Chronique des chroniques L’année dernière à cette même époque certain m’ont collé le sobriquet de Mouchakes qui voudrait dire à peu de chose près pamphlétaire ou polémiste, aujourd’hui on m’affuble d’un autre. Celui de vouloir détenir «le beau rôle». Cette étiquette m’a été assigné à la suite de la publication de la Chronique de circonstance et plus précisément à ce cris en fin d’article : « je vous es prévenu » à propos de l’urgence de prendre soin des archives photographiques. Je n’ai jamais eu envie de m’attribuer le beau rôle, mais force est de constater que dans chaque domaine il faut des rôles principaux, des jeunes premiers, des figurants de passage, des contres-emplois, des guest-star et l’incontournable arlequin…chacun se trouvant malgré-lui (!) dans la peau d’un personnage de ce monde de la photographie. Ballade photographique Le samedi 21 mars j’ai parcouru pendant trois heures et demi – de 12h49’ à 16h23’ selon mes fichiers images – des places, des centres commerciaux et des avenues de Tunis. J’ai déclenché une centaine de fois, sans voir sur l’écran du Nikon D 200 ce que je venais de photographier. Arrivée chez-moi, j’ai pu tout de suite revoir ma journée en notant au passage tout ce que je devais retenir ; les bonnes prises, les vues sans intérêt et les fautes à ne plus commettre. J’ai pu ainsi concilier quelques avantages de la technologie numérique et la magique sensation de suspense propre à l’argentique. Un constat d’une grande importance m’a sauté aux yeux…je continu à voir et donc à photographier en monochrome. J’attends vos critiques (qui seront bien entendu reprises dans la prochaine chronique)… .
Histoires de femmes à Bab Souika, 21 mars 2009 à 12h55. Photo Hamideddine Bouali
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Coupoles à el Hafsia. 21 mars 2009-13h03. Photographie Hamideddine Bouali
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Chemins de vie à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h26′. Photographie Hamideddine Bouali
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Cathédrale de béton à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h35′. Photographie Hamideddine Bouali
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Parcours culturel à la Médina. 21 mars 2009-14h02′. Photographie Hamideddine Bouali
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Histoires de civilisations à la Mosquée Zitouna. 21 mars 2009-14h27′. Photographie Hamideddine Bouali
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Les habitués du souk de Tunis. 21 mars 2009-14h32′.Photographie Hamideddine Bouali
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Pause sur l’escalier mécanique de Tunis center, 21 mars 2009-14h57′.Photographie Hamideddine Bouali
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Evénement exceptionnel à ne pas rater Dans moins d’une semaine, le mercredi prochain à exactement 10h 42’ heure GMT, (attention la Tunisie n’as plus d’heure légale conforme avec celle de l’Europe, donc c’est bien 09h 42 heure tunisienne), le satellite « WorldView-2 » sera au-dessus de Tunis pour réaliser une photographie qui servira dix jours plus tard à occuper l’ancienne de Earth Google devenue obsolète. J’ai pu trouver il y a cinq ans sur internet le calendrier des prises de vues du satellite et j’ai cru me faire photographier du fait même que j’ai pris position à l’instant précis où le satellite pointait son objectif vers moi. La résolution utilisée à l’époque trop faible ne permettait pas une identification précise et j’étais réduis à un minuscule point. Un pixel correspondait à 1,8 mètre et je n’étais pas de taille à y figurer !!! J’ai vu sur Flickr, que beaucoup de photographes ont utilisé cette information pour réaliser des performances exceptionnelles. Un australien a invité tous les habitants du village où il habitait à s’étendre par terre et à ce tenir la main, une ribambelle faite de deux cents cinquante personnes fut ainsi réalisé. En Bolivie, un instituteur à la retraite a allumé des lampes en forme de cœur, image visible uniquement la nuit. Une canadienne dont la maison était à cheval sur deux prises de vues satellites différentes avait peint sa demeure en deux coloris ! La prochaine fois je vous livrerais la liste des cordonnées de toutes ces images. Alors vous savez ce qui vous reste à faire. Le nouveau satellite possède une résolution bien supérieure ; allant jusqu’à 0,15 mètres. Avec une telle précision il est possible de se faire portraiturer. Évidement le mieux serait de s’étendre sur le dos et de se faire photographier ainsi. Imaginez ce que cela donnera une fois le fichier mis en ligne ? Votre meilleur portrait réalisé avec l’appareil le plus précis, le plus lointain et qui sera probablement celui le plus vu !!! Occasion à ne pas rater car la prochaine fois sera dans 3 ans…d’ici là qui sait ce qui arrivera. Pour ma part je serais, ce jour là, au jardin Habib Thameur, car c’est un espace facile à localiser, puis c’est d’après les statistiques de Statgooglearth Co. la société qui gère Earth Google, le lieu à Tunis sur le quel on a le plus zoomé. Encore une fois l’écologie qui est à la mode.
Le photographe de moins de cinquante ans existe-il ?
Cents commentaires !!! Celui qui se connecte à ce blog pourrait comprendre que les lecteurs se contentent de lire les chroniques sans broncher ! Il n’en est rien. Le système d’envoi de commentaires de Blogger ; le prestataire de service qui héberge ce blog, étant inefficace, certains lecteurs m’envoient leur commentaire directement à ma boite E-mail, d’autres me téléphonent ou attendent l’occasion de me rencontrer pour m’en parler. Une vingtaine de réactions en tout. La (fausse) chronique précédente fut le moins que l’en puisse dire appréciée.
Recherche appareil photo désespérément Depuis une dizaine d’années j’ai abandonné le suivi de l’évolution des appareils photos. Je n’avais qu’une vague idée, je ne connaissais plus rien aux petites options mais demeurais au courant des grandes innovations. Aujourd’hui je me suis remis à jour. L’occasion – celle de chercher l’appareil qui convient – ne crée-elle pas le larron ? Sur le créneau des réflexes numériques la concurrence fait rage entre les grandes marques : Nikon, Canon, Pentax, Sony et quelques autres se démènent comme des fous pour offrir au public des appareils perfectionnés. Mais justement que cherche le client Lambda ? Les services marketing de ces grosses firmes disposent de plusieurs archétypes – profil ou portrait robot – tel la célèbre Ménagère de moins de cinquante ans ? C’est elle qui commande l’état du marché, elle regarde la pub, gère le budget de la famille et décide des achats à faire, il était naturel de faire d’elle le public ciblé en priorité. Dans le monde de la photo, il n’y a pas un seul client possible. Les laboratoires d’études créant un boitier pour une frange donnée d’utilisateurs : l’amateur occasionnel, l’amateur averti, le professionnel et l’expert. Il est logique de penser que ces types d’utilisateurs réservent un budget proportionnel à leur savoir-faire ou du moins à leur potentialité. Il n’est pas aussi erroné de penser que certains clients achètent des appareils dont les possibilités sont au-delà de ce qu’ils peuvent en tirer. Après avoir jeté un coup d’œil sur l’état actuel du matériel, je me suis interrogé sur le futur des appareils photos. A quelles autres avancées allons-nous être témoins ? Anticipons !!!
Le Mammouth est plus gros appareil photographique jamais construit jusqu’à aujourd’hui. Il mesurait quatre mètres de long avec un poids de 700 kg.
Il fallait jusqu’à quinze hommes pour le manœuvrer.
Sa plaque de verre atteignait 650 kg, pour 3 m² de surface.
Construit à Chicago pour une société ferroviaire, il reçut le “Grand Prix Mondial” en 1900
lors de l’Exposition universelle de Paris.
Identification digitale Le déclencheur d’un appareil photo pourrait être un identificateur d’empreintes digitales de l’opérateur, celui-ci en prenant une photo aura automatiquement sa signature digitale sur le fichier numérique. Avec un même appareil plusieurs opérateurs auront chacun sa signature, idéale pour des appareils à plusieurs utilisateurs (famille, agence, club, école de photo…). Safi, mon frère jumeau (celui qui a publié son premier roman, voir fausse chronique XXIX, cela lui fera une autre pub !!! ) pense qu’il sera plus judicieux de réaliser cette signature numérique par l’intermédiaire du viseur qui reconnaitra la forme unique de l’iris de l’opérateur. Effectivement le dessin de l’iris est plus singulier que les empreintes digitales…Cependant on prend aujourd’hui plus souvent des photos en visant et cadrant avec l’écran à cristaux liquide qu’à travers le viseur, au point que certain construction l’ont éliminé de leur produit. Certains ont raison de se plaindre de son absence car il permet une visée précise et confortable dans toutes les conditions. L’écran devient inutilisable dès que la lumière ambiante est plus intense que celle qu’il émet. Transfert La transmission des fichiers par satellite depuis le boitier vers n’importe quelle adresse IP sans passer par une carte mémoire sera d’une grande utilité au photographe qui gagnera en mobilité et indépendance. Le grand avantage serait évidemment le faite de ne pas devoir être à la merci de la taille de la carte mémoire. On connait la limite des moyens de stockage. Il y a une douzaine d’années j’avais un ordinateur qui disposait d’un disque dur d’une capacité de 40 Mo ! Avec un Windows (le 3.1), un office (version 5) et un jeu de simulation aérienne Flight Simulator (le 5). Aujourd’hui ces mêmes logicielles font plus de 30 Go !!! Alors les cartes de 8 Go dites – aujourd’hui – à grande capacité ne le seront plus dans quelques mois, car les capteurs continueront à évoluer et les fichiers obtenus à grossir. La loi de Moore va d’ailleurs vite devenir caduque. La solution serait donc d’envoyer ces gargantuesques fichiers directement vers des banques de stockage plus étendues.
Échelle de sensibilité Il s’agit ici non pas de la sensibilité du film ou du capteur mais de l’opérateur lui-même : cela pourrait s’appeler aussi échelle d’émotion ; terme qui englobe peur, joie, dégoût, horreur, bonheur… cette échelle graduée aussi bien en positif qu’en négatif servira à conserver une trace de l’état d’esprit du photographe au moment de la prise de vue. Vous vous êtes surement interrogé sur la manière d’obtenir cette mesure !!! Vous ne trouvez pas que j’ai trouvé l’idée (il parait que c’est le plus difficile à faire) c’est aux techniciens de Nikon ou de Canon de prendre la suite ? Je ne prendrai qu’un dollar par appareil construit de royalties sur les ventes !!!
Capteur Multigrade Avec ce dispositif les capteurs n’auront pas une sensibilité constante, mais variable. Pour un paysage par exemple : les capteurs situés en haut seront moins sensibles puisque situés en face d’une plage lumineuse : le ciel. Alors que ceux situés en bas devront être davantage plus sensibles puisque devant une plage sombre. Cette innovation permettra une restitution plus fine des détails dans les ombres profondes en même temps qu’une fidélité pour les zones claires. En somme une Zone system numérique…si Ansel Adams était là il aurait sûrement approuvé (en m’envoyant un mail de félicitation !!!). َAprès le GPS le gyroscope Aujourd’hui plusieurs boîtiers sont équipés de la géolocalisation. Avec cette option, l’opérateur aura automatiquement avec chaque photo, données EXIF, les coordonnées géométriques, le lieu sera nommé au cas où le GPS serait muni d’une carte géographique précise. Il sera aussi intéressant d’ajouter la hauteur, l’inclinaison, la direction, la date et l’heure de la prise de vue. Ces données seront codées dans un métafichier insécable et indestructible puisque la moindre intervention le détruira inéluctablement. Ce fichier garantira à l’operateur – en plus de la signature digitale – son incontestable paternité.
Données EXIF Propriétaire de l’image : Hamideddine Bouali Lieux : 36°’47’ 46 82” N 10° 10 40 39′’ E : correspondant à La Place Barcelone-Tunis Hauteur : 2, 564 m Direction de l’axe de l’objectif /nord : 156° Inclinaison de l’axe de l’objectif/horizon: +5° (objectif dirigé légèrement vers le haut : contre-plongée) Date : 22 décembre 2008 Heure (GMT): 14h32’56’’ Capteur : 10 Mo Fichier : 3876 Mo Image : Raw et JPG (ratio 2/12) Objectif : (zoom 55-200) focalisé à 76 mm Ouverture : (5,6 – 32) ouvert à f/7,4 Temps de pose : (2 à 1/8000) réglé à 1/689 s Appareil : Canon – EOS 450D (Ref :4357729900827663-2006) Objectif : Tamron (zoom 55-200) (Réf :1244553627721-2007) Émotivité (échelle allant de -5 à +5) : +4 Concours Lépine ou l’AISA Awards ? Certains lecteurs vont surement trouver ces idées farfelues voir loufoques (regardez dans le dico ce n’est pas la même chose). c’est le tribut des visionnaires !!! En 1890 Hurter et Driffield établissent une règle de détermination des temps de pose, elle ressemble à celle accompagnant les films argentique. Soleil brillant ciel bleu f/16 à 1/125 s…Malgré cette aide à la prise de vue, le Colonel Noverre, un amateur de photographie harcela la revue l’Amateur de Photographie de lettres exigeant l’abolition de tout calculs…L’artiste photographe n’avait que faire de la technique. Trouvant cela une attaque délibéré contre ses recherches sur la sensitométrie, Hurter répliquant le 25 mars 1892 : « Si le colonel Noverre espère se servir d’un instrument à aiguilles pour lire infailliblement, comme sur une montre, le temps de pose exact ; s’il désire un mécanisme automatique enlevant et remettant automatique son bouchon d’objectif au bon moment, il faudrait qu’il attende longtemps »….longtemps ce la voulait dire pour ce cas moins d’une quarantaine d’années, car en 1931 les photographes pouvaient utiliser l’Electrophot, le premier posemètre. Ce longtemps fut un peu plus long pour avoir un « bouchon automatique ». En 1963 le Polaroid Automatique 100 disposa d’une cellule électrique qui fermait l’obturateur proportionnellement à la quantité de lumière réfléchie par le sujet. Si on prend en considération le faite que la période séparant les découvertes de laboratoire de leur mise à la disposition au grand public ne cesse de s’amenuiser, on pourrait parier que si ces idées sont dignes d’intérêt le terme longtemps se calculera non pas en décades mais en mois. Le photographe de moins de cinquante cela pourrait être moi ! L’essentiel dans un appareil photo demeure pour moi une facilité d’utilisation. Donnée toute relative d’ailleurs, chacun possède une certaine latitude d’apprentissage qui lui est spécifique. Certains conducteurs n’ont jamais évolué dans la maitrise de leur voiture, alors que d’autres à mesure qu’ils conduisent affines leur pilotage, négocient mieux les virages et estiment l’oreille le régime de leur moteur. Un appareil photo c’est un peu cela. Tous ceux qui sont en train de lire ces lignes et qui ont longtemps utilisé le même matériel savent de quoi je parle. Longtemps – plus d’une quinzaine d’années – je n’ai travaillé qu’avec un Nikon FG muni d’un 80-200 mm et d’un Olympus OM 1 équipé d’un 50 mm. Dans les artères de Tunis, à Aix-en-Provence, devant la Grande Arche de la Défense, dans la Médina de Fès ou chez-moi, je n’ai jamais eu à réfléchir sur leur réglage ; cela se faisait naturellement, j’allais dire : les yeux fermés !!! Je n’ai jamais été un maniaque des objectifs hyper précis qui coutent la prunelle des yeux, alors que souvent on ignore que le film obtenu – ou le fichier produit – ne sera pas traité ultérieurement avec une égale qualité. Alors à quoi bon acquérir un objectif dont le pouvoir de séparation est très grand – donc très cher – pour en fin de compte voir son fichier traité par une tireuse industrielle qui ne restituera pas le nombre de ligne ? Je demeure convaincu que la première qualité d’un appareil photo c’est la fiabilité. Combien de déclencheurs bloqués, de carte mémoires grillées, de mise au point défectueuses ont fait rater la photo qu’il ne fallait justement pas manquer ? La seconde qualité d’un matériel photo est son adéquation aux possibilités de l’opérateur. La démarche logique est celle de choisir l’appareil qui convient à la photographie que l’on pratique. Photographe de ville, mon sujet fut toujours l’homme dans la cité. D’autre part mes photographies – en noir et blanc – vont être destinées à être moyennement agrandies. En conséquence de quoi l’appareil qui me convient serait un petit reflexe numérique d’une dizaine de Mo, muni d’un zoom moyen, ayant une gestion optimale – dès l’enregistrement – d’images en niveaux de gris. Le plus difficile est maintenant de trouver parmi la dizaine de marques en concurrence celui qui remporte mon coup de cœur.
Hamideddine Bouali 16 septembre 2008
(*) Le Concours Lépine est la plus grande exposition d’inventions, où le sérieux cotoi le farfelu, l’AISA Awards et le prix européen du matériel photographique (boitier, objectif, accessoire, film…)
La théorie du chaos appliquée à l’actualité et les fractales comme technique de narration
Allez savoir pourquoi un enseignant universitaire, père de famille tranquille – ayant donc une situation sociale enviable – se lance-t-il dans l’écriture d’un roman ? Qu’a-t-il à dire ou à prouver ? Étant le faux-jumeau de l’auteur, donc le mieux placé pour le savoir, je tenterai une explication.
Quelle famille !!! Bady Ben Naceur écrit dans le journal La Presse du 21 juillet 2008, « Safieddine est le frère jumeau du photographe Hamideddine et dont le père n’est autre que le célèbre historien et défenseur acharné du patrimoine tunisien Mahmoud Bouali. Safieddine est enseignant en économie, à l’université de Tunis, et il s’agit là de son premier roman, sorte de saga mystique et de polar des temps d’aujourd’hui mêlés où comme le disait Georges Simenon: «Tout est vrai, tout a été vécu» et «J’ai envie d’ajouter: pour rien». Ce «tout a été vécu pour rien», justement, c’est le thème essentiel de ce gros pavé d’été que l’auteur très inspiré (surtout par l’éducation du père spécialiste dans le domaine des éphémérides) a intitulé Terre promise texane avec en sous-titre «Sur les traces de Columbia». Mon père devrait être heureux d’avoir dans ce mois de juillet 2008 vu la consécration de ses deux petits derniers, du moins leur quart d’heure de célébrité selon Andy Warhol; Safieddine publiant son premier roman et moi recevant le Prix de Considération Présidentiel en photographie.
Faux et usage de faux Quant j’affirme que je suis le benjamin d’une famille nombreuse, j’oublie de préciser que nous sommes, à quelques minutes près, deux à occuper ce rang. Mais la nature étant ce qu’elle est, même pour des frères siamois, il faudrait bien qu’il y est un ordre de naissance. Comme pour l’arrivée d’une course, une courte tête fait la différence. Mais heureusement dans l’état civil, l’ordre d’arrivée n’a pratiquement aucune incidence sur la suite. Le droit d’aînesse est une faveur depuis longtemps abolie. Quinze minutes, c’est ce que mon faux jumeau a vécu de plus que moi, évidement si on commence à compter à partir de la naissance clinique. Mais en absolu nous avons le même âge. Je suis le plus à même donc de parler de l’auteur, étant le premier à l’avoir connu avant tout le monde. Safi n’a jamais été un littéraire et s’il avait tenu un journal intime, composé des poèmes pour sa bien aimée ou fredonné des chansons je l’aurais su, non ! il a toujours été un scientifique. Rien ne le prédisposait à signer un roman, peut être une enquête, une contre-enquête, un article scientifique (et il en a produit plusieurs), mais un roman !!! Un ouvrage qui sera sur le même rayon que les œuvres de Barthes (Roland) et Boileau (Nicolas), pour rester dans l’ordre alphabétique ?
Faux-roman avec un drôle de titre Le titre de l’ouvrage de Safieddine Bouali, «Terre promise texane, sur les traces de Columbia », vous invite à un voyage extraordinaire. Le ton est déjà donné par ce titre ambigu. La première préposition – terre promise texane – sonne faux puisque l’on sait que Terre promise est une marque biblique – presque déposée – et n’est pas située au Texas mais en Palestine. La seconde partie du titre est plus terre à terre, c’est le cas de le dire, puisque Columbia s’est crashée. Cette dualité n’est pas un antagonisme pour l’auteur et il la cultive tout le long de ses cinq cents pages. Rien n’empêche le vrai d’être incroyable. A commencer par les conclusions de l’enquête menée par la N.A.S.A. sur l’accident de la Navette spatiale qui sont, pour l’auteur, ridicules. D’autre part la fiction – lorsqu’elle est correctement construite – pourrait être prise pour de l’actualité. La narration part en trombe, tout comme une Navette depuis sa rampe de lancement. Mais, le roman se révèle encore plus faux par les niveaux de détails fournis par l’auteur. Adapté à l’informatique, il pourrait donner un fichier à consulter en hypertexte…une formidable application des fractales qu’il a abondamment étudié. Les fractales : une figure géométrique abyssale : à mesure que l’on s’approche de ses contours, on découvre encore des nouveaux détails. Du moins c’est ce que mon esprit littéraire a saisi. Presque à chaque phrase, l’auteur aurait pu insérer une incise où il aurait fourni davantage de détails au lecteur. Le lecteur se sentira Alice, découvrant un monde insolite où des personnes réelles, à commencer par l’auteur lui-même, côtoieront des personnages inventés de toute pièce. Dès les premières lignes l’auteur en personne rencontre, devant la Zitouna, la grande mosquée de la Médina de Tunis, Kobi Tumanski, un touriste perdu cherchant la bonne oreille pour confier un secret. Impossible de lâcher le bouquin avec une entrée en la matière aussi astucieuse.
I want to believe Mais qu’est ce qu’un romancier ? Peut-on le réduire à quelqu’un qui raconte une histoire ? Alors nous le sommes tous ! Notre quotidien n’est-il pas fait d’histoires que l’on rapporte, d’anecdotes enjolivées et de souvenirs idéalisés ? Effectivement nous avons tous, avec plus ou moins d’habilité, la faculté de reformuler, de chercher des synonymes pour nous approprier les sujets d’autrui. En chacun de nous il existe une part du fdawi. Mais être écrivain c’est plus que la faculté de raconter une histoire…un écrivain doit produire du romanesque. J’ai souvent trouvé la série X-files d’une grande justesse sur la nature humaine. Dans cette série les deux principaux personnages incarnent les deux parts indissociables de chacun d’entre nous, le rationnel et l’irrationnel. Je suppose que cette part est encore plus pertinente chez l’auteur de ce roman. La narration semble le fruit d’une Scully ; tout est là : dates, lieux, protagonistes, puis en tournant la page c’est Mulder qui prend la relève pour donner libre court à des suppositions, des digressions et des ouvertures inattendues sur d’autres sujets. Ce roman alterne les pages purement documentaires ; le lecteur saura tout à propos des avions de l’armée de l’air israélienne, du vol de la Navette spatiale, de Christophe Colomb, du bombardement de Hammam- Echatt, du mécanisme du lobbying à Washington…pages qui pourraient être citées en référence dans n’importe quelle étude scientifique. Au recto de ses pages suivent les spéculations d’un passionné, les suppositions d’un romancier bien inspiré et d’un auteur qui ne s’interdit aucun sujet de dissertation.
Vrais événements et fausses théories Nés au début des années soixante, nous avons grandis avec des mythes et les insolites théories y afférentes. Effectivement tout mythe est indissociable d’une part de mystère. Kennedy et son assassinat, Marilyn et son étrange suicide, Robert Kennedy et Martin Luther King exécutés à quelques mois d’intervalles, l’Homme sur la Lune et les preuves qu’il n’y a jamais mis les pieds, l’attentat contre Jean-Paul II par l’illuminé Ali Akça, et puis l’accident de Diana et le 11 septembre. Et puis citons pêle-mêle ; le triangle des Bermudes, les statues géantes de l’île de Pâques…les inscriptions géantes des Incas…Tous ces évènements et les histoires qui les relatent ont occupé nos esprits sans discontinuité. Abreuvé de lectures dès nôtre jeune âge, comme tous les membres de la famille Bouali, par un père historien-archiviste-bibliothécaire-éphéméridiste, les livres furent des imagiers, des aides à l’apprentissage, des appoints pour la scolarité, des approfondissements au cursus universitaire et un occupe-temps. Le livre fut un septième frère. Nous avons grandis avec des dates, des noms propres de personnalités et de lieux, des connexions et des liens entre des faits historiques. C’est le rôle de l’historien que de construire une machine à remonter le temps permettant le passage d’une époque à une autre…sur des passerelles qu’il a lui-même établies. Pour un esprit curieux, baigné depuis sa tendre enfance par des faits majeurs, une tentative d’explication n’est rien d’autre que la volonté de faire comme les auteurs qui nous ont influencés dans notre jeunesse… La tentative de mettre de l’ordre dans ce qui parait impossible à ordonnancer. D’ailleurs faut-il tout expliquer ? Tout savoir ? Relier des faits apparemment sans liens apparents ?
La théorie du chaos appliquée à l’actualité Le chaos, un désordre que l’on espère comprendre puis calculer pour enfin le prévoir. La forme d’un nuage (d’ailleurs le mot chaos veut dire en latin gaz !), la morphologie d’une foule sortant d’un stade, la tache d’une fiente de pigeon sur le pare-brise…oui rien ne doit nous échapper ! Mettre de l’ordre, ranger, étiqueter alors pourquoi cela ne devrait-il pas être appliqué aux événements politiques, aux faits divers ? Avoir du temps libre pour un scientifique c’est encore et toujours utiliser les outils à disposition pour comprendre le monde. Depuis un vaisseau spatial, une navette par exemple, les événements qui secouent la terre doivent paraître bien disparates. Le conflit interminable au Moyen-Orient, Columbia qui crashe, un officier israélien, le bombardement de Hammam-Echatt, une liste de livre précieux, une rencontre au Vatican, Le Nom de la Rose…peut-on lier ces événements entre eux ? Pour Safieddine Bouali rien n’est impossible, un ordinateur, de la documentation à la pelle pour donner du ressort à ce qu’il avance, quelques nuits blanches et hop il vous livrera tout cela dans quelques centaines de pages bien ficelées. Rapide le bonhomme (pour employer son inimitable style de narration). Essayer de tout comprendre puis de tout lier, chercher les causes qui ont engendré les effets que nous lisons dans les Unes des journaux. Chaque moyen d’information est sensé nous rapporter tous ce qui a eu lieu. Depuis les faits divers sur des chiens écrasés jusqu’aux événements qui peuvent changer, plus directement, la face de la terre. On pense à la citation : « Si un papillon battait les ailes à Rio tout le climat de la terre en sera influencé ». Dans ce roman, les faits divers, les faits de sociétés, l’horoscope, les pages politiques, l’éditorial ont été, intelligemment reliés, à la Une : La destruction d’une Navette spatiale. Il se pourrait que son roman fasse figure de tremplin ou d’analogie pour une théorie des groupes, une formulation d’une étude statistique…il ne sera pas le premier à avoir introduit une nouveauté scientifique à l’aide d’une branche des sciences humaines. Maxwell n’avait-il pas conçu la théorie cinétique des gaz grâce à une analogie avec les phénomènes révélés par la statistique sociale ? il est allé même jusqu’à comparer «les lois des gaz et de la diffusion de la chaleur avec les distributions uniformes constatées dans les crimes et les suicides».
Vrai plaisir et réel danger L’auteur est machiavélique, il s’est lui-même impliqué dans ce qu’il écrit, sauvant sa tête d’une rafale d’interrogations, qui sans ce subterfuge, l’aurait mis dans l’embarras. Croit-il vraiment à l’histoire qu’il nous invite à lire ? Si lui, économiste pragmatique et cartésien, prétend non seulement croire à ces coïncidences mais les considère comme une manifestation de La Colère Divine, comment devrait penser le lecteur lambda ? Comment va-t-il se comporter demain avec des coïncidences qu’il va tenter, à son tour, de relever ? Ce bouquin est dangereux, il pourrait engendrer un syndrome. Dans le « Nom de la Rose », les malheureux lecteurs qui ont feuilleté le tant convoité « Poétique d’Aristote » se sont empoisonnés. En humectant leur index, à la seconde fois, ils ont contracté le poison imprégné dans le coin de la page. Safieddine Bouali a fait pire. Chaque lecteur de son livre ne pourra plus lire un quotidien ou suivre un journal télévisé sans se sentir obligé, malgré lui, d’abattre les cloisons séparant les sujets, les thèmes et les lieux. On voudra imiter sa démarche, plagier sa performance, copier sa méthode. Mais encore faut-il posséder son savoir et être capable d’une telle narration. Son champ d’action s’étale sur 3000 ans, ses héros se baladent sur la terre et dans l’espace, comment a-t-il réussi à faire entrer tout cela dans un ouvrage d’un peu plus de cinq cents pages alors qu’il aurait été plus logique de le voir éditer en plusieurs tomes avec des mois de lectures à la clef ?
Pour les oliviers de Palestine, rien n’est de trop et celui qui aime n’a jamais compté.
Au fait, pourquoi vous en parler dans ce blog ? C’est que mon frère a dédié un passage – un morceau d’anthologie – pour nous autres photographes. Il s’est penché avec une superbe ironie sur nos manies. Extrait (pages 412-414): « …. Rimaldi sourit. La confirmation qu’il attendait lui est délivrée par son ami Edward. Personne n’est plus rapide que le détective privé Edward North pour déclencher ! se dit-il.
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Lorsqu’il pointe son reflex Nikon muni du zoom 50-250 mm, il coupe sa respiration, ne bouge plus, enfonce jusqu’à mi-course le déclencheur, cadre et attend le bon moment. 4 mn 30 s. d’apnée pour un déclic. Une photo nette et parfaite. Ça sert, dit-il d’avoir fait de la plongée sous-marine avec un tuba. Mais, il n’a jamais avoué à ses collègues qu’il fait aussi du yoga pour ne pas trembler lorsqu’il chasse des images. Les petits muscles des phalanges qui enfoncent l’index dans le déclencheur de l’appareil ne doivent surtout pas faire trembler l’appareil qui ferait flouter l’image. Plongée sous-marine et yoga sont la parfaite combinaison pour réussir des photos sans trépied. Aucune n’est ratée. Il réussit des prises, appareil en mains, jusqu’à des temps de pose de 5 secondes alors que la performance moyenne est de 1/60 s. Toute la procédure pour photographier en longue focale très sensible au bougé, Ed. la maîtrise. Même lorsque la lumière est faible. Sans flash. Mais aujourd’hui il a d’autres contraintes. Il est assis dans sa voiture dans un parking et n’a que 5 secondes pour se préparer à photographier les suspects amenés dans les voitures du FBI de Dallas ; une dizaine de Cadillac, qu’il a répertoriées. Ed. North doit réussir toutes ses photos. Parce qu’il sait qu’il n’aura pas d’autres occasions pour refaire une autre prise de vue lorsqu’il traque les hors-la-loi capturés par les fédéraux, il a branché, sous son Nikon, un moteur pour prendre plusieurs photos en rafale. Comme ses collègues, il trimballe un sac rempli d’objectifs, de flashs, de moteurs de rechange, de filtres, de films de toutes les sensibilités, de piles au lithium, de mini-trépieds, de mini-brosses à soufflets pour chasser la poussière de leurs optiques, et de bizarreries genre corne de bison pour attirer la chance. Les détectives privés ? Des fétichistes pour la plupart. Ils savent qu’ils font partie d’une profession singulière et ne confient leurs petits secrets à aucun étranger. Chacun a ses petites ficelles du métier. Pour faire une photo, Ed. garde toujours ouverts ses deux yeux. Lorsqu’il porte le viseur du Nikon vers son œil droit, son œil gauche surveille les alentours et cherche sa cible. Son cerveau est alors en mode veille et lorsque la cible rentre dans le champ de visée de l’appareil, son cerveau passe en mode tir avec l’œil droit activé. Un fonctionnement similaire à une batterie de missiles anti-aériens. Après un long apprentissage, son cerveau est arrivé à identifier des sujets différents sur chaque rétine. Un traitement en temps réel de l’information presque en parallèle, leur explique-t-il. Ils lui ont avoué qu’ils s’attendent à ce qu’il puisse très prochainement commander d’une manière indépendante les muscles de chaque globe oculaire, gardant son œil droit fixe dans le viseur alors que son œil gauche fait un mouvement de 180° de droite vers la gauche pour inspecter les alentours tant son self-control est total. D’ailleurs, il méritera pleinement le surnom de Caméléon qu’ils lui ont trouvé. L’animal, lui, a une aptitude innée à contrôler le mouvement de chaque œil. Mais l’un de ses collègues l’a mis en garde. -Un après-midi d’automne, ta langue se détendra d’environ 60 cm pour attraper une mouche qui a eu l’audace de s’attarder 2 secondes sur le rétroviseur de ta voiture. Une attaque fulgurante qui ne dure pas plus d’1/10 de seconde, lui dit Ray Saunders, l’air sérieux. Un de mes jaloux de concurrents, pensa Ed. North. ».
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Si vous désirez connaître toute l’histoire visitez son site : Terre promise texane puis offrez-vous son livre chez tout les bons libraires de Tunis.
Sa photographie est intéressante pour le parti-pris du point de vue ; surélevée, elle embrasse non seulement ce qui est visible mais aussi ce qui existe sans faire d’ombre ! Subtile nuance que Claude Iverné a magistralement appliquée dans ses photographies. Effectivement, qui a l’idée de diriger son objectif vers ce qui s’impose par sa présence et non par sa masse ? Ambitionnant l’intégralité, ces œuvres sont une mappephoto : tout devrait y être. Alors ma curiosité et mon ego m’ont poussé à cet échange de portraits…!!!
J’étais Crésus ; discutant de cinéma avec des amis, goûtant un succulent café et des dizaines de cigarettes sous une ombrelle bienfaitrice. Nécessaire farniente après les frénétiques journées précédentes. Les Rencontres ont été cette année particulièrement éprouvantes à lancer. Je ne me rappelle plus quelle formule il avait utilisé pour me demander de le suivre. A quelques pas du paradis où j’étais je me suis trouvé démuni de tous mes privilèges …presque le Darfour.
Lors de l’entretien que j’ai eu avec Claude Iverné, assis à même le sol au pied de la porte cochère du Fort lazaret, j’ai remarqué son calme olympien à la limite du détachement et sa détermination qui pourrait être prise pour de l’entêtement. D’abord photographe de mode : métier qui glorifie le luxe, la vacuité et s’arrêtant au paraître, Claude Iverné lâche tout. Je pari qu’il l’a décidé en pleine séance de pose – après avoir réglé les spots lights et avant de mettre son œil dans le viseur – pour se consacrer à un sujet aux antipodes de ce qu’il faisait auparavant ; l’absolu, le perpétuel et l’essentiel. Un lieu : le désert, une situation : la précarité…et la photographie comme boussole.
Claude Iverné possède un timbre de voix semblant faire partie de celui produit par son vénérable Rolleyflex lors de son réarmement. Le voir avec ce mythique six-six, qu’il tient comme une lampe de poche, me rappelle les chefs de gare en service dans des contrés éloignées de toute civilisation. Ils signalent leur présence mais balisent aussi celle des autres.
Iverné ne formule pas, il ordonne ; un verbe et un complément…”Regarde à droite ! Abaisse la tête ! Laisse pendre ta cigarette un peu ! Lève la tête ! Incline ton épaule ! Tourne légèrement à droite !” Aucun répit, une rafale ininterrompue de cliquetis sans sommation. J’avais littéralement le souffle coupé d’autant plus qu’il m’avait fait prendre une posture inhabituelle pour moi. Accoudé sur le dossier d’une chaise avec les genoux sur le siège : j’étais à la messe en face d’un curé en train d’exécuter un solennel et strict rituel. Les doigts croisés, le regard baissé, je me suis senti dans un confessionnal avouant un huitième péché capital : celui de vivre en ignorant la détresse de mes semblables…d’où cette pénitence ?
Au fait je ne comprenais pas ce que le photographe voulait faire de moi. Evidemment pour quelqu’un qui a fait beaucoup de photos, il est très simple d’imaginer que depuis le point de vue du photographe, debout sur une chaise, en prenant en considération la focale de l’objectif utilisée, quelle image il allait obtenir. Mais ne confondons pas la manière de faire ; une vue plongeante avec comme arrière-plan le sable, mon buste déséquilibré vers l’avant, un profil sombre qui se découpe par rapport au fond plus lumineux, avec la manière de voir. Et n’oublions pas que Claude Iverné se veut un passe muraille, traversant les apparences pour tenter d’atteindre l’insaisissable souffle des êtres.
J’ai rédigé ce texte sans avoir vu l’image qu’il a promis de m’envoyer par courrier électronique.
Claude Iverné ne veut pas s’arrêter à l’aspect visible des choses ou des êtres, malgré l’ancrage de la photographie dans le sens propre, il a la volonté manifeste de voir à travers. Ses images se veulent des radiographies réalisées à l’intention de gens qui maîtrisent un autre braille : des ultra photos ! Alors celui qui est devant l’objectif peut ne pas comprendre ce qui a été capté et emmagasiné.
Son Darfour fut ainsi réalisé, loin des clichés qui a force d’être imprimé sont devenus de pâles filigranes, illisibles donc incompréhensibles. D’ailleurs il n’est jamais allé au Darfour pour ramener des reportages mais des bribes de nuages, des soupirs d’enfants et des graines de patiences…Son réflexe de vouloir regarder d’en haut, voir de loin, revenir plus tard – pour le Darfour comme pour mon portrait il s’est pris plus d’une fois dans des endroits différents – est un souci d’exhaustivité. Mordu des citations je ne peux rater l’occasion d’évoquer celles formulée par le cinéaste Ingmar Bargman à-propos de la vieillesse qui est comparable à l’ascension d’une montagne, plus vous montez, plus vous êtes fatigué et hors d’haleine, mais combien votre vision s’est élargie !Claude Iverné retourne au Darfour comme ceux qui partent sur le chemin de Compostelle : le silence et la méditation sont les meilleurs compagnons. Iverné connaît la valeur des mots, alors il ne parle qu’après avoir longuement réfléchie en prenant soin de choisir les plus justes. Le lendemain il m’a invité à aller la-haut sur le promontoire du Fort Lazaret (ce lieu est un aimant pour les photographes) mais cette fois il fut plus avenant, me demandant même de sourire ! Qu’est ce qui s’est passé entre les deux séances de prise de vues ? Voilà le mystère que je n’ai pas pu percer. J’avais l’impression d’avoir eu affaire à deux photographes différents. Me suis-je trompé sur mon protocole (*) ; Claude Iverné a-t-il deux facettes différentes, est-il plus à l’aise quant il est seul face à son sujet comme cette seconde séance de prise de vue, contrairement à la première où nous étions entouré par une vingtaine de personnes.
Au Darfour c’était comment ?
Photo Claude Iverné, qu’il a intitulée “La Piste de Hamideddine“. Ghar el Melh 30 Juin 2008
Son souci de mettre en boite ses préoccupations le mène vers des sujets plus naturellement cinématographiques ou littéraires. Je pari que Claude Iverné est fasciné par l’œuvre d’Ingmar Bergman et son obsession de la disparition…comment photographier la frontière qui sépare la vie de la mort, qu’est-ce qu’agoniser ?
«C’est l’ombre de la mort qui donne du relief à la vie.» dixit encore une fois Ingmar Bergman.
Hamideddine Bouali et Claude Iverné
14 août 2008
(*)Voir texte « protocole pour portraiturer un photographe » sur ce même blog
Dès que j’ai vu ses photographies, j’ai désiré me faire portraiturer par Susana Paiva. Sa photographie a du panache. Une maitrise rare de la lumière, une vision clairvoyante de l’espace et un respect du sujet, que faudrait-il de plus pour qu’un photographe soit classée parmi les grands ?
Elle est venue me voir pour me dire que la lumière n’était pas intéressante ce jour-là, on verra demain en passant sa main sur ma joue. J’avais totalement oublié sa promesse quant elle est venue le lendemain pour me prendre par la main…On monte là-haut, me dit-elle.
Arrivées à ce lieu plein de mystères qu’est le promontoire supérieure du fort lazaret, Susana Paiva me demanda de me mettre devant un mur, tira son petit appareil numérique et fit quelques réglages. Elle n’arrêta pas de parler tout le long de la séance de prises de vues qui dura une quinzaine de minutes. Il lui arrivait de se déplacer de quelques centimètres et de me demander, avec sa voix chantante et charmeuse, de faire de même, de regarder à ma gauche puis en face…après chaque déclenchement elle vérifiait le résultat sur l’écran, puis reprenait le même scenario.
Celui qui nous verrait de loin, et si en plus il serait dans notre exact prolongement et avec l’aplatissement des plans, pourrait nous prendre pour un couple en train de danser. Ce n’est pas rapide comme une valse, ce n’est pas saccadé à l’instar d’un tango et cela ne ressemblerait pas à une salsa parce que nous nous tenions droit. Cela ne pouvait être qu’un slow. Avec ses sujets, Susana entretient une relation presque charnelle, une connivence est nécessaire sinon c’est raté d’avance. Face à un sujet, elle ne se contente pas de la vue, il lui faudrait en plus le sens du toucher, peut-être pour la chaleur qui s’en dégage. Cela influe sur sa photographie : ces prises de vues sont en fait un corps à corps. Elle ne veut en aucune manière dominer son sujet mais l’étreindre. Le couvrir pour mieux le comprendre. Le saisir non pas dans sa totalité mais en son essence. Certains photographes se prennent pour des dompteurs essayant de calmer un fauve, puis de lui faire faire ce qu’ils désirent. Susana est une mère, couvant son sujet, en le photographiant, il devient, tout naturellement, sa progéniture. Une adoption nécessite des préalables ou un préambule. Elle se situe alors par rapport a son sujet et dans l’espace qui les ré(unit). Avant de mettre son œil dans le viseur, elle regarde, contemple et réfléchit puis se décide. Il lui arrive de ne pas déclencher. Aucune précipitation dans ces gestes, pourtant la lumière du crépuscule est aussi fuyante qu’insaisissable. Elle prend tout son temps avant chaque déclenchement, ignorant volontairement la possibilité de réaliser une centaine par minute, et choisir après, comme le font un grand nombre de photographe.
Demander à Susana combien dure une séance de prises de vues reviendrait à demander à une mère, qui vient juste d’embrasser son enfant, combien cela a duré ! Le temps ? Elle ne s’en soucie pas. De toute façon il marche, à quoi bon s’en inquiéter. Alors elle l’enjambe, le contourne et l’ignore. C’est ainsi seulement en apparence, car en réalité elle est devenue photographe par peur de la mort. En photographiant, elle croit fuir le temps de peur de rencontrer l’ange noir au coin d’une rue. Avec une telle conduite, elle ne peut qu’adhérer aux paroles de Confucius qui disait que : « Celui qui ne sait pas ce que c’est que la vie, comment saura-t-il ce que c’est que la mort ? ».
Elle ne peut faire autrement que de se mettre en contact avec son sujet. Ensemble rien, se convainc-t-elle de croire, de funeste ne pourrait arriver. Et même si par malheur cela surviendrait, à deux ce serait moins insupportable. Faire des photos est donc une riposte, une parade, une armure…une prière. Un chant pour la vie.
Dans ses photographies le temps est une dimension hors-cadre, hors sujet et presque hors-propos. Le « maintenant » tient lieu d’absolu. Le présent éclabousse le passé et déborde sur le futur, tout comme une mère qui oublie la notion du temps en présence de son enfant. Ce qui explique son désir vital de se mettre en face d’un sujet, de déclencher et de faire des photos sans qu’il y ait nécessité de les voir tirées. Si regarder une image c’est se retourner en arrière, alors Susana n’en veut pas. Sa photographie serait, d’abord pour elle-même puis pour ceux qui verront son œuvre, une indispensable inspiration.
Susana, je l’ai senti lors de cette séance de prise de vue, a gardé les vieux reflexes de la photographie argentique ; chaque prise de vue est importante. Pour mon portrait, tout comme pour le sujet qu’elle a exposé à Ghar el Melh, Susana n’ambitionne pas de rendre compte ou de jouer l’objectivité. Elle se satisfait de réaliser une image qui soit une citation de l’instant dont le sujet serait les mots et sa photographie la grammaire. Elle ne pourrait jamais réaliser une photographie dérobée, à moins que le sujet s’y prête ou s’invite de lui-même…un instantanée, un flagrant moment, un instant décisif…mais ce n’est pas cela ce qu’elle recherche. Si on devrait être forcé de distribuer les photographes, il y aura les arpenteurs et les métronomes. Susana n’est ni l’un ni l’autre, elle est photographe du sujet.
Hors du temps et presque en dehors du monde, ses images seraient un catéchisme…Sacraliser ce qui est devant son objectif c’est pour Susana Paiva une religion dont elle se veut l’apôtre.
RT @motorbikehub: #MotoGP paddock awash with rumours that Lorenzo to be sponsored by BP next year. He wants there help cleaning up the # ... 2010/07/17