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Qui êtes-vous monsieur Lehnert ?

Yasmine Ouazzani journaliste au magazine Le Courrier de l’Atlas, paraissant à Paris, me contacte au début du mois de mars pour un jeu de question-réponse à-propos de la photographie Orientaliste en général et de Lehnert en particulier. Par manque de place cet entretien n’a pas paru dans le magazine en question (N° 25 daté avril 2009) et Yasmine s’en désole autant que moi puisqu’elle fut obligé de ne citer que quelques extrais (en bleu dans le texte).
Ci-après l’entretien complet…d’où l’utilité d’un blog.

Yasmine Ouazzani : En tant que photographe, quel regard portez-vous sur la photo orientaliste ?
Hamideddine Bouali : J’ai le sentiment que la photographie orientaliste a produit quelques spécimens remarquables, ni plus ni moins que les autres photographies ; la pictorialiste, la documentaire, la surréaliste, l’humaniste… Néanmoins nous sommes en présence non pas d’une école ou d’un style artistique – on n’en connait aucun manifeste écrit ni de chef de file déclaré- mais d’une vision d’un monde par rapport à un autre ou d’un autre. L’orientalisme – singulièrement par l’intermédiaire du vecteur de la photographie – en empiétant sur d’autres domaines – le politique, l’historique, le géographique, l’ethnologique, le touristique – suscite bien évidemment davantage d’interrogations
.

Carte postale N° 897 intitulée “Dans l’Oasis “d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)

Je trouve par ailleurs la citation de Victor Hugo – qui trouve en 1829 que l’Orient est devenu « Une préoccupation générale »- d’une rare acuité… Bien que la Campagne d’Egypte était depuis longtemps finie, la France, qui demeurait encore sous le charme de cette civilisation décrite, analysée et déchiffrée par ses scientifiques, se préparait à – précisément – occuper quelques pays d’Orient ou considéré en tant que tels. Tout cela me revient à l’esprit dès que je me trouve en présence d’une photographie orientaliste ou à caractère orientaliste ; formulation que j’estime plus appropriée.

Yasmine Ouazzani : Une galerie parisienne, Galerie au Bonheur du Jour, a récemment exposé des photos de Lehnert et Landrock, prises en Tunisie et en Algérie entre 1904 et 1910. On y voit entre autres des nus d’enfants. Que vous inspire l’exposition de telles photos en 2009 ?
Hamideddine Bouali : Le nu est une thématique particulière, alors que dire quand il s’agit d’enfants et de surcroit en photographie ? L’exposition « Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie» organisée à Lausanne l’année dernière et actuellement à Paris évoque plusieurs cas de photographies de nus d’enfants réalisées dans le passé ou aujourd’hui en Occident qui ont fait scandale. Alors le fait que je prenne des gants dès qu’il s’agit de telles images n’a rien à voir avec le fait que je sois né de ce coté-ci de la Méditerranée.
Cela dit, en tant qu’enseignant, je m’oppose à toute interdiction puisque je demeure convaincu que montrer ces photographies, ainsi que toutes autres photos qui pourraient faire polémique (photos de guerre, de propagande, outrageante, attentatoire…) est essentiel puisque didactique. Le travail pédagogique s’inscrit alors dans la recherche des circonstances, des raisons et surtout des utilisations de ces images. C’est un minutieux travail de lecture que d’autres photographies n’exigent pas. En conséquence de ce que je viens d’avancer, je suis convaincu que si toute photographie est à voir dans le cadre d’une exposition, certaines devraient être suivies d’une attention particulière par devoir de précaution vis à vis d’un public en ignorance de cause de l’Histoire et de celle de la photographie en particulier. Dans ce cas précis, il est question d’une différence d’appréciation de la notion de pudeur. L’histoire des mentalités nous apprend que la nudité a été différemment considérée ; sublimation du corps ou son humiliation.

Carte postale N° 742 portant le titre “Types d’Orient esclave” d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)


Yasmine Ouazzani : Doit-on montrer ces images qui somme toute reflètent un passé et une Histoire ? Où et comment les montrer alors ?
Hamideddine Bouali : Le fait que ces images ont été réalisées à une époque ou nous étions sous protectorat, que ces enfants ignoraient totalement ce que l’on fera de leur image me pousse tout naturellement à la plus grande prudence. En tant que curateur j’estime que la mission d’un commissaire d’exposition ou d’un galeriste s’exerce au beau milieu d’un carrefour périlleux. Au croisement de la liberté d’expression, reconnue plus ou moins universellement à tous (pourquoi limiter ce privilège aux artistes et aux journalistes ?) et de la bienséance appropriée à chaque lieu et en toute époque. « Jusqu’où aller trop loin ? » cette devise en forme d’interrogation serait le parfait credo des curateurs car n’oublions pas que si la culture est là pour nous rassurer, l’art est une continuelle transgression des normes.
Le fait que ces photographies furent réalisées il y a un siècle ne pourrait en aucun cas être considéré comme un sauf-conduit. Ceux qui pensent le contraire ont-ils estimé le temps nécessaire pour exposer certaines photographies de Mapplethorpe, de La Chapelle ou de Diane Arbus sans précaution particulière ?
Exposer ces photographies dans une Médina pendant le mois saint de Ramadan est irresponsable, car là on confond transgression et provocation. Je suppose toutefois que ces mêmes photographies pourraient occuper les cimaises d’une autre galerie sans provoquer de réactions particulières trois mois plus tôt et ailleurs que le centre historique et traditionnel d’une ville arabe. Je suis totalement d’accord avec Benjamin Stora quand il affirme que « L’image nous renseigne plus sur la société qui la regarde que sur elle-même ». Ainsi les photographies controversées de Lehnert qui demeurent, en tout cas pour moi, une énigme ont réussi à provoquer une importante littérature aussi bien élogieuse que calomnieuse.

Yasmine Ouazzani : Doit-on en interdire la diffusion au nom du droit à l’image d’autant plus qu’elles montrent des jeunes pré pubères dans le plus simple appareil ?
Hamideddine Bouali : Non, puisque personne de ces modèles ne s’est porté partie civile !!! D’ailleurs ce droit n’est pas spécifique à cette tranche d’âge, toute personne s’estimant lésée par la diffusion de son image pourrait porter plainte. En l’absence dans le Code civil français d’une mention relative à la transmissibilité du droit à la vie privée, les tribunaux reconnaissent que la dimension patrimoniale du droit à l’image et du droit à la vie privée est transmissible comme tout autre bien faisant partie du patrimoine. On lègue son image tout comme toute autre bien immobilier. Cela voudrait dire qu’un descendant de ces personnes prises pour modèles pourrait soit demander l’arrêt de la diffusion d’une photographie où figure un de ses aïeux s’il estime qu’il y a préjudice moral ou alors demander exactement le contraire : revendiquer une part des bénéfices générés (vente de tirages ou de cartes postales) ! Cela semble loufoque, mais c’est une lecture possible de cette loi.
Par ailleurs le Code tunisien de la protection de l’enfant (promulgué en novembre 1995) stipule que la protection de l’enfance est prioritaire sur toute autre loi. Ce code garantit à l’enfant (toute personne humaine âgée de moins de dix-huit ans et qui n’a pas encore atteint l’âge de la majorité par dispositions spéciales), le droit de bénéficier des différentes mesures préventives à caractère social, éducatif, sanitaire et des autres dispositions et procédures visant à le protéger de toute forme de violence, ou préjudice, ou atteinte physique ou psychique, ou sexuelle ou d’abandon, ou de négligence qui engendrent le mauvais traitement ou l’exploitation. Si ce Code ne peut s’appliquer aujourd’hui aux enfants figurant sur les images en raison de la non-rétroactivité des lois, il est par contre approprié aux jeunes visiteurs des expositions, au cas où celles-ci aient lieu en Tunisie.

Mars 2009

Commentaires
Le dossier intitulé dès la couverture : « Orientalisme, art, histoire ou scandale ? une exposition controversée » semble porter en lui-même le jugement final… pas besoin d’enquêtes ni de débats. Et si c’est justement les trois à la fois…Art ; surement puisque les œuvres de Lehnert ne sont pas dénuées d’un certain souffle artistique. Histoire, forcément car elles ne peuvent se lire qu’à la lumière de la colonisation des sujets photographiés et la biographie du photographe, Scandale ? inévitablement comme pour toute œuvre qui transgresse.
Le Courrier de l’Atlas, comme bon nombre d’historiens, veut absolument faire débuter l’histoire de la photographie dans les pays du Sud de la Méditerranée avec leur occupation par une Puissance européenne (colonisation ou protectorat). Il y a là un non sens, c’est uniquement une coïncidence qui a fait que l’expansion de la photographie (aussi bien là qu’ailleurs) s’est faite parallèlement avec l’hégémonie des pays européens en Afrique et en Asie. La contemporanéité des événements ne veut absolument pas signifier leur causalité. Rappelant que Lehnert était Autrichien et aucun historien sérieux ne pourra l’accuser d’avoir été colonialiste voire raciste !!!
Le dossier (d’instruction) du Courrier de l’Atlas est totalement défavorable à Lehnert. Aucune mention n’a été faite sur la grande qualité de sa photographie – les photos de nus n’étant qu’une mince partie – à part les appréciations de Nicole Canet, gérante de la Galerie Au Bonheur du jour.
D’autre part l’article cite une phrase (hors entretien) tirée d’un livre que j’aurais fait paraitre est pour le moment prématuré. J’ai effectivement rédigé un texte docu-fiction-historique où des descendants d’un modèle faisaient un procès à Lehnert pour droit à l’image. Au cours de ce procès le procureur (faisant son métier) trouve que Lehnert se venge – à sa manière – des orientaux en les mettant à nu. Vienne ne fut-elle pas par deux fois assiégé par les Ottomans ? La Méditerranée ainsi que tout le sud de l’Europe n’étaient-ils pas à la merci des musulmans ? Personnellement je me situe exactement entre les accusations outrancières du procureur et les éloges de l’avocat de la défense.
La dernière phrase de l’article final du dossier, signé Abdelkrim Branine, aurait mieux fait de rester sur l’écran de l’ordinateur du rédacteur en chef que de figurer en guise d’argument indiscutable et définitif sur les photographies controversées de Lehnert : « …des galeristes allemands auraient-ils la possibilités d’exposer à Berlin puis à Paris des photographies de jeunes Françaises dénudées prises pendant l’occupation ? Avoir la seule polémique née l’an dernier lors de l’exposition Les Parisiens sous l’occupation, rien n’est moins sûr… ».
Comment se permet-on de comparer des pays, des époques, des mentalités…et le photographe dans tout cela ?
Encore une fois on fait parler les photos, les historiens, les critiques, les spectateurs mais pas le photographe. Pauvre Lehnert ! Chaque fois qu’il est évoqué, la nuance s’éclipse !!!

Hamideddine Bouali
9 avril 2009

Pour vous faire une idée précise à propos de l’œuvre de Rudolf Lehnert ne manquez pas de visiter le site de mon ami Michel Megnin : http://michel.megnin.free.fr/

A propos de Lehnert vous pouvez consulter mes textes sur ce même blog :
« Lehnert, le retour ». 1 juin 2006
« Administration du visuel » . 31 octobre 2006
« Ce que je pense de l’exposition “L’image révélée” ». 31 octobre 2006
« Une théorie contestable, un fait oublié et une exposition ». 5 novembre 2006
« Amicalement Votre ! ». 2 novembre 2006
« Les miroirs feraient mieux de penser avant de réfléchir une image ». 7 décembre 2006
« La Photographie ne finira pas de parler d’elle ». 31 janvier 2007
« États de la photographie entre le malentendu visuel et la responsabilité du commissaire ».15 janvier 2007

Bonne fête aux pecheurs(*)



Chronique des chroniques< ?xml:namespace prefix = o />

Le poisson d’avril aurait plusieurs origines possibles. La plus connue serait que le premier jour de l’an était le premier avril, d’où la signification de son nom latin ; Avril vient du latin aprilis ; aperire : ouvrir…l’année. Et c’est la promulgation de L’Edit de Roussillon en 1564 par Charles IX – âgé alors de seulement 14 ans – qui ordonna en ces termes ce changement: “Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives,et toute escripture privé,l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier “.

En 1582, le pape Grégoire XIII réformera le calendrier julien, et étendra cette mesure à toute la chrétienté. Le jour de l’an était l’occasion de se faire des cadeaux et on continua à le faire pour l’ancienne date pour marquer ce décalage. Mais pourquoi poisson ? c’est du fait qu’au début du mois d’Avril, la lune sort du signe zodiacal des Poissons. Alors ces farces ne sont qu’une façon de fêter le premier jour d’une nouvelle année qui a déjà commencé. Nous somme devenus trop sérieux et un peu d’humour – quand il est inoffensif – nous fera beaucoup de bien.

On sait que le vraisemblable peut ne pas être vrai et c’est une des manières pour faire des poissons d’avril. Beaucoup se sont pris à l’hameçon du poisson d’avril publié dans la Chronique chronométrée, effectivement l’information à propos du passage du satellite « WorldView-2 » au-dessus de Tunis pour alimenter le site Earth Google est un canular. Il n’est pas possible aujourd’hui d’avoir cette information. Dommage on aurait pu faire de belles performances.

Je m’excuse pour les désagréments causée par cette fausse information.

Le Jardin public Habib Thameur à Tunis. Vue prise depuis Worlview le 29 janvier 2008 (cliquez pour agrandir)

Altitude 1520 m. 30°48′17,76″ N 10°10′39,71 E.



je suis un pecheur (* à vous de mettre l’accent qu’il faut).

Pour ma défense je reprendrais les propos de Mr. Jacques Pochart, fidèle lecteur de ce blog à qui j’ai soufflé le secret : « Bravo Monsieur Bouali, l’humour est une des valeurs sûres de notre époque…». Un site tunisien s’intéressant aux nouvelles technologies me contacte pour vérifier la véracité de l’information. Mon interlocuteur ne cacha pas sa surprise de trouver une fausse information faites d’éléments vrais. Tout comme celui de l’année dernière à propos de la fondation de la Maison tunisienne de la photo.

Cependant je commence à douter de la pertinence de mon comportement. Ma conscience – parfaitement incarnée dans une personne – me mets en garde : « tu es en train de perdre ta crédibilité en agissant ainsi…La divulgation de fausses nouvelles pourraient porter préjudice à ta stature. Si tu veux demeurer encore une référence dans la photographie réfléchit davantage et analyse tes actions de tous les points de vues ». Elle ajouta : « tu devrais finir ton livre, organiser une exposition…je ne te vois pas autrement qu’ainsi ». Alors soit ! et ainsi soit-il ; il n’y aura pas d’intox le premier avril 2010, mais est-ce que c’est crédible d’affirmer cela aujourd’hui ?


Le bonheur expliqué aux adultes

Juste après la guerre de Gaza et juste avant la publication de la Petite chronique intitulée « La Gestion des conflits expliquée à ma fille » sur ce blog, ma fille Jenaina ( 14 ans, tout comme Charles IX, le 24 mars dernier) rédige une rédaction dont le sujet était : « Imaginez que vous rencontrerez un homme aux pouvoirs surnaturels. Racontez ce qui s’est passé entre vous deux et ce que vous lui avait demandé ».

Voici ce quelle avait écrit.

Pendant une nuit orageuse, j’étais dans mon lit et je n’avais pas sommeil. Tout à coup j’ai entendu un bruit qui semblait bizarre. Alors je me suis levée et j’ai suivi le son de ce bruitage qui m’a conduite à la cuisine ; j’ai trouvé un homme drôle qui cherchait dans le réfrigérateur, alors j’ai crié :

-Qui êtes-vous ?

-Je suis un magicien et je suis venu vous proposer mon aide, dit cet homme bizarre.

-Pourquoi moi ?

-Demandez quatre vœux et ils seront exaucé.

Après une réflexion je lui ai demandé :

-Mon premier vœu, c’est d’arrêter la guerre dans le monde.

-Vos désirs seront des ordres.

-Mon deuxièmes vœu, c’est de réduire la famine dans le monde et de donner de l’argent aux pauvres et aux sans abris.

-Votre vœu est exaucé. Quel est le troisième ?

-Mon troisième vœu, c’est d’arrêter la vente des armes.

-Et votre quatrième vœu ?

-Mon dernier vœu c’est de trouver un remède aux maladies incurables.

-Et vous ?

-Comment ça ?

-Vous n’avez rien demandé pour vous rendre heureuse, pas d’argent ni rien ?

-Mon bonheur et ma joie c’est de regarder les infos sans voir qu’il y 1400 morts en Palestine ni 500 mille chômeurs, ni 10 mille sans-abris qui dorment dans la rue. C’est ça le vrai bonheur. L’argent n’est pas quelque chose d’essentiel dans la vie…vous savez !!!


Pour sa copie elle reçut 16,5 avec la mention « très bien ».

Je n’ai pas de mots pour qualifier sa précocité, son bon sens et surtout son altruisme…Mais je suis mal placé pour lui faire le moindre éloge – comment allait-elle le prendre ? – me contentant de lui sourire et de lire à haute voix la mention écrite au stylo rouge.

C’est bien moi qui avait écrit dans la XXXIVème Chronique à propos de la correction de mes textes par mon père en présence de ma mère : « Je prenais toujours, la question (ma mère demandait à mon père ce que valait mes écrits) comme l’interrogation d’une jeune mère à-propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent ».

Je me trouve aujourd’hui au juste milieu de deux générations, cerné entre un père largement écrivain et une fillette qui promet. Je ne me suis, donc, pas trompé sur ce que ces petits doigts feront à l’âge adulte (idem, j’ai toujours voulu utiliser cette formule).

Les Bouali seront encore là pour longtemps à noircir les pages des journaux, des livres, des blog et des copies de dissertations.

Rédaction

Jenaina et Hamideddine

Relecture et correction

Mahmoud

BOUALI


(*)Pécheur (avec un accent aigu)est celui qui est coupable d’avoir commis un péché, une faute ou une mauvaise plaisanterie (comme les Poissons d’avril), alors que pêcheur (avec accent circonflexe): c’est un marin qui vit du produit de la pêche (y compris le poisson).

« Il n y a pas de mains pour me caresser le visage »

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Réminiscence
Il m’arrive de demander aux gens que je connais quel est le plus lointain souvenir qu’ils ont ? Certains répondent : « j’ai plus intéressant à faire que de me torturer les méninges », d’autres : « tu n’a rien à faire d’autre que de jouer à l’Ardisson, dans Tout le monde en parle ? ». Ceux qui jouent le jeu, se souviennent d’une chute dans un escalier, d’un jouet fabuleux reçu ou d’un merveilleux lieu visité…pour ma part, il s’agirait d’une situation.
Cela se passait chez un glacier à la plage de « l’Aéroport » situé à mi-chemin entre La Goulette et Le Kram, dénommé ainsi puisqu’elle servit naguère à l’amerrissage et à l’accostage d’hydravions. Nous étions tous attablés attendant le serveur ; papa était à l’a
utre bout de la table, maman à sa gauche, puis mes quatre frères et ma sœur ordonnés d’une façon tout à fait fortuite…du plus grand jusqu’à moi.
Ma petite taille me consentait des libertés et des privilèges. Mes pieds pendaient sans toucher le sable ce qui me permit de les balancer. Le flanc de la table venait tout juste au niveau de mes yeux et paraissait évidement bien épais. Je me rappelle encore de ce malicieux point de vue ; j’arrivais à voir aussi bien ce qui se passait en haut de cet horizon artificiel que de ce qui s’y déroulait en bas. Des bustes plus ou moins grands mais aussi
des pieds sanglés de sandales ou de souliers d’été. Mon père, avec sa voix pleine de prestance et d’autorité, interpella le serveur qui nous rejoignit tout de suite. Étant installé chez un glacier il était évidement question de commander des glaces, il ne restait qu’à savoir quel parfum choisir par chacun des membres de la famille. Tour de table : Chocolat, pistache, chocolat…gazouza (boisson gazeuse en arabe dialectal) !!! Contre toute attente, Faouzi, un de mes frères n’a pas trouvé mieux, pour faire sûrement l’intéressant, que de vouloir consommer autre chose que ce qui était naturel de demander. Mon père décontenancé par cette exception, qui lui imposera d’aller au café situé une centaine de mètres plus loin, s’opposa à cette demande : « non cela sera de la glace comme tout le monde ! ». Mon frère – têtu comme tous les rebelles – insista au point que ce qui était prévu comme étant un succulent moment de dégustation en famille devint une scène d’entêtement caractérisée de part et d’autre. Nous nous échangeâmes des regards complices, avec au fond des yeux la sempiternelle interrogation : « cet épisode va-t-il mettre fin a cette sortie estivale tant attendue et devoir retourner à la maison ? ». Pour cette sortie il a fallut parcourir la distance séparant notre maison au Bardo à la banlieue nord.

Évidemment, je demeurais en attente de répondre à mon tour mais voilà Faouzi arrêta net le protocole. Papa hausa le ton, bien que nous ayons tous senti qu’il ne fallait même pas bouger pour ne pas crisper davantage une ambiance déjà tendue, et la messe fut dite. Au bout du compte mon père s’adressa au serveur pour lui réciter les parfums choisis en en assignant un d’office au fils égaré. Je ne me rappelle pas ce qui s’est passé entre la commande et le retour du serveur, peut-être rien qui ne vaille la peine d’être retenu.

La dernière image qui m’est restée est celle d’un cornet de glace ainsi que son contenu jeté par terre. Je suis presque sûr que je fus le seul témoin de cette vision d’horreur : Faouzi tenant son cornet de glace sous la table puis ouvrant sa main pour le laisser volontairement choir par terre. Pour moi, un vrai sacrilège fut commis. Les autres léchaient avec délice leur cornet, puisque en plus du plaisir du palais, il y avait la sensation qu’ils ont failli en être privés.
Selon mon père cet épisode date de l’été 1964…j’avais donc trois ans et demi. À la même époque Mario Giacomelli, un photographe italien qui n’a pas encore atteint la reconnaissance mondiale, séjourne dans un séminaire à Senigallia.

Mario Giacomelli (1925-2000)
Après avoir été dans sa jeunesse typographe, Giacomelli est devenu photographe comme si cela était dans la nature des choses. Les caractères, l’encre, le papier, la trame, cela préfigurait logiquement sa (ou la) photographie en noir et blanc. Les œuvres de Giacomelli se singularisent par une dualité aussi bien dans le visuel que dans le sensuel (dérivé du mot sens). Regardez cette photographie tirée de la série « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » où le noir et blanc est mis à profit d’une manière sublime.
Le photographe s’est contenté de prendre position et d’attendre que des curés passent devant son objectif.

Photo tirée de la série “Il n y a pas de mains pour me caresser le visage”.

PHOTO Mario Giacomelli

Et voilà le travail…semble-t-il nous dire.
N’avez-vous pas l’impression (sans jeu de mot !) que ces séminaristes sont des lettres fraichement trempées dans l’encre et vus à l’aide d’un compte-fils ? Ce séminariste à droite de l’image n’est ce pas un I en train de courir dans le sens contraire de la lecture et son bonnet le point juché en son sommet ? Comme si Giacomelli, désespérant de voir ses petits caractères d’alliage de plomb, d’étain ou d’antimoine (sic), qu’il a longtemps manipulés, prendre vie dans la cornière qui lui servait de composteur, s’en alla chercher d’autres au séminaire de Senigallia, sa ville natale qu’il n’a jamais voulu quitter ou troquer contre un autre sujet. Vus à bout portant, les signes d’imprimerie possèdent chacun son propre caractère ! Regardez ce B, et ce B, strict ou fantaisiste, droit ou italique… La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?
La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ? La lecture d’un texte ne semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?

Que voit-on dans cette image ? D’abord un flou de bougé magistralement dosé. Un peu moins de temps de pose et l’effet recherché n y est plus car tout serait figé, davantage et le flou générerait une image incompréhensible. Là, c’est juste ce qu’il fallait. Notre vision s’arrête sur cette frange grise séparant les masses sombres des surfaces claires. Ce fin liséré, trace de mouvements, empreinte d’une délicate vibration, à la fois bavure d’encre et macule de lumière est une superbe concentration de signification. Giacomelli a magiquement défini le rôle d’un photographe : la maitrise technique au service d’une idée, d’une sensation ou d’un état d’âme. Pour ce Raymond Queneau de la photographie, quel mot ces séminaristes ont voulu composer ? ICI, DIEU, VIE, AÏE ?
La légèreté de ces séminaristes jouant à la manière d’écoliers au sortir de la salle de classe contraste avec l’idée que nous nous faisons d’eux : ils sont sensés être graves, méditant à longueur de journée dans un solennel et pesant silence. Mais Giacomelli ne veut pas se contenter de raconter le monde, il voudrait le changer. Mettant au service de son âme de poète ses yeux de photographe. Il donnera une image particulière de la vieillesse, de l’amour et de la vie tout court. Ce désir de vouloir perturber le cours des choses le fera renvoyer de ce séminaire pour avoir donné des cigarettes à ces étudiants en théologie. « Le temps est sans cesse en mouvement dans mon appareil, dans les champs, dans la rue. Le temps m’effraie. C’est le sujet de mes photos » déclara-t-il à Frank Horvat un autre photographe dans une des rares interviews qu’il a accordée. C’est en lisant aujourd’hui cette entrevue réalisée en février 1987 que j’ai compris pourquoi
l’œuvre de Giacomelli trouvait grâce à mes yeux.
Excusez mon narcissisme car encore une fois je me trouve obligé de me citer.

Sacré temps
Dans « Critique à bon escient » publié le 14 novembre 2007 dans ce même blog, je disais : « …il y a une constante qui perdure – depuis l’avènement de la photographie et jusqu’à nos jours – dont la longévité pourrait être interprétée comme synonyme d’un caractère fort de la photographie : c’est le temps. Le temps qui passe, qui est figé, gelé ou dont on décèle les traces de passage, en est un attribut indiscutable. Barthes a évidement raison de voir dans chaque photo l’écho ou le reflet de la mort. Chaque tic-tac, tout comme chaque déclenchement, n’est il pas un compte à rebours de ce qui reste à vivre. Il est donc couramment admis, à juste titre d’ailleurs, qu’une photographie devrait porter l’idée du temps. Temps de la photographie; sa date de réalisation, mais aussi sa durée ; c’est-à-dire la quantité de secondes qu’il a fallu pour que la lumière impressionne la surface sensible, le temps qui nous en sépare et puis pourquoi pas, l’âge du photographe ! Donnée essentielle, non !

Qu’est ce que le temps ? Voilà une question qui prendra du temps pour trouver les réponses qui conviennent. La photographie nous offre un outil sur mesure pour y parvenir. L’état ultime que nous cherchons en tenant un appareil photo c’est de produire une photographie qui sublime l’idée du temps, évidemment sous n’importe quelle forme – puisque c’est le rôle de l’artiste d’en chercher les variantes – et à n’importe quel prix. Le photographique en est une volonté d’y parvenir. Si nous nous referons à ce que disait le philosophe Alain : « La méditation sur le temps est la véritable épreuve du philosophe » pouvons-nous avancer l’idée que les photographes – uniquement ceux pour qui le sujet de leur photo est le temps – sont les philosophes des temps modernes. Revoyons les instantanés de Henri Cartier Bresson, les situations de Doisneau, les durées de Ansel Adams, les séquences de Duane Michals…ce sont des photographies majeures parce qu’elles sont une image du temps, celui que vous pouvez percevoir mais pas voir. Tout comme la mort que l’on a toujours vainement voulu portraiturer… pour n’obtenir que l’image d’un cadavre qui n’en est qu’une de ses conséquences. Le sujet que vous voyez n’est qu’une aiguille de l’horloge ou son tic-tac; une matérialisation conventionnelle de l’imperceptible et imperturbable marche du temps, comptabilisant les secondes avant la venue de la grande faucheuse.
Une réflexion sur le temps est fatalement une méditation sur la mort. Mais heureusement on n’en n’est pas là, puisque moi je suis en train d’écrire ces lignes et vous de bien vouloir les lire ».

Imminence
Quel lien peut-il y avoir entre mon premier souvenir d’enfance et la série de photographies de Giacomelli à part qu’elles furent contemporaine ?
Je ne réussi à revoir ce premier souvenir qu’au ralenti, et à l’instant où j’ai vu le cornet par terre, conséquence inéluctable du geste de Faouzi, la machine à enregistrer s’est arrêté. Un équilibre, déjà précaire, fut rompu laissant la place à un gouffre d’incertitude. Je ne saurais dire ce qui s’est passé après.
N’est ce pas aussi le cas de ces séminaristes figés pour toujours alors qu’ils étaient dans une phase d’élan ?
Dans un cas comme dans l’autre, le présent est entrain de ronger le futur selon la formule d’Henri Bergson. Le mental d’un enfant ou les yeux d’un photographe, comme des taxidermistes expéditifs, ont empaillé le temps alors qu’il était encore en vie !!!
Le quotidien d’un auspice de personnes âgées (autre fameux sujet de Giacomelli), les derniers jours d’une année, le moment de réemballer les œuvres (non vendues) d’une exposition, la fin d’une partie (titre de la dernière expo de l’année à El Teatro), l’après-midi d’un dimanche, l’heure d’aller se coucher, l’ultime page d’un roman (d’ailleurs presque toujours à demi remplie), un être cher sur le point de vous quitter, la rédaction de la dernière phrase d’une chronique sont des moments d’une rare intensité. L’imminence c’est cela. Personne ne pourra prédire sa manière de les vivre. Entre l’hystérie probablement salutaire et la paralysie masquant un abyssal désarroi il n y a malheureusement pas de juste milieu.
Encore une fois ce sacré temps, que rien n’arrête ni les mots ni les photos, pourtant j’ai envie de crier une fausse évidence : « de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie».
Peut-être qu’avec une autre police de caractère cela fera beaucoup moins pesant et grave à lire :
« de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie ».

Hamideddine Bouali
28 décembre 2008

Le surmoi de la Photo !!!

Autoportrait pendant la traversée Tunis-Marseille. le 29 Octobre 2008. Powershot de Canon


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Pourquoi un blog ?
Certains d’entres nous, en tous cas les plus chanceux, disposent d’une conscience incarnée dans une personne à qui ils vouent une totale confiance et un profond respect. Cette âme-sœur vous chuchote à l’oreille – avec un réel désintéressement – des vérités aveuglantes, des conseils en or massif et quelques fois des interrogations faussement candides.
Il y a quelques jours lors d’un déjeuner dans un restaurant – qui porte bien son nom – en compagnie de mon alter égo il s’en suivit cet échange :

-Pourquoi tu écris dans ton blog ?

-Je ne sais pas…Je ne me suis jamais posé la question !

-Tu trouves que cela intéresse les gens de te savoir – par exemple – parti en voyage ? ou de leur livrer des épisodes de ta vie privée ?

-Le compteur du blog enregistre à chaque texte publié des centaines d’internautes connectés !!!

Et alors !

-Je pense que celui qui possède un moyen d’expression (photo, peinture, théâtre, cinéma, littérature…) ne peut faire la différence entre sa vie publique et sa vie privée. Un enseignant, un plombier ou un pilote de ligne ne le sont que lors de l’exercice de leur fonction, mais un cinéaste, un poète ou un dramaturge le sont toujours. D’ailleurs a-t-on vu un comédien ou un écrivain à la retraire ? L’œuvre de Picasso (excusez du peu) ne fut-elle pas subdivisée en périodes de couleurs ? Mais aussi selon la compagne qu’il fréquentait !

-Oui je te le concède, mais toi, ton moyen d’expression original ce n’est pas la littérature, c’est la photo et l’écriture cela t’avait servi pour communiquer ta critique, en tous cas ce que tu penses, à propos de la photographie. De là tu t’es trouvé en train d’évoquer des souvenirs d’enfance !!!

-Quand je recommencerai à faire de la photo il se peut que j’écrirai moins…

Puis nous avons repris la dégustation de ce que nous avions commandé.

Distance et Proximité…avec le Mois de la Photo
La 15e édition du Mois de la Photo de Paris se déroule actuellement jusqu’au 30 novembre 2008 et propose – parmi 90 expositions et une centaine en off – les œuvres de l’Ecole de Düsseldorf. L’Institut Goethe qui fête ses cinquante années d’activité en Tunisie nous en propose un volet.
Cet après-midi du samedi 8 novembre, j’étais seul dans l’immense et majestueux rez-de-chaussée du Palais Kheireddine qui fut à deux reprises le cœur des deux éditions du Mois de la Photo de Tunis. Jusqu’au 6 décembre 2008 on peut voir une exposition photo – du couple Becher et de quelques uns de leurs élèves – qui fera date. Notez bien que la locution « faire date » n’est pas un superlatif ! Oui ! Toujours mes manière tordues de signifier les choses…je n’y peux rien, c’est à prendre ou à l’essai (en français dans le texte…à lire et pas à écouter).

Le mardi 22 juillet 2008 dans la vingt-sixième Chronique intitulée « Chère photographie » je disais : « A la question de savoir quelle est la plus haute cote atteinte par une photographie dans une vente aux enchères, la majorité donnera sa langue au chat. Si le montant de la transaction n’est pas très important à connaitre, il en est autrement de son auteur et surtout de son contenu.
Vous vous rendez compte dépenser 3 346,456 de $ (presque 6 milliards de millimes) ! Pour une œuvre qui n’a nécessité que l’action d’un petit doigt sur un minuscule bouton ! ». Après mes classiques élucubration je concluais mon article par : « Le nom d’Andreas Gursky vous dit-il quelque chose ? Sincèrement avant de commencer à chercher les éléments pour rédiger cet article, j’ignorai totalement ce monsieur, heureux élu et signataire de la plus chère photographie…jusqu’à maintenant. Sa photographie fut réalisée dans un super marché !».

Si vous êtes curieux de voir d’autres œuvres de Gursky – mais pas la photo intitulée « 99 cent » qui detient le record – allez visiter l’exposition du Palais Kheireddine. Vous allez vous rendre compte que ce n’est ni les Nymphéas ni Ronde de nuit ! Non ce n’est pas le sempiternelle complexe des photographes par rapport aux peintres qui se manifeste ici (l’en deçà de Freud), mais tout simplement une réaction tout à fait compréhensible à propos de la surcote, ou surestimation, de quelques photographies par rapport à l’humiliante dévalorisation de tant d’autres ! Le marché de la photographie demeure frileux et incohérent.

Perfection technique Vs. sens artistique
Les photos de Gurski sont à n’en point douter intéressantes, d’immense tirages où ni la granulation, ni les pixels ou de traces de trainée d’encre d’une imprimante matricielle ne vient stopper la vue. Vous êtes dans la réalité toute crue. A dire que la directrice des lieux avait permis le sacrilège de perforer les murs pour qu’il nous soit donné à voir un extérieur ; hall de gare, quai de port ou anonyme espace de restauration quelque part en Allemagne. Même si Gurski maitrise à la perfection la technique photographique celle-ci reste tributaire d’un discours sans qu’il soit nécessaire d’être porteur d’un message. Oui effectivement, je reste sur ce point assez rigide car quelle différence pourrait-il y avoir entre une image de Gurski et une autre réalisée par un novice, dans le même lieu, depuis le même angle, même si elle manque de définition ? La photographie ne peut se réduire à une performance technique dénuée d’« humanité ».

Dans le texte traduit du très beau catalogue de l’exposition on peut lire à propos des photos de Gurski : « La perspective rappelle celle qu’utilisaient les peintres hollandais du 17e siècle. Mais l’horizon est obstrué : le regard est ample, puis brusquement arrêté, comme sur la photo (intitulée) « Gêne », où bateaux et containers bouchent l’horizon. Le regard se fixe alors sur les innombrables voitures des voyageurs ». J’ai envie de dire : « et alors » !!! Combien de photographies possèdent le même schéma que « Gêne » ? Des milliers mais malheureusement elles ne sont pas signées Gruski.

Une archéologie du temps
Gurski fut le disciple du couple Becher, Bernd et Hilla, dont on peut voir les œuvres à la même manifestation. Leurs photos sont d’une toute autre nature. Elles sont dans toutes les anthologies et les dictionnaires et pas un historien ne pense rédiger l’histoire de la photo contemporaine sans les aborder. Ils furent maintes fois copiés, suivis, plagiés…leurs prises de vues frontales, avec une précision chirurgicale, dans un noir et blanc d’une grande pureté, avaient fait école. Que de photographes ont capté des stations-services aux États-Unis, des épiceries en Tunisie, des jardins ou des fontaines à Paris furent sous leurs influences directes pour ne pas dire sous leur emprise. Il y va même de portraitistes qui ont calqué leur manière de procéder ainsi que des paysagistes réputés. Les Becher, précédés de peu par August Sander et son “Antlitz der Zeit” (Face au temps), ont inventé la photographie systématique.

Dans un monde voué à deux fléaux imparables : la mondialisation qui gomme les différences et la disparition de paysages longtemps inchangés (urbanistiques, naturels ou industriels), la topologie permet d’abord de rendre compte d’une façon documentaire, loin du sentimentalisme, puis de conserver l’image de l’état du monde à un moment donné. La photographie demeure pour ces deux rôles le seul outil à notre disposition.
Précieux fossiles à conserver jalousement, c’est donc pour des raisons purement anthologiques que cette exposition fera date dans le calendrier des expositions visibles en Tunisie. Aimer ces photographies ou ne pas les apprécier est vraiment secondaire.

Bienvenue au club
Comme je l’ai noté plus haut, les cinq photographes qui exposent au palais Kheireddine sont tous disciples du couple Bernd et Hilla Becher. N’y voyez aucune allusion si je vous annonce que L’Académie d’Art de Carthage située à quelques pas du parc du Belvédère inaugure une nouvelle formule de club photo. Aujourd’hui il n’est plus opportun de procéder comme ce fut le cas dans les années 80. Le temps de l’animateur et des adhérents de la vieille école est révolu.
La nouvelle formule se veut un échange d’idées, de connaissances et d’expériences au sein d’un groupe dont l’objectif est l’acquisition d’un savoir photographique multidisciplinaire. On traitera de la technique, de l’histoire, de la théorie et la critique. Ensemble on ira visiter des expositions, on réalisera des reportages, on se conseillera pour participer à des concours, on se soutiendra pour monter une exposition, on échangera des documents techniques…le club est ouvert à toutes les propositions que le groupe jugera ensemble susceptibles de donner, ou non, un bonus à cette activité.

Le club sera conseillé par Rania, Imed, Karim et moi-même. C’est un club self service !!! Au lieu de devoir imposer un rythme de progression à l’ensemble des adhérents, il sera question ici d’une formation sur mesure. Le surmoi de chacun sera sauf !!!


L’inscription vous donne droit à :

L’utilisation d’un poste Mac avec écran large
L’utilisation d’un studio de prise de vue équipé

Et le conseil de connaisseurs en :

Logiciels graphiques (Photoshop, Corel Photopaint…)
Photographie numérique (prise en main et utilisation des appareils photo)
Lecture et analyse de photographie et commissariat d’exposition
Prise de vue en intérieur et en extérieur.

Adresse : 16 rue Tejfine par l’Avenue des États-Unis d’Amérique
Pour plus d’infos contactez Karim : 20516423 ou Hamideddine : 99 590 578
A partir du samedi 15 novembre 2008
Horaires : samedi de 10h à 18h
Frais d’inscription : 5 Dt
Frais mensuel : 30 Dt

Hamideddine Bouali
10 novembre 2008

Transports divers

Le Carthage au port autonome de Marseille en partance pour Tunis.Photo Hamideddine Bouali.
Le 30 octobre 2008 à 13h45. Montage de 3 photos avec un petit Powershot de Canon

Je me suis trouvé embarqué sans m’en rendre compte dans une croisière en Méditerranée : un aller-retour Tunis-Marseille – trois jours en tout et pour tout – pour des raisons professionnelles. Je suis en fait mandaté pour faciliter le transfert des concurrents qui participeront à la 9e édition du Grand Prix de Tunis (1e et 2 novembre). Manifestation organisée par la Municipalité de Tunis.
Un beau sujet pour les photographes des sports mécaniques. Il est rare d’avoir dans le collimateur de son appareil photo : une vénérable Bugatti 37, une indomptable Ferrari Testa Rossa ou fait exceptionnel pour la présente édition : une Alfa Roméo P3 celle-là même pilotée à Tunis en 1938 par le légendaire Nuvolari (surnommé le Mantovano volante). Pour les spotter, signalons aussi la présence d’une Alfetta 159 qui a remporté haut la main le premier championnat F1 en 1959.
Un plateau royal pour le 80e anniversaire du Grand Prix de Tunis et les 150 ans de la Municipalité de la capitale. Il sera donc naturellement question dans cette chronique de transports.

Petit inventaire à la Prévert
J’estime avoir emprunté un panel de moyens de transports assez disparate : avions de transport civil pour de fréquents voyages en Europe, avion privé de quatre places pour un petit saut de puce de l’aéroport de Tunis Carthage au centre de vol à voile de Djebel Ressas, là de nombreux vols sur avion- école et une seule fois en planeur, deux baptêmes de l’air sur hélicoptère et puis de nombreux trajets en téléphérique à Alger, un long voyage en train de Tunis à Casablanca, quelques traversées en bac pour aller de Sfax aux Iles Kerkennah ou pour arriver à Djerba. N’oublions pas le parcours quotidien en bus, en métro ou en taxi et d’inoubliables trajets en trains de banlieue. Quelques mètres à dos de chameau ou à dos d’âne, une mémorable cavalcade à cheval et des sorties en mer dans des voiliers d’initiation à la navigation dans un club de vacances à Hammamet. Ah j’allais oublier deux moyens de transports hors normes !!! Le Concorde et la jeep lunaire…effectivement j’ai visité l’avion supersonique français en statique à Orly alors que pour le véhicule lunaire, une copie fut offerte à l’Association Jeunes Science de Tunisie par la N.A.S.A. dans les années soixante-dix, elle y est toujours à son siège à Cité Jardin, Tunis.
Faites le compte de votre part ! Vous allez trouver sûrement cela pittoresque.
Mais, c’est la première fois que j’effectue un voyage en paquebot. Le Carthage est plutôt un Car-ferry, une petite ville flottante, neuf ponts, plus de deux mille passagers, six cents voitures embarquées…malgré les signalétiques de nombreux voyageurs, se trompent d’étages, de couloirs et de chambres.
Je rédige cette chronique en étant confortablement installé au salon du pont supérieur.
A part un léger tremblement, Le Carthage offre un réel confort malgré une mer légèrement turbulente. Ceux qui veulent s’endormir, la berceuse est donc offerte par la compagnie.

Les Bouali ont le pied marin
Les voyages en mer évoquent évidement toute la production littéraire et cinématographique que tout le monde connaît. Comment ne pas penser à l’Odyssée d’Homère ? D’ailleurs, il faudrait l’évoquer encore une fois car un ferry avec ce qu’il transporte dans ses cales est une belle réactualisation du célèbre mythe du Cheval de Troie !!! Comment ne pas avoir à l’esprit la tragédie du Titanic et son inoubliable film réalisé par James Cameron ? Aux Naufragés du Poséidon (projeté l’année dernière dans une salle de cinéma de Tunis)? À La Croisière du Navigateur avec l’imperturbable Buster Keaton ? A la dernière scène de La Ruée vers l’or ? Aux milles millions de milles sabords du colérique Capitaine Haddock ou aux extravagances de Némo ? A Moby Dick de Melville ? Si mon jumeau était à ma place il ajouterait le long chapitre de son roman Terre promise texane, consacré à Santa Maria le vaisseau amiral de Christophe Colomb.
Il parait qu’un lointain parent entretenait un commerce florissant – par voix maritime – avec les Indes au point qu’il porta le surnom d’el Hendi (l’indou) ? Alors que de lointains aïeux avaient amassé une petite fortune en exportant du sel et en important des produits manufacturés avec justement Marseille.
Alors sans avoir lu et vu les livres et les films cités plus haut, je fais un peu partie des gens de la mer puisque j’ai hérité du coté de la famille de mon père – à part une plume (ou clavier) facile (à ce que l’on dit), le pied marin. En attendant de découvrir d’autres qualités cachées.

D’autres transports
Emprunter un aéronef n’est en rien valorisant, mais le transport dans le sens figuré du terme cela pourrait vous mener très loin !!! Là, pas besoin de titres de transport, réservations, ou visas et l’excédent de poids n’est même pas taxé. Sans bouger, vous vous retrouvez emporté par vos sentiments, ballotté par vos sensations, et s’il survient un certain mal il est souvent beaucoup plus désagréable que le celui ressentie en mer ou en l’air. Que de corps partis dans des longs voyages en laissant leurs âmes ancrées profondément dans un port d’attache bien sécurisants !
C’est la civilisation judéo-chrétienne qui a voulu attacher au corps, avec ses inévitables faiblesses, l’âme et ses soubresauts. Vers l’Orient (tiens, encore une fois les Indes) tous ceci n’a aucun sens, car pour ces peuples sentir, aimer, souffrir, méditer n’a presque pas de lien avec se nourrir, travailler ou même mourir. J’arrête ici cette chronique. Suis-je victime non pas du mal de mer mais de celui des hauteurs – à l’instar des alpinistes – il est vrai qui je suis juché au
Pont neuf (les cinéphiles se rappelleront le film du très rare Léo Carax) euphorie et panique peuvent se manifester à tout moment ou pire s’alterner.

Une heure et demie à Marseille
Au moment où j’écris ces lignes Le Carthage est à quelques miles du Golfe de Tunis. La traversée allée fut mouvementée, une mer démontée et un vent assez fort. J’ai consulté mon encyclopédie embarquée à propos de l’échelle de Beaufort. J’estime que cela atteignit l’indice 7 sur une échelle plafonnée à 12. Des vagues hautes ont malmené le bateau, malgré sa masse le roulis et le tangage ont obligé plus d’un à se confiner dans sa cabine. A part le faite qu’il fallait tenir la balustrade pour ne pas glisser, ce qui était plus amusant que désagréable, le mouvement du bateau n’avait aucune influence sur moi.
Le personnel naviguant fut au petit soin, serviable et la plus-part du temps souriant. Ils ont contribué à rendre la croisière – malgré l’exécrable météo – convenable. Le comandant du bateau a même mis gracieusement à la disposition de certains voyageurs des cabines afin de se reposer. Il est vrai que la salle des fauteuils n’était pas indiquée pour ceux qui étaient sensibles au mal de mer. Situé juste à la proue du bateau, elle subissait des amplitudes plus importantes qu’à l’arrière.
Arrivée en rade de Marseille à midi et demi et en prévision d’un ré-embarquement vers Tunis à 14h, il ne me resta qu’une heure pour faire quelques emplettes dans la ville phocéenne, surtout des coups de cœurs désirés depuis un certain temps et ce petit voyage m’avait permit d’en réaliser quelques uns !!!

Le 31 au soir, j’étais déjà à Tunis, je retrouve mon cher blog avec la symbolique barre des 10000 connectés dépassée. Merci d’être aussi nombreux à lire mes textes.

Tour du Circuit du Belvédère en Bugatti 37 pilotée magistralement par Dominique Baldi.
Photo (depuis le siège passager) Hamideddine Bouali. le 2 Novembre 2008. 16h50. Nikon D 200.

Quant je faisais le compte des moyens de transports empruntés au début de cette chronique je ne savais pas que quelques jours plus tard j’allais faire le tour du Circuit du Belvédère en Bugatti 37. Souvenir inoubliable dans une mythique automobile ; la Leica des voitures de sports. Chassez le naturel il revient au galop ! Promis ! La prochaine chronique sera entièrement photographique.

Hamideddine Bouali
5 novembre 2008

Le photographe de moins de cinquante ans existe-il ?


Cents commentaires !!!
Celui qui se connecte à ce blog pourrait comprendre que les lecteurs se contentent de lire les chroniques sans broncher ! Il n’en est rien. Le système d’envoi de commentaires de Blogger ; le prestataire de service qui héberge ce blog, étant inefficace, certains lecteurs m’envoient leur commentaire directement à ma boite E-mail, d’autres me téléphonent ou attendent l’occasion de me rencontrer pour m’en parler. Une vingtaine de réactions en tout. La (fausse) chronique précédente fut le moins que l’en puisse dire appréciée.

Recherche appareil photo désespérément
Depuis une dizaine d’années j’ai abandonné le suivi de l’évolution des appareils photos. Je n’avais qu’une vague idée, je ne connaissais plus rien aux petites options mais demeurais au courant des grandes innovations. Aujourd’hui je me suis remis à jour. L’occasion – celle de chercher l’appareil qui convient – ne crée-elle pas le larron ?
Sur le créneau des réflexes numériques la concurrence fait rage entre les grandes marques : Nikon, Canon, Pentax, Sony et quelques autres se démènent comme des fous pour offrir au public des appareils perfectionnés. Mais justement que cherche le client Lambda ? Les services marketing de ces grosses firmes disposent de plusieurs archétypes – profil ou portrait robot – tel la célèbre Ménagère de moins de cinquante ans ? C’est elle qui commande l’état du marché, elle regarde la pub, gère le budget de la famille et décide des achats à faire, il était naturel de faire d’elle le public ciblé en priorité.
Dans le monde de la photo, il n’y a pas un seul client possible. Les laboratoires d’études créant un boitier pour une frange donnée d’utilisateurs : l’amateur occasionnel, l’amateur averti, le professionnel et l’expert. Il est logique de penser que ces types d’utilisateurs réservent un budget proportionnel à leur savoir-faire ou du moins à leur potentialité. Il n’est pas aussi erroné de penser que certains clients achètent des appareils dont les possibilités sont au-delà de ce qu’ils peuvent en tirer.
Après avoir jeté un coup d’œil sur l’état actuel du matériel, je me suis interrogé sur le futur des appareils photos. A quelles autres avancées allons-nous être témoins ? Anticipons !!!

Le Mammouth est plus gros appareil photographique jamais construit jusqu’à aujourd’hui.
Il mesurait quatre mètres de long avec un poids de 700 kg.
Il fallait jusqu’à quinze hommes pour le manœuvrer.
Sa plaque de verre atteignait 650 kg, pour 3 m² de surface.
Construit à Chicago pour une société ferroviaire, il reçut le “Grand Prix Mondial” en 1900
lors de l’Exposition universelle de Paris.



Identification digitale
Le déclencheur d’un appareil photo pourrait être un identificateur d’empreintes digitales de l’opérateur, celui-ci en prenant une photo aura automatiquement sa signature digitale sur le fichier numérique. Avec un même appareil plusieurs opérateurs auront chacun sa signature, idéale pour des appareils à plusieurs utilisateurs (famille, agence, club, école de photo…). Safi, mon frère jumeau (celui qui a publié son premier roman, voir fausse chronique XXIX, cela lui fera une autre pub !!! ) pense qu’il sera plus judicieux de réaliser cette signature numérique par l’intermédiaire du viseur qui reconnaitra la forme unique de l’iris de l’opérateur. Effectivement le dessin de l’iris est plus singulier que les empreintes digitales…Cependant on prend aujourd’hui plus souvent des photos en visant et cadrant avec l’écran à cristaux liquide qu’à travers le viseur, au point que certain construction l’ont éliminé de leur produit. Certains ont raison de se plaindre de son absence car il permet une visée précise et confortable dans toutes les conditions. L’écran devient inutilisable dès que la lumière ambiante est plus intense que celle qu’il émet.


Transfert
La transmission des fichiers par satellite depuis le boitier vers n’importe quelle adresse IP sans passer par une carte mémoire sera d’une grande utilité au photographe qui gagnera en mobilité et indépendance. Le grand avantage serait évidemment le faite de ne pas devoir être à la merci de la taille de la carte mémoire. On connait la limite des moyens de stockage. Il y a une douzaine d’années j’avais un ordinateur qui disposait d’un disque dur d’une capacité de 40 Mo ! Avec un Windows (le 3.1), un office (version 5) et un jeu de simulation aérienne Flight Simulator (le 5).
Aujourd’hui ces mêmes logicielles font plus de 30 Go !!! Alors les cartes de 8 Go dites – aujourd’hui – à grande capacité ne le seront plus dans quelques mois, car les capteurs continueront à évoluer et les fichiers obtenus à grossir. La loi de Moore va d’ailleurs vite devenir caduque. La solution serait donc d’envoyer ces gargantuesques fichiers directement vers des banques de stockage plus étendues.

Échelle de sensibilité
Il s’agit ici non pas de la sensibilité du film ou du capteur mais de l’opérateur lui-même : cela pourrait s’appeler aussi échelle d’émotion ; terme qui englobe peur, joie, dégoût, horreur, bonheur… cette échelle graduée aussi bien en positif qu’en négatif servira à conserver une trace de l’état d’esprit du photographe au moment de la prise de vue. Vous vous êtes surement interrogé sur la manière d’obtenir cette mesure !!! Vous ne trouvez pas que j’ai trouvé l’idée (il parait que c’est le plus difficile à faire) c’est aux techniciens de Nikon ou de Canon de prendre la suite ? Je ne prendrai qu’un dollar par appareil construit de royalties sur les ventes !!!

Capteur Multigrade
Avec ce dispositif les capteurs n’auront pas une sensibilité constante, mais variable. Pour un paysage par exemple : les capteurs situés en haut seront moins sensibles puisque situés en face d’une plage lumineuse : le ciel. Alors que ceux situés en bas devront être davantage plus sensibles puisque devant une plage sombre. Cette innovation permettra une restitution plus fine des détails dans les ombres profondes en même temps qu’une fidélité pour les zones claires. En somme une Zone system numérique…si Ansel Adams était là il aurait sûrement approuvé (en m’envoyant un mail de félicitation !!!).

َAprès le GPS le gyroscope
Aujourd’hui plusieurs boîtiers sont équipés de la géolocalisation. Avec cette option, l’opérateur aura automatiquement avec chaque photo,
données EXIF, les coordonnées géométriques, le lieu sera nommé au cas où le GPS serait muni d’une carte géographique précise. Il sera aussi intéressant d’ajouter la hauteur, l’inclinaison, la direction, la date et l’heure de la prise de vue. Ces données seront codées dans un métafichier insécable et indestructible puisque la moindre intervention le détruira inéluctablement. Ce fichier garantira à l’operateur – en plus de la signature digitale – son incontestable paternité.

Données EXIF
Propriétaire de l’image : Hamideddine Bouali
Lieux : 36°’47’ 46 82” N 10° 10 40 39′’ E : correspondant à La Place Barcelone-Tunis
Hauteur : 2, 564 m
Direction de l’axe de l’objectif /nord : 156°
Inclinaison de l’axe de l’objectif/horizon: +5° (objectif dirigé légèrement vers le haut : contre-plongée)
Date : 22 décembre 2008
Heure (GMT): 14h32’56’’
Capteur : 10 Mo
Fichier : 3876 Mo
Image : Raw et JPG (ratio 2/12)
Objectif : (zoom 55-200) focalisé à 76 mm
Ouverture : (5,6 – 32) ouvert à f/7,4
Temps de pose : (2 à 1/8000) réglé à 1/689 s
Appareil : Canon – EOS 450D (Ref :4357729900827663-2006)
Objectif : Tamron (zoom 55-200) (Réf :1244553627721-2007)
Émotivité (échelle allant de -5 à +5) : +4


Concours Lépine ou l’AISA Awards ?
Certains lecteurs vont surement trouver ces idées farfelues voir loufoques (regardez dans le dico ce n’est pas la même chose). c’est le tribut des visionnaires !!!
En 1890 Hurter et Driffield établissent une règle de détermination des temps de pose, elle ressemble à celle accompagnant les films argentique. Soleil brillant ciel bleu f/16 à 1/125 s…Malgré cette aide à la prise de vue, le Colonel Noverre, un amateur de photographie harcela la revue l’Amateur de Photographie de lettres exigeant l’abolition de tout calculs…L’artiste photographe n’avait que faire de la technique.
Trouvant cela une attaque délibéré contre ses recherches sur la sensitométrie, Hurter répliquant le 25 mars 1892 : « Si le colonel Noverre espère se servir d’un instrument à aiguilles pour lire infailliblement, comme sur une montre, le temps de pose exact ; s’il désire un mécanisme automatique enlevant et remettant automatique son bouchon d’objectif au bon moment, il faudrait qu’il attende longtemps »….longtemps ce la voulait dire pour ce cas moins d’une quarantaine d’années, car en 1931 les photographes pouvaient utiliser l’Electrophot, le premier posemètre. Ce longtemps fut un peu plus long pour avoir un « bouchon automatique ». En 1963 le Polaroid Automatique 100 disposa d’une cellule électrique qui fermait l’obturateur proportionnellement à la quantité de lumière réfléchie par le sujet.
Si on prend en considération le faite que la période séparant les découvertes de laboratoire de leur mise à la disposition au grand public ne cesse de s’amenuiser, on pourrait parier que si ces idées sont dignes d’intérêt le terme longtemps se calculera non pas en décades mais en mois.

Le photographe de moins de cinquante cela pourrait être moi !
L’essentiel dans un appareil photo demeure pour moi une facilité d’utilisation. Donnée toute relative d’ailleurs, chacun possède une certaine latitude d’apprentissage qui lui est spécifique. Certains conducteurs n’ont jamais évolué dans la maitrise de leur voiture, alors que d’autres à mesure qu’ils conduisent affines leur pilotage, négocient mieux les virages et estiment l’oreille le régime de leur moteur. Un appareil photo c’est un peu cela. Tous ceux qui sont en train de lire ces lignes et qui ont longtemps utilisé le même matériel savent de quoi je parle. Longtemps – plus d’une quinzaine d’années – je n’ai travaillé qu’avec un Nikon FG muni d’un 80-200 mm et d’un Olympus OM 1 équipé d’un 50 mm. Dans les artères de Tunis, à Aix-en-Provence, devant la Grande Arche de la Défense, dans la Médina de Fès ou chez-moi, je n’ai jamais eu à réfléchir sur leur réglage ; cela se faisait naturellement, j’allais dire : les yeux fermés !!!
Je n’ai jamais été un maniaque des objectifs hyper précis qui coutent la prunelle des yeux, alors que souvent on ignore que le film obtenu – ou le fichier produit – ne sera pas traité ultérieurement avec une égale qualité. Alors à quoi bon acquérir un objectif dont le pouvoir de séparation est très grand – donc très cher – pour en fin de compte voir son fichier traité par une tireuse industrielle qui ne restituera pas le nombre de ligne ? Je demeure convaincu que la première qualité d’un appareil photo c’est la fiabilité. Combien de déclencheurs bloqués, de carte mémoires grillées, de mise au point défectueuses ont fait rater la photo qu’il ne fallait justement pas manquer ?
La seconde qualité d’un matériel photo est son adéquation aux possibilités de l’opérateur. La démarche logique est celle de choisir l’appareil qui convient à la photographie que l’on pratique. Photographe de ville, mon sujet fut toujours l’homme dans la cité. D’autre part mes photographies – en noir et blanc – vont être destinées à être moyennement agrandies. En conséquence de quoi l’appareil qui me convient serait un petit reflexe numérique d’une dizaine de Mo, muni d’un zoom moyen, ayant une gestion optimale – dès l’enregistrement – d’images en niveaux de gris. Le plus difficile est maintenant de trouver parmi la dizaine de marques en concurrence celui qui remporte mon coup de cœur.


Hamideddine Bouali
16 septembre 2008



(*) Le Concours Lépine est la plus grande exposition d’inventions, où le sérieux cotoi le farfelu, l’AISA Awards et le prix européen du matériel photographique (boitier, objectif, accessoire, film…)
Nokia versus Nikon
The Photojournalist by Andreas Feininger, 1951- Gelatin Silver – © Time Inc.

Torpeur d’été
Dans ma dernière chronique je vous ai proposé de parler de Cartier Bresson, du dernier appareil photo de la marque Sony, des Jeux de Pékin, de la pleine Lune et de ma propre personne puis de trouver ce qui pourrait unir tous ces sujets. Personne ne s’est rendu compte – ou n’a trouvé intéressant de me le signaler – que je n’ai pas tenu parole, puisque la Lune ne fut pas évoquée.
C’est volontairement que j’ai omis d’en parler. Ce samedi 16 août où Usain Bolt avait battu le record du monde du 100 mètres coïncida avec une éclipse lunaire : disparition momentanée de notre inséparable satellite naturel, et donc logiquement de mon texte. 
Depuis la Lune on n’aurait – pas pu voir – à l’œil nu – Usain Bolt passer la ligne d’arrivée du 100 mètre en 9’’69, mais à quelques lieux du Nid d’oiseaux (le superbe stade olympique de Pékin) on pourra admirer la grande Muraille de Chine ! 

Dépêche d’agence
Helsinki (Reuters) (18.06.2008) – Sony Ericsson a dévoilé mardi le premier téléphone mobile équipé d’un appareil photo numérique de 8 millions de pixels et distribué à grande échelle, symbole de l’offensive des fabricants de combinés contre les constructeurs d’appareils photo….A présent, d’autres fabricants espèrent suivre la voie tracée par Sony Ericsson et menacent l’industrie de la photographie numérique, préservée jusque là grâce à leur capteur haute résolution produisant des images de meilleure qualité… Les ventes de “photophones” ont dépassé depuis longtemps celles des appareils photo traditionnels, permettant à Nokia de s’autoproclamer “premier fabricant mondial d’appareils photo”.

Post d’un blog
Dans le blog « Le Post, le mix de l’info », Sébastien Durand écrit le 28 août 2008, à propos de la publication des états financiers de la firme Kodak ; « Aujourd’hui, Polaroïd a fait faillite et Kodak s’est “allégé” d’un quart de ses effectifs mondiaux (à terme, on parle de 60% des emplois supprimés !) et d’une bonne partie de ses réserves monétaires. Mais la marque peine néanmoins à retrouver un cash flow convenable et surtout, elle n’a plus aucune “vista”. Elle s’est recentrée sur le service aux professionnels et sur les appareils photographiques numériques où elle n’est qu’un acteur parmi d’autres et de plus sur un marché lui aussi probablement condamné par l’émergence des téléphones mobiles dotés de bonnes capacités photo… ».

Petite confusion 
À part obtenir dans les deux cas des photographies, quelle autre point commun pourrait réunir un téléphone portable et un appareil photo ? Puisque dans les paragraphes précédents on ne fait aucune distinction  entre un petit compact d’entrée de gamme et un réflexe numérique à plusieurs millions de dinars ? Ainsi une petite Fiat 500 et le dernier bolide de Bugatti se valent puisque ce sont deux moyens de transport ! Proclamer Nokia 1er fabricant d’appareil photo, c’est se permettre aussi d’affirmer que la Poste est le premier éditeur avec son annuaire ! 

Les statistiques des ventes d’appareils photos numérique dans le monde sont formelles : « Canon arrive à la première place du marché mondial photo en 2006. Les ventes d’appareils photo ont augmenté de 14,5% (106 millions d’exemplaires). Les reflex ont vu leurs ventes grimper de 39% à cinq millions d’unités en 2006 ».
J’ai déjà essayé de faire des photos avec un portable, je me suis senti frustré par le manque de souplesse et la quasi-inexistence de réglages. Comme combiné téléphonique, je me suis habitué mais comme appareil photo je me suis rappeler tenant pour la première fois un bébé !
Avec un téléphone c’est exactement cela ! Comment s’y prendre ? Où mettre les doigts ? Où viser ? Sur quoi appuyer ? Je n’ai pas réussi à tenir cet objet comme un vrai appareil photo. 
Une photo ? Appuyer et c’est tout ! L’argument marketing est racoleur mais valeur photographique zéro sur la toute la ligne (téléphonique). Si les festivals de films réalisés par téléphone portable se multiplient, je n’ai en revanche pas encore feuilleter d’albums de famille (le plus grand consommateur de photographies toute catégorie confondu) constitués par des images de photophones.
Autre grands consommateurs de photos, les agences et les professionnels free lance. Imaginez-vous un instant les membres de l’agence Vandystadt (spécialisée dans le sport) ou ceux de Gamma se baladant avec des téléphones en guise d’outil de travail ! « Je vous rappelle plus tard, j’ai un scoop »… « Ne quittez-pas ! je règle les spots».  
Je pense que même pour un amateur occasionnel, il est préférable d’acheter un appareil photo ET un téléphone portable…même en cas de vol ou de panne on ne perds pas tout. Ce conseil est aussi valable pour les trois-en-un (all in one) imprimante-scanner-copieuse…fax. Question prix et encombrement c’est pratique puisque une seule installation et moins de connectique, mais toujours le même défaut : « Un être vous manque et tout est dépeuplé ! ».

Je reprends du service
Depuis les débuts de ce blog (juin 2006) j’ai rarement évoqué le matériel photo, aujourd’hui j’en parle car j’ai la sérieuse intention de reprendre du service. Depuis 2001 je n’ai pas photographié et je ne me suis jamais efforcé à le faire. Ma photographie est une passion, elle ne se commande pas. J’ai plein d’idées et je publierai au fur et à mesure de leur réalisation quelques photographies…mais encore faut-il trouver l’appareil photographique qui (me) convient.
L’offre est multiple et chaque fabricant propose pour le créneau de prix que je me propose de réserver à cet achat une gamme de boîtiers et d’objectifs qui se valent. Côté raison, Canon possède plus d’arguments, côté cœur j’ai longtemps photographié avec un Nikon ! Mais, Sony casse tout avec un 14 Méga pixels dont le prix est imbattable pour le moment.

Choix et embarras
J’hésite donc entre l’Alpha 350 de Sony, le Nikon D60 et le Canon 300D…Il faut que je me décide vite, car à force d’hésiter, je risque de rater cette fenêtre de ferveur qui s’est ouverte. La pire des situations c’est d’avoir une belle bête entre les mains et de se dire : « maintenant qu’est ce que je vais en faire ? ». Quant on ne possède pas de voiture, on rêve de balades à travers champs et de se faire plaisir loin de la ville, mais le jour où on en possède une – Fiat 500 ou la Bugatti – on ne sait plus où aller.
30 aout 2008
Hamideddine Bouali

Magistral moment décisif

Contrairement à ce qui pourrait paraître, Je n’ai jamais établi un plan pour rédiger un texte. Je ne me place devant mon écran d’ordinateur que si des idées se sont déjà présentées. Devant une page blanche, je tape frénétiquement sur le clavier, puis dans un second temps je remédie aux répétitions, je peaufine l’introduction et je fignole la fin. Ce qui explique, en partie, la longueur de mes textes…et leur faible fréquence. 
Mais aujourd’hui je ferai une exception. Les chapitres suivants sont liés, l’un au suivant, par une attache logique. Ce sont les événements qui ont voulu cela. 
Qu’est ce qui pourrait relier Cartier Bresson, le dernier appareil photo de la marque Sony, les jeux de Pékin, la pleine Lune et moi ?

Le siècle de Cartier-Bresson
Que de photographes, le sont devenus en rencontrant l’œuvre d’Henri Cartier Bresson ? Il mérite largement le titre de photographe pour photographes. Aujourd’hui, le 22 aout 2008, la fondation qui porte son nom et le monde de la photo auquel il a rendu d’éminents services fêteront le centenaire de sa naissance. En 1947, il fonde l’agence Magnum avec Robert Capa, George Rodger, David « Chim» Seymour et William Vandivert. L’esprit agence naquit avec cette coopérative de photographes. Le respect de la mention complète (nom, agence, date, lieu) et de l’intégrité physique d’une photographie ont été la marque de fabrique de cette agence.
HCB est incontestablement le photographe le plus cité dans les histoires de la photographie, celui auquel on a dédié le plus de monographies, celui qui fut le plus imité. Quand on ne peut nommer qu’un seul dramaturge on cite Shakespeare et si aucun nom de photographes ne vous vient à l’esprit il est rare que celui de Cartier Bresson ne soit pas l’exception. 

Première photo de Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos. Gare Saint Lazare 1932
Parce que ses photographies sont une matérialisation du temps, elles sont plus naturellement mémorisables. « L’homme qui saute par-dessus une flaque d’eau », c’est sa première photo, sa première marque au feutre fluo sur le cardan de l’horloge du XXe siècle. Siècle qu’il a le mieux portraituré. Son œuvre est une éphéméride faite de coïncidences anecdotiques, d’accords entre le moment et le lieu, un album photo situé entre, ceux réalisés par deux autres métronome-arpenteurs :Lartigue et Doisneau. Son moment décisif – devenu beaucoup plus qu’un style ou une démarche – fait désormais parti de la photographie elle-même. Son œil est devenu au cours du siècle dernier un piège à providence. 

Un moment décisif 
Souriez ! Keep smiling ! Cheeeese ! Aya adh’hak ! Chaque pays avait sa formule pour signifier au sujet de présenter un visage jovial à l’objectif. Sony (Les Cyber-shot T2, T70 et T300) est allé au-delà de cela. Il suffit que vous souriiez en face du détecteur, qui porte évidement ce nom, pour que l’appareil se déclenche automatiquement. La captation de ce moment décisif n’est plus l’apanage du photographe ni à la merci de sa dextérité. Non ! Dorénavant l’appareil photo équipé de ce dispositif le fera pour vous. Un senseur en forme de rectangle allongé disposé en bas du viseur – au niveau du visage – attend que la lumière réfléchie de cette zone augmente. Les dents, renvoyant beaucoup plus la lumière que la peau, asservissent ainsi le déclencheur. 
Les gens de Sony ont-ils oublié qu’il ne suffit pas que les dents soient visibles pour que l’on soit content. D’ailleurs « montrer ses dents » c’est être en colère. Bref cet automatisme le «Smile Shutter» vous permettra d’attraper les moments fugaces, même si vous souffrez de tremblote, de distraction maladive ou d’un manque inné d’attention.  

Les jeux olympiques de Pékin
Au début du mois de mai, j’ai acquis chez un bouquiniste un livre à propos de la chronophotographie. Cet ouvrage édité sous les auspices du CIO est un petit trésor d’information. Il évoque les manières de chronométrer les épreuves sportives. Une technique photographique au service du sport.  
Je regarde comme tout le monde les J.O. de Pékin et étant viscéralement anti-violent – peut-être parce que je suis né et j’habite à la rue Gandhi !!! – je préfère les sports sans adversaires mais avec concurrents. Le surpassement de soi n’est-il pas plus sain que le désir de gagner au dépend d’un vis-à-vis ? Tient ! Qui a eu l’idée de désigner la boxe « Noble art » ?
La natation, la gymnastique et surtout l’athlétisme retiennent particulièrement mon attention. L’épreuve reine demeure le 100 mètres. Plusieurs photographes ont, eux aussi, trouvé ce sprint photogénique. D’abord quand on est bien situé on brasse des yeux facilement la totalité du parcours. Le fait de se mettre en face vous donne une vue tout aussi intéressante. Au stade c’est l’unique course plate se déroulant entièrement en ligne droite. En plus le cent mètre ne dure qu’une poignée de secondes et se joue au 100e de secondes…Tout cela est spectaculaire.

“Runners at Millrose Games” de Ralph Morse.1954. The LIFE Picture Collection
Ralph Morse, un photographe qui faisait partie du staff du magazine Life a réalisé une prouesse technique remarquable le 2 janvier 1954. Il photographia trois phases décisives de la même épreuve – le départ, la mi-course et l’arrivée – en les éclairants, tour à tour, au stroboscope.

Et moi…
Les athlètes étaient aux starting-blocks, chacun avait son tic, son grigri à toucher, son rituel à respecter, sa prière à réciter… Coup de feu du starter, déjà l’arrivée et un record du monde à la clef. Pourquoi j’évoque cela ? Les moments décisifs cela ne concerne pas uniquement les instantanés de Cartier-Bresson, nos vies sont remplies de coïncidences que nous appelons par paresse ; chance, hasard, providence et qui sont bien évidement autre chose que le fruit d’un dé jeté. 
Pour les grands événements qui ont d’une manière ou d’une autre marqué l’histoire récente de l’humanité ; la première bombe atomique sur Hiroshima, l’Assassinat de JFK, l’homme sur la Lune, Le Tsunami de 2005… et ce record du monde qui restera – on lance les paris ? – imbattable pour bien longtemps, chacun se rappellera où il était et ce qu’il faisait. 
Usain Bolt a un centième de seconde de la ligne d’arrivée.
samedi 16 aout 2008. (AP Photo/Ricardo Mazalan)
La ressemblance avec la 1ere photo de Cartier Bresson est saisissante !

Ce samedi 16 Aout 2008, et pendant ces 9’’69, j’étais avec quelques badauds sur le seuil d’un restaurant populaire de la Médina de Tunis…et vous ? 
J’ai confondu les fuseaux horaires. J’avais cru que la finale du 100 mètres se courait tard le soir !!! Mais en passant à côté d’une gargote à la Kasbah (médina de Tunis) je vis une foule essayant tant bien que mal de regarder une télé minuscule. Je tendis la tête et j’aperçus les préparatifs de la finale du cent mètres. Je n’ai rien fait pour être présent, mais je le fut quant même…aucun nom dans la langue française ne désigne cela.

Hamideddine Bouali 22 aout 2008



Très Portrait






Sa photographie est intéressante pour le parti-pris du point de vue ; surélevée, elle embrasse non seulement ce qui est visible mais aussi ce qui existe sans faire d’ombre ! Subtile nuance que Claude Iverné a magistralement appliquée dans ses photographies. Effectivement, qui a l’idée de diriger son objectif vers ce qui s’impose par sa présence et non par sa masse ? Ambitionnant l’intégralité, ces œuvres sont une mappephoto : tout devrait y être. Alors ma curiosité et mon ego m’ont poussé à cet échange de portraits…!!!





J’étais Crésus ; discutant de cinéma avec des amis, goûtant un succulent café et des dizaines de cigarettes sous une ombrelle bienfaitrice. Nécessaire farniente après les frénétiques journées précédentes. Les Rencontres ont été cette année particulièrement éprouvantes à lancer. Je ne me rappelle plus quelle formule il avait utilisé pour me demander de le suivre. A quelques pas du paradis où j’étais je me suis trouvé démuni de tous mes privilèges …presque le Darfour.

Lors de l’entretien que j’ai eu avec Claude Iverné, assis à même le sol au pied de la porte cochère du Fort lazaret, j’ai remarqué son calme olympien à la limite du détachement et sa détermination qui pourrait être prise pour de l’entêtement. D’abord photographe de mode : métier qui glorifie le luxe, la vacuité et s’arrêtant au paraître, Claude Iverné lâche tout. Je pari qu’il l’a décidé en pleine séance de pose – après avoir réglé les spots lights et avant de mettre son œil dans le viseur – pour se consacrer à un sujet aux antipodes de ce qu’il faisait auparavant ; l’absolu, le perpétuel et l’essentiel. Un lieu : le désert, une situation : la précarité…et la photographie comme boussole.

Claude Iverné possède un timbre de voix semblant faire partie de celui produit par son vénérable Rolleyflex lors de son réarmement. Le voir avec ce mythique six-six, qu’il tient comme une lampe de poche, me rappelle les chefs de gare en service dans des contrés éloignées de toute civilisation. Ils signalent leur présence mais balisent aussi celle des autres.

Iverné ne formule pas, il ordonne ; un verbe et un complément…”Regarde à droite ! Abaisse la tête ! Laisse pendre ta cigarette un peu ! Lève la tête ! Incline ton épaule ! Tourne légèrement à droite !” Aucun répit, une rafale ininterrompue de cliquetis sans sommation. J’avais littéralement le souffle coupé d’autant plus qu’il m’avait fait prendre une posture inhabituelle pour moi. Accoudé sur le dossier d’une chaise avec les genoux sur le siège : j’étais à la messe en face d’un curé en train d’exécuter un solennel et strict rituel. Les doigts croisés, le regard baissé, je me suis senti dans un confessionnal avouant un huitième péché capital : celui de vivre en ignorant la détresse de mes semblables…d’où cette pénitence ?

Au fait je ne comprenais pas ce que le photographe voulait faire de moi. Evidemment pour quelqu’un qui a fait beaucoup de photos, il est très simple d’imaginer que depuis le point de vue du photographe, debout sur une chaise, en prenant en considération la focale de l’objectif utilisée, quelle image il allait obtenir. Mais ne confondons pas la manière de faire ; une vue plongeante avec comme arrière-plan le sable, mon buste déséquilibré vers l’avant, un profil sombre qui se découpe par rapport au fond plus lumineux, avec la manière de voir. Et n’oublions pas que Claude Iverné se veut un passe muraille, traversant les apparences pour tenter d’atteindre l’insaisissable souffle des êtres.

J’ai rédigé ce texte sans avoir vu l’image qu’il a promis de m’envoyer par courrier électronique.

Claude Iverné ne veut pas s’arrêter à l’aspect visible des choses ou des êtres, malgré l’ancrage de la photographie dans le sens propre, il a la volonté manifeste de voir à travers. Ses images se veulent des radiographies réalisées à l’intention de gens qui maîtrisent un autre braille : des ultra photos ! Alors celui qui est devant l’objectif peut ne pas comprendre ce qui a été capté et emmagasiné.

Son Darfour fut ainsi réalisé, loin des clichés qui a force d’être imprimé sont devenus de pâles filigranes, illisibles donc incompréhensibles. D’ailleurs il n’est jamais allé au Darfour pour ramener des reportages mais des bribes de nuages, des soupirs d’enfants et des graines de patiences…Son réflexe de vouloir regarder d’en haut, voir de loin, revenir plus tard – pour le Darfour comme pour mon portrait il s’est pris plus d’une fois dans des endroits différents – est un souci d’exhaustivité. Mordu des citations je ne peux rater l’occasion d’évoquer celles formulée par le cinéaste Ingmar Bargman à-propos de la vieillesse qui est comparable à l’ascension d’une montagne, plus vous montez, plus vous êtes fatigué et hors d’haleine, mais combien votre vision s’est élargie ! Claude Iverné retourne au Darfour comme ceux qui partent sur le chemin de Compostelle : le silence et la méditation sont les meilleurs compagnons. Iverné connaît la valeur des mots, alors il ne parle qu’après avoir longuement réfléchie en prenant soin de choisir les plus justes. Le lendemain il m’a invité à aller la-haut sur le promontoire du Fort Lazaret (ce lieu est un aimant pour les photographes) mais cette fois il fut plus avenant, me demandant même de sourire ! Qu’est ce qui s’est passé entre les deux séances de prise de vues ? Voilà le mystère que je n’ai pas pu percer. J’avais l’impression d’avoir eu affaire à deux photographes différents. Me suis-je trompé sur mon protocole (*) ; Claude Iverné a-t-il deux facettes différentes, est-il plus à l’aise quant il est seul face à son sujet comme cette seconde séance de prise de vue, contrairement à la première où nous étions entouré par une vingtaine de personnes.

Au Darfour c’était comment ?



Photo Claude Iverné, qu’il a intitulée “La Piste de Hamideddine“. Ghar el Melh 30 Juin 2008




Son souci de mettre en boite ses préoccupations le mène vers des sujets plus naturellement cinématographiques ou littéraires. Je pari que Claude Iverné est fasciné par l’œuvre d’Ingmar Bergman et son obsession de la disparition…comment photographier la frontière qui sépare la vie de la mort, qu’est-ce qu’agoniser ?

«C’est l’ombre de la mort qui donne du relief à la vie.» dixit encore une fois Ingmar Bergman.



Hamideddine Bouali et Claude Iverné

14 août 2008





(*)Voir texte « protocole pour portraiturer un photographe » sur ce même blog






Trait pour trait


Dès que j’ai vu ses photographies, j’ai désiré me faire portraiturer par Susana Paiva. Sa photographie a du panache. Une maitrise rare de la lumière, une vision clairvoyante de l’espace et un respect du sujet, que faudrait-il de plus pour qu’un photographe soit classée parmi les grands ?

Elle est venue me voir pour me dire que la lumière n’était pas intéressante ce jour-là, on verra demain en passant sa main sur ma joue. J’avais totalement oublié sa promesse quant elle est venue le lendemain pour me prendre par la main…On monte là-haut, me dit-elle.

Arrivées à ce lieu plein de mystères qu’est le promontoire supérieure du fort lazaret, Susana Paiva me demanda de me mettre devant un mur, tira son petit appareil numérique et fit quelques réglages. Elle n’arrêta pas de parler tout le long de la séance de prises de vues qui dura une quinzaine de minutes. Il lui arrivait de se déplacer de quelques centimètres et de me demander, avec sa voix chantante et charmeuse, de faire de même, de regarder à ma gauche puis en face…après chaque déclenchement elle vérifiait le résultat sur l’écran, puis reprenait le même scenario.

Celui qui nous verrait de loin, et si en plus il serait dans notre exact prolongement et avec l’aplatissement des plans, pourrait nous prendre pour un couple en train de danser. Ce n’est pas rapide comme une valse, ce n’est pas saccadé à l’instar d’un tango et cela ne ressemblerait pas à une salsa parce que nous nous tenions droit. Cela ne pouvait être qu’un slow. Avec ses sujets, Susana entretient une relation presque charnelle, une connivence est nécessaire sinon c’est raté d’avance. Face à un sujet, elle ne se contente pas de la vue, il lui faudrait en plus le sens du toucher, peut-être pour la chaleur qui s’en dégage. Cela influe sur sa photographie : ces prises de vues sont en fait un corps à corps. Elle ne veut en aucune manière dominer son sujet mais l’étreindre. Le couvrir pour mieux le comprendre. Le saisir non pas dans sa totalité mais en son essence. Certains photographes se prennent pour des dompteurs essayant de calmer un fauve, puis de lui faire faire ce qu’ils désirent. Susana est une mère, couvant son sujet, en le photographiant, il devient, tout naturellement, sa progéniture. Une adoption nécessite des préalables ou un préambule. Elle se situe alors par rapport a son sujet et dans l’espace qui les ré(unit). Avant de mettre son œil dans le viseur, elle regarde, contemple et réfléchit puis se décide. Il lui arrive de ne pas déclencher. Aucune précipitation dans ces gestes, pourtant la lumière du crépuscule est aussi fuyante qu’insaisissable. Elle prend tout son temps avant chaque déclenchement, ignorant volontairement la possibilité de réaliser une centaine par minute, et choisir après, comme le font un grand nombre de photographe.

Demander à Susana combien dure une séance de prises de vues reviendrait à demander à une mère, qui vient juste d’embrasser son enfant, combien cela a duré ! Le temps ? Elle ne s’en soucie pas. De toute façon il marche, à quoi bon s’en inquiéter. Alors elle l’enjambe, le contourne et l’ignore. C’est ainsi seulement en apparence, car en réalité elle est devenue photographe par peur de la mort. En photographiant, elle croit fuir le temps de peur de rencontrer l’ange noir au coin d’une rue. Avec une telle conduite, elle ne peut qu’adhérer aux paroles de Confucius qui disait que : « Celui qui ne sait pas ce que c’est que la vie, comment saura-t-il ce que c’est que la mort ? ».

Elle ne peut faire autrement que de se mettre en contact avec son sujet. Ensemble rien, se convainc-t-elle de croire, de funeste ne pourrait arriver. Et même si par malheur cela surviendrait, à deux ce serait moins insupportable. Faire des photos est donc une riposte, une parade, une armure…une prière. Un chant pour la vie.

Dans ses photographies le temps est une dimension hors-cadre, hors sujet et presque hors-propos. Le « maintenant » tient lieu d’absolu. Le présent éclabousse le passé et déborde sur le futur, tout comme une mère qui oublie la notion du temps en présence de son enfant. Ce qui explique son désir vital de se mettre en face d’un sujet, de déclencher et de faire des photos sans qu’il y ait nécessité de les voir tirées. Si regarder une image c’est se retourner en arrière, alors Susana n’en veut pas. Sa photographie serait, d’abord pour elle-même puis pour ceux qui verront son œuvre, une indispensable inspiration.

Susana, je l’ai senti lors de cette séance de prise de vue, a gardé les vieux reflexes de la photographie argentique ; chaque prise de vue est importante. Pour mon portrait, tout comme pour le sujet qu’elle a exposé à Ghar el Melh, Susana n’ambitionne pas de rendre compte ou de jouer l’objectivité. Elle se satisfait de réaliser une image qui soit une citation de l’instant dont le sujet serait les mots et sa photographie la grammaire. Elle ne pourrait jamais réaliser une photographie dérobée, à moins que le sujet s’y prête ou s’invite de lui-même…un instantanée, un flagrant moment, un instant décisif…mais ce n’est pas cela ce qu’elle recherche. Si on devrait être forcé de distribuer les photographes, il y aura les arpenteurs et les métronomes. Susana n’est ni l’un ni l’autre, elle est photographe du sujet.

Hors du temps et presque en dehors du monde, ses images seraient un catéchisme…Sacraliser ce qui est devant son objectif c’est pour Susana Paiva une religion dont elle se veut l’apôtre.

Susana Paiva et Hamideddine Bouali

18 juillet 2008

Citronnade, Nénetses et coup de soleil (suite et fin)

L’aventure du Corsaire
Pour la troisième année consécutive Ghar el Melh se voit affublé d’un quotidien, le seul organe de presse que ce village a connu. Évidemment cette feuille de chou est partiellement rédigée quelques semaines à l’avance. Avec tout ce qu’il y a à faire ou à superviser, il ne pouvait en être autrement. Et puisque je ne me voyais pas signer tous les articles que j’écrivais, je me suis amusé à attribuer à quelques un des auteurs différents. Mon père qui me relit et me corrige m’a ainsi fait remarquer que de mes deux filles – Jenaina (13 ans) et Fatma (11 ans) – c’est la benjamine qui fait le moins de fautes, en sachant pertinemment que le cancre en accords de verbes et en grammaire c’était bien moi ! Je suis allé cette année à Ghar el Melh en bus, et pour occuper mes deux charmantes filles, je leur ai demandé de lire chacune l’article qu’elles ont – soi-disant – rédigé. Ajoutant que : « au cas où on vous interrogerez vous trouverez quoi répondre ! ».
Écouter Fatma lire pour la première fois le mot « Da-gue-rré-o-ty-pe » dans un bus cahotant avec une chaleur caniculaire cela me rappelle la série de sketch d’Eric et Ramzy : « Ce soir nous allons ensemble apprendre un mot, ce mot nous ne le connaissons pas, ni vous ni nous…».
Le café en face du fort est devenu le siège de la rédaction du Corsaire. Tout le monde y a mit la main. André Marzuk a évité bien des lourdeurs en suggérant des raccourcis stylistiques à quelques minutes du bouclage. Ma sœur Houbeb (née Bouali) Khéchine – qui se vante d’être l’épouse et la sœur de deux réceptionnaires du prix nationale de la photographie – a joué aux reporters et ces trois enfants à l’intendance. Marianne a – entre une interview et une visite guidée – relu sans avoir eu le temps de tout corriger, d’où quelques coquilles.

Super Ali, Anissa joli cœur et Système imeD
Ali, coiffeur de son état, est là depuis les premières éditions. Affable, prévoyant…il te tend un café avant même de l’avoir demandé, une poignée de clous d’accrochage alors que les photos n’ont pas encore été encadrées, il est l’archétype du bénévole : il est là avant tout le monde et attend que l’on soit tous rentré pour quitter les lieux. Que ferions-nous sans notre super Mario ?
Elle est venue spécialement de Paris, pour être de la partie et soutenir son cher papa. Anissa Jabeur possède de son père l’art de la négociation, et de sa mère le sourire. Effectivement ces Rencontres sont en quelque sorte une affaire de famille, sinon cela ne marche pas. Anissa venait souvent me voir, et quand elle est à un mètre de moi je n’ai jamais deviné si elle va m’annoncer une bonne nouvelle ou alors l’imminence d’une catastrophe. Chaque manifestation a besoin d’une Anissa pour tempérer, atténuer et sauver une situation soit par un sourire dévastateur ou une diversion très diplomatique.
On lui a confié la responsabilité la plus courte en durée mais la plus difficile. Imed Belhassen s’est occupé de la restauration et du logement.
C’est la seule fois où le resto n’a pas eu de problème d’approvisionnement. Imed prévenait le cuistot : « aujourd’hui nous seront 36 à déjeuner et 41 à dîner », il ne se trompait que rarement et même si le compte n’était pas bon c’est que quelques uns ont mangé pour deux ! Populaire la soupe !
Le soir venu, le voir errer d’un bungalow à l’autre – avec sous le bras matelas et oreillers – essayant de loger tout le monde bien que le temps de sommeil pour la majorité d’entre nous se comptait non pas en heures mais en minutes, me faisait de la peine. Certain jour cela tiendrait du casse-tête d’une souris de laboratoire dans un machiavélique labyrinthe. Il s’en est sorti avec brio.

Astronomes ! À vos yeux
Aucune journée de travail n’était possible sans l’idée que cela finirait les pieds dans l’eau à Sidi Ali el Mekki. Ce moment de repos était nécessaire, après avoir tant discuté, marché, accroché des cadres, tapé sur le clavier, résolu des problèmes. Couché sur le dos – à même le sable – le spectacle, gratuit et d’une rare beauté, s’offrait à qui voulait le voir. Mon neveu, Mohamed Ali, féru d’astronomie, ne trouvait pas ses mots le premier soir. A Tunis ; La Grande Ourse, l’Étoile polaire, Alpha du Centaure étaient bien visibles mais ici à part les stars, les figurants aussi furent invités sur scène. Ils étaient – presque tous là – à se pavaner devant ce fabuleux décor, jouant au funambule sur la Voie Lactée…certaines ont perdu l’équilibre…vite un vœu !!!
Le clair de lune éblouissant dans cette obscurité totale, donnait à la plage un éclairage féerique. Les couleurs n’étaient plus colorées, une agréable sensation de présence des êtres et des choses avait pris leur place. La meilleure preuve de cette impression, c’est la difficulté de se rappeler ces images là, il n’en reste que des émotions. Je me souviens avoir dit – alors que notre astre de la nuit était à son premier quartier : « tant que la photographie ne peut pas restituer cette atmosphère, il y aura toujours des moments à vivre et non à photographier ».

Parler et s’enrichir ou se taire et méditer
Dans ces nuits-là chacun avait son rituel. Certains étaient assoiffés de parler : je fus témoin d’une grande discussion à propos du pluriel de ciel. Ciels ou cieux ? Trente cinq minutes d’échanges d’idées lumineuses…dommage personne n’a pris note.
D’autres ont retroussé leur pantalon, trempant leur corps jusqu’au mollets et se sont dit : « je suis…ici » à l’instar de Hela ou de Hejer. Rabaa prit l’habitude de cheminer en longeant puérilement les premières vagues, Rania regardait l’horizon sans voir ni le ciel ni la mer…l’horizon comme simple ligne, l’horizon comme trait. Aux premières heures de la journée, Natalia noyait sa fatigue dans cette mer paisible, accueillante et régénératrice.

Fatal Erratum
C’est la première fois que l’on me confie la conception du catalogue des Rencontres. Le mois de mai fut intense en échanges – par e-mail – avec d’abord les membres du comité puis avec les photographes. La dernière semaine fut particulièrement chargée au point qu’il fallut communiquer plus rapidement par téléphone portable. Le catalogue fut prêt à temps et dès sa distribution on vint me voir pour les réclamations d’usage, la perfection n’est ni humaine ni de ce monde. Natalia Jaskula fut, de l’avis de tous, celle qui fut la plus lésée. Il aurait fallu bien évidement reconnaître son travail de prospection, de contact, de collecte et de transport des expositions des photographes polonais ainsi que celle de Susana Paiva. Son travail de scénographie – qui a donné aux Rencontres de l’année dernière et de cette année une très haute facture – aurait dû être particulièrement applaudi et noté sur la page de garde de cet ouvrage.
Dans le texte : « Déclarons la photographie d’utilité publique…et le photographe bienfaiteur de l’humanité », il fallait lire « il est temps de reconnaître l’incontournable rôle des commissaires d’exposition » et non « il est temps de reconnaître l’incontrôlable rôle des commissaires d’exposition ».
Autre malencontreuse coquille, dans la double page consacrée à Amine Messadi, un moment d’inattention a fait que dans sa biographie c’est le nom de Karim Maamri qui apparait. Qu’il nous excuse.

Peut-être un caprice de Marianne !
Marianne Catzaras s’est toujours réservé la rédaction du troisième texte de présentation du catalogue. Cette année, dans la précipitation des derniers jours avant le bouclage, Marianne m’envoie son texte par E-mail et oublie de le titrer. Après mes sollicitations, à la limite du harcèlement, elle m’envoie un texto ainsi libellé (je respecte l’exacte graphie) : « peut-être le courrier de marathon ». Avec l’innocence des enfants j’ai cru que tout le contenu du sms était le titre de son texte alors qu’en réalité elle hésitait encore et demandait mon avis !

Des lauriers pour Lilia
Lilia Benzid, membre du comité des Rencontres, n’a pas été présente autant qu’elle l’aurait voulu. Sa fille Salma passait son bac au moment des derniers préparatifs et attendait le résultat alors que les animations avaient commencé. Salma fut reçue avec une exceptionnelle « Mention très bien », et cela valait la peine de sécher les 6e Rencontres pour une aussi noble raison.

Effet Ghar el Melh !
Quant on lit les manchettes des quotidiens ou les Unes des journaux télévisés à propos des guerres qui se préparent, des haines qui se montent et du pseudo choc des cultures, il m’arrive de me demander qu’est ce qui se passe à Ghar el Melh pour que des individus venus de pays et de cultures différents, parlant différemment et ayant des croyances diverse arrivent à ce point à s’entendre ? Parce que – Polonais, Portugais, Libyens, Français, Tunisiens – on s’est d’abord aimé dès les présentations…alors naturellement on s’est compris. Est-ce bien cela l’effet Ghar el Melh ? C’est peut-être le ciel (de Ghar el Melh) qui nous unis, couvre et nous protège qui en est responsable…je l’ai déjà dit dans un texte paru dans le blog : nous sommes minuscules mais nous sommes là pour nous en rendre compte. Notre supériorité se situe dans cette conscience de soi (je plagie Blaise Pascal). Entre la pratique de la photographie, activité tout compte fait égocentrique et focalisante (certain vont me critiquer pour la formulation et le néologisme) et regarder l’immensité du ciel, nous nous sommes remis à notre vraie place.

Amarcord
Gaël Coto se rappelle sûrement la discussion que l’on a eu à-propos du cinéma de Fellini, lui préférant Fellini-Roma, moi Amarcord (io mi riccordo = je me souviens), l’un est l’autre sont une suite de souvenirs, d’anecdotes et d’histoires…avec le temps les uns sont enjolivés d’autres défigurés. Tous ce qui nous arrive depuis leur vécu – jusqu’à leur évocation aujourd’hui – les détient d’une certaine manière. Alors les Rencontres ont-elles étaient telles que je viens de les raconter ? Se sont-elles passées ainsi pour tous ceux qui y étaient présents.
Contrairement aux autres années, je n’ai fait aucune photo d’ambiance, préférant le faire avec mes yeux puis les enregistrant dans mon cœur. Si vous avez des instantanées des Rencontres en fichiers numériques – ou comme moi en fichiers émotions – n’hésitez pas à me les envoyer afin de constituer l’album de cette inoubliable réunion de famille.

Hamideddine-6e Rencontres


…dans un monde de “plastiques”!
Ou le conflit entre le naturel et le synthétique. Nous même devenus matériaux, mais on ne sait plus discerner le naturel de l’artificiel, à croire ke tout se mêmle, et dès qu’on croit tenir le bout du fil, on ne fait qu’enchevêtrer la pelotte, et patati et patatoche, on patoge dans le flou! (tiens, “what fuzzy sets are doing right here, i’m not even dealing with uncertainty right now”, je me comprends moi même!)
Rayures rayures ou êtes vous?….

Un peu de bois…

Helio d’or posted a photo:

Beach or Port ?

This is the smallest natural fishing port in Tunis. Right behind the small boats, there are rocks at the same level than that of the water. These rocks are naturally there and make it secure for those small boats whatever the state of the sea. To get to the port, you can only go right, there a small way to lead you there.

A the right side of the port, you have the Hotel Mercure’s Beach.

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Ceci est le plus petit port de peche naturel de Tunis. Juste derrière les barques, il y’a des rocher au même niveau que l’eau, Ces rochers sont une jetée naturelle et ainsi les barques sont toujours en sécurité, quelque soit l’état de la mer. Pour accéder au "port", il faut passer par la droite uniquement, il y a un tout petit passage.

A droite du port, c’est la plage de l’Hôtel Mercure.