pour la formulation et le néologisme) et regarder l’immensité du ciel, nous nous sommes remis à notre vraie place.

Amarcord
Gaël Coto se rappelle sûrement la discussion que l’on a eu à-propos du cinéma de Fellini, lui préférant Fellini-Roma, moi Amarcord (io mi riccordo = je me souviens), l’un est l’autre sont une suite de souvenirs, d’anecdotes et d’histoires…avec le temps les uns sont enjolivés d’autres défigurés. Tous ce qui nous arrive depuis leur vécu – jusqu’à leur évocation aujourd’hui – les détient d’une certaine manière. Alors les Rencontres ont-elles étaient telles que je viens de les raconter ? Se sont-elles passées ainsi pour tous ceux qui y étaient présents.
Contrairement aux autres années, je n’ai fait aucune photo d’ambiance, préférant le faire avec mes yeux puis les enregistrant dans mon cœur. Si vous avez des instantanées des Rencontres en fichiers numériques – ou comme moi en fichiers émotions – n’hésitez pas à me les envoyer afin de constituer l’album de cette inoubliable réunion de famille.

Hamideddine-6e Rencontres

  • Share/Bookmark
Citronnade, Nénetses et coup de soleil

Et demain ?


«Le lendemain des Rencontres ?», j’ai posé cette question à bon nombre des invités des Rencontres, et chacun – sans jeter un coup d’œil sur son Quo-vadis a donné sa réponse : « je vide ma valise », « je consulte ma boite E-mail », « je reprends le travail »…
Personnellement je ne savais pas que ce mardi 1 juillet, après avoir veillé jusqu’à l’aube et pris un café aux aurores, on allait m’appeler vers 9h du matin pour m’annoncer que le Prix National de la Photographie 2008 – qui a changé d’ailleurs en « Consécration » – me fut octroyé.
Les quotidiens l’ont annoncé. Une avalanche de messages sms de félicitations s’en suivit et autant d’appels de congratulations.
A ce moment tout le parcours commencé en 1982 défile : le début avec la visite de l’exposition d’Ansel Adams au Centre d’Art Vivant du Belvédère, puis le club Photo de la Maison des Jeunes du Bardo et son mythique animateur Setsuma Hirochika, sans oublier le service photo du Ministère de la Culture…La rencontre avec le grand photographe Jacques Pérez fut décisif, les directions de stages, de journées de formation, les commissariats d’expositions ; « la Tunisie de Jacques Perez » et les deux éditions du Mois de la Photo de Tunis furent essentiels pour parfaire mes connaissances. Les trois expositions personnelles, les Rencontres de Ghar el Melh et puis ce blog m’ont permis d’atteindre une certaine maturité. Je pense aussi a ma mère qui aurait été contente de voir son petit dernier bel et bien consacré, à mon père qui me félicita à sa manière…
Je ne peux passer sous silence l’influence bénéfique et vitale d’une personne qui m’est très chère et à la quelle d’ailleurs j’ai dédié l’œuvre exposée cette année à Ghar el Melh…certains fins observateurs auront décrypté le message qui s’y cache !!! Et à laquelle j’offre ce prix.

Esméralda
Les Rencontres sont finies aujourd’hui. Natalia, celle qui fut Esméralda* dans cette cathédrale de la photographie que fut le Fort Lazaret, est partie en fin d’après midi du jeudi 3 juillet à destination de Paris, et c’est l’adieu symboliques à cette 6e édition. Jusqu’à l’annonce du départ imminent de son vol, Natalia, Lilia, Marianne et moi étions encore à réfléchir sur la meilleure manière d’améliorer cette manifestation qui nous tient tous à cœur. Mais avant d’aller plus loin, retour sur quelques souvenirs.

Natalia et Hamideddine par André Marzuk. Ghar el Melh le 1er juillet 2008

Sublime citronnade
Dans les moments de grands stress ou quand on voulait tout simplement s’éloigner de l’ambiance photo et s’isoler, les photographes ont pris l’habitude d’aller au café du coin pour se désaltérer. Fidèle à ma dose de caféine (qui sonne bien avec mon prénom !) je fus, moi aussi, mis à la citronnade fait maison, servie glacée, qui avait un gout sublime, elle sentait l’été, avait la couleur de l’espoir et rafraichissait les (bonnes) idées.

La mascotte de cette édition…< ?xml:namespace prefix = o />
Dans l’édito du Corsaire du 27 juin on pouvait lire : « Chaque édition des Rencontres nous réserve des surprises. Comment oublier Xavier De Luca, Issa Salah Engaoui, Béchir Manoubi, Bernard Guillot, Rula Halawani, James Leggate, Raquel Fonseca, Talel Bariun, Ozgur Ciftci, Leila Ghandi…Ces photographes ont marqué avec leur personnalité particulière respectives, leur disponibilité les précédentes Rencontres. Cette année, les invités sont nombreux, il y aura concurrence pour savoir qui restera dans la mémoire des enfants de Ghar el Melh (comme Vee Speer), qui sera le plus photographié (pour ravir ce titre à Bechir Manoubi), qui aura l’accent le plus sympathique (imbattable James Legatte), qui projettera le diaporama le plus émouvant (Rula Halawani nous fit pleurer), qui viendra avec son bateau (à la manière de Jacques Vapillon) ». Effectivement, nous avons tous vécu une semaine exceptionnelle.

Comment oublier André Marzuk avec sa verve bien méditerranéenne, son émouvant film sur son Tunis et sa leçon de couleur donnée à des enfants contents de se savoir capable de voir en couleur. André avec son flegme et sa sagesse a failli décimer une famille entière avec son humour un certain soir à-propos de clefs perdues, d’anges lumineux venus d’ailleurs et de nettoyage de plage (je suis incapable de relater cet épisode).
Patrick Lefebvre, très zen, même pendant l’accrochage de son exposition et surtout lorsqu’on lui a demandé de n’utiliser que la moitié de la salle où il était assigné alors qu’il venait à peine de tout accrocher. Très cinéma, il préfère que l’on parle de tout sauf de lui. Timide et jovial il possède une voix particulière ; il aurait bien pu être le narrateur du film « Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ». A l’entendre il ne te viendra jamais à l’idée qu’il pourrait proférer autres choses que des vérités. Claude Iverné est hors norme, ceux qui l’on approché s’en souviendront. A l’image de sa photographie : simple à aborder mais ardue à appréhender, Claude Iverné ne se livre pas, feuilleter son journal intime serait l’occasion de dévoiler un grand mystère !!!
Gael Coto, touchant comme un enfant de cœur, charmant à envier, il est incollable sur Truffaut…les longues discussions sous un parasol à-propos du cinéma sont mémorables. Les 1000 et une scène à avoir vues avant de sortir de la salle (remarquer la belle figure de style !), les 10 meilleurs comédies, drames, polars…à ne pas rater. « La Jetée » de Chris Marker, « La Nuit américaine », « Fahrenheit 451 », « L’Enfant sauvage » de Truffaut, « Le Tambour » de Volker Schlöndorff …nous avons bien rempli nos cahiers (de vacances) de cinéma. On s’est amusé entre cinéphiles à chercher un titre, un acteur à décrire une séquence. Si vous aimez la vie, allez au cinéma…nous aimons les deux sans modérations. Son anniversaire fêté au fort Lazaret fut un grand moment de ces rencontres.
Susana Paiva, est d’une douceur angélique, souffrant le martyr au début de son séjour parmi nous à cause de la violence des rayons de soleil, elle donna une belle leçon d’humilité à tous ceux qui se donnent l’air de star sans avoir rien produit de bon. Comment oublier Irène et Benoit Ségur, surtout lors de la présentation de leur film documentaire à propos des Nénetses ? Dans ces journées caniculaires des étés tunisiens, voir vivre une communauté dans le grand nord voilà qui est rare…

Hamideddine Bouali
7 juillet 2008
A suivre…

  • Share/Bookmark

riot-baby posted a photo:

secure.

  • Share/Bookmark

secure.

Une brève histoire du temps (*)

L’année photographique 2008 est sans doute un grand cru. Toute la photographie y est passée ; celle que j’aime et celle que je ne comprends pas. Evidemment dans ce genre de situation on a souvent entendu quelqu’un dire, comme s’il avait trouvé le saint Graal ; « Tous les goûts sont dans la nature ». Oui, certes, mais rappelez-vous que nous sommes dans une galerie d’exposition…et pas dans une forêt vierge ni en plein désert. On ne peut pas, sous couvert de cette citation, tout accrocher, tout montrer. Après avoir cherché la quantité il est temps de trouver la qualité. Dernièrement, j’ai longuement discuté avec Jacques Pérez, fin connaisseur de l’art photographique, à propos de la situation de la photographie en Tunisie. Pour lui, la qualité pourrait se perdre dans la quantité et je trouve qu’il a en partie raison.

Le label : « Exposition Photo »
Qui est responsable de l’aspect du paysage photographique tunisien ? D’abord les photographes, sans eux point de photographies. Puis les curateurs, ceux qui sont tenus de filtrer, de choisir, de sélectionner, d’encourager, de demander à certains postulants de travailler davantage ou d’abandonner. N’importe qui ne peut pas devenir photographe. “Le hasard n’y est pour rien si le photographe devient photographe, pas plus si le dompteur de lion devient dompteur de lion.” disait Dorothea Lange. Les galeristes et les commissaires d’exposition décident de ce qui est digne d’intérêt, novateur, avant-gardiste, maquant, de ce qui ne l’est pas. Ce qui ne l’est pas, pourquoi l’exposer ?
Puis vient le rôle du critique. J’ai déjà évoqué sa responsabilité. Un critique, à mon avis, se doit d’être le plus objectif possible, de choisir avec une attention particulière les mots qu’il utilise. « Une bonne photo », « une belle exposition », « un chef d’œuvre », « un grand photographe », « un maître »…sont des qualificatifs à utiliser avec parcimonie. J’ai toujours en tête les droits que l’on récite à un prévenu lors de son arrestation : « Tout ce que vous dites peut être tenu contre Vous ». les mots du critique sont repris, insérés dans des revues de presse et pris en considération par le photographe lui-même. Cela pourrait conditionner sa pratique, le mettre sur la bonne voie ou lui faire donner la grosse tête !

Vous avez dit trop court ?
Après « Un garçon et une fille » de Aïcha Ben Mustapha et Tarak Khalladi, Mach nous convie à une exposition d’une toute autre nature. Voir ces deux expositions, l’une à la suite de l’autre vous donne une idée de ce dont la photographie est capable de faire, de produire et de susciter. Revenons à la première. Pour une fois on me remarque que je n’ai pas assez parlé, je vais alors m’en donner à cœur joie.
Je disais dans ma dernière chronique ; « Le thème et la logique de l’exposition sont inédits. Je trouve que la réflexion à propos des genres, de la féminité, de la virilité…bref ce qui se trame dans notre tête par rapport à ce qui bouillonne dans notre corps n’a été que survolé ». J’ajoute que si nous prenons la série d’images de la femme au corsage…l’idée que la femme dans le jeu périlleux de la séduction et de l’érotisme – tantôt forteresse inexpugnable et tantôt victime (!) consentante – est exacte. Dans cette exposition, toute en mise en scène, le visiteur en sort avec un petit malaise. Certaines photographies sont difficiles à voir ; elle vous répugne. Dois-je parler en mon nom ? Oui elles m’ont choquées, que cherche-t-on a dire ou à nous faire sentir en exposant un personnage nu, maculé et outragé ? Il se peut que je n’aie rien compris ! Cela contraste avec ce que le titre connote, et dénote, ainsi qu’avec l’aspect de l’invitation qui inspire la sympathie. On s’attend à voir des images de la spécificité de chacun des genres, on se retrouve devant une triste confusion. Je considère que tout cela est assimilable à de la théâtralité et s’éloigne un peu du photographique. Qu’est ce que le photographique ?
Le photographique
ne peut être décrit préalablement, il se constate, se sent et se voit. Tout comme la lecture d’une recette de cuisine qui ne vous donne, évidement pas, le goût du plat préparé, le photographique se juge sur pièce. Cette exposition nous a servi des plats piquants, certains sont amers et quelques-uns aux goûts aigres et insipides.

Place aux seniors
A l’Aire Libre d’El Teatro, deux expositions aux prix d’une. Manfred Ehrich et Claude Perez se sont donné rendez-vous pour nous faire partager leur passion d’images. Une grande exposition par le nombre d’œuvres exposées, plus d’une centaine de photographies !!! C’est un peu trop pour nos yeux.
Manfred Ehrich, photographe connu en Allemagne pour son habilité technique, nous propose sa vision de la vie à travers des montages photographiques. Oniriques et mûrement construits, ses photographies ambitionnent de nous plonger dans un monde de chimères, le sien. Ces visions, conçues dans son esprit et cristallisées au laboratoire sous l’agrandisseur, nous transportent loin du bruit de la ville et de son actualité en nous renvoyant aux contes de notre enfance. Fées enchanteresses et sorcières maléfiques agissent sur les belles princesses et les courageux chevaliers. A chacun de mettre ces illustrations dans l’ordre qui lui convient. L’habilité technique mise au profit de l’imagination produit une œuvre esthétique…mais reproductible. Pas de duplicata pour les chefs-d’œuvre.
Je trouve que Claude Perez est un grand portraitiste. J’évoquerai uniquement cette partie de l’exposition, qui me paraît de loin la plus intéressante, car les autres thèmes traités sont moins intenses. Les personnalités qu’il a côtoyées sont des grands acteurs de l’histoire récente, et leur aura dépasse les limites du cadre dans lequel il les a conservées. Se voir prêter quelques minutes de la vie d’un homme d’état, d’un acteur de renom ou d’un architecte reconnu est un privilège que le photographe se doit de restituer à sa manière. Le portrait c’est la vie…et c’est pour cette raison que je trouve qu’il est le thème le plus difficile à aborder.

Une affaire de temps
Oui tout est affaire de temps. Le temps de faire sous l’agrandisseur, le temps d’étudier une personne que l’on va portraiturer, le temps de sentir un moment puis de le photographier ou de le photographier en le vivant… Tous ces sublimes moments sont révélateurs du plaisir ressentis. Avec le numérique, des étapes, celle du laboratoire puis la lecture des planches contact furent enjambées avec nonchalance puis éliminées avec dédain. Elles ne furent pas remplacées par une nécessaire lecture et autocritique de ce que l’on photographie. Quoiqu’en dise le temps de faire est, d’abord pour le photographe puis pour le spectateur, une durée à savourer et non une corvée, un instant de jouissance à vivre et non à déléguer à la dernière version d’un logiciel qui n’a jamais été conçu pour cette raison.

Quand je regarde une photographie, si je ne suis pas éclaboussé par la transpiration du photographe, sué dans l’exercice de sa passion, alors elle ne vaut pas la peine d’être contemplée.

Hamideddine bouali
21 mai 2OO8

(*) « Une brève histoire du temps » ouvrage de Stephen Hawkins, un des plus grands savants de notre temps, pourtant handicapé physiquement et ne communiquant avec le monde qu’à travers un ordinateur.

Demain, sur ce blog…
Affiche et programme des 6e rencontres Internationales de la Photographie de Ghar El Melh

  • Share/Bookmark

Alain Frappier has added a photo to the pool:

Hôtel Salammbô, juin 1951

Voilà un portrait de ma mère quand elle avait 23 ans. This is a portrait of my mother when she was 23. Je me suis inspiré d’une toute petite photo en noir et blanc prise par mon père. I have been inspired by a small black and white photo taken by my father. Celui-ci avait inscrit bien plus tard, au dos : Hôtel Salammbô, juin 1951. He had written on the back : Hotel Salammbo, June 1951.Cet hôtel, qui existe toujours, est à Tunis, où mes parents avaient passé quelques jours avant de s’installer à Gafsa, dans le sud tunisien, et où je suis né en mars de l’année suivante. This hotel, which still exists, is in Tunis. My parents spent a few days here before going to live in Gafsa (south Tunisia) where I am born the year after, in March. Donc, en juin 1951, je suis dans le ventre de ma mère. So, in June 1951, my mother is pregnant.
Ce tableau est paru dans le numéro 10 du magazine en ligne ‘Autour des auteurs’ consultable à l’adresse : www.autour-des-auteurs.net/magazine/new_mag.html

  • Share/Bookmark