Chronique des chroniques Il parait que j’en fait trop ! On me l’a fait vaguement savoir. Puis on me l’a dit parce que je ne l’ai pas compris du premier coup. Quand je me mets à travailler j’oublie le passage des jours, si je veille tard j’enjambe des minuits de suite, suivis d’une très grasse matinée. Dans mes écrits les superlatifs se suivent et se rattrapent. Si j’aime, je couve puis j’étouffe, mais ici qui peut le plus ne peut pas forcément être capable du moins, parce que je ne sais pas haïr. Je parle sans ponctuation et celui qui m’écoute risque de se demander : “où veut-il en venir ?”. Outrance en tout, au point que de mes paroles on retient moins la substance que la forme. Alors que faire ? Revoir ma façon de vivre, d’écrire, de parler ? ou bien garder tout en place et dire tout haut :”Cette outrance c’est moi, ce que je suis, ce que je fais et je n’y peux rien ?” .
Le 25 avril remise du prix littéraire Le Comar d’Or. Safi, mon frère jumeau, présentait son livre (1). En deux mots et un chiffre cela parle de la navette spatiale, de Palestine et du chiffre 17 (j’ai tenu parole). Le lendemain ce blog enregistra le 17000e visiteur. Si je vous dis que Safi et moi avons commencé nos entreprises– lui son roman et moi mon blog – sans nous concerter en juin 2006 il y a de quoi s’interroger sur la numérologie. Dommage que le jury a raté une occasion de reconnaitre un premier grand anti-roman, il méritait un prix spécial, celui que l’on remet à une œuvre qui transgresse les conventions. Peut-être que Safi a trop désobéi, il aurait dû attendre 2023 ! Le toujours présent Jacques Pochart – qui m’écrit et réagit à chaque texte – trouve qu’il fallait oser…parler de Marilyn (2) et ce malgré tout ce qui a été dit à son sujet, d’autre part il félicite lui aussi Jenaina pour sa rédaction (3) et espère que les jeunes de Palestine et d’Israël aient comme elle de la clairvoyance, qualité qui manque aux adultes.
La jetée. Photographie Hamideddine Bouali
Rade de Marseille depuis Le Carthage le 31 octobre 2008
Alerte Je reçois quotidiennement des dizaines d’alertes Google. Je vous conseille de faire de même : demander à Google de vous envoyer toutes les fois que cela parait dans le web un mot que vous aurez choisi. “Photographie” peut très bien vous être signalé quand on annonce un concours, une exposition, un nouvel appareil ou la parution d’un livre. Mais il se peut que vous receviez un mail intitulé : “Cette étude est une photographie objective du chômage en France” !
Une alerte-Google est venue perturber ma journée. Sur le site Rue89, Louis Mesplé signe un texte intitulé «A Masha Bruskina, pendue à Minsk, exposée à Paris ». L’auteur s’insurge contre l’exposition « Controverses » qui se tient en ce moment à Paris en ces termes : « Vous êtes aujourd’hui accrochée ( l’auteur parle de la photo de Masha Bruskina pendue par les nazis en 1941) au milieu d’un bazar de photographies, sur le même plan (et pans de murs) que la dernière photo d’une princesse bêtasse et la première de la fée Clochette, d’un fantôme, de faux scandales mais de vraies photos marchandes de Toscani, Bourdin, Meisel, de lisses pré-adolescentes… Certes, vous avez, à vos côtés, ou plus loin, des compagnes et des compagnons du malheur et de l’horreur : une victime d’un pogrom à Lvov (Pologne), la petite fille d’Armero (Colombie) dans sa flaque de boue mortelle, et celle qui va mourir de faim au Soudan sous la surveillance d’un vautour, les prisonniers d’Abou Ghraib, des fusillés, des décapités… ». En fin d’article l’auteur évoque les derniers instants de la suppliciée et les compare à ce qu’il ressent à la sortie de l’exposition : « Des témoins qui vous ont connue parlent d’une jeune fille intelligente « au caractère intègre ». Ils se sont souvenus que vous aviez, dans cette rue de Minsk, « marqué les esprits par votre calme et votre dignité ». Ce ne sont pas ces derniers mots là que j’emploierai pour définir cette exposition ».
Controverses est une exposition sur la mort J’ai maintes fois évoqué le cas des photographies scandaleuses et je m’interroge toujours autant sur les circonstances de leur réalisation que sur la manière de les exposer…parce qu’il faut finir par les montrer un jour ou l’autre. Depuis l’organisation de l’exposition Controverses l’année dernière à Lausanne et sa reprise maintenant à Paris on peut dire qu’elle a fait couler beaucoup d’encre (4) mais rarement comme l’a fait Mesplé. Le problème n’est pas ici l’exposition de la photographie de Masha suppliciée mais le fait qu’elle le soit à proximité d’autres moins funestes et surtout dénué du caractère documentaire considéré par l’auteur comme étant prioritaire. « Controverses » ressemble à toute salle d’attente. Les photographies exposées se parlent comme des inconnues n’ayant de points communs que cet instant particulier où leurs rendez-vous se sont chevauchés. Après, qui sait si elles se reverront un jour. Devons-nous leur demander de sympathiser ou de se ressembler ? La comparaison vous semble exagérée ? Une exposition-compilation est à l’image de toute manifestation collective. Lisez le synopsis des films concourants pour la Palme d’Or de Cannes, ou le résumé des romans en lice pour le Comar d’Or, et vous serez étonnés par la diversité des sujets traités. A Cannes le vrai faux documentaire (Moore), l’amourette à l’eau de rose, le film français de service, la superproduction Hollywoodienne, le film bouleversant à ne pas manquer, le film à scandale et quelques spécimens du cinéma – toujours inattendus – d’Extrême Orient…beaux et surtout disparates plateau. Pourquoi ne crie-t-on pas au scandale ? Parce qu’à « Controverses » c’est la mort qui rode à chaque recoin. Pendus, engloutis, égorgés, torturés à mort, faux suicidé, crevés de faim, accidentés, beautés passée, anciennes gloire…La mort lui arrive souvent de se déguiser. Relisez Allan Edgar Poe. Quel beau lieu pour exposer des images à lire, à feuilleter, à parcourir, à marquer, à mettre à l’index, à ranger, à jeter, à relire, à prêter, à dédicacer que les étagères de livres Car après avoir investi le Musée de Lausanne, cette exposition trouve idéalement sa place à la Bibliothèque Richelieu à Paris. L’ajout du sous-titre « Photographies à histoires » fut intelligent. Les forums de discussion on été pris d’assaut pour crier au scandale : Pourquoi exposer des photos macabres, des images dégoutantes, des vues insupportables, des œuvres scandaleuses ? Oui pourquoi ? Parce que l’on confond montrer et fêter. Tout comme lire un texte dans un livre, regarder une image dans une galerie d’exposition n’est pas toujours heureux.
Exposer n’est pas festoyer
Certes être invité, se voir servir un cocktail, se soumettre à des éclats de flash, saluer les uns, embrasser les autres ressemble à une kermesse. Si un vernissage a certes un coté festif, il n’en demeure pas moins que disposer des photographies dans un espace n’a rien de ludique. Qu’est ce qu’une exposition ? pourquoi montrer ? à qui ? Un photographe expose pour clore un travail, il semble dire : « voilà ce que j’ai vu, comment j’ai vu ou pourquoi j’ai vu ». j’ai posé la question lors de la dernière exposition chez Mach (lisez Mahmoud Chelbi responsable de l’espace d’exposition l’Aire libre d’El Teatro), Mohamed Ali Belkhadhi répond par un long silence plus qu’éloquent, Omar Ghdammsi qui expose bientôt affirme : « pour s’exposer », Mahmoud Chalbi : « pour exploser »….ceci est du côté des exposants, mais que pensent ceux qui visitent, ceux qui achètent, ceux qui critiquent ? Vaste débat qui ne peut être complet sans la principale, la première, la plus importante : c’est quoi un artiste ? Quelque jours plus tard on me fit l’honneur de me nommer membre du jury du Grand Prix de la Ville de Tunis des Arts Plastique. J’ai regardé des peintures, tournoyé autour de sculptures, vu mon reflet dans des céramiques et lu des photographies. En mon âme et conscience j’ai voté. Encore une fois je ne comprends pas comment des photographies peuvent-elles porter l’étiquette « Art Plastique ». je sais qu’encore une fois on va me taxer de réactionnaire, je m’expliquerai la prochaine fois, sinon ce texte s’étirera davantage et on dira encore que j’en fais trop. Le lendemain, le presque tout Tunis était là pour la cérémonie de remise des prix. Dans la grande foule des gens qui montaient et redescendaient l’escalier, les visiteurs qui passaient et repassaient de salles en salles et les groupes qui s’agglutinaient autour des amuse-gueules (cela s’appelle comme ça) quelqu’un à crié : « Il y a trop d’artistes !!! ». Allez savoir s’il confond l’affluence du public avec les membres de l’union des plasticiens tunisiens ou s’il parlait du nombre d’œuvres accrochées…j’aurais dû le lui demandé ? Non je connais la réponse, valable ici comme ailleurs. Aujourd’hui comme jadis trop de gens se croient artiste, quelques uns vont jusqu’à se présenter ainsi. Je pense qu’artiste n’est ni une fonction ni une situation mais le sommet d’une échelle de valeurs. Artiste ; cela veut dire individu hypersensible excellant dans un domaine artistique et donnant des émotions à vivre. Si on peut affirmer qu’une œuvre est artistique, seule la postérité décide qui a mérité de porter le titre d’artiste . Sans « Controverses » et le texte de Mesplé, je n’aurais pas connu Masha et appris les circonstances de sa mort. Mais d’autres part à l’instant où je suis attristé par le sort de cette combattante pour la liberté je me désole pour le nombre incalculable de victimes sans noms ni visages qu’on enterre à la nuit tombée. Nous sommes encore loin du jour où en dira qu’on en a assez de ces photographies !!! Il y aura toujours des écrits pour dénoncer et des expositions pour montrer – avec ce qu’il faut comme accompagnement pédagogique – ce que l’homme est capable de commettre de plus vil. Arrêtez de faire la guerre et il n y aura plus de photos de guerre !!! L’équation est simple.
Hamideddine Bouali
26 avril 2009
(1) “Terre promise texane, sur les traces de Columbia” de Safieddine Bouali, édité à compte d’auteur en 2008. (2) voir Chronique osée du 29 mars 2009 (3) voir Chronique aquatique du 31 mars 2009 (4) voir sur ce même blog Chronique XXV ” Déclarons la photographie d’utilité publique…et le photographe bienfaiteur de l’humanité !” : http://du-photographique.blogspot.com/2008_07_01_archive.html
Yasmine Ouazzani journaliste au magazine Le Courrier de l’Atlas, paraissant à Paris, me contacte au début du mois de mars pour un jeu de question-réponse à-propos de la photographie Orientaliste en général et de Lehnert en particulier. Par manque de place cet entretien n’a pas paru dans le magazine en question (N° 25 daté avril 2009) et Yasmine s’en désole autant que moi puisqu’elle fut obligé de ne citer que quelques extrais (enbleudans le texte). Ci-après l’entretien complet…d’où l’utilité d’un blog.
Yasmine Ouazzani : En tant que photographe, quel regard portez-vous sur la photo orientaliste ? Hamideddine Bouali : J’ai le sentiment que la photographie orientaliste a produit quelques spécimens remarquables, ni plus ni moins que les autres photographies ; la pictorialiste, la documentaire, la surréaliste, l’humaniste… Néanmoins nous sommes en présence non pas d’une école ou d’un style artistique – on n’en connait aucun manifeste écrit ni de chef de file déclaré- mais d’une vision d’un monde par rapport à un autre ou d’un autre. L’orientalisme – singulièrement par l’intermédiaire du vecteur de la photographie – en empiétant sur d’autres domaines – le politique, l’historique, le géographique, l’ethnologique, le touristique – suscite bien évidemment davantage d’interrogations.
Carte postale N° 897 intitulée “Dans l’Oasis “d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)
Je trouve par ailleurs la citation de Victor Hugo – qui trouve en 1829 que l’Orient est devenu « Une préoccupation générale »- d’une rare acuité… Bien que la Campagne d’Egypte était depuis longtemps finie, la France, qui demeurait encore sous le charme de cette civilisation décrite, analysée et déchiffrée par ses scientifiques, se préparait à – précisément – occuper quelques pays d’Orient ou considéré en tant que tels. Tout cela me revient à l’esprit dès que je me trouve en présence d’une photographie orientaliste ou à caractère orientaliste ; formulation que j’estime plus appropriée.
Yasmine Ouazzani : Une galerie parisienne, Galerie au Bonheur du Jour, a récemment exposé des photos de Lehnert et Landrock, prises en Tunisie et en Algérie entre 1904 et 1910. On y voit entre autres des nus d’enfants. Que vous inspire l’exposition de telles photos en 2009 ? Hamideddine Bouali : Le nu est une thématique particulière, alors que dire quand il s’agit d’enfants et de surcroit en photographie ? L’exposition « Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie» organisée à Lausanne l’année dernière et actuellement à Paris évoque plusieurs cas de photographies de nus d’enfants réalisées dans le passé ou aujourd’hui en Occident qui ont fait scandale. Alors le fait que je prenne des gants dès qu’il s’agit de telles images n’a rien à voir avec le fait que je sois né de ce coté-ci de la Méditerranée. Cela dit, en tant qu’enseignant, je m’oppose à toute interdiction puisque je demeure convaincu que montrer ces photographies, ainsi que toutes autres photos qui pourraient faire polémique (photos de guerre, de propagande, outrageante, attentatoire…) est essentiel puisque didactique. Le travail pédagogique s’inscrit alors dans la recherche des circonstances, des raisons et surtout des utilisations de ces images. C’est un minutieux travail de lecture que d’autres photographies n’exigent pas. En conséquence de ce que je viens d’avancer, je suis convaincu que si toute photographie est à voir dans le cadre d’une exposition, certaines devraient être suivies d’une attention particulière par devoir de précaution vis à vis d’un public en ignorance de cause de l’Histoire et de celle de la photographie en particulier. Dans ce cas précis, il est question d’une différence d’appréciation de la notion de pudeur. L’histoire des mentalités nous apprend que la nudité a été différemment considérée ; sublimation du corps ou son humiliation.
Carte postale N° 742 portant le titre “Types d’Orient esclave” d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)
Yasmine Ouazzani : Doit-on montrer ces images qui somme toute reflètent un passé et une Histoire ? Où et comment les montrer alors ? Hamideddine Bouali : Le fait que ces images ont été réalisées à une époque ou nous étions sous protectorat, que ces enfants ignoraient totalement ce que l’on fera de leur image me pousse tout naturellement à la plus grande prudence. En tant que curateur j’estime que la mission d’un commissaire d’exposition ou d’un galeriste s’exerce au beau milieu d’un carrefour périlleux. Au croisement de la liberté d’expression, reconnue plus ou moins universellement à tous (pourquoi limiter ce privilège aux artistes et aux journalistes ?) et de la bienséance appropriée à chaque lieu et en toute époque. « Jusqu’où aller trop loin ? » cette devise en forme d’interrogation serait le parfait credo des curateurs car n’oublions pas que si la culture est là pour nous rassurer, l’art est une continuelle transgression des normes. Le fait que ces photographies furent réalisées il y a un siècle ne pourrait en aucun cas être considéré comme un sauf-conduit. Ceux qui pensent le contraire ont-ils estimé le temps nécessaire pour exposer certaines photographies de Mapplethorpe, de La Chapelle ou de Diane Arbus sans précaution particulière ? Exposer ces photographies dans une Médina pendant le mois saint de Ramadan est irresponsable, car là on confond transgression et provocation. Je suppose toutefois que ces mêmes photographies pourraient occuper les cimaises d’une autre galerie sans provoquer de réactions particulières trois mois plus tôt et ailleurs que le centre historique et traditionnel d’une ville arabe. Je suis totalement d’accord avec Benjamin Stora quand il affirme que « L’image nous renseigne plus sur la société qui la regarde que sur elle-même ». Ainsi les photographies controversées de Lehnert qui demeurent, en tout cas pour moi, une énigme ont réussi à provoquer une importante littérature aussi bien élogieuse que calomnieuse.
Yasmine Ouazzani : Doit-on en interdire la diffusion au nom du droit à l’image d’autant plus qu’elles montrent des jeunes pré pubères dans le plus simple appareil ? Hamideddine Bouali :Non, puisque personne de ces modèles ne s’est porté partie civile !!! D’ailleurs ce droit n’est pas spécifique à cette tranche d’âge, toute personne s’estimant lésée par la diffusion de son image pourrait porter plainte. En l’absence dans le Code civil français d’une mention relative à la transmissibilité du droit à la vie privée, les tribunaux reconnaissent que la dimension patrimoniale du droit à l’image et du droit à la vie privée est transmissible comme tout autre bien faisant partie du patrimoine. On lègue son image tout comme toute autre bien immobilier. Cela voudrait dire qu’un descendant de ces personnes prises pour modèles pourrait soit demander l’arrêt de la diffusion d’une photographie où figure un de ses aïeux s’il estime qu’il y a préjudice moral ou alors demander exactement le contraire : revendiquer une part des bénéfices générés (vente de tirages ou de cartes postales) ! Cela semble loufoque, mais c’est une lecture possible de cette loi. Par ailleurs le Code tunisien de la protection de l’enfant (promulgué en novembre 1995) stipule que la protection de l’enfance est prioritaire sur toute autre loi. Ce code garantit à l’enfant (toute personne humaine âgée de moins de dix-huit ans et qui n’a pas encore atteint l’âge de la majorité par dispositions spéciales), le droit de bénéficier des différentes mesures préventives à caractère social, éducatif, sanitaire et des autres dispositions et procédures visant à le protéger de toute forme de violence, ou préjudice, ou atteinte physique ou psychique, ou sexuelle ou d’abandon, ou de négligence qui engendrent le mauvais traitement ou l’exploitation. Si ce Code ne peut s’appliquer aujourd’hui aux enfants figurant sur les images en raison de la non-rétroactivité des lois, il est par contre approprié aux jeunes visiteurs des expositions, au cas où celles-ci aient lieu en Tunisie.
Mars 2009
Commentaires Le dossier intitulé dès la couverture : « Orientalisme, art, histoire ou scandale ? une exposition controversée » semble porter en lui-même le jugement final… pas besoin d’enquêtes ni de débats. Et si c’est justement les trois à la fois…Art ; surement puisque les œuvres de Lehnert ne sont pas dénuées d’un certain souffle artistique. Histoire, forcément car elles ne peuvent se lire qu’à la lumière de la colonisation des sujets photographiés et la biographie du photographe, Scandale ? inévitablement comme pour toute œuvre qui transgresse. Le Courrier de l’Atlas, comme bon nombre d’historiens, veut absolument faire débuter l’histoire de la photographie dans les pays du Sud de la Méditerranée avec leur occupation par une Puissance européenne (colonisation ou protectorat). Il y a là un non sens, c’est uniquement une coïncidence qui a fait que l’expansion de la photographie (aussi bien là qu’ailleurs) s’est faite parallèlement avec l’hégémonie des pays européens en Afrique et en Asie. La contemporanéité des événements ne veut absolument pas signifier leur causalité. Rappelant que Lehnert était Autrichien et aucun historien sérieux ne pourra l’accuser d’avoir été colonialiste voire raciste !!! Le dossier (d’instruction) du Courrier de l’Atlas est totalement défavorable à Lehnert. Aucune mention n’a été faite sur la grande qualité de sa photographie – les photos de nus n’étant qu’une mince partie – à part les appréciations de Nicole Canet, gérante de la Galerie Au Bonheur du jour. D’autre part l’article cite une phrase (hors entretien) tirée d’un livre que j’aurais fait paraitre est pour le moment prématuré. J’ai effectivement rédigé un texte docu-fiction-historique où des descendants d’un modèle faisaient un procès à Lehnert pour droit à l’image. Au cours de ce procès le procureur (faisant son métier) trouve que Lehnert se venge – à sa manière – des orientaux en les mettant à nu. Vienne ne fut-elle pas par deux fois assiégé par les Ottomans ? La Méditerranée ainsi que tout le sud de l’Europe n’étaient-ils pas à la merci des musulmans ? Personnellement je me situe exactement entre les accusations outrancières du procureur et les éloges de l’avocat de la défense. La dernière phrase de l’article final du dossier, signé Abdelkrim Branine, aurait mieux fait de rester sur l’écran de l’ordinateur du rédacteur en chef que de figurer en guise d’argument indiscutable et définitif sur les photographies controversées de Lehnert : « …des galeristes allemands auraient-ils la possibilités d’exposer à Berlin puis à Paris des photographies de jeunes Françaises dénudées prises pendant l’occupation ? Avoir la seule polémique née l’an dernier lors de l’exposition Les Parisiens sous l’occupation, rien n’est moins sûr… ». Comment se permet-on de comparer des pays, des époques, des mentalités…et le photographe dans tout cela ? Encore une fois on fait parler les photos, les historiens, les critiques, les spectateurs mais pas le photographe. Pauvre Lehnert ! Chaque fois qu’il est évoqué, la nuance s’éclipse !!!
Hamideddine Bouali 9 avril 2009
Pour vous faire une idée précise à propos de l’œuvre de Rudolf Lehnert ne manquez pas de visiter le site de mon ami Michel Megnin : http://michel.megnin.free.fr/
A propos de Lehnert vous pouvez consulter mes textes sur ce même blog : « Lehnert, le retour ». 1 juin 2006 « Administration du visuel » . 31 octobre 2006 « Ce que je pense de l’exposition “L’image révélée” ». 31 octobre 2006 « Une théorie contestable, un fait oublié et une exposition ». 5 novembre 2006 « Amicalement Votre ! ». 2 novembre 2006 « Les miroirs feraient mieux de penser avant de réfléchir une image ». 7 décembre 2006 « La Photographie ne finira pas de parler d’elle ». 31 janvier 2007 « États de la photographie entre le malentendu visuel et la responsabilité du commissaire ».15 janvier 2007
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Le poisson d’avril aurait plusieurs origines possibles. La plus connue serait que le premier jour de l’an était le premier avril, d’où la signification de son nom latin ; Avril vient du latin aprilis ; aperire : ouvrir…l’année. Et c’est la promulgation de L’Edit de Roussillon en 1564 par Charles IX – âgé alors de seulement 14 ans – qui ordonna en ces termes ce changement: “Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives,et toute escripture privé,l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier “.
En 1582, le pape Grégoire XIII réformera le calendrier julien, et étendra cette mesure à toute la chrétienté. Le jour de l’an était l’occasion de se faire des cadeaux et on continua à le faire pour l’ancienne date pour marquer ce décalage. Mais pourquoi poisson ? c’est du fait qu’au début du mois d’Avril, la lune sort du signe zodiacal des Poissons. Alors ces farces ne sont qu’une façon de fêter le premier jour d’une nouvelle année qui a déjà commencé. Nous somme devenus trop sérieux et un peu d’humour – quand il est inoffensif – nous fera beaucoup de bien.
On sait que le vraisemblable peut ne pas être vrai et c’est une des manières pour faire des poissons d’avril. Beaucoup se sont pris à l’hameçon du poisson d’avril publié dans la Chronique chronométrée, effectivement l’information à propos du passage du satellite « WorldView-2 » au-dessus de Tunis pour alimenter le site Earth Google est un canular. Il n’est pas possible aujourd’hui d’avoir cette information. Dommage on aurait pu faire de belles performances.
Je m’excuse pour les désagréments causée par cette fausse information.
Le Jardin public Habib Thameur à Tunis. Vue prise depuis Worlview le 29 janvier 2008 (cliquez pour agrandir)
Altitude 1520 m. 30°48’17,76″ N 10°10’39,71 E.
je suis un pecheur (* à vous de mettre l’accent qu’il faut).
Pour ma défense je reprendrais les propos de Mr. Jacques Pochart, fidèle lecteur de ce blog à qui j’ai soufflé le secret : « Bravo Monsieur Bouali, l’humour est une des valeurs sûres de notre époque…». Un site tunisien s’intéressant aux nouvelles technologies me contacte pour vérifier la véracité de l’information. Mon interlocuteur ne cacha pas sa surprise de trouver une fausse information faites d’éléments vrais. Tout comme celui de l’année dernière à propos de la fondation de la Maison tunisienne de la photo.
Cependant je commence à douter de la pertinence de mon comportement. Ma conscience – parfaitement incarnée dans une personne – me mets en garde : « tu es en train de perdre ta crédibilité en agissant ainsi…La divulgation de fausses nouvelles pourraient porter préjudice à ta stature. Si tu veux demeurer encore une référence dans la photographie réfléchit davantage et analyse tes actions de tous les points de vues ». Elle ajouta : « tu devrais finir ton livre, organiser une exposition…je ne te vois pas autrement qu’ainsi ». Alors soit ! et ainsi soit-il ; il n’y aura pas d’intox le premier avril 2010, mais est-ce que c’est crédible d’affirmer cela aujourd’hui ?
Le bonheur expliqué aux adultes
Juste après la guerre de Gaza et juste avant la publication de la Petite chronique intitulée « La Gestion des conflits expliquée à ma fille »sur ce blog, ma fille Jenaina ( 14 ans, tout comme Charles IX, le 24 mars dernier) rédige une rédaction dont le sujet était : « Imaginez que vous rencontrerez un homme aux pouvoirs surnaturels. Racontez ce qui s’est passé entre vous deux et ce que vous lui avait demandé ».
Voici ce quelle avait écrit.
Pendant une nuit orageuse, j’étais dans mon lit et je n’avais pas sommeil. Tout à coup j’ai entendu un bruit qui semblait bizarre. Alors je me suis levée et j’ai suivi le son de ce bruitage qui m’a conduite à la cuisine ; j’ai trouvé un homme drôle qui cherchait dans le réfrigérateur, alors j’ai crié :
-Qui êtes-vous ?
-Je suis un magicien et je suis venu vous proposer mon aide, dit cet homme bizarre.
-Pourquoi moi ?
-Demandez quatre vœux et ils seront exaucé.
Après une réflexion je lui ai demandé :
-Mon premier vœu, c’est d’arrêter la guerre dans le monde.
-Vos désirs seront des ordres.
-Mon deuxièmes vœu, c’est de réduire la famine dans le monde et de donner de l’argent aux pauvres et aux sans abris.
-Votre vœu est exaucé. Quel est le troisième ?
-Mon troisième vœu, c’est d’arrêter la vente des armes.
-Et votre quatrième vœu ?
-Mon dernier vœu c’est de trouver un remède aux maladies incurables.
-Et vous ?
-Comment ça ?
-Vous n’avez rien demandé pour vous rendre heureuse, pas d’argent ni rien ?
-Mon bonheur et ma joie c’est de regarder les infos sans voir qu’il y 1400 morts en Palestine ni 500 mille chômeurs, ni 10 mille sans-abris qui dorment dans la rue. C’est ça le vrai bonheur. L’argent n’est pas quelque chose d’essentiel dans la vie…vous savez !!!
Pour sa copie elle reçut 16,5 avec la mention « très bien ».
Je n’ai pas de mots pour qualifier sa précocité, son bon sens et surtout son altruisme…Mais je suis mal placé pour lui faire le moindre éloge – comment allait-elle le prendre ? – me contentant de lui sourire et de lire à haute voix la mention écrite au stylo rouge.
C’est bien moi qui avait écrit dans la XXXIVème Chronique à propos de la correction de mes textes par mon père en présence de ma mère : « Je prenais toujours, la question (ma mère demandait à mon père ce que valait mes écrits) comme l’interrogation d’une jeune mère à-propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent ».
Je me trouve aujourd’hui au juste milieu de deux générations, cerné entre un père largement écrivain et une fillette qui promet. Je ne me suis, donc, pas trompé sur ce que ces petits doigts feront à l’âge adulte (idem, j’ai toujours voulu utiliser cette formule).
Les Bouali seront encore là pour longtemps à noircir les pages des journaux, des livres, des blog et des copies de dissertations.
Rédaction
Jenaina et Hamideddine
Relecture et correction
Mahmoud
BOUALI
(*)Pécheur (avec un accent aigu)est celui qui est coupable d’avoir commis un péché, une faute ou une mauvaise plaisanterie (comme les Poissons d’avril), alors que pêcheur (avec accent circonflexe): c’est un marin qui vit du produit de la pêche (y compris le poisson).
Chronique des chroniques L’année dernière à cette même époque certain m’ont collé le sobriquet de Mouchakes qui voudrait dire à peu de chose près pamphlétaire ou polémiste, aujourd’hui on m’affuble d’un autre. Celui de vouloir détenir «le beau rôle». Cette étiquette m’a été assigné à la suite de la publication de la Chronique de circonstance et plus précisément à ce cris en fin d’article : « je vous es prévenu » à propos de l’urgence de prendre soin des archives photographiques. Je n’ai jamais eu envie de m’attribuer le beau rôle, mais force est de constater que dans chaque domaine il faut des rôles principaux, des jeunes premiers, des figurants de passage, des contres-emplois, des guest-star et l’incontournable arlequin…chacun se trouvant malgré-lui (!) dans la peau d’un personnage de ce monde de la photographie. Ballade photographique Le samedi 21 mars j’ai parcouru pendant trois heures et demi – de 12h49’ à 16h23’ selon mes fichiers images – des places, des centres commerciaux et des avenues de Tunis. J’ai déclenché une centaine de fois, sans voir sur l’écran du Nikon D 200 ce que je venais de photographier. Arrivée chez-moi, j’ai pu tout de suite revoir ma journée en notant au passage tout ce que je devais retenir ; les bonnes prises, les vues sans intérêt et les fautes à ne plus commettre. J’ai pu ainsi concilier quelques avantages de la technologie numérique et la magique sensation de suspense propre à l’argentique. Un constat d’une grande importance m’a sauté aux yeux…je continu à voir et donc à photographier en monochrome. J’attends vos critiques (qui seront bien entendu reprises dans la prochaine chronique)… .
Histoires de femmes à Bab Souika, 21 mars 2009 à 12h55. Photo Hamideddine Bouali
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Coupoles à el Hafsia. 21 mars 2009-13h03. Photographie Hamideddine Bouali
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Chemins de vie à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h26′. Photographie Hamideddine Bouali
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Cathédrale de béton à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h35′. Photographie Hamideddine Bouali
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Parcours culturel à la Médina. 21 mars 2009-14h02′. Photographie Hamideddine Bouali
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Histoires de civilisations à la Mosquée Zitouna. 21 mars 2009-14h27′. Photographie Hamideddine Bouali
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Les habitués du souk de Tunis. 21 mars 2009-14h32′.Photographie Hamideddine Bouali
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Pause sur l’escalier mécanique de Tunis center, 21 mars 2009-14h57′.Photographie Hamideddine Bouali
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Evénement exceptionnel à ne pas rater Dans moins d’une semaine, le mercredi prochain à exactement 10h 42’ heure GMT, (attention la Tunisie n’as plus d’heure légale conforme avec celle de l’Europe, donc c’est bien 09h 42 heure tunisienne), le satellite « WorldView-2 » sera au-dessus de Tunis pour réaliser une photographie qui servira dix jours plus tard à occuper l’ancienne de Earth Google devenue obsolète. J’ai pu trouver il y a cinq ans sur internet le calendrier des prises de vues du satellite et j’ai cru me faire photographier du fait même que j’ai pris position à l’instant précis où le satellite pointait son objectif vers moi. La résolution utilisée à l’époque trop faible ne permettait pas une identification précise et j’étais réduis à un minuscule point. Un pixel correspondait à 1,8 mètre et je n’étais pas de taille à y figurer !!! J’ai vu sur Flickr, que beaucoup de photographes ont utilisé cette information pour réaliser des performances exceptionnelles. Un australien a invité tous les habitants du village où il habitait à s’étendre par terre et à ce tenir la main, une ribambelle faite de deux cents cinquante personnes fut ainsi réalisé. En Bolivie, un instituteur à la retraite a allumé des lampes en forme de cœur, image visible uniquement la nuit. Une canadienne dont la maison était à cheval sur deux prises de vues satellites différentes avait peint sa demeure en deux coloris ! La prochaine fois je vous livrerais la liste des cordonnées de toutes ces images. Alors vous savez ce qui vous reste à faire. Le nouveau satellite possède une résolution bien supérieure ; allant jusqu’à 0,15 mètres. Avec une telle précision il est possible de se faire portraiturer. Évidement le mieux serait de s’étendre sur le dos et de se faire photographier ainsi. Imaginez ce que cela donnera une fois le fichier mis en ligne ? Votre meilleur portrait réalisé avec l’appareil le plus précis, le plus lointain et qui sera probablement celui le plus vu !!! Occasion à ne pas rater car la prochaine fois sera dans 3 ans…d’ici là qui sait ce qui arrivera. Pour ma part je serais, ce jour là, au jardin Habib Thameur, car c’est un espace facile à localiser, puis c’est d’après les statistiques de Statgooglearth Co. la société qui gère Earth Google, le lieu à Tunis sur le quel on a le plus zoomé. Encore une fois l’écologie qui est à la mode.
Le 26 Février dernier nous avons fêté la Journée nationale des archives et aujourd’hui nous commémorons une année depuis le décès de Abdelhamid Kahia… L’année dernière, j’ai évoqué dans ce même blog « Tunisie » le livre qui serait à mes yeux un vibrant hommage à cette Tunisie des années soixante…Une Tunisie qui fait ses premières pas. La mise en page et la qualité des photographies n’ont pas pris une ride pourtant ce livre a plus de quarante ans. En septembre dernier, avec mes modestes moyens et la légendaire hospitalité de Beit Bennani, un hommage à Kahia fut rendu en présence d’un nombreux public. Nous avons évoqué ces archives et je donnerai tout pour être rassuré sur leurs sorts, un bien inestimable dont l’utilité publique est évidente, sa perte serait irremplaçable. J’ai appris récemment que Kahia fit don de l’intégralité du Prix National de la Photographie qu’il reçut en 1984 à l’Union des Aveugles de Bir el Kassaa. Ce panache est à l’image de ses photographies. Si je savais que Kahia était un grand photographe je venais d’apprendre qu’il était en plus un grand monsieur.
Photographie de Abdelhamid Kahia tirée de l’ouvrage Tunisie paru en 1964
J’estime que seule une photothèque, à programmer au sein de la cité de la Culture en construction à Tunis, pourrait sauver le patrimoine visuel – que ce soit photographique ou cinématographique – national. Il y a deux ans j’avais visité avec Bechir Manoubi son local, qui était dans un piteux état, qu’il occupait à la rue Mongi Slim. Notre reporter sportif numéro Un n’avait pas les moyens de sauver ses archives. Aujourd’hui, deux ans après son décès, rien n’a été fait.
Appel à tous les photographes Photographes pensez dès aujourd’hui à vos archives, et posez-vous ces deux questions ; saura-t-on plus tard leur valeur ? Qui s’en occupera ? Photographes du dimanche ou amateurs passionnés, auteur d’une œuvre d’une certaine ampleur ou propriétaire d’un modeste album de famille, vous détenez un bien public inestimable, pensez à en faire don, léguez ce patrimoine à quelqu’un qui saura s’en occuper.
Le tunisien est en manque de photographies ; Bab Souika au temps des taxi BB, les souks de Tunis quant ils étaient encore le centre commercial de la ville, le tramway passant devant le Belvédère. Aujourd’hui on vend sur les trottoirs de Tunis des mauvaises reproductions de vieilles photos alors que des photothèques entières – d’une valeur documentaire considérable – risquent de disparaître pour toujours. Si l’Etat ne fait pas le nécessaire il est fort probable que des privés s’en chargeront, et il n’est pas certain que ces collectionneurs soient tunisiens. Cela sera un moindre mal que de devoir aller acheter chez Bill Gates – qui est en train de constituer la plus grande archive photographique du monde (sa société Corbis possède 65 millions d’images ) – des photographies signées Kahia ou Manoubi ? Car le pire des cauchemars serait de ne plus les voir à jamais ! Je vous ai prévenu.
À propos de Ramadan À la veille de chaque Ramadan ou d’Aïd el Fitr, nous sommes témoins de l’habituel débat à-propos de la visibilité du croissant lunaire. Les tenants de chaque bord, les traditionalistes adeptes de la visibilité à l’œil nu et les amateurs d’astronomie n’arrêtent pas de défendre leurs positions respectives. Semble-t-on ignorer que la question n’est pas là ? L’important n’est-il pas de s’interroger sur la nature de la Lune et par delà, l’immensité du cosmos et donc notre statut dans l’univers.
Croissant lunaire du 24 ème jour de Ramadan 1406 (2 juin 1986). Photo Hamideddine Bouali. Olympus OM1 + Céléstron 8, focale 2000 mm, ouverture f/8 . Film spécial Kodak 2857 de 12 asa.Temps de pose 5 secondes.
Jeûner un jour de plus ou de moins n’est-il pas futile par rapport aux interrogations existentialistes que ce mois saints nous dicte de nous poser en levant – tout simplement – notre tête vers le ciel ?
Belle soirée ramadanesque Notre ambition était de réunir le plus grand nombre de photographes à l’occasion d’une soirée où seront évoqués aussi bien l’œuvre d’Abdelhamid Kahia que celles des photographes – toutes catégories confondues à supposer qu’il en existe- en exercice aujourd’hui. En un peu moins d’une semaine, dix-huit photographes de Tunisie et trois de l’étranger ont répondu à notre appel. En faisant jouer l’audience de ce blog, quelques appels téléphoniques et un entretien donné à notre amie Marianne Catzaras – belle et efficace signature du quotidien tunisien Le Temps – un beau monde fut réuni ce 25 septembre dans le coquet patio de Dar el Bennani. Notre appréhension – Mohamed Bennani propriétaire des lieux et moi-même en maître de cérémonie – était grande tout le long de la journée à propos des conditions météo – les patios sont toujours à la merci d’un capricieux nuage – et nous avons trouvé une belle formule afin de parer à toutes éventualités. S’il pleuvait, on dira que cette symbolique ouverture de l’année photographique porte le signe de la fertilité, et au cas contraire, la chance serait avec nous puisque la soirée ne serait pas perturbée. La soirée commença sous d’excellents auspices puisque le patio fut exigu pour contenir le public qui s’est déplacé pour la circonstance.
La Tunisie de Kahia Sonia el Euch, nièce d’Abdelhamid Kahia – évoqua avec une réelle émotion le souvenir de son oncle et le lègs d’un grand photographe. Zohra, sœur du photographe, qui fut un certain moment sa collaboratrice, contenait difficilement ses larmes.
Ma contribution à cette soirée fut une lecture visuelle de son prestigieux ouvrage “Tunisie” édité aux éditions Kahia, préfacé par Jean Duvignaud. Même s’il n’est pas permis d’affirmer que c’est Abdelhamid Kahia lui-même qui a procédé à la mise en page de cet ouvrage, il est par contre utile de rappeler qu’un ouvrage illustré de cette valeur n’a pu se faire que grâce à une photothèque d’une grande qualité. Les prises de vues de Kahia sont d’une rigueur exemplaire, elles ressemblent à des schémas : il n’y a que ce qu’il est utile de voir. Alternant les cadrages rectangulaires avec d’autres carrés, le photographe, ainsi que le maquettiste, ont conçu un livre d’une grande fluidité de lecture. L’humour, les clins d’œil et un soupçon de volupté donnent à ce “Tunisie” une fraicheur très en avance à l’époque de sa parution.
Association de bonnes volontés Un diaporama de pas moins de deux cents photographies signés d’une belle brochette de photographes de Tunisie et d’ailleurs a permis à l’assistance de prendre le pouls d’un moyen d’expression qui ne cesse d’année en année de drainer de nouveaux talents. Pour répondre à certains qui ont vu dans ce diaporama un mélange de genres mal venu et de qualités disparates, il est nécessaire de rappeler que cette soirée fut ouverte à toutes les participations d’où qu’elles venaient. Ce diaporama est un peu le Marathon de Paris (ou de Comar) : aucune présélection ni critères d’admission. C’est l’occasion de découvrir de nouveaux noms et de saluer les habitués. L’intérêt même de cette soirée était de réunir les photographes , de débattre de l’état actuel de la photo et de se souhaiter une bonne rentrée.
Le diaporama permit de passer en revue les œuvres de ; Ons Abis, Rania Aoun, Brahim Bahloul, Kais Ben Farhat, Lilia Benzid, Hamideddine Bouali, Bochra Bouneb, Kais Boussen, Marianne Catzaras, Mahmoud Chelbi, Djibril Drame, Sami Frikha, Chafik Gaies, Karim Kaddour, Abderrazak Khéchine, Mounir Mabkhout, André Marzuk, Claude Pérez, Riadh Sifaoui, Douraid Souissi, Marwane Trabelsi. (les œuvres de Xavier DeLuca arrivées le lendemain de la projection n’ont pu être vues).
Le débat qui s’en suivit montra encore une fois la nécessité de se remettre aux conseils d’un directeur artistique ou curateur, le photographe n’étant pas capable seul de choisir, mettre en scène ou publier ses photographies sans l’aide d’un bon conseil. Celui-ci devrait connaître aussi bien les aspirations du photographe qu’il parraine, l’histoire de la photographie ainsi que le monde de l’art. Je côtoie depuis trois ans Natalia Jaskula, photographe polonaise résidant à Paris. En sa compagnie, j’ai énormément appris lors de la mise en place des expositions des Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar el Melh. Elle m’a donné le goût d’approfondir la réflexion à propos de la photographie engendrée par un photographe. Que cherche-t-il à montrer ? Comment et où le situer dans le parcours de la photographie ? Puis comment montrer de la meilleure façon possible ses œuvres. Une enrichissante leçon de bon goût et un réjouissant exercice de réflexion.
Le débat se poursuivit avec l’idée de constituer une association. Depuis les années quatre vingt, on ne s’est jamais arrêté de demander la mise en place d’un cadre légal d’activité photographiques. Les éventuelles possibilités : association, union ou société ? Regroupant les photographes de Tunisie ou tunisiens ? faut-il y ajouter le terme art photographique ou expression photographique ? Reflétera son statu, les objectifs ainsi que le public ciblé. Juste après la première heure du lendemain, on s’est promis de nous retrouver, cette fois-ci chez Mach (Mahmoud Chelbi) à L’Aire Libre du Teatro pour continuer le débat.
Le Jebel Bou Kornine (Dorsale tunisienne) correspond à un important massif qui culmine à 576 m. L’ossature de ce massif correspond essentiellement à des calcaires dolomitiques massifs, zoogènes et oolithiques du Lias (Jurassique inférieur).
Le Jebel Bou Kornine (Dorsale tunisienne) correspond à un important massif qui culmine à 576 m. L’ossature de ce massif correspond essentiellement à des calcaires dolomitiques massifs, zoogènes et oolithiques du Lias (Jurassique inférieur).
Le Jebel Ressas (Dorsale tunisienne), bien visible depuis la station de péage de Mornag est formé par des calcaires massifs, organo-détritique, à Algues et débris de Rudistes du Jurassique. Il culmine à 795 m.
La corniche qui domine le village de Chénini (sud tunisien) correspond à une lentille de grès grossiers, très indurés, à stratifications obliques, à base conglomératique, avec souvent des troncs d’arbres silicifiés et des restes de vertébrés. Age : Albien (Crétacé moyen).
Col de de Bir Miteur (Sud tunisien) est formé par des sables riches en troncs d’arbres silicifiés, des argiles sableuses et des dolomies cristallines riches en Madréporaires, des Stromatolithes et des moules de Lamellibranches et de Gastéropodes. Age : Oxfordien-Kimméridgien (Jurassique).
le Jebel Zaghouan (Dorsale tunisienne) correspond à un important massif qui culmine au Grand Pic à 1.295 m. L’ossature de ce massif correspond à des calcaires massifs du Lias (Jurassique inférieur).
Corniche de calcaires oolithiques, récifaux, à Polypiers, Echinodermes, Brachiopodes et Nautiles, qui domine le Village de Ghomrassen (sud tunisien). Age : Jurassique.
La théorie du chaos appliquée à l’actualité et les fractales comme technique de narration
Allez savoir pourquoi un enseignant universitaire, père de famille tranquille – ayant donc une situation sociale enviable – se lance-t-il dans l’écriture d’un roman ? Qu’a-t-il à dire ou à prouver ? Étant le faux-jumeau de l’auteur, donc le mieux placé pour le savoir, je tenterai une explication.
Quelle famille !!! Bady Ben Naceur écrit dans le journal La Presse du 21 juillet 2008, « Safieddine est le frère jumeau du photographe Hamideddine et dont le père n’est autre que le célèbre historien et défenseur acharné du patrimoine tunisien Mahmoud Bouali. Safieddine est enseignant en économie, à l’université de Tunis, et il s’agit là de son premier roman, sorte de saga mystique et de polar des temps d’aujourd’hui mêlés où comme le disait Georges Simenon: «Tout est vrai, tout a été vécu» et «J’ai envie d’ajouter: pour rien». Ce «tout a été vécu pour rien», justement, c’est le thème essentiel de ce gros pavé d’été que l’auteur très inspiré (surtout par l’éducation du père spécialiste dans le domaine des éphémérides) a intitulé Terre promise texane avec en sous-titre «Sur les traces de Columbia». Mon père devrait être heureux d’avoir dans ce mois de juillet 2008 vu la consécration de ses deux petits derniers, du moins leur quart d’heure de célébrité selon Andy Warhol; Safieddine publiant son premier roman et moi recevant le Prix de Considération Présidentiel en photographie.
Faux et usage de faux Quant j’affirme que je suis le benjamin d’une famille nombreuse, j’oublie de préciser que nous sommes, à quelques minutes près, deux à occuper ce rang. Mais la nature étant ce qu’elle est, même pour des frères siamois, il faudrait bien qu’il y est un ordre de naissance. Comme pour l’arrivée d’une course, une courte tête fait la différence. Mais heureusement dans l’état civil, l’ordre d’arrivée n’a pratiquement aucune incidence sur la suite. Le droit d’aînesse est une faveur depuis longtemps abolie. Quinze minutes, c’est ce que mon faux jumeau a vécu de plus que moi, évidement si on commence à compter à partir de la naissance clinique. Mais en absolu nous avons le même âge. Je suis le plus à même donc de parler de l’auteur, étant le premier à l’avoir connu avant tout le monde. Safi n’a jamais été un littéraire et s’il avait tenu un journal intime, composé des poèmes pour sa bien aimée ou fredonné des chansons je l’aurais su, non ! il a toujours été un scientifique. Rien ne le prédisposait à signer un roman, peut être une enquête, une contre-enquête, un article scientifique (et il en a produit plusieurs), mais un roman !!! Un ouvrage qui sera sur le même rayon que les œuvres de Barthes (Roland) et Boileau (Nicolas), pour rester dans l’ordre alphabétique ?
Faux-roman avec un drôle de titre Le titre de l’ouvrage de Safieddine Bouali, «Terre promise texane, sur les traces de Columbia », vous invite à un voyage extraordinaire. Le ton est déjà donné par ce titre ambigu. La première préposition – terre promise texane – sonne faux puisque l’on sait que Terre promise est une marque biblique – presque déposée – et n’est pas située au Texas mais en Palestine. La seconde partie du titre est plus terre à terre, c’est le cas de le dire, puisque Columbia s’est crashée. Cette dualité n’est pas un antagonisme pour l’auteur et il la cultive tout le long de ses cinq cents pages. Rien n’empêche le vrai d’être incroyable. A commencer par les conclusions de l’enquête menée par la N.A.S.A. sur l’accident de la Navette spatiale qui sont, pour l’auteur, ridicules. D’autre part la fiction – lorsqu’elle est correctement construite – pourrait être prise pour de l’actualité. La narration part en trombe, tout comme une Navette depuis sa rampe de lancement. Mais, le roman se révèle encore plus faux par les niveaux de détails fournis par l’auteur. Adapté à l’informatique, il pourrait donner un fichier à consulter en hypertexte…une formidable application des fractales qu’il a abondamment étudié. Les fractales : une figure géométrique abyssale : à mesure que l’on s’approche de ses contours, on découvre encore des nouveaux détails. Du moins c’est ce que mon esprit littéraire a saisi. Presque à chaque phrase, l’auteur aurait pu insérer une incise où il aurait fourni davantage de détails au lecteur. Le lecteur se sentira Alice, découvrant un monde insolite où des personnes réelles, à commencer par l’auteur lui-même, côtoieront des personnages inventés de toute pièce. Dès les premières lignes l’auteur en personne rencontre, devant la Zitouna, la grande mosquée de la Médina de Tunis, Kobi Tumanski, un touriste perdu cherchant la bonne oreille pour confier un secret. Impossible de lâcher le bouquin avec une entrée en la matière aussi astucieuse.
I want to believe Mais qu’est ce qu’un romancier ? Peut-on le réduire à quelqu’un qui raconte une histoire ? Alors nous le sommes tous ! Notre quotidien n’est-il pas fait d’histoires que l’on rapporte, d’anecdotes enjolivées et de souvenirs idéalisés ? Effectivement nous avons tous, avec plus ou moins d’habilité, la faculté de reformuler, de chercher des synonymes pour nous approprier les sujets d’autrui. En chacun de nous il existe une part du fdawi. Mais être écrivain c’est plus que la faculté de raconter une histoire…un écrivain doit produire du romanesque. J’ai souvent trouvé la série X-files d’une grande justesse sur la nature humaine. Dans cette série les deux principaux personnages incarnent les deux parts indissociables de chacun d’entre nous, le rationnel et l’irrationnel. Je suppose que cette part est encore plus pertinente chez l’auteur de ce roman. La narration semble le fruit d’une Scully ; tout est là : dates, lieux, protagonistes, puis en tournant la page c’est Mulder qui prend la relève pour donner libre court à des suppositions, des digressions et des ouvertures inattendues sur d’autres sujets. Ce roman alterne les pages purement documentaires ; le lecteur saura tout à propos des avions de l’armée de l’air israélienne, du vol de la Navette spatiale, de Christophe Colomb, du bombardement de Hammam- Echatt, du mécanisme du lobbying à Washington…pages qui pourraient être citées en référence dans n’importe quelle étude scientifique. Au recto de ses pages suivent les spéculations d’un passionné, les suppositions d’un romancier bien inspiré et d’un auteur qui ne s’interdit aucun sujet de dissertation.
Vrais événements et fausses théories Nés au début des années soixante, nous avons grandis avec des mythes et les insolites théories y afférentes. Effectivement tout mythe est indissociable d’une part de mystère. Kennedy et son assassinat, Marilyn et son étrange suicide, Robert Kennedy et Martin Luther King exécutés à quelques mois d’intervalles, l’Homme sur la Lune et les preuves qu’il n’y a jamais mis les pieds, l’attentat contre Jean-Paul II par l’illuminé Ali Akça, et puis l’accident de Diana et le 11 septembre. Et puis citons pêle-mêle ; le triangle des Bermudes, les statues géantes de l’île de Pâques…les inscriptions géantes des Incas…Tous ces évènements et les histoires qui les relatent ont occupé nos esprits sans discontinuité. Abreuvé de lectures dès nôtre jeune âge, comme tous les membres de la famille Bouali, par un père historien-archiviste-bibliothécaire-éphéméridiste, les livres furent des imagiers, des aides à l’apprentissage, des appoints pour la scolarité, des approfondissements au cursus universitaire et un occupe-temps. Le livre fut un septième frère. Nous avons grandis avec des dates, des noms propres de personnalités et de lieux, des connexions et des liens entre des faits historiques. C’est le rôle de l’historien que de construire une machine à remonter le temps permettant le passage d’une époque à une autre…sur des passerelles qu’il a lui-même établies. Pour un esprit curieux, baigné depuis sa tendre enfance par des faits majeurs, une tentative d’explication n’est rien d’autre que la volonté de faire comme les auteurs qui nous ont influencés dans notre jeunesse… La tentative de mettre de l’ordre dans ce qui parait impossible à ordonnancer. D’ailleurs faut-il tout expliquer ? Tout savoir ? Relier des faits apparemment sans liens apparents ?
La théorie du chaos appliquée à l’actualité Le chaos, un désordre que l’on espère comprendre puis calculer pour enfin le prévoir. La forme d’un nuage (d’ailleurs le mot chaos veut dire en latin gaz !), la morphologie d’une foule sortant d’un stade, la tache d’une fiente de pigeon sur le pare-brise…oui rien ne doit nous échapper ! Mettre de l’ordre, ranger, étiqueter alors pourquoi cela ne devrait-il pas être appliqué aux événements politiques, aux faits divers ? Avoir du temps libre pour un scientifique c’est encore et toujours utiliser les outils à disposition pour comprendre le monde. Depuis un vaisseau spatial, une navette par exemple, les événements qui secouent la terre doivent paraître bien disparates. Le conflit interminable au Moyen-Orient, Columbia qui crashe, un officier israélien, le bombardement de Hammam-Echatt, une liste de livre précieux, une rencontre au Vatican, Le Nom de la Rose…peut-on lier ces événements entre eux ? Pour Safieddine Bouali rien n’est impossible, un ordinateur, de la documentation à la pelle pour donner du ressort à ce qu’il avance, quelques nuits blanches et hop il vous livrera tout cela dans quelques centaines de pages bien ficelées. Rapide le bonhomme (pour employer son inimitable style de narration). Essayer de tout comprendre puis de tout lier, chercher les causes qui ont engendré les effets que nous lisons dans les Unes des journaux. Chaque moyen d’information est sensé nous rapporter tous ce qui a eu lieu. Depuis les faits divers sur des chiens écrasés jusqu’aux événements qui peuvent changer, plus directement, la face de la terre. On pense à la citation : « Si un papillon battait les ailes à Rio tout le climat de la terre en sera influencé ». Dans ce roman, les faits divers, les faits de sociétés, l’horoscope, les pages politiques, l’éditorial ont été, intelligemment reliés, à la Une : La destruction d’une Navette spatiale. Il se pourrait que son roman fasse figure de tremplin ou d’analogie pour une théorie des groupes, une formulation d’une étude statistique…il ne sera pas le premier à avoir introduit une nouveauté scientifique à l’aide d’une branche des sciences humaines. Maxwell n’avait-il pas conçu la théorie cinétique des gaz grâce à une analogie avec les phénomènes révélés par la statistique sociale ? il est allé même jusqu’à comparer «les lois des gaz et de la diffusion de la chaleur avec les distributions uniformes constatées dans les crimes et les suicides».
Vrai plaisir et réel danger L’auteur est machiavélique, il s’est lui-même impliqué dans ce qu’il écrit, sauvant sa tête d’une rafale d’interrogations, qui sans ce subterfuge, l’aurait mis dans l’embarras. Croit-il vraiment à l’histoire qu’il nous invite à lire ? Si lui, économiste pragmatique et cartésien, prétend non seulement croire à ces coïncidences mais les considère comme une manifestation de La Colère Divine, comment devrait penser le lecteur lambda ? Comment va-t-il se comporter demain avec des coïncidences qu’il va tenter, à son tour, de relever ? Ce bouquin est dangereux, il pourrait engendrer un syndrome. Dans le « Nom de la Rose », les malheureux lecteurs qui ont feuilleté le tant convoité « Poétique d’Aristote » se sont empoisonnés. En humectant leur index, à la seconde fois, ils ont contracté le poison imprégné dans le coin de la page. Safieddine Bouali a fait pire. Chaque lecteur de son livre ne pourra plus lire un quotidien ou suivre un journal télévisé sans se sentir obligé, malgré lui, d’abattre les cloisons séparant les sujets, les thèmes et les lieux. On voudra imiter sa démarche, plagier sa performance, copier sa méthode. Mais encore faut-il posséder son savoir et être capable d’une telle narration. Son champ d’action s’étale sur 3000 ans, ses héros se baladent sur la terre et dans l’espace, comment a-t-il réussi à faire entrer tout cela dans un ouvrage d’un peu plus de cinq cents pages alors qu’il aurait été plus logique de le voir éditer en plusieurs tomes avec des mois de lectures à la clef ?
Pour les oliviers de Palestine, rien n’est de trop et celui qui aime n’a jamais compté.
Au fait, pourquoi vous en parler dans ce blog ? C’est que mon frère a dédié un passage – un morceau d’anthologie – pour nous autres photographes. Il s’est penché avec une superbe ironie sur nos manies. Extrait (pages 412-414): « …. Rimaldi sourit. La confirmation qu’il attendait lui est délivrée par son ami Edward. Personne n’est plus rapide que le détective privé Edward North pour déclencher ! se dit-il.
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Lorsqu’il pointe son reflex Nikon muni du zoom 50-250 mm, il coupe sa respiration, ne bouge plus, enfonce jusqu’à mi-course le déclencheur, cadre et attend le bon moment. 4 mn 30 s. d’apnée pour un déclic. Une photo nette et parfaite. Ça sert, dit-il d’avoir fait de la plongée sous-marine avec un tuba. Mais, il n’a jamais avoué à ses collègues qu’il fait aussi du yoga pour ne pas trembler lorsqu’il chasse des images. Les petits muscles des phalanges qui enfoncent l’index dans le déclencheur de l’appareil ne doivent surtout pas faire trembler l’appareil qui ferait flouter l’image. Plongée sous-marine et yoga sont la parfaite combinaison pour réussir des photos sans trépied. Aucune n’est ratée. Il réussit des prises, appareil en mains, jusqu’à des temps de pose de 5 secondes alors que la performance moyenne est de 1/60 s. Toute la procédure pour photographier en longue focale très sensible au bougé, Ed. la maîtrise. Même lorsque la lumière est faible. Sans flash. Mais aujourd’hui il a d’autres contraintes. Il est assis dans sa voiture dans un parking et n’a que 5 secondes pour se préparer à photographier les suspects amenés dans les voitures du FBI de Dallas ; une dizaine de Cadillac, qu’il a répertoriées. Ed. North doit réussir toutes ses photos. Parce qu’il sait qu’il n’aura pas d’autres occasions pour refaire une autre prise de vue lorsqu’il traque les hors-la-loi capturés par les fédéraux, il a branché, sous son Nikon, un moteur pour prendre plusieurs photos en rafale. Comme ses collègues, il trimballe un sac rempli d’objectifs, de flashs, de moteurs de rechange, de filtres, de films de toutes les sensibilités, de piles au lithium, de mini-trépieds, de mini-brosses à soufflets pour chasser la poussière de leurs optiques, et de bizarreries genre corne de bison pour attirer la chance. Les détectives privés ? Des fétichistes pour la plupart. Ils savent qu’ils font partie d’une profession singulière et ne confient leurs petits secrets à aucun étranger. Chacun a ses petites ficelles du métier. Pour faire une photo, Ed. garde toujours ouverts ses deux yeux. Lorsqu’il porte le viseur du Nikon vers son œil droit, son œil gauche surveille les alentours et cherche sa cible. Son cerveau est alors en mode veille et lorsque la cible rentre dans le champ de visée de l’appareil, son cerveau passe en mode tir avec l’œil droit activé. Un fonctionnement similaire à une batterie de missiles anti-aériens. Après un long apprentissage, son cerveau est arrivé à identifier des sujets différents sur chaque rétine. Un traitement en temps réel de l’information presque en parallèle, leur explique-t-il. Ils lui ont avoué qu’ils s’attendent à ce qu’il puisse très prochainement commander d’une manière indépendante les muscles de chaque globe oculaire, gardant son œil droit fixe dans le viseur alors que son œil gauche fait un mouvement de 180° de droite vers la gauche pour inspecter les alentours tant son self-control est total. D’ailleurs, il méritera pleinement le surnom de Caméléon qu’ils lui ont trouvé. L’animal, lui, a une aptitude innée à contrôler le mouvement de chaque œil. Mais l’un de ses collègues l’a mis en garde. -Un après-midi d’automne, ta langue se détendra d’environ 60 cm pour attraper une mouche qui a eu l’audace de s’attarder 2 secondes sur le rétroviseur de ta voiture. Une attaque fulgurante qui ne dure pas plus d’1/10 de seconde, lui dit Ray Saunders, l’air sérieux. Un de mes jaloux de concurrents, pensa Ed. North. ».
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Si vous désirez connaître toute l’histoire visitez son site : Terre promise texane puis offrez-vous son livre chez tout les bons libraires de Tunis.
Photos de vacances prises entre le 17 et le 23 août 2008 à Zarzis dans le sud Tunisien à 52 km au sud de Houmt-Souk, la capitale de l’île de Djerba fr.wikipedia.org/wiki/Zarzis